thumb|Guillaume d'Orange vainc le géant Isoré, fresque de la Tour Ferrande à Pernes-les-Fontaines Guillaume d'Orange, aussi appelé Guillaume Fièrebrace ou Guillaume de Rodès ou Guillaume au court nez (aussi orthographié Guillaume au Cornet), est un personnage de la littérature médiévale, qui apparaît dans plusieurs chansons de gestes rattachées à la matière de France (Geste de Garin de Monglane), dans lesquelles il est le fils d'Aymeri de Narbonne.
Il a été principalement inspiré par un comte de Toulouse du , Guillaume de Gellone, futur saint Guilhem, ainsi que par d'autres « Guillaume », comme Guillaume de Provence.
Les modèles de Guillaume d'Orange Guillaume de Gellone, peut-être cousin de Charlemagne, est, à la fin du , comte de Toulouse et conseiller de Louis, fils de Charlemagne, roi d'Aquitaine depuis 781. Après avoir subi un revers à la bataille de l'Orbiel en 793, il conquiert Barcelone en 801 et est nommé à la tête de la marche d'Espagne. Guillaume fonde en 804 un monastère, l'abbaye de Gellone, où il se retire en 806 et où il meurt vers 812. Il est canonisé au sous le nom de saint Guilhem et Gellone devient Saint-Guilhem-le-Désert.
Guillaume I de Provence remporte la bataille de Tourtour en 973.
Caractéristiques du personnage de Guillaume d'Orange Guillaume est un personnage très fougueux qui s'illustre dans de nombreux combats particulièrement brutaux contre les armées sarrasines. Il est totalement dévoué à l'empereur Louis qui en retour fait plusieurs fois preuve d'ingratitude à son égard, une fois couronné roi. Le roi Louis épousera Blanchefleur, la sœur de Guillaume.
Lors d'un combat singulier contre un champion sarrasin, le roi Corsolt, pour la défense de Rome, il a une partie du nez qui est coupée, ce qui lui vaudra le surnom de « Guillaume au court nez » (Guillaume au Cort Nès).
Par sa vaillance et sa prestance, il séduit Orable une jeune princesse païenneDans les chansons de geste, les musulmans sont fréquemment désignés sous le terme de « païen » d'Orange qui se convertit au christianisme pour devenir son épouse, sous le nom de Guibourc. Les textes n'indiquent pas qu'ils aient eu des enfants ensemble. Le père d'Orable avait décidé de lui faire épouser le roi païen Thibaut et voulait offrir à celui-ci un magnifique cheval nommé BaucentLe mot « baucent » (aussi orthographié baussant ou balcent) signifie « bicolore » (à rapprocher du mot actuel « balzan »). Guillaume réussit à s'emparer de Baucent qui devient sa monture lors de ses exploits guerriers.
Un neveu de Guillaume d'Orange, Vivien (ou Vivian), fils de Garin d'Anséune, est également un personnage important des chansons de geste (Les Enfances Vivien, Aliscans).
Les autres personnages des chansons de geste sur Guillaume d'Orange L'orthographe des noms est variable selon les manuscrits. On constate même parfois des confusions entre plusieurs personnages. Aymeri de Narbonne : son père Hermengarde de Pavie : sa mère Hernaut d'Orléans (ou de Gironde) Aymeri le Chétif, Buèves de Commarchis, Foulques de Candie (ou Garin d'Ancezune), Bernart de Brabant et Guibert (ou Guibelin le Menres) : ses frères Blanchefleur : une de ses cinq sœurs ; elle épouse le roi Louis, fils héritier de Charlemagne. Guibourc : son épouse, à l'origine Orable, fille du roi sarrazin Desramé, elle se convertit au christianisme et prend le nom de Guibourc (francisation du prénom germanique Witburgis, prénom de la seconde épouse de Guillaume de Gellone) Vivien : son neveu, fils de Foulques de Candie Charlemagne : l'empereur Le roi Louis : il correspond à Louis le Pieux, le fils de Charlemagne héritier de l'empire en 814 Renouard (ou Rainouart) : personnage fruste, c'est un géant à la force herculéenne. Il a été enlevé par des marchands dans sa jeunesse puis vendu au roi de France ; il est en fait le fils du roi sarrazin Desramé et le frère de la princesse Orable Désramé : roi sarrazin, père de Guibourc et de Renouard. Son nom est une déformation d'Abdérame, francisation d' (en arabe serviteur du Miséricordieux), nom fréquent des califes de Cordoue.
