La Maison des Comitopouloï (en bulgare : Династия на комитопулите ; en grec byzantin : Κομητόπουλοι), fut la dernière à régner sur le Premier Empire bulgare avant sa conquête par l’empereur byzantin Basile II en 1018.
Après avoir fait prisonnier le tsar Boris II et l’avoir amené prisonnier à Constantinople en 971, Jean Tzimiscès avait rattaché le territoire bulgare de Thrace à l’empire byzantin. Ceci ne comprenait pas toutefois la partie occidentale de la Bulgarie (Macédoine). Cette partie du pays demeura donc sous la gouverne de la noblesse locale où un comte (en grec « komes », d’où le surnom de la famille) du nom de Nicolas, de la région de Sredetz (Sofia), commença à repousser ses frontières. À sa mort, ce qui était progressivement devenu un immense territoire fut divisé entre ses quatre fils : David, Aaron, Moïse et Samuel. Ceux-ci étaient connus collectivement comme les « cometopouloï » ou « fils du comte ».
Toutefois, les trois premiers ayant péri l’un après l’autre, il incomba au plus jeune, Samuel, de prendre la tête de la résistance contre les Byzantins. Progressivement, celui-ci ajouta aux terres ancestrales l’ensemble de la Macédoine, la Bulgarie de Boris II, la Thessalie, l’Épire, Dyrrachium et la majeure partie de l’Albanie. En 997, à la mort du souverain bulgare légitime, Roman, il se fit couronner tsar de Bulgarie. Son triomphe fut toutefois de courte durée et, en 1014, l’empereur byzantin Basile II défit l’armée bulgare près du fleuve Strymon, faisant aveugler les survivants bulgares. Lorsqu’il vit arriver les restes de son armée à Prilep où il s’était réfugié, Samuel eut une crise d’apoplexie et mourut deux jours plus tard.
Ce qui restait de l’empire de Samuel passa à son fils Gabriel Radomir qui ne put résister à l’avance de Basile II. En 1018, ce dernier s’empara d’Ohrid, annexa la Bulgarie à l’empire byzantin et déporta la famille régnante bulgare à Constantinople.
Vingt ans plus tard, en 1040,le fils de Gabriel Radomir, Pierre II Deljan tenta s son tour de se révolter, mais il fut trahi par son cousin et général en chef, Alusian (Alousianos), qui le fit aveugler et le livra en 1041 à l’empereur byzantin Michel IV.
Contexte
En 965Les sources ne s’accordent pas sur les dates et la succession des évènements de cette période. Celles mentionnées ici suivent la chronologie de l’historien britannique Stokes (voir bibliographie)., si l’on en croit différentes sources, des ambassadeurs bulgares se présentèrent à la cour de Nicéphore Phocas (règne 963-969), alors empereur byzantin, pour réclamer le tribut que payait Byzance depuis le traité de 927Sur l’importance de ce traité pour les Bulgares, voir Obolensky (1971) ; les Bulgares considéraient qu’il s’agissait d’un tribut annuel, alors que les Byzantins y voyaient une somme versées pour l’entretien de la femme du tsar Pierre, Marie Lecapène, maintenant décédée.. Furieux de cette « insolence », l’empereur, fit fouetter les ambassadeurs avant de les renvoyer les mains vides. Occupé par des révoltes en Asie mineure, il se contenta de raser quelques forteresses à la frontière entre les deux pays avant d’inviter les Russes à régler ses comptes avec la BulgarieFine (1983) Ostrogorsky (1983) .
Les Russes, sous la conduite du prince Sviatoslav, s’empressèrent de répondre à l’appel, non pour conduire des razzias comme l’espérait l’empereur byzantin, mais pour établir leur autorité sur le Danube. En deux expéditions (968 et 969) ils se rendirent maitres de la Bulgarie. Boris, le fils ainé du tsar Pierre , se rendit alors à Constantinople pour y négocier un traité de paix, mais dut retourner dans son pays après que son père, à la suite d'une crise d’épilepsie, a dû abdiquer et se retirer dans un monastère. Immédiatement couronné, il devint le souverain d’un pays divisé, Sviatoslav occupant toujours le nord-est du pays où il s’installa à Perejaslavec, comptant y déménager sa capitaleFine (1983) Obolensky (1971).
