Ronald Coase (né le à Willesden, dans la banlieue de Londres, mort le à Chicago Laurence Arnold, « Ronald Coase, Nobel Winner Who Studied Corporations, Dies at 102 », sur bloomberg.com le 2 septembre 2013) est un économiste britannique. Considéré comme le père fondateur de la théorie des coûts de transaction (sous-branche de la nouvelle économie institutionnelle) et lauréat du prix dit Nobel d'économie en 1991, il fait partie des économistes qui ont fait naître l'économie des institutions et les théoriciens de l'analyse économique du droit se référent souvent à ses écrits sur la création de ce courant.

Biographie

Jeunesse et études Ses parents étaient tous les deux employés de posteDominique Roux, Nobel en économie, Economica, , pp.321-332. Enfant doué, il commence par s'orienter vers des études scientifiques, qu'il abandonne pour se consacrer à l'économiePrésentation de la firme, le marché et le droit, Cnam.fr. Il est admis à la London School of Economics, où il rencontre Lionel Robbins et Arnold Plant. Sous l'influence de ces rencontres et de la lecture d'Adam Smith, il change progressivement d'idées politiques et abandonne le socialisme pour se rapprocher du libéralisme Looking for results, Reason, janvier 1997.

Il obtient en 1932 son Bachelor of Science à la LSE. Il est un temps professeur dans son pays natal et commence un travail de recherche sur les entreprises : il obtient une bourse pour étudier les entreprises et industries aux États-Unis. Ces travaux lui inspireront l'article célèbre qu'il publie en 1937, The Nature of the Firm (La nature de l'entreprise)The nature of the firm.

Il obtient un doctorat en économie de l'université de Londres en 1951.

Parcours professionnel Il émigre aux États-Unis la même année pour enseigner à l'Université de Buffalo. Il rejoint en 1958 l'Université de Virginie où il côtoie G. Warren Nutter, James M. Buchanan et Gordon Tullock. L'université est cependant assez peu satisfaite de leur travail et considère qu'ils nuisent à la réputation de l'université. Deux d'entre eux obtiendront pourtant le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel.

Il rejoint enfin le département de droit de l'Université de Chicago en 1964 dont il ne bougera plus par la suite. La même année, il devient rédacteur en chef de la revue Journal of Law and Economics, revue académique étudiant les rapports entre droit et économie. Il y remplaçait Aaron Director.

Il obtient en 1991 le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, communément surnommé « prix Nobel d'économie », .

Il est conseiller du Ronald Coase Institute. Il est membre de la Société du Mont-Pèlerin.

Travaux

L'œuvre de Coase se caractérise par une recherche de simplicité et en particulier le refus de recourir à des modélisations mathématiques complexes. Ainsi, le Financial Times écrivit lorsqu'il reçut le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel : « ce prix pourrait être le début de l'antidote à l'impression largement répandue que les principaux honneurs en économie vont à ceux qui s'intéressent à l'exploration mathématique de chemins de traverse pour leur unique satisfaction personnelle ».

Il développa en particulier les thèmes suivants :

Coûts de transaction Dans son célèbre article The Nature of the Firm (1937), Coase s'attache à répondre à la question suivante : pourquoi émergent dans l'océan de la coopération inconsciente qu'est le marché des îlots de pouvoir conscient que sont les firmes ? Autrement dit, pourquoi existe-t-il des entreprises ?

Selon Coase, le recours au système néoclassique des prix a un coût (remettant en cause l'hypothèse néoclassique d'information parfaite), et ce coût explique la formation de structures collectives comme les entreprises ou les administrations, qui contribuent à la réduction de ces coûts de transaction.

Les exemples-type du coût de transaction, longtemps oubliés par la théorie économique, sont les coûts de prospection afin de rassembler un maximum de prix disponibles sur le marché, le temps nécessaire à la rencontre des clients potentiels et la rédaction du contrat optimal puis sa révision une fois arrivé à son échéance... Le mérite de Coase a été de mettre l'accent sur ces différents obstacles à l'utilisation idéale du système des prix.

« La principale raison qui rend profitable la création d'une entreprise pourrait être qu'il y est coûteux d'utiliser le mécanisme des prix. Le coût le plus évident de l'"organisation" de la production à travers le mécanisme des prix tient à la découverte des prix essentiels. Ce coût peut être réduit, mais non pas éliminé, par l'apparition d'acteurs spécialisés qui vendent cette information. » (The nature of the firm, p. 390, trad. mod.)

Ce passage est cité par Steven Cheung dans The contractual nature of the firm, 1983, page 6. Coase ajoute en note : "l’hypothèse que tous les individus connaissent tous les prix essentiels n’est clairement pas vraie dans le monde réel." (p. 390, n. 4). Une phase capitale pour comprendre sa pensée, sur la base d'une idée assez courante : Oscar Wilde proposait avant Coase l'idée que « Aujourd’hui, chacun sait le prix de toutes choses, et nul ne connaît la valeur de quoi que ce soit ».

Dans l’article de Coase, le problème de l’incertitude et d’une certaine forme de ‘nature humaine’ (Frank Knight, Friedrich Hayek) est dominé par celui de la recherche des prix essentiels ou « naturels » (Adam Smith), qui correspond à une autre forme de ‘nature humaine’, tournée vers l'échange. La situation limite hypothétique dans laquelle tous les prix sont ‘pertinents’ ou 'essentiels' () et donc les coûts de transaction négligeables, est une situation de producteurs et d'acheteurs indépendants, qui ont une bonne connaissance de la valeur et donc des coûts des produits. C’est celle qui est décrite par Cheung à partir d’une situation, empruntée à Smith, dans laquelle tous les échanges sont strictement marchands : "Considérons l’exemple classique de la ‘manufacture d’épingle’, dans laquelle chaque propriétaire de l’ensemble des ressources se spécialise en travaillant sur une seule tâche. Si tous les coûts de transaction étaient nuls, l’acheteur d’une épingle ferait un paiement distinct à chacun des nombreux participants à sa production." (The contractual nature of the firm, p. 4). Un texte qui a des affinités avec les principes du "travail commandé" d'Adam Smith. La conséquence logique est importante : il n'y a pas de différences fondamentales entre coûts de transaction et coûts de production.

