Qubbet el-Hawa est une nécropole rupestre de l'Égypte antique située sur la rive occidentale du Nil, en face d'Assouan, dans le gouvernorat d'Assouan, en Égypte. Le site comprend plus de cent structures funéraires hypogées, creusées dans la colline et réparties à plusieurs niveaux, avec une zone archéologique principale d'environ . La nécropole fut principalement utilisée pendant l'Ancien Empire et le Moyen Empire pour l'inhumation de membres éminents de la société d'Éléphantine, notamment des gouverneurs, leurs proches et les membres de leurs maisons. L'utilisation du site comme lieu de sépulture est attestée au moins depuis le milieu de la , autour du règne de , et se poursuit jusqu'à la fin de la tardive. Le site conserve aussi des témoignages d'occupations postérieures, du Nouvel Empire à l'époque médiévale. Les tombes de l'Ancien et du Moyen Empire de Qubbet el-Hawa font partie du bien inscrit au patrimoine mondial sous le nom de « Monuments de Nubie d'Abou Simbel à Philæ », inscrit par l'UNESCO en 1979.
Nom Le nom moderne du site est lié à la tombe du cheikh Aly Abu el-Hawa, située au sommet de la colline et surmontée d'une coupole. Selon une étude publiée en 2024, le cheikh Sidi Aly Abu al-Hawa vécut dans la région à l'époque fatimide, puis ses disciples élevèrent une coupole au-dessus de sa tombe.
Histoire des recherches En 1799, la commission scientifique de l'expédition d'Égypte documenta parmi les monuments visibles à Assouan des structures situées sur une colline au nord et en face de la ville. Les notes de voyage de Jean Louis Burckhardt, publiées en 1819, signalèrent l'existence de tombes et de temples sur une colline située en face d'Assouan.
Le général britannique Francis Grenfell entreprit des fouilles à Qubbet el-Hawa en 1885, après l'apparition sur le marché antiquaire d'Assouan d'objets provenant de la colline. En 1886, Ernest Alfred Thompson Wallis Budge participa à une seconde campagne liée aux travaux de Grenfell. Ces premières campagnes mirent au jour plus d'une vingtaine de tombes, dont plusieurs ne furent pas alors fouillées, et révélèrent des inscriptions de gouverneurs d'Éléphantine de la et de la dynastie.
En 1892, Ernesto Schiaparelli commença des fouilles sur le versant nord-est de Qubbet el-Hawa et mit au jour la tombe de Hirkhouf. Les inscriptions de la tombe de Hirkhouf relatent ses voyages vers l'intérieur de l'Afrique et ses relations avec le pays de Yam, et elles comprennent la lettre du roi demandant que le gouverneur ramène à la cour un pygmée obtenu lors d'une expédition.
La mission dirigée par Jacques de Morgan publia ensuite les tombes de Qubbet el-Hawa dans le premier volume du Catalogue des monuments et inscriptions de l'Égypte antique consacré à la région, avec les inscriptions de Sabni, Pépinakht, Sarenpout Ier et Hirkhouf. En 1902, Lady William Cecil obtint, grâce à l'appui de Howard Carter, une concession pour fouiller à Qubbet el-Hawa et mena deux campagnes dans la nécropole.
Entre 1946 et 1951, Labib Habachi fouilla un complexe de plusieurs dizaines de sépultures autour d'un grand hypogée attribué à Héqaïb. Ses travaux concernèrent aussi la tombe de Setka (QH110), l'un des rares exemples de Qubbet el-Hawa datés de la Première Période intermédiaire, où des scènes montrent des mercenaires nubiens liés aux conflits de cette période. À partir de 1957, Elmar Edel reprit les fouilles de la nécropole et y travailla presque chaque année jusqu'en 1984, avec pour objectifs de découvrir de nouvelles tombes et de documenter des hypogées déjà connus mais insuffisamment étudiés.
Depuis 2008, l'université de Jaén mène un projet archéologique à Qubbet el-Hawa, consacré à l'étude, à la fouille et à la documentation de la nécropole.
