En France, un lycée de jeunes filles était un établissement public d'enseignement secondaire. Institués par la loi Camille Sée de 1880, les lycées publics de jeunes filles ont existé jusqu'aux années 1960 avant que la mixité ne se généralise dans tous les lycées de garçons comme de filles qui deviennent alors des « lycées mixtes » puis des « lycées » et enfin des « lycées régionaux ».

Historique en France Avant 1880 thumb|right|upright=0.70|Julie-Victoire Daubié âgée de 37 ans en 1861.

Sous l’Ancien Régime, diverses institutions permettent l’éducation de jeunes filles nobles de bonnes conditions mais pauvres, comme la Maison royale de Saint-Louis, à Saint-Cyr, ou des enfants des serviteurs, dans les locaux de l’actuel lycée Hoche de Versailles. Sous le Premier Empire, la Maison d'éducation de la Légion d'honneur assure une vocation similaire.

Les lycées de garçons, institués par la loi du , sont alors les seuls établissements d'enseignement habilités à préparer leurs élèves au baccalauréat. Leur nombre passe de 36 en 1812 à 46 en 1843 puis 81 en 1868.

Les rares jeunes filles ou femmes qui désirent alors se présenter au baccalauréat doivent s'y préparer par leurs propres moyens notamment en recourant aux leçons particulières données par les enseignants hommes (professeurs agrégés, maîtres et chargés de cours) des lycées de garçons. Ne peuvent donc s'y présenter que celles manifestant de réelles aptitudes, à la volonté suffisamment affirmée et aux parents à la fois compréhensifs et fortunés. Cette situation, officiellement, durera jusqu'en 1924.

Victor Duruy, par la loi du , avait organisé des écoles primaires de filles. Par la circulaire du , il ébauche l'enseignement secondaire féminin. Mais l'organisation des cours est laissé au bon vouloir d'initiatives privéesFrançoise Mayeur, L’Éducation des filles en France au siècle, éd. Hachette, 1979 , p 130. : L’égalité entre filles et garçons dans les écoles et les établissements, Inspection générale de l’éducation nationale, rapport 041, mai 2013..

C'est Julie-Victoire DaubiéVéronique André-Durupt, Julie-Victoire Daubié la première bachelier, Amis du Vieux Fontenoy, Épinal, 2011. (1824-1874), de Fontenoy-le-Château, qui est la première Française à se présenter aux épreuves du baccalauréat jusque-là réservées, par l'usage, à la seule gent masculine. Elle s'inscrit à la faculté de lettres de Lyon, où elle compte de solides appuis, pour présenter les épreuves du baccalauréat. Le jury, entièrement masculin, la déclare reçue le au baccalauréat ès lettresFrancisque Bouillier, « Une femme bachelière ès lettres », Le Salut public, 23 août 1861.. Elle fut également la première Française à obtenir une licence ès lettres en Sorbonne le alors qu'elle était une journaliste économique à la réputation depuis longtemps établie en Europe. Sa vie témoigne de son combat pour le droit de vote des femmes comme pour leur accès à l'éducation et à l'enseignement supérieur au même titre que les hommes.

Débats sur l'instruction des jeunes filles en 1880 thumb|right|upright=0.75|Jules Ferry C'est après la victoire des républicains aux élections de 1879 et sous le premier ministère Jules Ferry (président du Conseil et ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts) que la proposition de loiProposition de loi déposée par Camille Sée le 28 octobre 1878 devant la Chambre des députés sur le site de la Bibliothèque nationale de France : gallica.bnf.fr. du député Camille Sée, « sur l'enseignement secondaire des jeunes filles », est discutée et amendée par la Chambre des députés et Le Sénat.

