La rue Bialik (en hébreu: רחוב ביאליק - Rehov Bialik) est une rue dans le centre historique de Tel Aviv qui regroupe un nombre important de petits immeubles de style Bauhaus des années 1930-1940.
Situation et accès La rue Bialik débute rue Allenby et se termine à la place Bialik, à l'intersection avec les rues Idelson et Rabenu Tam.
Cette petite rue, longue d'environ trois cents mètres, a su garder une uniformité dans le style de ses immeubles. La très grande majorité des bâtiments, entièrement rénovés pour le centenaire de la naissance de Tel Aviv en 2009, sont de style Bauhaus des années 1930-1940, qu'on peut rattacher au style international dont le leitmotiv était « la forme suit la fonction ». Le style international est caractérisé par des lignes claires, des angles droits et une décoration minimale, consistant principalement en des balcons saillants et occasionnellement des rebords avec arêtes pour produire une ombre affilée sur les murs inondés par le fort soleil méditerranéen Shirley Eber & Kevin O'Sullivan, Israel and the Palestinian Territories: the Rough Guide, Daniel Jacobs; révisée, 1998; ; ..
Origine du nom La rue Bialik doit son nom à Haïm Nahman Bialik, l'un des plus grands poètes de langue hébraïque, qui vécut dans une des maisons de la rue, transformée maintenant en « musée Bialik ».
Historique En 1924, lors d'une cérémonie officielle en présence du poète lui-même, les autorités donnent officiellement à la rue son nom actuel.
Centre de la vie intellectuelle et artistique dans les années 1930, beaucoup d'artistes, de professeurs et de docteurs y habitaient. La rue, qui a gardé un charme un peu rétro, fait aujourd'hui l'admiration des nombreux touristes attirés par ses quatre musées: le musée du peintre Rubin, celui du poète Bialik, et les deux musées inaugurés à la fin des années 2000, celui du Bauhaus (en 2008) et celui de l'histoire de Tel Aviv - Jaffa (en 2009).
Bâtiments remarquables et lieux de mémoire
Bâtiments remarquables et lieux de mémoire. : Café Sapphire Ce bâtiment commercial situé au 2 rue Bialik, au carrefour avec la rue Allenby et la rue Tzernechovsky, est conçu et construit en 1932 par l'architecte David Tuvia, en style international Mendelsohn. Le coin arrondi, dû à l'angle aigu formé par les rues Bialik et Tzernechovsky, donne une impulsion dynamique à la construction.
Dès le début, il est occupé par un café et le restera au fil des années. Il prendra les noms de Café Sapphire, de Café Nightingale, de Café Gan Rave et depuis une quinzaine d'années, de Café Bialik. Quand Jacob Courbelnik ouvre en le Café Sapphire, avec de larges baies donnant sur les trois rues et son toit-terrasse aménagé, il devient immédiatement un pôle d'attraction des habitants de Tel Aviv. Il attire aussi bien une foule d'étudiants que les nombreux intellectuels habitant le quartier. Le jeudi soir, la terrasse se transforme en piste de danse où les couples se déhanchent sur les dernières danses, tango, charleston ou foxtrot, importées d'Europe ou d'Amérique. Le journal Haaretz du s'enthousiasme pour cette nouvelle attraction urbaine : « Hier, au coin des rues Allenby et Bialik, s'est ouvert un nouveau café élégant digne des grandes capitales européennes… Dès l'ouverture, des centaines de personnes se sont massées devant les vitrines afin d'apprécier la décoration interne: . ».
Le , un attentat-suicide est commis dans le café par un jeune Palestinien. Il fait un mort et de nombreux blessés. L'attentat est revendiqué par les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa ..
