Serge July est un journaliste français, né le à Paris . En 1973, il est l'un des cofondateurs du journal Libération et le dirige de 1974 à 2006, période durant laquelle il assure des éditoriaux politiques sur , TF1, et LCI.
Après cette période, il devient pleinement éditorialiste sur RTL jusqu'en 2014, puis polémiste sur Europe 1.
Biographie Jeunesse Le grand-père paternel de Serge July, Fortuné July (dont la mère, née Arghiropulo, était grecque phanariote), était colonel, chef d'orchestre de l'infanterie et compositeur, qui écrivit des chansons pour Mistinguett.
Le père de Serge July est un polytechnicien., qui fit les deux guerres mondiales dans l'artillerie, et était jugé libre penseur par ses proches. Sa mère est ouvrière, bretonne et catholique, originaire de Châteauneuf-d'Ille-et-Vilaine. Le couple, dont la relation est cachée car considérée par les parents July comme une mésalliance, ne se marie qu'après la mort de ces derniers, et s'installe dans le , puis dans le de Paris. Lui, est cadre d'industrie en tant que directeur d'exportation chez Ducretet-Thomson et elle, devient couturière au sein de la maison de haute couture Lucien LelongThierry Ardisson, interview de Serge July, émission Tout le monde en parle, 3 mars 2001..
En 1958, élève au lycée Turgot, Serge July lance le journal de l'établissement et entre à la Ligue internationale contre l'antisémitisme avec ses camarades de classe, René Frydman et Pierre-William Glenn. Il participe en outre aux manifestations contre la guerre d'Algérie et le retour du général de Gaulle au pouvoirÉric Aeschimann, Serge July. Le manifestant de Paris, émission À voix nue sur France Culture, 24 avril 2012..
Années 1960 Pendant la guerre d'Algérie, Serge July est un des militants du Front universitaire antifasciste, fondé en 1961, qui réunit des militants de la gauche de l’UEC mais comprend aussi en son sein un certain nombre d’étudiants du PSU et de la Jeunesse étudiante chrétienne"Jeunesse et engagement pendant la guerre d'Algérie", par Ludivine Bantigny dans Parlement, Revue d'histoire politique, en 2007.. Alors qu'il est étudiant en histoire de l’art à la Sorbonne, il adhère en 1961, sans être encarté au PCF, à l’Union des étudiants communistes (UEC, proche du PCF), dominée par la tendance « italienne » (en référence à l’aile togliattiste du Parti communiste italien), puis en est expulsé en 1963Éric Aeschimann, Serge July. Le symbole, émission À voix nue sur France Culture, 23 avril 2012.. Il commence alors à collaborer à Clarté, magazine des étudiants communistes, publiant dans des domaines variés : interview de Louis Malle dans le numéro de novembre, étude du théâtre moderne à travers l’œuvre de Samuel Beckett et des ballets de Maurice Béjart dans le numéro de décembre, compte-rendu de lecture de Michel Butor en , analyse sur le phénomène des « copains » en . À ses côtés, Jean-Marcel Bouguereau, Marc Kravetz et Jean-Louis Peninou, que l’on retrouvera tous les trois, quelques années plus tard, à Libération.
Grâce à Félix Guattari, psychanalyste de la clinique de La Borde à Cour-Cheverny, dans le Loir-et-Cher, Serge July réussit à se faire réformer et échappe au service militaire, pouvant continuer ses activités syndicales et politiques..
Dirigeant de la FGEL , puis secrétaire général de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) en 1964), en 1965, il est vice-président, chargé de l'information et des relations avec les médias. De 1966 à 1969, il est enseignant au collège Sainte-Barbe, préparant les élèves aux grandes écoles en français-philosophie. Marié, habitant dans un appartement payé par ses beaux-parents dans le Marais, il continue de participer aux manifestations contre la guerre du Viêt Nam, manifestations violentes influencées par les organisations militarisées des Zengakuren.