Principales chansons de gestes mettant en scène Guillaume d'Orange Liste des chansons À l'exception de La Chanson de Guillaume, toutes ces chansons sont rattachées au cycle de Guillaume d'Orange.
Dans la liste ci-dessous, les dates indiquées correspondent aux plus anciens manuscrits connus. Il est probable que certains textes ont existé préalablement, sous forme écrite ou orale.
La Chanson de Guillaume Le Charroi de Nîmes (Li Charrois de Nymes) La Prise d'Orange Le Couronnement de Louis (Coronement Looïs) Le Moniage Guillaume Aliscans
Aimeri de Narbonne Girart de Vienne Les Enfances Guillaume
La Chanson de Guillaume
Parmi les chansons de geste relatant les faits et gestes de Guillaume d'Orange, La Chanson de Guillaume (Chançun de Willame) est la seule qui n'a pas été rattachée au cycle de Guillaume d'Orange. Elle est conservée dans un seul manuscrit connu, plus ancien que tous les manuscrits connus contenant les autres chansons de geste concernant Guillaume d'Orange.
Les Enfances Guillaume
La chanson Les Enfances Guillaume raconte les « débuts » de Guillaume d'Orange. thumb|Charlemagne et son fils Louis Aymeri est dans les jardins de sa propriété de Narbonne, avec ses fils et sa femme, quand arrive un messager qui demande à Aymeri d'emmener ses quatre fils ainés à Saint-Denis où ils seront au service de Charlemagne quelques années avant d'être adoubés chevaliers. Guillaume est le seul qui soit mécontent, il ne se voit pas attendre plusieurs années avant d'aller combattre les Sarrasins. Il est finalement convaincu par ses parents et accepte d'accompagner son père et ses frères, laissant sa mère sans grande protection à Narbonne. En chemin ils croisent une troupe de Sarrasins qui viennent d'Orange pour apporter au roi Thibaut un magnifique cheval, nommé Baucent, comme cadeau pour son prochain mariage avec la princesse musulmane Orable qui vit avec son père et ses frères à Orange. Aymeri et ses enfants battent les Sarrasins et Guillaume s'empare de Baucent. Il est troublé par la description d'Orable faite par un Sarrasin et en tombe instantanément amoureux ; il jure de l'épouser après qu'elle se sera convertie au christianisme. Il confie au Sarrasin un message pour Orable, ainsi qu'un épervier en cadeau. Recevant le message et le cadeau, Orable tombe à son tour amoureuse de Guillaume et lui envoie un messager. Guillaume lui envoie en retour un anneau en or pour qu'elle continue à penser à lui.
Aymeri et ses fils arrivent à la cour de l'empereur qui, impressionné par la bravoure et la vigueur de Guillaume décide d'adouber immédiatement les quatre frères. Pendant ce temps, le roi Thibaut, prévenu du départ d'Aymeri, a décidé d'assiéger Narbonne. Le siège durant trop longtemps, il décide de se rendre à Orange épouser Orable sans plus attendre. Hermengarde a réussi à envoyer un messager à son mari pour lui demander secours, tandis qu'Orable envoie un message à Guillaume pour l'avertir qu'elle ne pourra éviter d'épouser Thibaut s'il ne lui vient pas en aide. Guillaume choisit de porter secours à sa mère à Narbonne, tandis qu'Orable use de sa magie pour empêcher le déroulement de la nuit de noces avec Thibaut qui retourne au siège d'Orange.
