L'arsenal nucléaire de la Russie hérite directement de l'arsenal nucléaire de l'Union soviétique. Lancé en 1943 en pleine Seconde Guerre mondiale, le programme voit son premier essai nucléaire en 1949. Lors de l'effondrement de l'URSS en 1991, les anciens états soviétiques qui disposaient d'armes atomiques, à savoir la Biélorussie, l'Ukraine et le Kazakhstan, ont décidé de retourner toutes leurs armes à la Russie.
En 2026, la fédération de Russie est la première puissance nucléaire militaire du monde.
Union soviétique
L'URSS fut la deuxième puissance nucléaire de l'histoire. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et pendant la guerre froide, l'industrie nucléaire soviétique développa son arsenal concurremment à celui des États-Unis et mit au point de nombreux types d'armes et de vecteurs dépassant son concurrent en nombre d'ogives et de mégatonnage dès les années 1970.
Début du programme
Le programme nucléaire fut lancé en secret en 1943 lorsque les services de renseignement soviétiques obtinrent une copie du rapport final de la Commission MAUD indiquant la faisabilité de l'arme atomique. Cela conduisit Staline à décider du lancement d'un programme soviétique, mais doté de ressources très limitées. Plus tard la même année, Igor Kourtchatov fut nommé directeur du programme naissant, lequel, à partir de 1944, fut placé sous la direction du NKVD. Kourtchatov s'entoura de savants comme Iouli Khariton, Iakov Zeldovitch et le futur dissident et concepteur de la bombe H soviétique Andreï Sakharov.
Essais nucléaires
L'Union soviétique a effectué officiellement un total de 715 essais nucléaires entre le et le , dont 124 à titre pacifiques - le nombre pour ces derniers variant selon les sources. Ne sont pas inclus une centaine d'essais hydronucléaires, portant sur les matières fissiles avec des rendements (par conception) de moins d'un kilogramme Soviet Nuclear Test Summary, 7 octobre 1997, Soviet and Russian Nuclear Weapons and History.
Il y a lieu enfin d’indiquer que le nombre de charges et de dispositifs nucléaires est plus élevé que le nombre d’essais : 796 pour militaires, 173 pour à usage pacifique. Cet écart n’est expliqué que d’une façon partielle par le tir de plusieurs charges simultanément ou par des expériences de sécurité. L’ouvrage Scope/59 (Nuclear Test Explosions) indique que les tirées simultanément expliquent que le nombre de nucléaires soit parfois cité. La puissance totale de l’ensemble des tirs (atmosphériques et souterrains) s’élève à 285,39 mégatonnes.
Le RDS-1 (réacteur spécial 1), du russe Реактивный двигатель специальный (Reaktivnyi Dvigatel Specialnyi) fut la première bombe A soviétique et la première arme nucléaire conçue hors des États-Unis. D'une puissance de 22 kilotonnes, elle fut mise au point par l'Institut panrusse de recherche scientifique en physique expérimentale et testée le sur le polygone nucléaire de Semipalatinsk, Kazakhstan.
Le RDS-37 (en ) fut la première bombe H soviétique à étages. Elle fut testée le . vignette|gauche|Réplique de la Tsar Bomba présentée dans le Musée de la bombe atomique à Sarov.
La Tsar Bomba (en , littéralement « Impératrice des Bombes ») fut l'arme la plus puissante jamais utilisée dans l'histoire de l'humanité. Cette bombe à hydrogène, développée par l’Union soviétique, fut larguée par un bombardier Tupolev Tu-95 Bear le au-dessus de l'archipel de Nouvelle-Zemble dans l'Arctique russe et dégagea une puissance d’environ .
Déploiement
vignette|centré|800px|Tableau de données relatives aux armes nucléaires et vecteurs détenues par les États-Unis et l'Union soviétique de 1945 à 1990 à la fin de l'année en cours. Ce tableau indique aussi les limites fixées par le traité SALT I. vignette|gauche|Tracteur-érecteur-lanceur de RSD-10 Pioneer plus connu en Occident sous le nom de code OTAN SS-20. vignette|Évolution de l'arsenal nucléaire entre 1949 et 2002. vignette|Un Tupolev Tu-160 de l'aviation à long rayon d'action en 2011. Entré en service en 1987, il s'agit du dernier modèle de bombardier stratégique conçu par l'URSS.
Le gouvernement américain à la fin de la guerre froide pensait qu’il y avait en URSS nucléaires et d’uranium enrichi, alors qu’il y en avait respectivement et selon V. Mihailov, l’ancien ministre russe de l’énergie atomique S. Rosefielde, Back to the Future? Prospects for Russia’s Military Industrial Revival, Orbis, septembre 2001, ..
La défense soviétique, pour se prémunir d'éventuelles offensives occidentales, mit également sur pied de très importants moyens de repérage et d'interception. Un vaste réseau de radars, dont le Pic-vert russe, et un important réseau de missiles sol-air qui pouvaient être équipés d'armes nucléaires furent déployés à partir des années 1950. Un dispositif nommé Perimeter permet de donner un ordre de tir automatiquement.
Armement tactique
vignette|Lance-missile code OTAN SS-1c Scud-B. Testé à partir de 1954, des milliers de missiles tactiques Scud pouvant emporter l'arme nucléaire furent produits R-11FM / SS-1b Scud.