Le , il rejoint à Nanterre le comité du Mouvement du 22-Mars. Pendant les « événements » de Mai 68, il fait partie de ceux de l'extrême gauche qui politisent fortement le mouvement, quittant par la même occasion son poste de professeur et sa femme. À Nanterre, il anime le bulletin d'information militant Interluttes. C'est à cette occasion qu'il rencontrera pour la première fois le philosophe Jean-Paul Sartre qui devient directeur de la publication de ce bulletin. Cette stratégie permet aux militants d'échapper à la répression que subissent les militants politiques à cette époque et sera réutilisée lors de la dissolution de La Cause du peuple sous le coup des lois Marcellin.
En , Serge July et Alain Geismar font un voyage à Cuba où ils sont reçus triomphalement. Au retour, ils rédigent un livre intitulé Vers la guerre civile : Désireux de concrétiser cette prophétie, il fait partie des fondateurs de la Gauche prolétarienne, le , et de son comité exécutif (comme rabatteur de phénomènes nouveaux en émergence). Elle est auto-dissoute par Benny Lévy (alias Pierre Victor) en 1973, de peur d'une dérive terroriste.
Le , Serge July et Michel Le Bris signent une « Libre opinion » dans Le Monde, où, citant Saint-Just et Marat, ils réaffirment la centralité de la lutte des classes en France et la nécessaire résistance contre le pouvoir gaulliste/pompidolien et l'exploitation capitaliste. Trois jours plus tard, Raymond Marcellin ordonne l’arrestation de Michel Le Bris.
Activité dans le Nord En , il est responsable du mouvement maoïste dans le Nord de la France, sous le pseudonyme de Marc. Il succède à Jean Schiavo comme chef mao du Nord, après l’arrestation sur dénonciation de ce dernier en mars pour un attentat contre un bâtiment des Houillères à Hénin-Liétard, le , en représailles contre la responsabilité supposée des dirigeants des mines dans un coup de grisou qui a fait seize morts à Fouquières-lès-Lens. Le , il est l'un des organisateurs d'un « tribunal populaire » à Lens qui juge de la responsabilité de la direction des Houillères. Sartre y joue le rôle de procureur.
Entre-temps, il acquiert une grande notoriété lors d'un des trois concerts des au Palais des sports de Paris"Les Années Mao en France: Avant, pendant et après mai 68" par François Hourmant.. Un ami commun facilita, dans l’après-midi, une rencontre au grand hôtel Crillon, sur la place de la Concorde, résidence parisienne des Stones, qui le soir arrêtent abruptement leur prestation et invitent July à marcher vers le microphone pour un plaidoyer en faveur de tous les « prisonniers politiques » – maoïstes comme non-maoïstesLe moment maoïste parfait de Sartre par Richard Wolin et Michel Kail, dans L'Homme & la Société 2013 . même si le propos se révèle parfois très violent, en parlant de « casser la gueule » des chefs abusifs à l'usine ou de « bousiller le mec qui vous l'a envoyé » après un coup de matraque"Les Prisonniers politiques parlent: Le combat des détenus politiques: grève de la faim, procès des diffuseurs de La cause du peuple", aux Editions François Maspero, 1970.Histoire de la Gauche Prolétariennesur le site maoiste "Les matérialistes .. Il termine par « On a raison de se révolter », phrase extraite d’une lettre ouverte de Mao le , adressée aux étudiants du lycée annexe de l’université Qing Hua qui, les premiers, avaient revendiqué l’appellation de « gardes rouges ». Mick Jagger entonne alors que Le Monde décrivait comme une messe noire. et une centaine de militants enfonce le cordon de sécurité en criant des slogans tels que « la musique de la jeunesse appartient aux jeunes » et « concerts libres ».
En , il couvre, comme journaliste de La Cause du peuple, l'affaire de Bruay-en-Artois (commune minière du Pas-de-Calais) : la jeune Brigitte Dewèvre, quinze ans et demi, fille de mineur, est découverte morte dans un terrain vague. Sur place, il fait campagne avec les responsables locaux de la Gauche prolétarienne, Joseph Tournel et François Ewald, contre Pierre Leroy, un notaire de la ville, et sa compagne Monique Beghin-Mayeur, et contre ce qu’ils appellent la justice bourgeoise. C'est lui qui corédige les articles qui paraissent dans le journal de la Gauche prolétarienne. Le notaire inculpé bénéficie d'un non-lieu en 1974..
