vignette|redresse|Urne cinéraire d'une femme avec un miroir. vignette|redresse|Femme étrusque en terracotta de () Metropolitan Museum of Art.|alt=Buste avec bras en terre-cuite d'une femme aux cheveux longs, portant une coiffe et plusieurs colliers en ornement.

La place des femmes dans la société étrusque est importante dans la vie quotidienne de ce peuple, à la différence des femmes grecques et romaines. Seule la condition des femmes aristocratiques est connue de nos jours, car aucun document ne donne d'information pour les autres.

Dans l'Antiquité, la famille était régie par des règles morales strictes : une femme était tenue d'être fidèle à son mari, d'élever ou de faire élever par des esclaves ou par des affranchis les enfants qu'elle avait eu avec son mari dans le cadre de son mariage, de tenir sa maison et des comptes domestiques équilibrés. La famille était donc structurée et hiérarchisée autour du père de famille, qui exerçait sa domination sur tout le groupe.

Même si leur rôle et leur image évoluent pendant le millénaire de la période étrusque et que ces caractéristiques ne concernent qu'une classe plutôt aisée, les femmes apparaissent soignées, vivant pleinement une vie de famille au sein de la société civile, où leur rôle est important tant sur le plan politique qu'administratif, comme en témoignent les pièces archéologiques, fresques et sarcophages trouvés dans les tombes. Des femmes comme Tanaquil et Vélia Spurinna ont même tenu des rôles de protagonistes dans la vie politique. Dans la dernière phase de l'histoire étrusque, face à la conquête progressive du territoire par la République romaine, les femmes perdent une grande partie de leur indépendance et leur statut devient celui des Romaines.

Les femmes et la société étrusque gauche|vignette|Matrone étrusque.

Le matériel iconographique disponible sur les femmes étrusques tend à montrer la richesse du vêtement et le raffinement de la toilette.. La condition féminine dans la civilisation étrusque est particulière par rapport au monde méditerranéen. Chez les Grecs et les Romains, les femmes occupent une position marginale et de second plan par rapport aux hommes..

Les femmes étrusques ont une grande importance au niveau tant politique qu'administratif et vivent une vie de famille et sociale, où leur rôle est prépondérant. Parées de tous leurs bijoux et aux côtés de leurs maris, elles participent aux banquets, s'adonnent aux exercices physiques et assistent aux jeux auxquels participent des athlètes nus. Elles peuvent aussi posséder des biens en leur nom propre, gérer leur maison, leurs propriétés et faire du négoce..

Des sources antiques rapportent l'influence de femmes comme Tanaquil ou Vélia Spurinna. Tite-Live décrit le rôle décisif de l'ambitieuse Tanaquil, l'épouse étrusque de Tarquin l'Ancien. C'est elle qui prédit l'avenir glorieux de son mari et protège la royauté romaine après son assassinatTite-Live, Histoire romaine, livre I, 34.. Au début du , Claude prend pour première épouse Plautia Urgulanilla, une Étrusque..

Des pièces archéologiques trouvées dans les tombes, comme des fresques, sarcophages, urnes et trousseaux funéraires, témoignent de l'importance des femmes dans la société. Les objets découverts dans les tombes féminines, fusaïoles et pesons, montrent que les épouses étrusques pratiquent aussi les travaux manuels comme le filage et le tissage, tout autant que la femme romaine que les Anciens citaient comme modèle de vertu..

Plusieurs sarcophages trouvés dans des tombes étrusques exaltent sur leurs couvercles l'union conjugale. En particulier, deux sarcophages conservés au Museum of Fine Arts de Boston datant du siècle av. J.-C. montrent des époux dans une situation d'intimité. L'homme et la femme sont enlacés, le corps nu recouvert d'un grand manteau qui laisse deviner la forme de leurs jambes. L'homme et la femme sont allongés face à face, chacun plaçant un bras derrière la nuque de son conjoint, main sur l'épaule, la main droite de la femme posée sur la poitrine de son mari, la main gauche de l'homme sur le ventre de son épouse. Les positions sont identiques sur chacun des deux sarcophages, bien qu'ils représentent un couple d'âge différent, l'un d'âge mûr, l'autre dans l'éclat de sa jeunesse. La scène pouvait paraître choquante aux yeux des Grecs et des Romains, chez qui les époux ne sont jamais représentés, nus, dans le lit conjugal. En revanche, un couple marié ne peut être représenté sur un lit que s'il s'agit d'un lit de banquet et d'un couple romain et habillé.

Mais le manteau qui recouvre les cuisses des époux fait allusion au manteau conjugal avec lequel les époux couvrent leurs ébats. Ce même manteau qui couvre les époux des sarcophages de Boston était la cible des attaques des Grecs, qui le considéraient comme un symbole de luxe exagéré des Étrusques.

Hormis ce cas, les femmes de naissance libre ne sont jamais représentées nues. Sur les couvercles d'urnes ou de sarcophages, les épouses se tiennent sagement aux côtés de leur mari, accoudées sur des coussins, allongées sur des lits de banquet. À l'époque archaïque, la ville de Cerveteri a abrité plusieurs couvercles de sarcophage et d'urne d'entre 530 et 510 av. J-C. qui montrent un homme et une femme à demi-couchés sur un lit de banquet, l'homme le torse dénudé, posant son bras droit sur l'épaule droite de sa compagne qui, de son côté, tenait sans doute - la main a disparu - un vase à parfum (un alabstron).

