Le chaulmoogra est un terme général désignant : tout d'abord une espèce d’arbres, Hydnocarpus kurzii (ou Taraktogenos kurzii King, répertorié au par erreur comme étant le , Kurz.) de la famille des Achariaceae (Flacourtiacées), Le médicament naturel, l'huile soignant la lèpre, produite par ces arbres ainsi que d'autres espèces (Oncoba africain) Les semences des arbres de la famille des Flacourtiacées, contenant des acides chaulmoogriques et hydnocarpiques.
Cette huile a servi dans le traitement de la lèpre, entre la fin du et le début du : les amandes des fruits donnent un liquide à l'origine blanchâtre puis une huile grasse et brune, d'odeur nauséabonde que les Indiens et Chinois utilisaient depuis des millénaires pour guérir les lésions de cette maladie. Elle est toujours très utilisée dans la tradition ayurvédique pour les problèmes de peau.
Hydnocarpus kurzii Étymologie vignette|Hydnocarpus kurzii, Lawachara National Park, Bangladesh L'arbre Hydnocarpus kurzii, (étymologie, du grec uδνον (hýdnon) = éponge und χαρπoς (karpós) = fruit).
L'épithète spécifique kurzii fait référence au botaniste bavarois Wilhelm Sulpiz Kurz (1834-1878).
Noms vernaculaires La plante est nommée Tuvaraka en sanskrit et elle porte des noms multiples suivant les espèces : Chaulmugra (de caul = « riz », et de maugra, = « chanvre ») autre nom sanskrit, Calmogra écrit चौमुगरा en hindi, et en persan, en kannada Chalmogra yenne mara, Mirolhakai, Surti, Suranti, Toratti Sarvolu, Thuvaraka, Kowti, en telugu Neerudu ou Neeradimuthu , en tamil et malaya, Marotti, ourdou Jangali Badam, Kalaw, Kalawsoet Maikrabao en birman, Assam Memtam, Lamtami, 毯利大風子 en chinoisLes différents noms de l'Hydnocarpus.
Le terme « chaulmoogra » désignait plusieurs arbres de cette famille des Hynocarpi. Le Krabao (krabau) désigne le fruit de l Hynocarpus Anthelminthica et au Cambodge le chaulmoogra.
Confusion avec le Gynocardia Les savants ont longtemps cherché quelle variété d' Hydnocarpus produisait la meilleure huile médicinale, jusqu'à la découverte du Taraktogenos Kurzii en Birmanie par le Rock, en 1920 et encore ensuite dans les années 1930 car les huiles vendues sur les marchés sous ce nom étaient en réalité souvent une huile falsifiée composée d'huile des graines de variétés différentes dhydnocarpus : Le véritable « chaulmoogra » (huile et médicament) provient de l'espèce Hydnocarpus kurzii (King) assimilé au Taraktogenos kurzii (King), arbre désigné en birman par le mot Kalaw de la famille des Flacourtiacées, dont les fruits ressemblent à de grosses oranges, Tuvakara en sanskrit et médecine ayurvédique.
Découverte Découvert en Birmanie par Wilhelm Sulpiz Kurz qui le décrit Forest Flora of British Burma (1868) puis par Joseph Rock en 1920. Non réglementé, originaire de l'Inde et de Birmanie, il pousse aujourd'hui après importation au Japon, au Viêt Nam et au Sri Lanka, Philippines, Brésil, à La Réunion, Hawaï, à Java et bien d'autres endroits. Sa présence au Yunnan (Chine) n'est pas confirméeLai (FRPS 52(1): 9.
Variétés de chaulmoogras Par extension le « chaulmoogra » (médicament) désigne aussi l'huile médicinale produite par d'autres arbres que le Taraktogenos kurzii et différentes variétés d' , (Hydnocarpaceae, Hydnocarpus pentandra, Hydnocarpus alcalae, Hydnocarpus anthelmintica, Hydnocarpus castanea, Hydnocarpus ilicifolia, Hydnocarpus pentandra, Hydnocarpus venenata, Hydnocarpus wigthiana, etc.), Asteriastigma macrocarpaKopp, André, 1924., Carpotroche, Caloncoba, Oncoba echinata, Lindackeria, Mayna Dos Santos, 2008. etc.
Histoire thumb|Rama dans la forêt. Peinture Pahari de style École de Kangra, réalisée entre 1780 et 1810.