Un coût de transaction est l’écart entre le prix fictif d’un service productif infinitésimal, le "prix essentiel" (dont le prix effectif pourrait être représenté par un pourboire) et le prix effectif d’une marchandise. Plus cette dernière sera technicisée, plus le coût de transaction sera élevé. Un régime de faibles coûts de transaction est donc ‘low tech’ (cf. P. Bihouix), ce qui n’implique pas un niveau de richesse faible (‘low life’) : « S’il n’y avait pas de coûts de mesure et d’évaluation des performances [Had there been no costs of measuring and pricing performance], il n’y aurait pas d’entreprise et la valeur des produits collectifs [social outputs] serait maximale. » (Cheung, 1983). L’écart entre les deux prix, c'est le 'coût social' de l’organisation de la production ou la ‘valeur ajoutée’ par celle-ci (au sens de « mehrwert »), qui sont des valeurs d’approximation () des prix essentiels () : « all organization costs are transaction costs, and vice versa. » S. N. S. Cheung, ‘Economic organization and transaction costs’, The New Palgrave, 1987, p. 56. Cette phrase résume l'idée centrale de l'article de Coase : si les entreprises sont des solutions face aux coûts des échanges marchands, face aux problèmes de coordination, elles sont aussi des coûts de transaction et font donc partie du problème. L’attachement, souvent pathologique, à la coopération, aux organisations, à la propriété exclusive (cf. ci-dessous) aux marchandises et éventuellement au confort... sont les coûts de transaction fondamentaux (cf. ‘fétichisme’).

L'article de 1937 avait un contenu politique : dans un monde hypothétique sans coûts de transaction, ‘it is possible to have a private enterprise system without the existence of firms’ (The nature of the firm, 1937, note 1, p. 401). Remarquons que ‘enterprise system’ désigne ici un système de producteurs indépendants, sans salariat et donc sans entreprises (), distinction qui n'est pas anodine car, si l'existence d'un motif de gain est universelle, l'existence de l'entreprise () ne l'est pas (cf. Max Weber). Un monde sans coûts de transaction est donc un monde non capitaliste car sans entreprises (‘without the existence of firms’). Paradoxalement, cette posture tournait aussi le dos au courant du socialisme de marché, qui ne concevait pas le socialisme sans des entreprises et qui était représenté à la LSE par Abba Lerner, qui est resté un ami de longue date de Coase.

La postérité de l'analyse en termes de coûts de transaction a été l'avènement du courant néo-institutionnaliste en économie avec comme figure de proue Steven Cheung (et pas tant Oliver Williamson, ou D. C. North, Prix de la Banque de Suède en sciences économiques).

Théorème de Coase

Il existe un grand nombre de théorèmes de Coase, et chaque économiste a sa version du théorème. Cependant, la version issue du Chicago des années 1960 implique que, quelle que soit l'attribution initiale des droits de propriété entre les participants aux marchés, un système d'équilibre général débouchera ex post sur l'allocation optimale des ressources.

D'autres versions posent aussi qu'en l'absence de coûts de transaction et avec une répartition claire des droits de propriété, la négociation entre les agents aboutit à une allocation efficace des ressources. Citons Coase : « Supposons qu'un fermier et un éleveur travaillent sur des propriétés limitrophes. Supposons en outre qu'en l'absence de clôture entre les propriétés une augmentation de la taille du troupeau entraîne une augmentation des dommages totaux occasionnés aux cultures. (…) Une fois la clôture installée, le coût marginal imputable au responsable des dommages est nul, sauf si une augmentation de la taille du troupeau nécessite une barrière plus solide (par conséquent plus chère) parce que davantage de bœufs seront susceptibles de l'endommager en même temps. Cependant, il peut bien sûr être plus avantageux de ne pas clôturer et de payer pour les cultures détruites (…) » Il était difficile initialement de cerner le but de Coase et c'est W. Block (d'abord, Coase and Demsetz on private property rights, Journal of Libertarian Studies 1, no. 2, 1977, pp. 111–15) puis G. North (ensuite) qui ont défini de manière précise ce but implicite, but qui a été confirmé par Coase plus tard (cf. ci-dessous) : considérer que le droit de propriété est aussi un coût de transaction et que le principe de Frost () n'est pas un gage de civilité ordinaire, de bonnes barrières ne font pas de bons voisinages. C'est ce qui explique le célèbre cri libertarien-propriétarien de W. Block : “Coase, get your cattle off my land !”.

Le but de cette démonstration était essentiellement de montrer que la mauvaise définition du système d'échange (et pas du système de droits de propriété, qui dépend du système d'échange) sur les ressources, la structure des coûts de transaction représentée par l'entreprise, était à l'origine d'inefficacités (les coûts sociaux ou socialisés), auxquelles on tentait de remédier par un coûteux travail règlementaire. Ce résultat est conceptuellement identique à l'hypothèse d'un système complet de marchés nécessaire aux théorèmes du bien-être et à la théorie de l'équilibre général d'Arrow et Debreu.