Les femmes participent aux activités sociales. Elles « sortent » souvent « sans rougir d'être exposées au regard des hommes », participent aux cérémonies publiques, aux danses, aux concerts et aux jeux ; elles les président parfois à partir d'une estrade appropriée, comme elles sont représentées sur la fresque d'Orvieto ou la plaque de Murlo.

gauche|vignette|Miroir étrusque.

Sur les fresques de la tombe des Biges par exemple, de « nobles » spectateurs sont assis sur des bancs, hommes et femmes mêlés. La mixité de ce public est significative, d’autant plus qu’en un cas au moins, c’est une femme qui semble occuper la place d’honneur dans une tribune.

Sur les urnes funéraires et sur les couvercles des sarcophages, elles apparaissent telles qu'elles étaient dans leur vie terrestre, sans retouches, le visage souvent marqué par les rides et le corps alourdi par l'âge, témoignant d'un caractère fortReproduction des défauts physiques comme celui du Musée Guarnacci à Volterra.. Ce type de représentation est pratiquement unique dans le monde antique, où les femmes sont limitées à leur rôle d'épouses, de mères ou de concubines.

La présence des femmes mariées sur ces représentations de banquets constitue de fait une différence fondamentale par rapport à ce qui se faisait dans le monde grec lors des symposia, où seules les courtisanes pouvaient banqueter avec les hommes. Il est incontestable que les couples étrusques aimaient à se faire représenter ensemble sur un lit de banquet dans une position qui valorise l'entente entre mari et femme. À la même époque que les sarcophages de Cerveteri, quelques tombes de Tarquinia sont décorées de fresques montrant des scènes de banquet où des époux sont en train de partager un repas sur un même lit.

Plus que l'union elle-même des époux, ce sont l'affection et la vie conjugale que semblent avoir souligné les commanditaires des urnes. Les époux se cherchent du regard, s'enlacent et se regardent et vont jusqu'à s'embrasser.

L'étruscologue Jacques Heurgon cite l'anecdote rapportée par Tite-Live d'une femme qui méprise sa sœur parce que « celle-ci manque de », c'est-à-dire de l'énergie et de l'ambition qui semblent caractéristiques des femmes étrusques. Sybille Haynes a étudié de petites sculptures en bronze, dont les plus anciennes montrent des femmes et des hommes allongés dans un triclinium, levant la coupe à boire ; mais dans les plus récentes, elles sont désormais assises à côté du mari allongé. Entre les deux séries, les Romains ont mis un terme par la romanisation à la « différence » étrusque..

Évolution selon la période

Les particularités des femmes étrusques sont fonction de leur rang social, de l'endroit où elles vivent et de la période concernée. Le monde étrusque ne peut être considéré dans sa durée comme un ensemble homogène des points de vue social, politique et économique. Il est néanmoins possible de mettre en évidence en termes généraux les principales caractéristiques en examinant les informations et indices apparus lors de recherches archéologiques, les comparant chaque fois que cela est possible aux textes anciens...

Période villanovienne Pendant le premier âge du fer (), la parité homme-femme semble être la règle. L'unité des sépultures dont témoignent les trousseaux funéraires de l'époque ne montre pas de différences de classe ni de personnalités ou de familles dominantes. Seule la présence de caractéristiques, comme les armes pour les hommes et les fusaïoles, pesons, miroirs et vaisselle pour les femmes, indique une séparation nette des domaines de compétence attribués aux deux sexes, la condition d'agriculteur guerrier pour les hommes et l'organisation de la maison pour les femmes. C'est probablement pendant le premier âge du fer qu'apparaît une première codification d'un rôle féminin subalterne dans la vie communautaire.

Période orientalisante Au cours de la période orientalisante (), la richesse est accaparée par un petit nombre d'individus, laissant transparaître des différences sociales, avec une transmission héréditaire qui ne semble pas marquer de distinction entre les sexes. Les femmes et les hommes disposent des mêmes richesses dans les trousseaux funéraires, comme en témoignent les trouvailles de la tombe Regolini-Galassi à Cerveteri et des tombes 2 et 11 de Nécropole de la Banditella.

On peut remarquer qu'une nouvelle classe sociale féminine se développe dans la seconde moitié de l'époque orientalisante, alors que les femmes de l'aristocratie sont libérées de certaines tâches par un nombre croissant d'esclaves. Elles peuvent alors davantage participer aux fonctions sociales impliquées par le banquet ou les jeux, et gouverner la maisonnée (jusque dans le contrôle du service du vin, ce qui est interdit à la matrone romaine). Néanmoins, le travail de la laine et le tissage demeurent les activités nobles de la femme, même au , car seule une famille d'un rang social élevé peut posséder un troupeau qui fournit la matière première. La préparation de la nourriture et du pain relève également de ses compétences, mais dès le siècle, toutes ces tâches domestiques sont accomplies par les servantes, sous l'autorité de la domina. Ces esclaves sont encore chargées des soins du corps de leur maîtresse et certaines sont spécialisées dans la coiffure ou le maquillage, comme ce sera le cas à Rome dès l'époque républicaine.

Période archaïque