vignette|Couverture de Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez Le boom latino-américain (espagnol : boom latinoamericano) est un phénomène littéraire des années 1960 et 1970 apparu lorsque les travaux d'un groupe de relativement jeunes romanciers d'Amérique latine ont été largement diffusés en Europe et dans le monde.
Le « boom » est plus étroitement associé aux Argentins Julio Cortázar et Ernesto Sábato, aux mexicains Carlos Fuentes et Juan Rulfo, au péruvien Mario Vargas Llosa, au colombien Gabriel García Márquez, au chilien José Donoso, au cubain Guillermo Cabrera Infante, à l'uruguayen Juan Carlos Onetti. Influencés par le modernisme européen et nord-américain, mais aussi par le mouvement Vanguardia latino-américain, ces écrivains contestèrent les conventions établies de la littérature latino-américaine.
Le « réalisme magique » (realismo mágico)
Le « réalisme magique » latino-américain reste pour beaucoup de personnes une manière efficace de représenter un monde ibéro-américain multiculturel. En effet, ce mouvement consiste à donner des dimensions merveilleuses, irréelles et exagérées de la réalité quotidienne, de façon que les personnages et le lecteur passent du réel au magique sans même s'en rendre compte.
Par ailleurs, la définition du realismo mágico latino-américain doit être distingué du réalisme magique français.
Histoire : une chronologie du boom Réceptions La chronologie présente les œuvres principales du boom latino-américain par ordre de parution. Elles sont sélectionnées sur deux critères : elles ont permis à des écrivains d'atteindre la notoriété internationale (la réception est essentielle dans l'histoire du boom), et d'être rattachés au boom par les thèmes traités et par leur écriture. Cette chronologie offre une synthèse de différentes sources, internationales et françaises, repérées par des indications graphiques : (*), (CRE), (PRG), (PME), (BI) dont les significations sont données.
Réception internationale Sont précisés les lauréats du Prix Nobel de littérature et du Prix Cervantes espagnol (créé en 1976) qui reconnaissent des trajectoires littéraires complètes (et non un livre particulier). (*) : Les livres marqués par un astérisque sont issus d'une étude (2011) à la fois historique et bibliométrique de Carolina Ferrer« Le boom du roman hispano-américain, le réalisme magique et le post modernisme — Des étiquettes et des livres » de Carolina Ferrer, in Art et Politique — La Représentation en jeu, dirigé par Lucille Beaudry, Carolina Ferrer et Jean-Christian Pleau, Presses de l'Université du Québec, 2011. Carolina Ferrer est professeure au Département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal. Le chapitre cité donne une synthèse de plusieurs études sur le sujet. Carolina Ferrer a effectué une étude bibliométrique, aussi sont cités tous les auteurs ayant fait l'objet d'un grand nombre de publications critiques (voir le tableau 2 de l'article cité). qui prend en compte les travaux de plusieurs auteurs de référence, dont : un essai (1972) du critique uruguayen très influent Emir Rodriguez MonegalAlors professeur à l'université Yale, Emir Rodriguez Monegal est l'auteur d'un essai de référence : El boom de la novela latinoamericana. Ensayo, Caracas, Tiempo Nuevo, 1972, cité par Carolina Ferrer. Emir Rodríguez Monegal a dirigé la revue ; en 1972, il est déjà l'auteur du Borges par lui-même de la Collection « Écrivains de toujours » (Microcosme, Éditions du Seuil, 1970) ; une photo du site artedelapalabra montre Mario Vargas Llosa, Carlos Fuentes, Juan Carlos Onetti, Emir Rodríguez Monegal et Pablo Neruda ensemble ; pour une bio-bibliographie détaillée voir la page Emir Rodríguez Monegal sur Wikipedia en anglais. ; Histoire personnelle du "boom" (1972) de