Suzanne Hiltermann, alias Touty, née le à Amsterdam et morte le à Désaignes (Ardèche), est une résistante française.
À l'âge de , Suzanne quitte la Hollande pour suivre des études d'ethnologie à l'Université de la Sorbonne. Dès les premiers jours de l'occupation de Paris, elle entre en résistance. Elle fait partie en 1943 des trois fondateurs du réseau Dutch-Paris, réseau qui va sauver la vie de près de deux cents aviateurs alliés et d'un millier de personnes traquées par les nazis pour leur résistance ou en raison de leurs convictions religieuses. En , Touty est arrêtée par la Gestapo. Après quelques semaines de détention dans les prisons de Romainville et de Fresnes, elle est déportée au camp de Ravensbrück. Un an plus tard, elle est libérée par les « bus blancs » du comte Bernadotte. Peu de temps après son retour en France, elle épouse Pierre Souloumiac. Pierre est à l'époque capitaine au long cours de la Marine marchande. Durant toute la guerre, il a approvisionné en armes et munitions l'Angleterre depuis le Canada et les États-Unis.
Leur premier enfant, Anne, naît en 1946. Le second, Alain, en 1948. La dernière, Irène, en 1951. De 1954 à 1961, Touty s'identifie à la cause de la résistance algérienne. Avec son amie Germaine Tillion, elle milite pour la libération de l'Algérie. Vivant à Hong Kong de 1961 à 1964, elle exerce une influence décisive sur la reconnaissance de la Chine par la France. À la même époque, elle fonde l'École française de Hong Kong, aujourd'hui devenue le plus grand lycée français d'Asie. En 1968, et dans les années qui suivent, elle soutient activement la colère des étudiants contre la société de consommation et les grandes idées dont le mouvement est porteur. Elle s'inscrit à la Faculté de Jussieu, pour y reprendre ses études de mandarin, commencées à Singapour et poursuivies à Hong Kong.
À partir de 1981, elle se retire en Ardèche. Sur les hauteurs de Désaignes, elle consacre quatre années à restaurer les ruines des Baux du Peyron pour en faire une propriété accueillante où elle reçoit ses amis. Écologue de la première heure, elle mène campagne pour la sauvegarde de la planète et nourrit d'intenses correspondances avec diverses personnalités, particulièrement aux États-Unis.
En reconnaissance de ses actes pour le triomphe de la cause de la liberté et de l'importance des services rendus à la cause alliée, le président Harry S. Truman lui a décerné en 1946 la Medal of Freedom, une des plus hautes distinctions des États-Unis d'Amérique.
Biographie Issue d'une famille de magistrats et d'industriels hollandais, Suzanne Hiltermann quitte son pays natal en 1939 pour entreprendre des études d'ethnologie à Paris.
Seconde Guerre mondiale Peu de temps après l'occupation de Paris par les troupes allemandes, elle entre en résistance. Elle rend service à de jeunes Hollandais qui veulent rejoindre l'Angleterre pour combattre et à d'autres qui fuient les persécutions religieuses et raciales. Avec Micheline Goeschel, Jean Milleret et Léo Marc Mincovschi, Touty soutient la création du réseau Dutch-Paris fondé par son ami Herman Laatsman. Concentrant progressivement ses activités dans la protection et le rapatriement des pilotes alliés, le réseau exerce une influence importante au sein de la résistance continentale. Il travaille sous les ordres du capitaine Johan Hendrik Weidner. À Paris, l'une des personnes les plus importantes du réseau était Jean Michel Caubo, également néerlandais. Ce dernier travaille officiellement à la gare de Paris-Nord où il gère le trafic ferroviaire avec la Belgique et les Pays-Bas. Grâce à lui et à ses deux fils, plus de mille réfugiés, dont environ 800 juifs, parviennent à déjouer les contrôles établis par la police allemande.
Le capitaine Weidner joue de premier plan au sein du réseau Dutch-Paris. Ses hauts faits lui ont valu d'être distingué par plusieurs nations. Israël lui a attribué le titre de Juste parmi les nations et a planté un arbre à son nom à Yad Vashem.