Description Le site occupe une colline de grès située sur la rive occidentale du Nil, en face de la partie nord de la ville moderne d'Assouan. Les tombes rupestres y sont creusées dans la colline et distribuées à plusieurs niveaux, avec une zone archéologique principale d'environ . Presque toutes les tombes comportent des piliers internes taillés dans la roche et disposés en rangées, mais leurs dimensions, leurs plans et la disposition des piliers varient d'un complexe à l'autre.
Les complexes funéraires les plus importants sont associés aux gouverneurs d'Éléphantine et à leur entourage, tandis que des tombes plus modestes appartenaient à des fonctionnaires de rang inférieur. Plusieurs tombes conservent des inscriptions autobiographiques, des scènes peintes ou sculptées et des dispositifs cultuels, comme des chapelles, des fausses-portes, des niches et des puits funéraires.
Tombes des nobles vignette|Tombe de Hirkhouf et autres tombes à Qubbet el-Hawa.
Les tombes rupestres de Qubbet el-Hawa furent aménagées par les gouverneurs et les fonctionnaires du premier nome de Haute-Égypte et devinrent le principal lieu de sépulture des familles des gouverneurs d'Éléphantine. Les plus grands complexes étaient destinés aux gouverneurs et à leur entourage proche, tandis que les fonctionnaires de rang inférieur disposaient de complexes plus modestes. Les biographies et les inscriptions funéraires documentent les carrières, les expéditions et les relations avec la cour égyptienne, comme dans le cas des inscriptions de Hirkhouf et de la lettre de gravée dans sa tombe.
Parmi les tombes de la nécropole figurent : QH25, tombe de Mekhou, et QH26, tombe de Sabni, avec deux longues rampes et deux entrées distinctes à l'extrémité méridionale de la nécropole ; les inscriptions de Sabni et de Pépinakht Héqaïb mentionnent des événements touchant la politique extérieure égyptienne, principalement en Nubie. QH30, tombe de , comprise dans le groupe des complexes funéraires monumentaux du Moyen Empire. QH31, tombe de Sarenpout , fils de Khema, datée entre les règnes de et de . QH32, tombe de Khema, construite avant QH31 dans le groupe des complexes QH31-QH33. QH33, tombe de Héqaïb-Ankh ou , comprise dans le groupe QH31-QH33 et datée entre les règnes de Sésostris II et d'. QH34, QH34aa, QH34bb et QH34ee, tombes mineures construites au nord de QH33 et liées à la nécropole des gouverneurs d'Éléphantine. QH34h, tombe de Khounès, réutilisée dans le secteur de l'église copte de Qubbet el-Hawa. QH34n, tombe de Hirkhouf, connue pour ses inscriptions autobiographiques et pour la lettre de gravée sur sa façade. QH35, QH35d et QH35e, groupe de tombes lié à Pépinakht Héqaïb et à Sabni. QH36, tombe de , qui conserve une inscription relative à son ascension dans l'administration provinciale et à son rôle dans l'organisation logistique de la conquête de la Nubie sous . QH110, tombe de Setka, l'un des rares exemples de Qubbet el-Hawa attribués à la Première Période intermédiaire.
Ancien Empire Les premières phases de la nécropole sont liées aux élites d'Éléphantine actives à la fin de l'Ancien Empire et à la réorganisation des expéditions vers la Nubie et des structures provinciales. Une étude récente distingue une première phase, commencée pendant la , sous le règne de Djedkarê Isési, et une seconde phase liée aux titulaires Sabni, Mekhou et Hirkhouf. La double tombe de Mekhou et de son fils Sabni, QH25-QH26, se situe à l'extrémité méridionale de la nécropole et comporte deux longues rampes ainsi que deux entrées distinctes, l'accès méridional menant à la chapelle de Mekhou et l'accès septentrional à celle de Sabni. Parmi les tombes de l'Ancien Empire figurent QH34n, associée à Hirkhouf, et QH35, liée au groupe de Pépinakht Héqaïb.