Charlemagne accompagne Guillaume lorsqu'il quitte Saint-Denis pour Narbonne. En cours de route il lui fait part de son inquiétude au sujet de son fils héritier Louis. Il a en effet peur qu'après sa mort, les Français refusent de lui obéir. Guillaume fait alors le serment de protéger le jeune héritier. Charlemagne rassuré retourne à Saint-Denis.
Lorsque Guillaume, son père et ses frères arrivent à Orange, ils repoussent l'armée des Sarrasins et Thibaut est contraint de s'enfuir avec les survivants dans des navires, abandonnant sur place de grandes richesses.
La chanson se termine par l'annonce que l'empereur Charlemagne se sentant affaibli, demande à Guillaume de venir à Aix-la-Chapelle protéger son fils Louis que les pairs du royaume veulent exclure du trône. Guillaume va alors honorer sa promesse, ce qui fera l'objet d'une autre chanson de geste intitulé Le Couronnement de Louis.
Le Couronnement de Louis
L'empereur Charlemagne, se sentant affaibli, a décidé de faire couronner roi, son fils Louis dans la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle devant une cour plénière. Il prévient son fils qu'il n'aura la couronne que s'il la mérite par son courage et ses actions guerrières contre les Sarrasins. Le futur roi est effrayé par l'avenir qui l'attend et n'ose pas prendre la couronne que son père veut lui donner. Le duc Hernaut d'Orléans (à ne pas confondre avec le frère aîné de Guillaume d'Orange) en profite pour proposer à Charlemagne de prendre Louis en tutelle pour voir s'il peut le transformer en vrai chevalier, mais son objectif réel est de prendre la tête de l'empire. Charlemagne accepte, mais Guillaume d'Orange a été prévenu de la machination d'Hernaut. Il se précipite dans la chapelle et assomme mortellement Hernaut. Il prend alors la couronne et la dépose sur la tête de Louis à la plus grande joie de l'empereur qui accepte de retarder son abdication le temps que Guillaume puisse exécuter un pèlerinage à Rome auquel il tient beaucoup.
Lors de ce pèlerinage, le roi sarrasin Gallafre s'apprête à ravager Rome. Il propose au pape que le sort de la cité soit décidé par un combat singulier entre deux champions. Le champion sarrasin est le roi Corsolt, un géant terrifiant. Bien sûr, le pape choisit Guillaume d'Orange comme champion. Celui-ci va finir vainqueur mais, au cours du combat, Corsolt va découper le bout du nez de Guillaume qui prendra ainsi le surnom de « Guillaume au Court Nez ».
Le Charroi de Nîmes thumb|Guillaume prend Nîmes en ayant caché ses hommes dans des tonneaux de vin, Bibliothèque de Boulogne sur Mer
Cette chanson fait suite à la chanson Le Couronnement de Louis. Le roi Louis qui vient d'être couronné avec l'aide de Guillaume, a distribué des fiefs à ses vassaux mais a visiblement oublié Guillaume qui lui exprime sa vive colère face à ce qu'il considère comme une grande ingratitude. Pour calmer sa colère Louis fait plusieurs propositions à Guillaume qui les refuse par orgueil. Finalement Guillaume obtient la marche d'Espagne (à l'époque sous domination sarrasine) ainsi que Tortolose (Toulouse), Portpaillart-sur-mer, Nîmes et Orange. Pour conquérir Nîmes, il va utiliser un stratagème qui rappelle celui du cheval de Troie. En effet, un millier de chevaliers français se cachent dans des tonneaux placés sur des charrettes (un « charroi » est un transport par charriot) conduites dans la ville par Guillaume déguisé en paysan. À son signal ils surgissent hors des tonneaux en criant « Montjoie ! » et se rendent maîtres de la cité.
La Prise d'Orange