Évacuation des pilotes En réponse aux priorités stratégiques définies par Londres, le réseau Dutch-Paris se spécialise à partir de 1943 dans l'évacuation des aviateurs tombés en France et en Europe. D'importants moyens sont déployés pour les acheminer à travers les zones occupées, depuis le nord de la Hollande jusqu'au sud de l'Espagne. Les priorités de Londres s'expliquent par le fait que les forces aériennes sont devenues le grand vecteur stratégique dont dépend l'issue de la guerre. Churchill résume l'équation par la formule :
Les missions aériennes se multiplient et beaucoup d'avions alliés sont abattus. Les aviateurs qui survivent à la destruction de leur appareil se retrouvent seuls en divers points de l'Europe occupée. Une partie importante des pilotes tombés en Hollande, en Belgique et en France sont ramenés vers le réseau Dutch-Paris par les réseaux de résistance affiliés à Dutch-Paris. Ils sont, pour la plupart, américains. Un suivi étroit est organisé pour protéger ces précieux combattants, afin qu'ils puissent regagner leurs bases. Dutch-Paris informe Londres et Londres se coordonne avec Washington.
La première préoccupation est d'habiller en vêtements civils ces pilotes, de sorte qu'ils ne puissent être remarqués et identifiés. Comme ils sont souvent de grande taille, ce n'est pas une mince affaire. La Résistance fonctionne bien. On trouve tout sur le marché noir. Touty s'occupe de ces opérations : cacher les pilotes, les nourrir, leur apprendre quelques rudiments de français et se procurer de faux papiers pour permettre leur retour vers Londres le plus rapidement possible. Le réseau gère l'acheminement — le plus souvent via des passeurs qui les conduisent vers Espagne en franchissant les montagnes des Pyrénées.
Au commissariat de Drancy, Michel Duchanel a accepté de prendre en charge la fabrication des faux papiers (cartes d'identité et de rationnement) pour les pilotes, avec des tampons venus de différentes mairies de France. Des tampons provenant d'une seule commune apparaîtraient suspects. Des itinéraires, des interconnexions et des relais d'acheminement sont mis en place du nord de la Hollande jusqu'au massif des Pyrénées.
Touty a également ses entrées dans les administrations nazies qui gouvernent Paris. En particulier, le docteur Karl Heinz Gerstner, conseiller économique à l’ambassade d’Allemagne, lui procure à la fois des vrais faux-papiers et de précieux renseignements. Dans son livre publié en 1999, publié aux Editions Ost, sous le titre Sachlich, kritisch, optimistichintitulé, le docteur Gerstner raconte ses actions au bénéfice de Dutch-Paris et ses relations avec Touty, qu'il a poursuivies après la guerre.
En , Touty doit faire face à des afflux de pilotes, américains principalement. La difficulté est toujours de les déguiser en français ordinaires, de faire des photographies d’identité et des faux papiers ; et d'éviter qu'ils ne parlent trop fort en langue anglaise. Ceux de la dernière vague sont : le second lieutenant Jack O. Norton, le second lieutenant Karl D. Miller, le sergent James E. Tracy, le second lieutenant Chauncey Hicks, le second lieutenant Charles O. Downe, Ernest O. Grubb, Jan TriobanskyReport brought in by Suzanna Maria HILTERMANN, consultable sur http://commons.wikimedia.org/w/index.php?title=File%3AHilterman_NARA_298-290-55-35-4_Box_406_Weidner-1-.pdf&page=1.
Trois autres en provenance de Bruxelles viennent les rejoindre au 11 rue Jasmin : Loral Martin, Harry D. Kratz et Herman Morgan. Puis viennent encore dix américains et deux anglais. Début 1944, le réseau ne sait plus où loger tout ce monde. Grâce à l’aide d’un prêtre, des cachettes sont aménagées dans les caves de l'École normale supérieure. Huit autres nouveaux arrivants sont logés près de Montfermeil.