Légende Selon une légende birmane, à l'époque pré-bouddhique un prince birman contracta la lèpre et vit soudain le fruit de cet arbre, il se traita avec les feuilles et les fruits comestibles de l'arbre kalaw (ou kalawathi) et fut guéri de la lèpre par ce remède. Selon une autre légende hindoue, Rāma, dieu de Bénarès, contracta la lèpre. Il s'enfuit dans la forêt où il découvrit un arbre appelé Kalaw, qui le guérit ainsi qu'une jeune fille du nom de Piya, du clan Shakya réfugiée elle aussi dans la jungle, qu'il soigna ainsi, elle devint son épouse et lui donna seize paires de jumeaux. Rama fonda alors une ville nouvelle, Kalawagara. Cet arbre aurait été selon la légende, à l'origine du genre Hydnocarpus dont plusieurs espèces guérissent de la lèpre.
Pharmacopée Cette huile est aussi mentionnée dans les textes Ayurvediques et dans le Rig Veda. L'arbre se trouve cité dans différents livres anciens de médecine et de pharmacie, comme dans le chapitre XIII du Sushruta Samhita de Sushruta où il est identifié au Tuvaraka , Tuvara signifiant « astringent » Tuwarka ou Haritaki = H.Laurifolia SU 45 122. : une huile extraite du « Tuvaraka » est administrée oralement ou en application externe dans le traitement de la kushtha nom indien de la lèpre ou sur les yeuxLepromuseum : Texte du passage sanskrit où est cité cet arbre. Le livre birman Maha-win-vatthu y fait aussi allusion. Le lèpre en Chine est appelée Ta-Ma-Fen-Ping et le chaulmoogra Ta-Fung-Chi , ( le mot Ta-Fong-Tseu désigne tous les chaulmoogras) ce qui signifie « semence de la grande maladie » . Il est mentionné pour la première fois par Tchou Tan Ki au . On le trouvait dans l'herbier de l'empereur Shennong le Shennong bencao jing ou Shen nung pen ts´ao king. Dans la pharmacopée chinoise, le Ta Feng Tseu aurait été composé d'un mélanges de graines d'arbres d'espèces différentes : Hydnocarpus anthelmintica, Taraktogenos kurzii, Tribulus terrestris, Cannabis indica. Le Pen-ts'ao-kang-mu au ), Li Chi Chen mentionnent les graines de Likrabo. D'après le Pien-TsaoPen-ts'ao-yen-yi-pou-yi de Tan ki 1380) les graines du Lu-Brako étaient importées du Royaume du Siam. Les Chinois l'importaient aussi de Java.Tchou Tan KiTan Ki Sien Cheng, ou maître Tan Ki Évolution de la Matière Médicale Chinoise par Huard et Wong, Leiden, EJ Brill, 1958. mit très en valeur l'emploi du chaulmoogra de l' hynocarpus anthelminthica en pharmacie. En 1863 dans son livre sur la médecine chinoise traditionnelle, La Médecine chez les Chinois Philibert Dabry de Thiersant indique deux fois le chaulmoogra, pour guérir la gale et pour guérir la lèpre « Le deuxième jour : tchoui-jong-san. — Ta-houang yukin, tsao-kio-tsee ; pulvériser et en boire (20s) dans huile de ta-fong-tsee auquel on ajoutera salpêtre et du vin. Ne manger que du miel; avoir soin de se coucher après avoir pris ce remède» . La pharmacopée The Bengal Dispensatory (1841), la British Pharmacopeia et la première édition de la Farmacopéia Venezuelana (1898) incluront le chaulmoogra.