Dans l'exposé des motifs, le député Camille Sée précise ainsi sa position et celle de ses amis républicains qui font partie avec lui de l'entourage de Jules Ferry : « […] On ne voit pas que les femmes, membres comme nous de la société politique, nos égales, puissent être laissées de côté, quand l'État fait de lourdes dépenses pour l'instruction secondaire et supérieure des garçons. […] Tant que l'éducation des femmes finira avec l'instruction primaire, il sera presque impossible de vaincre les préjugés, les superstitions, la routine. Les femmes, quoi qu'on fasse, dirigent les mœurs, et c'est par les mœurs, plus encore que par les lois, que se font les peuples. » « […] Peu à peu l'habitude s'est introduite, parmi les jeunes filles riches, de passer l'examen d'institutrice. Elles ont leur diplôme de capacitéBrevet élémentaire ou brevet supérieur relevant de l'enseignement primaire et ne permettant pas d'accéder aux universités comme le baccalauréat., comme leurs frères ont leur diplôme de bachelier; et quelques-unes même, prises d'émulation passent l'examen de bachelier avec succès. » « Il ne s'agit ni de détourner les femmes de leur véritable vocation, qui est d'élever leurs enfants et de tenir leurs ménages, ni de les transformer en savants, en bas-bleus, en ergoteuses. Il s'agit de cultiver les dons heureux que la nature leur a prodigués, pour les mettre en état de mieux remplir les devoirs sérieux que la nature leur a imposés. » « Nous proposons de commencer par établir, dans de très grandes villes, un nombre restreint de collèges de jeunes filles. »

thumb|right|upright=0.70|Camille Sée Dans son rapportRapport de Camille Sée sur le site de la bibliothèque nationale de France : gallica.bnf.fr., présenté au nom de la commission nommée pour étudier sa proposition de loi, Camille Sée compare l'enseignement secondaire des jeunes filles en France à celle de nombreux autres pays dont certains sont en avance dans ce domaine comme les États-Unis et l'Allemagne. Et il fait notamment référence au « principe de l'égalité de l'homme et de la femme devant l'instructionAnalyse de ce principe d'égalité par Camille Sée sur le site de la Bibliothèque nationale de France : . »… tel qu'il est appliqué ou non aux États-Unis, en Italie, en Russie, en Hollande, en Angleterre, en Écosse, en Autriche, en Suède, en Norvège, en Grèce et en France.

Avec Jules Ferry et Camille Sée notamment, les protagonistes de cette proposition de loi de 1880 (revue et corrigée par les députés et sénateurs) ont une double volonté. D'abord, évidemment, celle de promouvoir — pour une minorité de jeunes filles notamment d'origine bourgeoise — une éducation secondaire publique et laïque mais non gratuiteUne contribution financière dûment tarifée et modulée selon la classe fréquentée (enfantine, primaire, secondaire 1e période ou ) et la catégorie de l'élève (externe, demi-pensionnaire ou interne) sera demandée aux parents des élèves non boursières jusqu'en 1933. Mais la gratuité instaurée ainsi que la laïcité seront supprimées par le Régime de Vichy de 1940 à 1944 avant d'être rétablies à la Libération par le gouvernement provisoire de la République (GPRF) présidé par Charles de Gaulle. pour entamer le quasi-monopole qu'exerçaient jusqu'alors les établissements secondaires privés surtout religieux. Mais leur deuxième volonté est d'exclure de ces lycées publics de jeunes filles l'enseignement des langues anciennes (grec et latin). Ils expriment ainsi leur farouche opposition à ce qu'elles puissent accéder aux humanités classiques et donc au baccalauréat où une bonne connaissance du latin est indispensable même pour le baccalauréat scientifique. Ils sont donc favorables à l'instruction publique des jeunes filles à condition que celles-ci ne viennent pas concurrencer la gent masculine et notamment les hommes de la bourgeoisie dans leurs activités et professions réservées. Ces protagonistes de l'instruction publique et laïque des filles ne s'en sont d'ailleurs jamais cachés et Camille Sée, dans ses déclarations officielles, a été très clair à ce sujet. Pour commémorer le vote de sa proposition de loi, celui-ci a même fait graver une médaille sur laquelle il a fait inscrire la sentence « Virgines futuras virorum matres respublica docet » à savoir « La République instruit les jeunes filles qui seront les mères des hommes ».