Les inscriptions de Hirkhouf, gravées sur la façade de QH34n, accordent une place centrale à ses expéditions vers l'Afrique intérieure et aux relations commerciales avec le pays de Yam. Elles conservent aussi la copie d'une lettre de , dans laquelle le roi demande à Hirkhouf de ramener à la cour un pygmée obtenu au cours de l'un de ses voyages. La tombe QH33 a également été analysée en rapport avec l'orientation astronomique et la géométrie solaire du paysage funéraire.
Moyen Empire Pendant le Moyen Empire furent construits les complexes funéraires monumentaux des gouverneurs d'Éléphantine et de leur entourage proche. La zone QH31-QH33 comprend les complexes de Khema (QH32), de Sarenpout II (QH31), fils de Khema, et de Héqaïb-Ankh ou Héqaïb III (QH33), datés entre les règnes de et d'. QH32 fut construite avant QH31 ; les auteurs d'une étude consacrée aux modèles 3D considèrent QH31 comme l'une des tombes les plus importantes de la nécropole pour son art et son architecture, et l'attribuent à , actif entre les règnes de et de . Les modèles 3D de QH31, QH32 et QH33 décrivent trois tombes rupestres adjacentes, caractérisées par des géométries complexes comprenant des chambres, des couloirs, des chapelles, des puits verticaux et des chambres funéraires.
La tombe QH36 de occupe une place importante dans l'histoire provinciale d'Éléphantine, car son inscription retrace la promotion de son propriétaire au sommet de l'administration locale et son rôle dans l'organisation de la conquête de la Nubie par .
Nouvel Empire Le site présente aussi des traces d'occupation pendant le Nouvel Empire, la Basse époque et la période byzantine. La tombe de Kakm, située au pied de la colline de Qubbet el-Hawa, appartenait à l'origine au Moyen Empire et fut réutilisée au Nouvel Empire par le prêtre Kakm, grand prêtre de Khnoum et surveillant des prêtres d'Éléphantine. Dans le secteur de Qubbet el-Hawa North ont également été documentés le complexe de User (QHN2), daté du milieu de la sous le règne d', et la tombe d'Amenhotep (QHN4), actif à Assouan au début de la dynastie sous les règnes d'Hatchepsout et de .
Archéologie vignette|Peinture pariétale de la tombe de Sarenpout II. Le site archéologique de Qubbet el-Hawa fait l'objet d'études et de fouilles au moins depuis la fin du ; les recherches historiques comprennent notamment les travaux d'Elmar Edel, menés de 1957 à 1984. L'université de Jaén a conduit dix campagnes de recherche entre 2008 et 2018 afin d'étudier et d'explorer plusieurs tombes de la nécropole. Le projet de l'université de Jaén a aussi développé la documentation tridimensionnelle du site et de plusieurs hypogées par photogrammétrie et par scanner laser terrestre.
En 2019, les restes de dix crocodiles momifiés furent découverts dans un dépôt intact de Qubbet el-Hawa. Le dépôt comprenait cinq corps plus ou moins complets et cinq têtes dans différents états de conservation. L'absence de résine et la disparition presque complète des bandelettes de lin ont permis une description morphologique et ostéométrique détaillée des restes. Les caractéristiques morphologiques et métriques indiquent la présence de Crocodylus niloticus et de Crocodylus suchus, avec des individus mesurant entre et .
Site copte La colline conserve aussi les vestiges d'une église et d'un complexe monastique copte. La séquence archéologique du site s'étend de la VIe dynastie à l'époque médiévale. Au de notre ère, une communauté de moines coptes occupa certaines tombes égyptiennes plus anciennes et transforma progressivement le secteur en monastère doté d'une église. L'église se situe à un niveau plus élevé que les principales tombes pharaoniques et réutilise des structures funéraires antérieures, notamment le secteur de la tombe de Khounès (QH34h).
Notes et références
Bibliographie
Sources utilisées
Pour approfondir
Voir aussi Liens internes Assouan Éléphantine Hirkhouf Heqaib Nubie Papyrus d'Éléphantine Philæ
Tombe de Sarenpout II
Liens externes
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