En , alors que la ville tout entière se mobilise pour fêter le centenaire de la naissance de la Ville blanche, et que des crédits d'un montant de shekels sont alloués par la municipalité pour la restauration de sept bâtiments de style Bauhaus de la rue Bialik, les autorités municipales autorisent Daniella Weiss, la propriétaire du bâtiment, à le démolir pour construire à la place une tour. Immédiatement les associations de riverains et des amis de Tel Aviv se mobilisent pour faire annuler cette décision. L'architecte Dan Levin est un des nombreux professionnels scandalisés à l'idée de détruire ce bâtiment :
Ce qui s'est passé ici est très suspect. Si on respecte les règlements de la Commission des bâtiments, ce bâtiment doit être préservé. C'est clair et simple. Il existe six paramètres clés permettant de déclarer si un bâtiment doit être préservé : sa conception; sa construction; son architecte; son emplacement; sa valeur historique et sociale et sa condition physique. Sur le papier, ce bâtiment répond à tous les critères requis : en termes de conception, il représente de manière exemplaire le style international; en termes de construction, il est la démonstration d'une utilisation unique de matériaux de construction comme le verre, l'acier et le béton; l'architecte qui l'a construit, Tuvia, est un architecte de renom responsable de l'aménagement urbain secondaire; en termes de localisation, il se trouve à la jonction de plusieurs rues et constitue une ouverture sur la rue Bialik; en tant que café, il possède une grande valeur sociale, et en termes de condition physique, le bâtiment est conservé en excellent état, très proche de sa forme initiale. Si vous considérez que ce bâtiment n'est pas digne d'être conservé, alors aucun bâtiment de la ville mérite d'être préservé.
Pour Azriel Pearl, l'un des militants les plus actifs dans l'association des résidents contre la démolition du bâtiment : Il est impossible de comprendre pourquoi la ville a donné l'autorisation de démolir ce bâtiment. Nous avons envoyé des lettres à tous les responsables, nous avons rencontré le directeur du Conseil pour la préservation et la conservation des sites…maintenant, tout ce qui nous reste est de continuer à nous battre et à essayer de tirer parti des dissensions entre les décisionnaires. Nous avons fait passer une pétition qui a recueilli plusieurs milliers de signatures, .. mais malheureusement, il semble de nos jours que l'argent a plus de pouvoir que les signatures des habitants qui aiment leur ville.
Dans une interview réalisée par la radio militaire israélienne Barka'i, Jeremy Hoffman, directeur de la conservation à la municipalité de Tel Aviv, affirme : Ce bâtiment ne répond pas aux critères, dont celui de masse minimale qui permet de maintenir le tissu urbain existant, et il crée un trouble. La rue Allenby que vous voyez aujourd'hui n'est pas la même que celle que vous verrez dans quinze ans. Il s'agit de critères d'équilibre des masses.
En 2023, le Café Bialik existe toujours.
Immeuble Avezerman Situé 5 rue Bialik, ce bâtiment résidentiel construit en 1938 dans le style moderne, typique des années 1940, recouvre l'ensemble de la parcelle. Les balcons sur la façade avant sont équipés d'un garde-corps en verre et d'une pergola en bois, assez inhabituels pour les constructions de l'époque. Un autre élément remarquable pour cette époque en Israël, est la présence d'un bidet dans les salles de bains, indiquant que l'immeuble était destiné à la petite bourgeoisie.
L'architecte Shlomo Asher Ginzburg (1906-1976), surnommé Sha’ag, arrive en Israël à l'âge de 17 ans et effectue ses études au Technion, à Haïfa où il enseignera plus tard. Il se marie en 1933 avec Genia (Eugenie) Averbuch (1909–1977), l'architecte de la place Dizengoff à Tel Aviv, mais dont il se séparera quelques années plus tard.
Immeuble Goldin Situé 6 rue Bialik, ce bâtiment résidentiel a été construit en 1931. L'élément frappant est la concentration de la composition environnant la partie arrondie du bâtiment. Les balcons saillants avec garde-corps en béton peints en blanc, donnent à l'ensemble l'allure d'un cube peint en blanc.
L'architecte Yitzhak Schwartz étudie à Czernowitz avant d'émigrer en Israël en 1921. Au début des années 1920, il travaille comme ingénieur en bâtiment pour la municipalité de Tel Aviv.