Conscient de sa faiblesse, Boris envoya des émissaires à Constantinople en 968 pour solliciter la paix. Mais l’année suivante, Nicéphore Phocas fut assassiné par le général Jean Tzimiscès (règne 969-976) qui s’empara du pouvoir et somma Sviatoslav de retourner en Russie comme le prévoyait l’entente originelle. Sviatoslav, qui entretemps semble s’être entendu avec Boris, répondit que si les Byzantins désiraient la paix, ils devaient se retirer en Anatolie, lui laissant Constantinople. Poussant ses conquêtes, il s’empara de Preslav, la capitale bulgare et continua vers le sud à travers la Thrace où il rencontra les armées byzantines à Arcadiopolis (aujourd’hui Lüleburgaz en Turquie) située à une courte distance au nord-ouest de ConstantinopleFine (1983) Treadgold (1997) Norwich (1994) .
Cette bataille marqua le point tournant du conflit. À partir de ce moment, Tzimiscès prit l’initiative et, en quatre mois, conquit tout l’est de la Bulgarie. Les Russes, maintenant alliés aux Bulgares, opposèrent une farouche résistance, mais furent vaincus et Boris fait prisonnier. Peu après, les Russes furent vaincus à Silistra (aujourd’hui à la frontière entre la Roumanie et la Bulgarie) et durent conclure un traité de paix leur permettant de rentrer chez eux après avoir promis de ne plus attaquer la Bulgarie ; sur le chemin du retour, Sviatoslav devait être fait prisonnier par les Petchénègues que les Byzantins avaient entretemps appelés à l’aide contre les Russes et assassinéFine (1983) Ostrogorsky (1983) Treadgold (1997) .
Tzimiscès retourna à Constantinople y amenant Boris et ce qui restait de la famille impériale. Bon nombre de nobles furent déportés avec leurs familles les uns à Constantinople où ils reçurent des fonctions dans l’administration, les autres en Anatolie où des terres leur furent concédées. Il convertit la Bulgarie en six thèmes, regroupés sous deux ducs, ceux d’Andrinople et de Thessalonique. Tzimiscès abolit également le patriarcat bulgare et mit l’Église sous l’autorité du patriarche de Constantinople. Pour la première fois depuis la fin du , la frontière de l’empire byzantin retournait sur les bords du Danube et l’empire bulgare disparaissait de la carte. Il est important toutefois de noter que les conquêtes effectives de Tzimiscès en 971 (de même celles de Sviatoslav précédemment) n’impliquaient que le nord-est du pays (environ le tiers du territoire) le long de la mer Noire. Toutes les batailles (Silistria, Perejaslavec, Preslav, Arcadiopolis, Philippopolis), s’étaient déroulées dans cette partie du pays ; à aucun moment la région macédonienne de la Bulgarie ne fut occupée ni par les Russes ni par les Byzantins même si les uns et les autres pouvaient prétendre s’être appropriés l’ensemble de l’ancien territoire bulgareFine (1983) Treadgold (1997) Norwich (1994) .
Samuel ressuscite la Bulgarie et part en guerre contre Byzance
thumb|left|La Bulgarie sous les Cometopouloï, vers 1000
Lors de son retour au pays, Boris ne fit aucune tentative pour établir son autorité sur la Macédoine pas plus que les Macédoniens n’avaient fait quoi que ce soit pour l’aider précédemment. Pour sa part, Tzimiscès, après sa victoire sur Sviatoslav, se hâta de reprendre la guerre contre les Arabes et ne tenta pas non plus d’établir son autorité sur cette région de collines et vallées isolées de la Bulgarie même s’il en était théoriquement le nouveau souverain. En pratique, le territoire était autonome et dirigé par la noblesse locale Fine (1983) Obolensky (1971) .