À la même période il participe au lancement de l'agence de presse Libération (APL) avec Maurice Clavel et Jean-Claude Vernier. Il rencontre les journalistes militants du bulletin Pirate lancé quelques mois auparavant dans le but d'expérimenter de nouvelles formes de journalisme militant.
Directeur de Libération vignette|Serge July à Strasbourg au Parlement européen lors d’une conférence de presse pour la libération des journalistes otages en Syrie le 5 février 2014.
En , Benny Lévy est convaincu de lancer le quotidien Libération. Sartre pèse pour qu’il ne soit pas strictement maoïste. July est nommé le « responsable politique » du projet Libération par Lévy.
Le , Libération est présenté à la presse. Le journal commencera à paraître à partir du , à la Maison verte, rue Marcadet. À la tribune, Serge July, Philippe Gavi, Jean-Paul Sartre, Jean-Claude Vernier et Jean-René Huleu.
Sartre en est le directeur de la publication jusqu'au . Serge July lui succède.
Le journal, qui se veut un quotidien d'information en rupture avec la presse bourgeoise () disparaît en . Serge July déclare la même année : Sous sa direction, le journal s'était lancé dans l'apologie de la pédophilie par des tribunes, comme Jacques Dugué s'explique, en : Jacques Dugué s'explique 2 http://www.bafweb.com/Lib19790126.html., publiant des nouvelles pédophiles et des annonces de rencontres sexuelles destinées à des mineurs.
En 1977, il fait venir au sein de Libération Christian Hennion, auteur de la rubrique Fragrants Délits, qui s'avèrera être un pédophile confirmé.. Il écrira d'ailleurs la nécrologie de Christian Hennion dans son livre, Dictionnaire amoureux du journalisme, où il évoque Franck Demusles en ces termes : .
En , date de la renaissance d'un Libération plus modéré, il devient gérant (puis cogérant avec Evence-Charles Coppée en 1996) de la SARL Société nouvelle de presse et de communication (SNPC) créée en 1974 pour reprendre en location-gérance le titre Libération, propriété des Éditions Libération. Serge July est le principal artisan dans ces années de la transformation du journal situé initialement à l'extrême gauche vers ce qu'il décrit par un euphémisme comme « libéral-libertaire »« L'ex-Gauche prolétarienne était “libertaire-autoritaire”, Libération est libéral-libertaire. » Serge July, Esprit, mai 1978.. Les principes fondateurs du journal sont ainsi abandonnés et dès , les premières pages de publicité apparaissent dans le journal. July justifie alors ce reniement des principes initiaux par un éloge opportun de la publicité: « Non, Libération ne change pas ; c’est la publicité qui a changé. Elle est un art. On ne sait plus très bien où commence la culture et où finit la publicité. Sans elle, Libération eût été incomplet »Benjamin Dormann, Ils ont acheté la presse, Jean Picollec, 2012, .
En 1978, il publie un article critiquant la diffusion de la série Holocauste, invite au comité de rédaction Pierre Guillaume, fondateur négationniste de la librairie La Vieille Taupe et soutient la liberté d'expression de Robert Faurisson.. Le , il est condamné par la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris, accusé de diffamation, de provocation à la haine et à la violence raciale à la suite de la plainte de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme, pour avoir publié dans un « Courrier des lecteurs » du une lettre antisémite..
Depuis 1993, il fait partie du club Le Siècle, comme Laurent Joffrin, qui lui a succédé à Libération.
Ancien maoïste devenu patron et grande figure de la presse (surnommé « Citizen July »Sorj Chalandon, C’était il y a mille ans, Libération, 30 juin 2006.), July est par ailleurs éditorialiste politique : sur Europe 1 (de 1983 à 1995) ; sur TF1 (Le Débat, avec Michèle Cotta et Philippe Alexandre, de 1989 à 1992) ;