Touty et Marie France accompagnent les groupes successifs de pilotes qui doivent franchir les Pyrénées à la Gare d'Austerlitz. Là, c'est ordinairement Suzy Kraay. qui assure leur prise en charge. Elle est absente lors du dernier rendez-vous. Face aux nécessités, Touty et Marie France décident d'escorter elles-mêmes le groupe jusqu'à Toulouse. Là, (personnage clé du réseau dont le vrai nom est Edward Chait) les attend. Il les prend en charge pour le transfert vers l'Espagne selon les procédures prévues par le réseau..
La filière d'évacuation des pilotes a été décrite d'une manière précise, dans son rapport au , par le navigateur américain Victor Ferrari. Un résumé de l'Odyssée de ce rescapé d'un bombardier américain, tombé en Hollande près de la ville de Zwolle, figure dans l'article Dutch-Paris de la présente encyclopédie. Plus de américains au total, selon les statistiques du Ministère de la Défense des Etats-Unis, seront sauvés et pourront reprendre le combat contre les envahisseurs nazis grâce à Dutch Paris. D'après les études menées par l'historienne américaine, Megan Koreman, "De 1942 à 1944, la ligne d'évasion Dutch-Paris que les américains appellent un réseau underground permis à environ 3,000 people d'échapper aux persécutions nazis"Megan Koreman, Wars Long Shadow, Notre Dame Magazine Spring 2220 P.31..
Dénonciation Léo Marc Mincovschi, qui travaille en tant qu'interprète à l'ambassade d'Allemagne, informe Touty à son retour de Toulouse, que Suzy Kraay a été arrêtée par la police française le et que le réseau est grillé. Tous deux foncent vers l'appartement de Touty, rue du Laos, pour détruire les papiers, vêtements et outils compromettants. Puis Touty prend contact avec Hermann Laatsman et le Capitaine Weidner qui tempèrent son inquiétude et se montrent rassurants :
Le commence le coup de filet de la Gestapo qui va conduire à l'arrestation de tous les membres du réseau Dutch-Paris, à la suite des informations livrées par Kraay, à l'exception du capitaine Weidner qui parvient à s'échapper. Touty est arrêtée le . Elle est internée à Fresnes, ensuite à Romainville. Après des interrogatoires répétés, comportant l'usage de la torture, elle est déportée à Ravensbrück par le convoi du Transport parti de Paris le 18 avril 1944 (I.204.).
Déportation Du camp, comme le dira plus tard Michel Anthonioz rapportant les propos de sa mère, Geneviève de Gaulle, une des amies de Touty au camp de Ravensbrück : . Dans le wagon à bestiaux qui les transporte à travers l'Allemagne, Jacqueline Péry. se souvient que Touty était une des rares prisonnières à avoir une idée précise de ce qui les attendait. Habitant au Pays-Bas près de la frontière allemande, parlant la langue couramment, connaissant Mein Kampf qu'elle avait lu avant que la guerre ne se déclenche, ayant entendu et compris le sens des discours du chancelier Hitler, gardant des liens étroits avec des allemands antinazis, jusqu'à l'intérieur de l'ambassade d'Allemagne à ParisVoir le livre de Karl-Heinz Gertstner intitulé Sachlich, kritisch, optimistich (publié aux éditions ost en 1999) pp. 146 et ss où l'auteur décrit ses relations avec la résistance française et avec Suzanne Hiltermann., et ayant escorté des juifs persécutés plusieurs fois à la frontière suisse, elle était bien informée de l'univers dans lequel elles allaient entrer.
Au camp, bien que de nationalité néerlandaise à cette époque, elle demeure dans le bâtiment occupé par les Françaises. Elle exerce successivement les activités de couturière, déménageuse et bûcheronne. La vie au camp est dure (voir le témoignage détaillé de Jacqueline Péry de la Rochebrochard). Sa grande amie, et future belle sœur, est Simone Souloumiac. Simone, avec laquelle Touty partage une paillasse, est issue du réseau Charette fondé par le neveu du général de Gaulle : Michel Cailliau. Simone est très jeune. Lorsqu'elle se décourage, Touty lui murmure :