La présidence de Jimmy Carter débuta le , date de l'investiture de Jimmy Carter en tant que , et prit fin le . Membre du Parti démocrate, Carter entra en fonction après avoir battu le président Gerald Ford, candidat du Parti républicain, lors de l'élection présidentielle de 1976. Il fut lui-même défait quatre ans plus tard à l'élection de 1980 par le candidat républicain Ronald Reagan, qui lui succéda à la Maison-Blanche.
Carter accéda à la présidence au moment où l'économie américaine traversait une période de stagflation, c'est-à-dire une combinaison entre une croissance économique au ralenti et un taux d'inflation très élevé. Son administration mit en place une politique budgétaire qui visait à maîtriser l'inflation en procédant à une réduction des déficits et des dépenses publiques. En réponse à la crise énergétique qui perdura pendant une grande partie des années 1970, Carter voulut établir une politique énergétique à l'échelle nationale afin de promouvoir la préservation de l'énergie et la mise au point de ressources alternatives. En dépit de ce choix, les États-Unis subirent les effets du choc pétrolier de 1979 qui fut suivi d'une récession en 1980. Carter chercha également à réformer le système de protection sociale, le système de santé et la politique fiscale, mais il échoua en grande partie, notamment en raison de ses mauvaises relations avec le Congrès. Il fonda par ailleurs deux nouveaux départements fédéraux — Éducation et Énergie.
Sur le plan des relations internationales, dans un contexte de guerre froide, le président américain mit les droits de l'homme au cœur de sa politique étrangère, à une période où les relations avec la Chine et l'URSS étaient relativement apaisées. Poursuivant les efforts de conciliation initiés par ses prédécesseurs, Carter normalisa ainsi les relations avec la Chine et poursuivit les négociations sur la limitation des armements stratégiques avec l'Union soviétique. Dans le cadre du conflit israélo-arabe, il aida à la ratification des accords de Camp David qui mirent fin au conflit entre Israël et l'Égypte. Il signa également les traités Torrijos-Carter qui garantirent la rétrocession de la zone américaine du canal de Panama aux autorités panaméennes dans un délai de vingt ans. Après l'invasion de l'Afghanistan par les Soviétiques, Carter abandonna les tentatives de rapprochement avec l'URSS et entama un réarmement militaire.
Sa dernière année au pouvoir fut marquée par plusieurs crises majeures, en particulier le déroulement de la prise d'otages de l'ambassade américaine en Iran et l'échec de la tentative de libération des otages lors de l'opération Eagle Claw, d'importantes pénuries de carburant aux États-Unis et l'invasion de l'Afghanistan par les Soviétiques. Sa faible popularité lui valut d'être concurrencé en vue des prochaines élections par Ted Kennedy, représentant de l'aile progressiste du Parti démocrate, qui critiquait l'opposition de Carter à un système d'assurance santé universelle. Bénéficiant du soutien de l'opinion publique à la fin de l'année 1979 et au début de l'année 1980, Carter parvint toutefois à s'imposer face à Kennedy lors des primaires démocrates de 1980. La même année, il affronta au scrutin général l'ancien gouverneur de la Californie Ronald Reagan. Alors que les sondages réalisés à la veille de l'élection prédisaient un résultat serré, Reagan l'emporta largement sur son adversaire. Carter est généralement considéré par les historiens et les politologues comme un président inférieur à la moyenne.
Élection présidentielle de 1976
vignette|Débat entre Jimmy Carter et le président Gerald Ford au Walnut Street Theatre de Philadelphie.
Carter avait été élu gouverneur de la Géorgie pour un mandat de quatre ans en 1970 et s'était forgé une réputation de gouverneur progressiste et modéré, notamment sur la question raciale. À la suite de la victoire de George McGovern aux primaires démocrates de 1972, Carter pensa qu'il avait des chances de remporter la nomination de son parti pour l'élection présidentielle de 1976 en se présentant comme un outsider déconnecté des institutions politiques de Washington. À l'instar de McGovern en 1972, Carter souhaitait remporter un maximum de délégués aux élections primaires afin de compenser le manque de soutien parmi les ténors du Parti démocrate. Il annonça officiellement sa candidature à la prochaine élection présidentielle en . Un certain nombre de dirigeants démocrates comme l'ancien candidat à l'élection de 1968 Hubert Humphrey, le sénateur Walter Mondale du Minnesota ou le sénateur Ted Kennedy du Massachusetts n'ayant pas souhaité se présenter, aucun favori n'émergea clairement en vue des primaires du parti. Les différents candidats — Mo Udall, Sargent Shriver, Birch Bayh, Fred R. Harris, Terry Sanford, Henry M. Jackson, Lloyd Bentsen et George Wallace — bénéficiaient toutefois pour la plupart d'une notoriété bien supérieure à celle de Carter.