Les cours sont donc différents de ceux des garçons et ne préparent pas au baccalauréat : une leçon de morale remplace la philosophie, les sciences sont à peine survolées et la littérature est expurgée. Une place importante sera en revanche donnée aux cours d'économie domestique et de coutureMartine Fournier, « L'irruption des bachelières », Sciences humaines, 305, juillet 2018, p. 9..

La loi dite Camille Sée du 21 décembre 1880 La loi sur l'enseignement secondaire des jeunes filles proposée par le député de la Seine Camille SéeLes neuf articles de la loi dite Camille Sée du sont lisibles au bas de la page 434 et sur la page 435 du site de la Bibliothèque nationale de France : gallica.bnf.fr. a été promulguée le par le président de la République Jules Grévy et contresignée par Jules Ferry président du conseil et ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts. Conformément au décret puis aux arrêtés ministériels d'application de ladite loi, notamment ceux du signés par le ministre Paul Bert, « les établissements publics d'instruction secondaire pour les jeunes filles sont ou des lycées de l'État ou des collèges communaux ». Dans ces lycées de jeunes filles, les élèves admises sur examen à la première des cinq années d'instruction secondaire devront être âgées au minimum de douze ans révolus. Ces cinq années d'études secondaires sont alors réparties en deux périodes. La première comprend les trois premières années dont les enseignements et les horaires sont précisés ci-après.

thumb|left|upright=0.70|Jules Grévy thumb|right|upright=0.55|Paul Bert

À la fin de chacune de ces deux premières années d'études, les lycéennes doivent réussir un examen de passage pour prétendre passer dans la classe supérieure. À la fin de leur troisième année, les élèves peuvent alors se présenter au « Certificat d'études secondaires » (CES) qui leur permet, pour celles qui le souhaitent, d'accéder à la classe de quatrième année.

En 1895, aux enseignements de troisième année précisés par l'arrêté de 1882, se sont ajoutés les enseignements de « gymnastique », de « travaux à l'aiguille » et d' « histoire de l'art » tels qu'ils sont notés ci-dessus sur le diplôme du Certificat d'études secondaires (CES) délivré en 1895. Elles ont aussi la possibilité de passer le « Brevet élémentaireBrevet élémentaire redéfini par le décret du 4 janvier et l'arrêté du et repris par la loi du . Voir : gallica.bnf.fr. » (BE) qui ressortit lui à l'enseignement primaire et qui permet alors d'y enseigner. Les jeunes filles et donc les femmes qui en sont titulaires peuvent être recrutées comme institutrices (d'abord remplaçantes) dans le public comme dans le privé voire ouvrir et diriger un cours privé par exemple de classes enfantines ou élémentaires. Et à fortiori celles qui sont titulaires du Brevet supérieur.

La seconde période comprend deux années, celle de quatrième puis celle de cinquième année à l'issue de laquelle les élèves peuvent se présenter au « Diplôme d'études secondaires » mais aussi au « Brevet supérieurBrevet supérieur redéfini par le décret du 4 janvier et l'arrêté du et repris par la loi du . Voir : gallica.bnf.fr. » qui ressortit lui à l'enseignement primaire supérieur et permet alors aux jeunes filles d'accéder à des emplois du privé comme à ceux du public. Et, dans le public, non seulement aux postes d'institutrices (d'abord remplaçantes) puis de directrices d'école primaire élémentaire mais aussi à ceux de maîtresses de cours complémentaire ou d'École primaire supérieure (EPS) ainsi qu'à ceux de répétitrices, maîtresses de spécialité, chargées de cours ou membres du personnel administratif des lycées de jeunes filles et enfin à de nombreux postes des autres administrations recrutant par concours ou directement.