l'écrivain chilien Jose Donoso José Donoso, Historia Personal del « boom », Editorial Anagrama, Barcelona, 1972. ; un article de synthèse (1994) de l'universitaire Donald L. ShawDonald L. Shaw, "Which was the first novel of the boom?", Modern Language Review, vol. 89, , 1994 ; cité par Carolina Ferrer (voir la bibliographie).. (CRE) : cette indication marque les livres qui sont cités dans « Les cent meilleurs romans en espagnol du XXe siècle » choisis par les lecteurs et les critiques d'El Mundo ()Voir El Mundo : Lista completa de las 100 mejores novelas en castellano del siglo XX.. (PRG) : cette indication marque les livres qui ont obtenu le prix littéraire de réputation internationale Rómulo Gallegos (créé en 1967, initialement attribué tous les cinq ans, puis tous les deux ans à partir de 1987)Une histoire du prix Rómulo Gallegos sur le site elcomercio.pe.. Est précisé si des romans ont été lauréats de prix littéraires espagnols réputés comme le prix Biblioteca Breve du roman (première période, 1958-1972, prix créé par les très actives éditions Seix Barral de Barcelone), et le prix espagnol de la critique quelquefois attribués à des écrivains latino-américains. D'autres titres sont suggérés par des textes de synthèse, comme la notice « The 20th century > The "boom" novels » de l'Encyclopaedia Britannica, et des articles : par l'écrivain péruvien Iván ThaysSur les femmes et les oubliés du boom, voir : Iván Thays Las mujeres del boom., par le romancier mexicain Jorge VolpiJorge Volpi,« Un virus planetario » (El Pais, 2012). et par les journalistes Paulo A. ParanaguaLes cinquante ans du « boom » du roman hispano-américain par Paulo A. Paranagua, journaliste au Monde. et David SosaVoir de David Sosa sur le site martinoticias.com : « Un club literario para caballeros a la izquierda ».. Voir aussi Portraits et propos recueillis par Luis Harss et Barbara Dohmann (1966, trad. Gallimard, 1970)Voir la chronique publiée par La Quinzaine littéraire en novembre 1970 lors de la sortie du livre et le Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine de Mario Vargas Llosa (2005) cités dans la bibliographie.
Réception française (PME) : cette indication marque les livres qui ont obtenu un prix littéraire français : (PME1) pour le Prix du Meilleur livre étranger (créé en 1948) ; (PME2) pour le Prix Médicis étranger (créé en 1970). (BI) : cette indication marque les livres cités parmi les 49 meilleurs romans de « La littérature hispano-américaine » et de « La littérature lusitanienne » de La Bibliothèque idéale (1992)La Bibliothèque idéale dirigée par Pierre Boncenne avec Alain Jaubert et Hughes de Kerret, préface de Bernard Pivot, nouvelle édition, 1992, « La Pochothèque », Albin Michel et Librairie générale française. qui ne cite qu'un seul titre par auteur.
Organisation de la chronologie et périodisation Tous les romans (écrits par des auteurs du boom) distingués par les études historiques, littéraires ou universitaires, et par les prix littéraires sus-nommésLe boom étant d'abord un phénomène de réception internationale, les prix nationaux ne sont pas considérés (par exemple : un prix chilien attribué à un écrivain chilien), seuls sont considérés les prix internationaux (comme les prix espagnols ou français attribués à un latino-américain)., sont cités dans la chronologie. Lors de la première apparition d'un auteur, sont précisés : ses dates, son pays d'origine, ses reconnaissances internationales. Cette chronologie propose plusieurs périodes ; la date de naissance du boom et les dates de transition sont discutéesOn pourra lire des discussions sur le choix des périodes sur les pages :es:Boom latinoamericano de Wikipedia en espagnol ou :en:Latin American Boom de Wikipedia en anglais. et ne sont qu'indicatives.