Botanique Le livre du botaniste hollandais Hendrik van Rheede Tot Draakenstein , (1678) : Vertus de l'Hydnocarpus Pentendra ou Marotti : L'huile extraite des graines de ses fruits, est bonne pour calmer la douleur, guérit le corps scabieux et les parties affectées par un prurit, par son onction. De même cette huile est salutaire aux yeux infectés par les humeurs, qui pleurent beaucoup. L'huile mélangée à la cendre est bonne pour les abcès des juments. Son fruit est appelé sur la côte de Malabar Palega, et les graines broyées tuent les vers dans les ulcères des pieds des hommes par son onction Joseph Gaertner, en 1788, cite lHydnocarpus dans son De fructibus et seminibus plantarum mais non ses vertus médicinales : il souligne juste que les graines donnent des vomissements. Cité aussi dans l'encyclopédie sino-japonaise Wakan sansai zue (1713) et le dictionnaire Makhzan-al-Adwiya (1771) Source : Chaulmoogra oil as scientific knowledge: the construction of a treatment for leprosy Fernando Sergio Dumas dos SantosI; Letícia Pumar Alves de Souza II; Antonio Carlos Siani. En 1815, le naturaliste William Roxburgh identifie dans sa Flore indienneFlora indica, or, Descriptions of Indian plants by William Roxburgh le Kalaw comme Chaulmoogra odorata dans son catalogue des arbres du Jardin botanique de la Compagnie des Indes de Calcutta mais il les confond avec un autre arbre soignant la lèpre, le Sir David Prain directeur du Jardin de Calcutta découvre ensuite l'origine botanique du véritable arbre donnant le chaulmoogra, le Taraktogenus Kurzii King. Cependant dans le commerce, on vendait comme huile de chaulmoogra des huiles provenant de graines de différents Hydnocarpi. En effet, les bêtes féroces, tigres, panthères, léopards se nourrissaient de ces fruits et abondaient aux alentours des arbres Taraktogenos : les indigènes devaient donc partir en groupe de ne ramassaient que le fruits ou les graines tombées à terre, en quantité insuffisante : elles étaient donc souvent mélangées à d'autres graines ensuite dans la fabrication de l'huile chaulmoogra ce qui induisait les chercheurs en erreur. Des recherches entreprises par M. Prain, attaché au Jardin botanique de Calcutta prouvèrent que l'huile et les graines de chaulmoogra étaient celles d'un arbre décrit par un botaniste voyageur, Wilhelm Sulpiz Kurz, qui avait décrit la Flore de forêts birmanes ;: Kurz décrit deux Hydnocarpus birmans, l''' Hydnocarpus castanea et l' Hydnocarpus Heterophyllum ou ka-law-hso qui pousse dans le Martaban le Tenasserim et le Pegu Yomah Forest Flora of British Burma page 77 (1877) W Kurz synonyme de Gynocarda Prainii du nom de M. Prain « Hydnocarpus heterophyllus Kurz (non Blume) Forest Flor. Brit. Burma, 1 (1877), = Gynocardia Prainii Desprez ou Vrai chaulmoogra » Revue internationale de botanique appliquée et d'agriculture tropicale (1922) .. Le botaniste Sir George King lui donna son nom : Taraktogenus kurzii King.
Chimie Le chaulmoogra a été étudié par Frédéric Belding Power des Laboratoires chimiques Wellcome et par Frank Gornall qui découvrirent l'acide chaulmoogrique en étudiant le chaulmoogra du Taraktogenos Kurzii King trouvée au marché, isolé de l'huile, puis lacide hydnocarpique : on en fit des dérivés appelés « chaulmoogriques » comme les éthers éthyliques, acétylés, iodés comme l'antiléprol. Il découvrit que le Gynocardia odorata, qu'on pensait jusqu'alors être à l'origine de l'huile de chaulmoogra, ne contenait en réalité aucun de ces deux acides et portait à tort le nom de chaulmoogra à la suite d'une erreur d'étiquetage au : on avait ensuite produit de l'huile de Gynocardia et de l'acide gynocardique ou « faux chaulmoogra » et non de l'huile d'Hydnocarpus'(Taraktogenos) ou « vrai chaulmoogra » lequel contient seul deux acides gras, l'acide chaulmoogrique et l'acide hydnocarpique efficaces contre la lèpreLXXXVI.—The constitution of chaulmoogric acid .- J. Chem. Soc., Trans., 1904, 85, 851 - 861, DOI: 10.1039/CT9048500851 et The constituents of chaulmoogra seeds Par Frederick Belding Power, Frank H. Gornall.
La « chasse au Chaulmoogra tree » Travaux préparatoires thumb|left|Ball, Alice Augusta en 1915, diplômée en Sciences au Collège de Hawaï En 1901, Sir David Prain identifia le chaulmoogra dans un bazar de Calcutta, les pharmacies de Paris et de Londres comme venant du Taraktogenus kurzii King. On cherchait en effet de quelle espèce de cet arbre provenait la véritable huile de chaulmoogra, qu'on trouvait en Chine et ailleurs sur les marchés, puisque l'espèce voisine dite Gynocardia ne produisait que de l'acide gynocardique. En 1915, Alice Ball, de l'université d'Hawaï, identifie les substances chimiques de cette huile, des éthyls esters dérivés des acides gras et fait la première cure contre la maladie de Hansen après extraction de l'huile de chaulmoograhawai.edu : Alice Augusta Ball en 2000, un taraktogenos du Jardin des Plantes de Hawaï a été nommé « Alicia Ball » en son honneur.. En 1918, le Arthur Dean, président de l'université d'Hawaï, poursuivit les travaux d'Alice Ball, morte prématurément, et produisit une huile de chaulmoogra susceptible de guérir la lèpre.
L'expédition thumb|Joseph Francis Rock thumb|left|Birmanie, jungle, Mandalay
thumb|Hunting the chaulmoogra tree, N.G. 1922