Missiles balistiques stratégiques
Les Forces des missiles stratégiques détenaient la majorité de l'arsenal de l'armée soviétique, elles furent le principal pilier de la triade nucléaire soviétique et se développèrent rapidement. Elles surpassèrent à partir des années 1970 en nombre d'armes et de vecteurs la composante terrestre du Strategic Air Command des États-Unis avec ICBM en 1974 et ICBM au , emportant un total d'environ d'une puissance globale d'environ mégatonnes réparties sur plus de 300 sites de lancement et 28 bases de missiles en Russie d'Europe, en Ukraine et le long du Transsibérien. Ses effectifs en 1989 était de .
Malgré les traités de désarmement signés par Gorbatchev, elle comptait encore missiles intercontinentaux et têtes nucléaire en 1990.
La marine soviétique eut un maximum de 940 missiles mer-sol balistique stratégique embarqués à bord de 67 sous-marins nucléaires lanceurs d'engins en 1984.
vignette|centré|500px|Carte des bases d'ICBM en URSS dans les années 1980.
Voici les forces nucléaires stratégiques des deux supergrands en 1990, les armes tactiques n'étant pas comptabilisées, fas.org.
Date ICBM, SLBM et bombardiers lourds ICBM lourds Ogives (ICBM, SLBM et bombardiers lourds) Ogives (ICBM et SLBM) Ogives (ICBM sur lanceurs mobiles) Ogives (ICBM lourds) Puissance (ICBM et SLBM) (Mt) Limites imposées par START-1 31 juillet 1991 154 0 0 0 2 361,3 308 618 6 626,3
Fédération de Russie vignette|gauche|Le président russe Dimitri Medvedev devant le Iouri Dolgorouki, le SNLE de la classe Boreï en essais en 2009. Après l'effondrement de l'URSS, la Russie est restée la seule héritière de l'arsenal nucléaire soviétique. En 2010, elle est la première puissance en capacité disposant d'environ armes stratégiques et de milliers d'armes tactiques, et de nombreuses structures de recherche, de développement et de production constituant l'industrie nucléaire russe.
L'Ukraine, ancienne république soviétique, possédait le troisième plus gros arsenal nucléaire au monde mais retourna de 1994 à 1996 ses armes nucléaires stratégiques à la Russie pour qu'ils soient démantelés en application du Mémorandum de Budapest Estimated Russian (CIS) Nuclear Stockpile, septembre 1994.
De même, le Kazakhstan possédait le quatrième plus gros arsenal nucléaire au monde, mais il choisit le désarmement nucléaire total en retournant toutes ses armes nucléaires à la Russie.
Stratégie Dans sa première doctrine militaire de 1993, la fédération de Russie s’est réservé, explicitement, le droit d’employer en premier l’arme nucléaire. La doctrine militaire stipulait cependant que tout emploi, même limité, des armes nucléaires pourrait provoquer une escalade et avoir des conséquences dévastatrices. Dans celle de 2000, cette mention est absente, et on y lit que les armes nucléaires sont utilisables dans le cadre d’un conflit majeur ainsi que dans le cadre d’une guerre régionale. De plus, dans la même période, le débat doctrinal a évolué vers la possibilité pour les forces russes d’effectuer des frappes nucléaires limitées en cas d’incapacité de ses forces conventionnelles à résister à l’adversaire dans un conflit classique. La frappe nucléaire limitée, ayant pour objectif d’infliger à l’attaquant un dommage soigneusement calculé, , doit permettre la désescalade d’un conflit conventionnel. Les scénarios des manœuvres militaires , qui ont eu lieu en juste après la guerre du Kosovo, constituèrent une illustration de cette approche : des bombardiers stratégiques russes y réalisaient des frappes limitées contre des cibles dans plusieurs pays de l’OTAN.
Lutte contre la prolifération
Depuis la fin de la guerre froide, la sécurité de ces installations est devenue déficiente au point de présenter des risques de prolifération nucléaire.
Cela a incité les États-Unis à mettre en œuvre depuis 1991 un visant à réduire le stock de matières fissibles et à le sécuriser.
Déploiement vignette|TEL de missile balistique intercontinental Topol-M en 2010. Ce missile est entré en service en 2009. Tableau récapitulatif de l'avancée du Mémorandum d'entente de START-1 en START au janvier 2008, cdi.org, START au janvier 2009, state.gov et START au juillet 2009, state.gov.
Date ICBM, SLBM et bombardiers lourds ICBM lourds Ogives (ICBM, SLBM et bombardiers lourds) Ogives (ICBM et SLBM) Ogives (ICBM sur lanceurs mobiles) Ogives (ICBM lourds) Puissance (ICBM et SLBM) (Mt) janvier 2008 848 104 207 2 373,5 janvier 2009 814 104 195 2 301,8 juillet 2009 809 104 191 2 297,0
Début 2011, le estime que sont déployés emportant , que la marine russe déploie mer-sol balistiques stratégiques emportant à bord de dix sous-marins opérationnels, un onzième étant en essais, que pouvant emporter sont en service et plus de tactiques - essentiellement des missiles surface-air - sont en réserve.
Début 2016, l'estimation est de emportant , mer-sol balistiques stratégiques emportant à bord de , pouvant emporter et tactiques (environ 760 à bord de navires, environ pour avions, environ sol-air, environ tactiques sol-sol).
La Russie va dépenser plus de de roubles ( de dollars) pour le renforcement et la maintenance de ses armes nucléaires au cours de la période 2014-2016, le pays prévoyant de mettre à niveau près de 85 % de ses armes nucléaires stratégiques d'ici 2020.
Notes et références
Annexes Articles connexes Histoire militaire de la Russie Histoire militaire de la fédération de Russie
Bibliographie .
Liens externes
Catégorie:Arme nucléaire de l'Union soviétique Catégorie:Complexe militaro-industriel Catégorie:Arme nucléaire russe