Immeuble du Krinsky Ce bâtiment de couleur beige saumoné, construit en 1933 pour le Krinsky, est un petit immeuble de deux étages dont la façade sur rue se trouve sur deux plans, accentués par un imposant balcon saillant. Le marquage de l'horizontalité est donné ici par les ombres formées par une petite corniche au-dessus des fenêtres et par des lignes horizontales produites par une texture différente de l'enduit. Le Krinsky est mort le jour de la pendaison de crémaillère et son enterrement fut suivi par la majorité des résidents de la rue.
L'architecte, Yaakov Ornstein (1886-1953) fait ses études à Vienne et émigre en Israël en 1920. Il est surtout connu pour être le coarchitecte avec Shlomo Liasskovsky de l'immeuble Polishuk situé place Magen-David à Tel Aviv. Il est l'époux de Margalit Ornstein (née Oppenheimer) qui établit en 1921 le conservatoire Beit Leviim, première école de danse en Israël.
Musée Rubin
Le musée Rubin est situé au 14 rue Bialik, dans la maison même qui servit d'atelier à Reuven Rubin. Le bâtiment a été considérablement transformé et ne ressemble que très peu à son aspect d'origine, aux lignes dénudées selon le pur style Bauhaus. La maison était composée de deux cubes de hauteurs différentes, dont celui en retrait possédait un balcon saillant. Le jardin sur le devant avec des plantations légères permettait d'admirer le bâtiment.
Actuellement, les arbres qui ont poussé dans le jardin ne permettent plus que de deviner le bâtiment.
La maison est construite pour la famille Teoplitz en 1924Catherine Weill-Rochant & Geneviève Blondiau, Sur les traces du modernisme Tel-Aviv, Haïfa, Jérusalem, Bruxelles, CIVA, 2005 , Tel Aviv, , ici ., par l'architecte Pinhas Bijonski: Houses from Within (ou Bikounski La rue Bialik). Celui-ci fit ses études en Allemagne, avant d'émigrer en Israël où il mourut à l'âge de 107 ans.
Reuven Rubin, né Reuven Zelicovici, l'un des plus grands peintres israéliens, d'origine roumaine, habite cette maison de 1946 jusqu'à sa mort en 1974. Plusieurs peintures de Rubin représentent la rue Bialik et ses environs directs. Quelques mois avant sa mort, il lègue sa maison et son atelier avec un lot important de peintures à la ville de Tel Aviv.
La ville de Tel Aviv en fait un musée, le musée Rubin: site du musée Rubin (בית ראובן ou Maison Rubin), qui ouvre ses portes en 1983. Le musée possède 45 tableaux de Rubin, et présente aussi des expositions temporaires. L'atelier de l'artiste au troisième étage, préservé comme à l'époque de Rubin, se visite. Le musée est géré par la Fondation du Musée Rubin, dont le président est le maire de Tel Aviv, avec trois administrateurs représentant la ville (dont le maire), un représentant du Ministère de l'éducation et de la culture et trois représentants de la famille Rubin. À ce jour, en , le directeur et curateur du musée est Carmela Rubin, belle-fille de l'artiste.
Immeuble Palskovski Construit en 1932, cet immeuble de deux étages, situé 16 rue Bialik, montre le passage dans l'œuvre de l'architecte Yehuda Magidovitch (1886-1961), du style éclectique au style international. Le rez-de-chaussée du bâtiment est rectiligne, alors que les premier et second étages présentent une avancée de type balcon fermé et des retraits, créant ainsi des divisions dans la masse de l'ensemble. L'horizontalité est soulignée par des couleurs différentes et tranchées de l'enduit. Ces couleurs inhabituelles pour l'époque, contrastent avec l'esprit de la « Ville blanche ». L'immeuble a été construit en intégrant une maison d'un étage datant des années 1920, ce qui a imposé certaines contraintes à l'architecte.
Magidovitch fait ses études à Odessa et s'embarque en 1919 vers la Palestine à bord du Roslan. Il est nommé premier ingénieur en bâtiment de la Municipalité de Tel Aviv par Meir Dizengoff, maire de la ville.
Immeuble Yerhovsky