Au sein de cette noblesse, la famille d’un comte, appelé Nicolas, prit graduellement de l’importance. On ignore le nom de famille précis de cette dynastie. Le terme « Cometopouloï » est un surnom utilisé par les historiens byzantins pour s’y référer parce que le comte Nicolas était un komes (« gouverneur » ; en grec byzantin κóμης, en bulgare Комита [Komita]), vraisemblablement dans la région de Sredetz (nom bulgare transformé par les Byzantins en Sardica ou Serdica, aujourd’hui Sofia). Selon certaines sources, la famille serait d’origine arménienne, mais on ignore quand elle avait immigré en BulgarieFine (1983) . En 969, après la conquête byzantino-russe de la Bulgarie orientale, le comte Nicolas ajouta à son propre comté s’étendant d’Ohrid à Sardica d’autres territoires à l’ouest de la rivière Iskar et du fleuve Strymon. Il devait toutefois mourir peu après et on sait seulement qu’au moment de la conquête byzantine de Preslav son empire avait déjà été divisé entre ses quatre fils, David, Aaron, Moïse et Samuel. David aurait assuré la défense de la Bulgarie du sud-ouest avec résidence à Prespa, Moïse celle de la Bulgarie du sud-est avec résidence à Strumica, alors qu’Aaron gouvernait la région de Sredetz et Samuel celle de la Bulgarie du nord avec résidence à Bdin (Vidin). Aucun d’eux ne portant de titre indiquant une préséance sur les autres, ils furent conjointement appelés par les historiens byzantins « cometopouloï » ou « fils du comte »Obolensky (1971) Treadgold (1997) Norwich (1994) .
Un peu plus tard la même année, Boris II déchu et son frère Roman retournèrent en Bulgarie, soit qu’ils aient pu réussir à fuir Constantinople, soit qu’ils aient été relâchés par les Byzantins qui espéraient qu’une guerre civile entre les deux frères et l’État naissant de Samuel à l’ouest leur permettrait de reprendre le contrôle effectif de l’ensemble du pays. Toutefois, Boris II devait périr alors qu’il atteignait la frontière, tué par mégarde par un garde-frontière. Roman lui succéda et fut proclamé tsar de BulgarieSelon Skylitzès, historien byzantin du , Roman ayant été castré par les Byzantins ne pouvait devenir empereur ; le pouvoir effectif serait resté entre les mains du comte Nicolas et de ses successeurs. Selon lui, Roman était simplement gouverneur de la ville de Skopje qu’il aurait remis aux Byzantins en 1004, moment où il fut fait prisonnier. Selon Yahya ibn Saïd, un auteur arabe chrétien également du , Roman aurait été accepté comme empereur même par la famille du comte Nicolas qui l’aurait reconnu comme suzerain jusqu’à ce qu’il meure en 997 après quoi Samuel se serait proclamé empereur. L’historien bulgare Zlatarski croit que Yahya se serait trompé en datant la capture de Roman en 1004 ; celle-ci aurait plutôt eu lieu en 991 ce qui rendrait possible un couronnement en 997., alors que Samuel, profitant du climat d’instabilité occasionné par la mort de Jean Tzimiscès et son remplacement par Basile II (règne effectif 976-1025), commença à repousser les frontières de son propre territoireFine (1983) Ostrogorsky (1983) Treadgold (1997) .
Il fallut un certain temps avant que les Byzantins ne se rendent compte du danger. Situé dans le nord-est des Balkans, l’empire de Siméon avait représenté une menace pour Constantinople en raison des invasions toujours possibles à travers la Thrace ; celui de Samuel, loin de Constantinople et plutôt axé vers l’Adriatique à l’ouest et la Grèce au sud, ne représentait pas un danger aussi imminentObolensky (1971) .
Expansion de l’empire de Samuel et couronnement en 997
Établi d’abord, sur une ile du lac Prespa où il construisit une énorme cathédrale et un palaisLes dates données par les deux principales sources, Skylitzès et Yahya d’Antioche différant substantiellement, la chronologie la plus vraisemblable semble être celle de Stoke qui sera suivie ici., et plus tard, à Ohrid, Samuel semble avoir eu pour but non de s’emparer du trône impérial de Byzance, mais de se rendre maitre de l’ensemble des territoires s’étendant de Thessalonique à Dyrrachium (aussi appelé Durazzo, aujourd’hui Durrës en Albanie), le long de l’antique Voie Egnatia où il déporta nombre de prisonniers byzantins et arméniens dès la capture de Larissa ; il créa également un nouveau patriarcat avec siège à Ohrid à la tête duquel il mit l’ancien patriarche Damien qui avait fui Preslav devant l’avance de Tzimitzès Fine (1983) Sheppard (2008) .