Le parc national des Virunga a été créé en dans l'Est de la république démocratique du Congo, ce qui en fait le plus ancien parc national de l'Afrique. Son objectif était initialement de protéger les gorilles des montagnes. À l'origine, il était désigné sous le nom de parc Albert ; son nom actuel date de . Il a ensuite été agrandi en , puis en , pour atteindre sa superficie actuelle.
Le parc couvre depuis les montagnes des Virunga au sud, jusqu'aux montagnes du Rwenzori au nord, il comprend une grande partie du lac Édouard et les plaines de la Rwindi. Cette diversité de paysages a permis l'existence de la biodiversité la plus importante de toutes les aires protégées d'Afrique. Plusieurs espèces y trouvent un habitat favorable incluant en particulier des lions (Panthera leo), la plus importante population d'hippopotames communs d'Afrique (Hippopotamus amphibius) ainsi que trois taxons de grands singes : le Gorille des montagnes, le Gorille de Grauer (Gorilla beringei graueri) et le Chimpanzé de l’est (Pan troglodytes schweinfurtii).
En , il est consacré patrimoine mondial., mais rejoint la liste du patrimoine mondial en péril en . Il est également désigné site Ramsar depuis ..
Au fil de son histoire mouvementée le parc national des Virunga a dû faire face à plusieurs conflits armés et il a longtemps été une zone de repli pour des milices armées. Ainsi, en , plus de ont payé de leur vie la protection de ce site exceptionnel.
Géographie Localisation
Le parc national est situé dans la province du Nord-Kivu en république démocratique du Congo, à la frontière avec le Rwanda et l'Ouganda, au centre de la région du rift Albertin.
L'extrémité sud du parc se trouve à quelques kilomètres de la ville de Goma, le chef-lieu de la province du Nord-Kivu.
Climat La pluviométrie varie de manière importante selon les zones du parc. Les savanes immédiatement au nord et au sud du Lac Édouard sont les zones les moins arrosées, à raison de de pluie par mois en moyenne..
Description générale : trois secteurs du nord au sud Le parc national des Virunga peut être découpé en trois secteurs principaux. :
Au sud : les montagnes des Virunga vignette|Le mont Mikeno. Au sud se trouvent les montagnes des Virunga, avec une altitude maximale de , on y trouve sept des huit volcans qui forment le massif dont les deux volcans les plus actifs d'Afrique, le Nyiragongo et le Nyamuragira ; le mont Mikeno est lui un volcan endormi. C'est le premier secteur à avoir été protégé en . Le paysage est couvert par la forêt afromontane.
Le centre de gestion administrative du parc national se situe dans le village de Rumangabo, à proximité de la zone de présence des gorilles. L'hôtel du mont Mikeno est l'un des principaux équipements touristiques du parc.
Ce secteur sud forme avec le parc national des volcans (Rwanda) et le parc national des gorilles de Mgahinga, un ensemble écologique appelé, en anglais, le Virunga volcanoes greater ecosystem.
Au centre : le lac Édouard et les plaines Le parc s'étend sur les plaines alluviales des rivières Rutshuru et Rwindi. Ces deux cours d'eau se jettent au sud du lac Édouard, dont la majeure partie, ainsi que les berges font partie intégrante du parc.
Le parc est limité à l'est par la rivière Ishasha, qui marque la frontière avec l'Ouganda
Au nord : le bassin de la Semliki et les Rwenzori vignette|Monts Rwenzori.
La rivière Semliki prend sa source dans le lac Édouard, puis s'écoule vers le Nord.
L'Est des Rwenzori est également dans les frontières du parc, sur une surface qui représente 20 % du massif. Le relief y est très accentué avec des falaises abruptes, des vallées profondes et des sommets sont couverts par des neiges éternelles. Le point culminant s'élève à . C'est l'unique massif véritablement alpin d'Afrique et sa plus vaste région glaciaire.
Patrimoine naturel Le parc national des Virunga est l'un des parcs africains à la biodiversité la plus importante selon l'UNESCO.. Dans la classification du WWF, il est partagé entre l'écorégion de la mosaïque de forêt-savane du Congo du NordEmma Martin et Neil Burgess, Northern Congolian Forest-Savanna, One Earth . et celle des landes d'altitude du Ruwenzori et des Virunga.
En République démocratique du Congo, le plus vieux parc national d'Afrique est un miracle en sursis permanent. En célébration de son centenaire (2025), le photographe Brent Stirton publie un ouvrage racontant la beauté et les déchirements de ce territoire unique.. Travail exposé au Festival International du Photojournalisme de PerpignanFestival International du Photojournalisme...
Faune La faune du parc national des Virunga compte de mammifères, parmi lesquels 22 de primates, d'oiseaux, 109 de reptiles et 78 d'amphibiens. Parmi eux, de mammifères, d'oiseaux et 11 de reptiles sont endémiques de la région du rift albertin.. Le parc abrite notamment des éléphants, buffles et cobs de Thomas, et la plus forte concentration d’hippopotames d’Afrique, avec vivant sur les berges du lac Édouard et le long des rivières Rwindi, Rutshuru et Semliki.
vignette|Pour illustrer ces évolutions de populations, on prendra le cas des hippopotames : du côté RDC en 1960 ; , vers 1990 ; il n'en restait que en 2010.Le gorille des montagnes (Gorilla beringei beringei) est une sous-espèce de gorilles dont l'aire de répartition est restreinte aux montagnes des Virunga. Environ un tiers de la population vit en République démocratique du Congo, le reste étant réparti sur le Rwanda et l'Ouganda. Un centre de soin accueille des gorilles orphelins, depuis 2009, à Rumangabo, dans le sud du parc. Il a été nommé « Senkwekwe » en hommage à un dos argenté tué en 2007. vignette|Elephants et buffles dans le parc, 2004. Après le départ des populations humaines riveraines du lac, les grands mammifères ont pu se multiplier. Dans les années 1950-1960, leur abondance atteint son apogée, la biomasse en grands mammifères atteint les dans le secteur central du parc national des Virunga. La concentration des animaux sous l'effet de l'augmentation de la pression humaine sur les zones alentour explique peut-être en partie ces chiffres. Plus jamais dans l'histoire une telle abondance animale ne sera enregistrée où que ce soit. On estimait la biomasse, à environ 1,5 tonne dans les savanes centrales du PN des Virunga en 2006.