Précurseurs — 1920 à 1949 — Borges - Ocampo - Asturias - Carpentier Avant le boom proprement dit, il y a l'apport des précurseurs, de 1920 à 1949 : 1924 : Ifigenia de Teresa de la Parra (1989-1936, Venezuela) 1924 : La vorágine de José Eustasio Rivera (1988-1928, Colombie) 1929 : Doña Bárbara de Rómulo Gallegos (1984-1969, Venezuela) 1929 : Memorias de Mamá Blanca de Teresa de la Parra 1930 : Légendes du Guatemala de Miguel Ángel Asturias (1899-1974, Guatemala, Prix Nobel de littérature en 1967) 1931 : Les lances rouges de Arturo Uslar Pietri (1906-2001, Venezuela, Prix Princesse des Asturies en 1990, Prix Rómulo Gallegos en 1991) 1933 : Écue-Yamba.O. Alejo Carpentier (1904-1980, Cuba, Prix Cervantes 1977) 1934 : La Fosse aux Indiens de Jorge Icaza (1906-1978, Equateur) 1934 : Canaïma de Rómulo Gallegos 1935 : Histoire universelle de l’infamie de Jorge Luis Borges (1899-1986, Argentine, Prix Cervantes 1979) 1938 : Tala de Gabriela Mistral (1988-1957, Chili, Prix Nobel de littérature en 1945) 1940 : L'Invention de Morel (*) d'Adolfo Bioy Casares (1914-1999, Argentine, Prix Cervantes 1990) 1941 : Vaste est le monde (BI) de Ciro Alegría (1909-1967, Pérou) 1944 : Fictions (*, CRE) de Jorge Luis Borges 1944 : Papiers de Nouveau venu et Continuation du Rien (*) de Macedonio Fernández (1874-1952, Argentine) 1940 : Plan d'évasion (*, PME1) d'Adolfo Bioy Casares 1946 : Monsieur le Président (*, CRE, PME1, BI) de Miguel Ángel Asturias 1947 : Demain la tempête (*) d'Agustín Yáñez (1904-1980, Mexique) 1948 : Autobiografía de Irene (nouvelles, in Faits divers de la terre et du ciel) (BI) de Silvina Ocampo (1903-1993, Argentine) 1948 : Adán Buenosayres de Leopoldo Marechal (1900-1970, Argentine) 1948 : Le Tunnel (BI) d'Ernesto Sábato (1911-2011, Argentine, Prix Cervantes 1984) 1949 : L'Aleph de Jorge Luis Borges 1949 : Le Royaume de ce monde (*) d'Alejo Carpentier
Naissance du boom — 1949 à 1961 — Onetti - Rulfo - Arguedas Le début du boom peut être défini par la parution d'Homme de Maïs de Miguel Angel Asturias en 1949 ou de La Vie brève d'Onetti en 1950Ces deux dates viennent des discussions du critique Donald L. Shaw (voir : "Which was the first novel of the boom?", Modern Language Review, vol. 89, , 1994, et la bibliographie) ; la première date est retenue par la page de Wikipedia en espagnol ; la seconde date est retenue par Carolina Ferrer (voir la bibliographie). : 1949 : Homme de Maïs (*, CRE) de Miguel Angel Asturias 1950 : La Vie brève (*, BI) de Juan Carlos Onetti (1909-1994, Uruguay, Prix Cervantes 1980) 1953 : Le Partage des eaux (*, PME1, BI) (ou : Les Pas perdus) d'Alejo Carpentier 1953 : Le Llano en flammes (nouvelles) de Juan Rulfo (1917-1986, Mexique) 1954 : Les Adieux (*) de Juan Carlos Onetti 1954 : Le Songe des héros (*) d'Adolfo Bioy Casares 1955 : Pedro Páramo (*, CRE, BI) de Juan Rulfo 1957 : Couronnement de José Donoso (1924-1996, Chili) 1958 : La Plus Limpide Région (*, BI) de Carlos Fuentes (1928-2012, Mexique, Prix Cervantes 1984) 1959 : Œuvres complètes et autres contes d'Augusto Monterroso (1921-2003, Guatémala et Mexique) 1959 : Les Fleuves profonds (*, BI) de José Maria Arguedas (1911-1969, Pérou) 1959 : Hijo de hombre d'Augusto Roa Bastos (1917-2005, Paraguay, Prix Cervantes 1989) 1959 : Les Armes secrètes (nouvelles) de Julio Cortázar (1914-1984, Argentine et France) 1960 : La Trêve (CRE) de Mario Benedetti (1920-2009, Uruguay) 1960 : Chronique de San Gabriel de Julio Ramón Ribeyro (1929-1994, Pérou) 1961 : Les Gagnants (*) de Julio Cortázar
Écrivains brésiliens — Guimarães Rosa - Amado - Lispector L'essai de Emir Rodriguez Monegal, qui a servi de première source à cette chronologie, ne prend pas en compte les romanciers de langue portugaise. On peut cependant distinguer des écrivains brésiliensComme le reconnaît la page :es:Boom latinoamericano de Wikipédia en espagnol, ou la présence de João Guimarães Rosa au générique du livre de référence publié en 1970 par Luis Harss et Barbara Dohmann dans la collection historique "La Croix du Sud" (Gallimard) (voir la bibliographie). Mario Vargas Llosa donne des portraits très élogieux de Jorge Amado et João Guimarães Rosa dans son Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine (voir la bibliographie) ; l'édition française de Diadorim est préfacée par Vargas Llosa. Pour Clarice Lispector, voir : Iván Thays, « Las mujeres del Boom ». :