Conscient de cette faiblesse, Carter chercha à travers ses discours à unifier le parti derrière sa candidature : son plaidoyer en faveur d'une réduction des dépenses militaires et d'un contrôle plus strict des activités de la CIA plut aux progressistes alors que sa promesse d'éliminer le gaspillage gouvernemental lui attira une grande partie de l'électorat conservateur. Pour la première élection primaire qui se tint en Iowa, Carter mena une campagne intensive car il estimait qu'une victoire dans cet État le placerait en bonne position pour remporter la nomination du parti. Lors du scrutin, il arriva en tête devant tous les autres candidats ce qui lui permit de dominer la scène médiatique avant la primaire du New Hampshire, qu'il remporta également. Wallace se retira de la course après ses défaites aux primaires de Floride et de Caroline du Nord, débarrassant Carter de son principal rival dans le Sud. La mobilisation des électeurs noirs en faveur de Carter joua un rôle important dans la victoire de ce dernier, notamment durant les primaires organisées dans les États du Sud. Après sa victoire contre Jackson lors de la primaire de Pennsylvanie, Carter devint le grand favori de la course pour l'investiture démocrate. En dépit des déclarations de candidatures tardives du sénateur Frank Church et du gouverneur Jerry Brown, Carter décrocha la nomination le dernier jour des primaires. Après s'être entretenu avec plusieurs candidats potentiels, il sélectionna Walter Mondale comme colistier, un choix qui rassura l'aile progressiste du parti plutôt sceptique à l'égard de Carter.
vignette|Résultats de l'élection présidentielle américaine de 1976.
De leur côté, en dépit d'une convention particulièrement houleuse, les républicains finirent par désigner comme candidat le président Gerald Ford, entré à la Maison-Blanche en 1974 à la suite de la démission de Richard Nixon, impliqué dans le scandale du Watergate. La division des républicains et les critiques selon lesquelles Ford n'était pas fait pour occuper le poste favorisèrent la candidature de Carter, qui devançait son adversaire de 15 points dans les sondages en . Pendant la campagne, Carter continua de promouvoir un programme centriste et chercha à redéfinir la place du Parti démocrate dans la vie politique après les événements tumultueux des années 1960. Il concentra essentiellement ses attaques sur les institutions politiques, se définissant lui-même comme un outsider dont le but était de réformer Washington après le traumatisme du Watergate. En réaction, Ford reprocha à Carter son sur divers sujets. Une série de trois débats télévisés fut organisée entre les deux candidats au cours de la campagne. Ford fut généralement considéré comme le vainqueur du premier débat, mais il commit une gaffe lors du deuxième débat en affirmant que l'Europe de l'Est n'était pas sous la domination de l'Union soviétique. Cette maladresse ainsi que la bonne performance de Carter lors du troisième débat stoppèrent la remontée du président sortant, mais les sondages réalisés la veille du scrutin n'en prédisaient pas moins un résultat très serré.
Le , Carter remporta l'élection avec 50,1 % des voix et 297 votes de grands électeurs, contre 48 % des voix et 240 grands électeurs pour Ford. Le taux de participation, en baisse, s'éleva à 53 %. L'élection de 1976 fut la seule élection présidentielle remportée par le Parti démocrate entre 1964 et 1992. De plus, Carter fut le premier individu originaire du Sud profond à être élu à la présidence depuis 1848.. Il réalisa de très bons scores dans les États du Sud et du Nord-Est alors que Ford remporta la quasi-totalité des États de l'Ouest et une grande partie du Midwest. Lors des élections législatives qui se déroulèrent à la même période, les démocrates renforcèrent leurs majorités au Sénat et à la Chambre des représentants.
Investiture
vignette|Le président Jimmy Carter et son épouse Rosalynn Carter remontant Pennsylvania Avenue le jour de l'investiture.
Dans son discours d'investiture, Jimmy Carter déclara : .. Carter avait fait campagne sur la promesse d'éliminer les travers de la « présidence impériale », promesse qu'il mit en pratique le jour de son investiture en remontant à pied Pennsylvania Avenue, du Capitole jusqu'à la Maison-Blanche, au mépris de tous les protocoles de sécurité. Ses premières actions en tant que président allèrent également dans ce sens puisqu'il réduisit d'un tiers l'effectif de son cabinet et mit en vente le yacht présidentiel, l'.. Conformément à une promesse de campagne, Carter accorda en outre l'amnistie générale aux citoyens s'étant soustraits à l'autorité militaire lors de la guerre du Viêt Nam..
Composition du gouvernement
Bien que Carter avait fait campagne contre la sphère politique de Washington, la plupart des individus nommés initialement à un poste de son cabinet avaient servi sous les administrations précédentes ou avaient connu Carter en Géorgie, à l'exception notable du secrétaire au Travail Ray Marshall. Le secrétaire d'État Cyrus Vance, le secrétaire à la Défense Harold Brown et le secrétaire au Trésor W. Michael Blumenthal étaient tous d'anciens hauts fonctionnaires des administrations Kennedy et Johnson. Les autres nominations importantes furent celles de Charles Schultze comme président du Conseil des conseillers économiques, de l'ancien secrétaire à la Défense James R. Schlesinger en tant que conseiller du président sur les questions énergétiques, du juge fédéral Griffin Bell comme procureur général et de Patricia Roberts Harris, la première femme afro-américaine à siéger dans un cabinet présidentiel, en tant que secrétaire au Logement et au Développement urbain.