Dans ces mêmes années 1950-1960, la décision est prise dans le parc national Queen Elizabeth, en Ouganda de l'autre côté du lac Édouard, de tuer des hippopotames pour . Puis dans les années 1970, sous le régime de Idi Amin Dada la gestion des parcs nationaux ougandais est quasiment abandonnée ce qui a conduit à une diminution catastrophique des populations de grands mammifères, une grande partie s'est probablement déplacée vers le parc national des Virunga à cette période.
En 1996, puis de nouveau en 1996, avec les guerres civiles en RDC, un mouvement inverse s'est effectué et les populations animales se sont réfugiées en Ouganda.
En , pour la première fois en quarante-cinq ans, un immense troupeau de plus de a réinvesti cet espace naturel qu’ils avaient fui.. Le troupeau a traversé la frontière entre la RDC et l'Ouganda au début de l'été 2020. Pendant des années, une migration pendulaire de ces éléphants s'effectuait entre la et le parc national Queen Elizabeth en Ouganda. Elle s'était progressivement interrompue à la fin du , au fil des guerres incessantes qui ont ravagé la région, particulièrement le génocide des Tutsi au Rwanda en . Plusieurs causes possibles sont avancées pour expliquer cette soudaine migration d'éléphants : un braconnage intensif, ou bien la perturbation de leur habitat par des mouvements militaires de l'armée ougandaise, ou encore un retour à un chemin ancestral des éléphants dont le souvenir serait revenu.. Le nombre exceptionnel d'individus pourrait être expliqué par un phénomène de stressAu nombre exceptionnel de spécimens, la piste d'un phénomène de stress est à privilégier selon Mary Rice, directrice exécutive de l': « On a déjà pu observer ce phénomène de méga-agrégation au Kenya, dans les années 1970-1980 lorsqu'il y avait une prolifération des actes de braconnage. Mais le stress peut venir de beaucoup d'autres types d'événements que les éléphants perçoivent comme une menace.» Une analyse que partage Iain Douglas-Hamilton, le célèbre zoologiste et fondateur de l'ONG Save the Elephants : « Ils fuient très certainement quelque chose, mais quoi? Le fait de savoir qu'autant d'éléphants sont revenus en si grand nombre dans une zone qu'ils avaient désertée aussi longtemps est un excellent signe pour le parc, et une très bonne nouvelle pour la conservation.» Et dans le monde de la défense de l'environnement, les bonnes nouvelles sont elles aussi en voie d'extinction..
Flore
La flore du parc national des Virunga compterait au minimum de plantes à fleurs, dont . Cette diversité spécifique exceptionnelle est due en partie à la variété des écosystèmes présents : forêts tropicales humides, forêts sèches et savanes, zones humides et montagnes... Rien que dans le massif du Ruwenzori, végétales sont recensées avec un taux d'endémisme de 13 % (soit ).
Entre 1950 et 2006, le couvert boisé (forêts et broussailles) a globalement augmenté dans le parc, au détriment des prairies. Cependant cette évolution globale cache des disparités selon les zones du parc, au total de surface boisées ont été gagnés et ont été perdus.
Historique Avant le parc Historiquement avant la création du parc, les abords du lac Édouard étaient habités. Vers 1880, cependant, la majorité de la population a quitté la région à cause d'une épidémie de peste bovine et de la maladie du sommeil.
Découverte par les Européens et premières explorations scientifiques Le parc national des Virunga doit sa création à deux faits marquants qui l'ont précédée : la préexistence des réserves de chasse de l'État indépendant du Congo, créées par le roi Léopold II dès pour protéger les éléphants contre les destructions inconsidérées ; et l'idée du naturaliste américain Carl Akeley (dont la tombe est située dans le parc même) de créer un sanctuaire aux Virunga, à l'issue de sa mission d'exploration au Kivu en .. Créé le sous le nom de parc Albert, le parc national des Virunga est le premier parc d'Afrique du point de vue anciennetéLANGUY M. et DE MERODE E., Virunga, survie du premier parc d'Afrique, Lanno, Tielt, Belgique, 2006, ..
L'exploration scientifique du parc a débuté en 1933 avec les missions dirigées par Gaston-François de Witte. et par Peter Schumacher.. Elle s'est poursuivie avec les missions d'Hubert Damas en 1935-1936., de Louis van den Berghe en 1936., de Jean Lebrun. et de F. Bourlière et Jacques Verschuren de 1957 à 1959..
Gestion coloniale et post-coloniale du parc national La « mise sous cloche » de la nature est un outil de domination territorial pour les pouvoirs coloniaux.. Après sa création en 1925, sous le règne d'Albert I, le parc national est rapidement agrandi, en 1935, par Léopold III, ainsi il passe d'une superficie de à .
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le parc n'existe plus qu'en théorie, la liaison avec la Belgique étant interrompue. Les populations se réinstallent sur le territoire. Puis en 1947, l'Institut pour la protection de la nature du Congo Belge en reprend le contrôle, jusqu'en 1960, année de l'indépendance du Congo Belge. L'administration du parc national passe aux nouvelles institutions du pays sans véritable changement de stratégie.