Nicola Spinelli (1325–1406) né à Naples et mort à Padoue, fut un jurisconsulte et un homme politique au service de la Reine Jeanne ainsi que des papes Urbain V et Grégoire XI. Il fut promoteur du royaume de Naples auprès de la Cour pontificale, garde des Sceaux du royaume de Naples, comte de Gioia, sénéchal de Provence (1370-1376), capitaine pontifical et sénéchal du Piémont, puis grand chancelier du royaume de Naples. Après avoir servi avec fidélité sa souveraine et les papes d'Avignon, lors du Grand Schisme dont il fut en partie l'initiateur, il dut se réfugier à Milan, chez les Visconti, et là, au cours des dernières années de sa vie, il tenta de réaliser son idéal politique en faisant séculariser les États de l'Église.

Biographie Début de carrière Fils de Giovanni Spinelli de Giovinazzo, conseiller du roi Robert, il entreprit des études de droit et fut gradué docteur en lois. Destiné à la carrière ecclésiastique, il devint chanoine de la cathédrale de Naples, et cumula cette charge et ses bénéfices avec celles d'abbé de Sainte Maria au Pignatelli, de Sainte Marie de Fabriano, de Saint-André de Mortara, de Saint-Pancrace de Nocera et de Saint-André de MariglianoLes Spinelli de Giovinazzo.

Mais son frère Matteo étant mort en 1339, et l'aîné Gualtiero, n'ayant point eu d'enfants de son premier mariage avec Roberta di Sangro, il obtint la permission de quitter les ordres et de se marierJoseph Fr. Michaud et Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, T. XLIII, Éd. L. G. Michaud, Paris 1825. Il épousa Maria Fontanella, dame de Toritto, et enseigna alors la jurisprudence dans les universités de Naples, Bologne et Padoue où il fut lecteur en droit, puis entra au service de la république de Bologne, ce qui lui permit de commencer sa carrière diplomatique. En septembre 1355, il est envoyé en ambassade auprès du cardinal-légat AlbornozG. Romano, Niccolô Spinelli da Giovinazzo , diplomatico del sec. XIV, Bibliothèque de l'école des chartes, Année 1904, Volume 65, Numéro 65, .

Devenu veuf, il épousa vers 1355, Simona della Marra, fille de Nicola , seigneur de Barletta et d'Alfrana Capitignano. Appelé à Florence, en 1362, il fut chargé par la Seigneurie d'une ambassade auprès d'Innocent VI pour solliciter l'intervention pontificale afin de mettre un terme aux dissensions qui l'opposaient à la république de Pise.

Pontificat d'Urbain V Le , Urbain V excommunia Barnabò Visconti, chef des Gibelins, et prêcha contre lui la croisade. Le , les troupes du potentat de Milan étaient battues à Solaro tandis que son fils Ambrogio le Bâtard était fait prisonnier. Le , le pape, informé de cette victoire contre les Visconti, annonça son intention de retourner à Rome et délégua dans les États italiens son ambassadeur Nicola Spinelli, devenu promoteur du royaume de Naples auprès de la Cour pontificale, afin d'annoncer son intention de faire la paix. Ce fut dans ce but qu’il chargea, le , le cardinal Gil d’Albernoz des discussions préliminaires à un traité.

Dès la trêve signée avec Visconti, Urbain V avait donné ordre de remettre en état les jardins pontificaux et d’entreprendre la restauration de la basilique Saint-Pierre. Sa décision fut confortée, le , quand il reçut en audience Gomez Albernoz, envoyé par son oncle le cardinal d’Espagne et la reine Jeanne. Il était venu lui faire le rapport de la situation politique en Italie où Nicola Spinelli œuvrait à la constitution d’une Ligue anti-viscontienne tant au niveau national qu’international. Elle fut opérationnelle à la mi-. Le pape annonça alors à ses cardinaux son retour imminent à Rome.

Après la mort de Nicola d’Alife, garde des Sceaux du royaume de Naples, sur les conseils d'Urbain V, en décembre 1366, la reine Jeanne octroya cette charge à Nicola Spinelli qui devient seigneur de Roccaguglielma, Toritto, Saint Giovanni, Tricarico Celo et Pescosolido.

Début , Urbain V arrivait à Orvieto où il fut salué par Nicola Orsini, comte de Nola et Recteur de la cité, qu’accompagnait Nicola Spinelli qui, en tant que garde des Sceaux du royaume de Naples, représentait officiellement la reine Jeanne.

Toujours accompagné par Nicola Spinelli et Nicola Orsini, l’entrée d’Urbain V dans Rome ne se fit que le . Ils avaient été rejoints par Nicola d'Este, marquis de Ferrare, qui ouvrait le cortège à la tête de mille cavaliers.

Puis le , ce fut au tour de la reine Jeanne de se rendre à Rome auprès du pape. Et pour Lætare, le quatrième dimanche de Carême, tandis que Nicola Spinelli était armé chevalier par Pierre de Lusignan, roi de Chypre, Urbain V remit la rose d'or à Jeanne de Naples, distinction attribuée pour la première fois à une femme.

Pour s'attacher la fidélité que Nicola devait dès lors, en bon droit féodal, au roi de Chypre, la souveraine de Naples lui octroya le comté de Gioia. Ce qui permit, en 1368, l'union de Giovanni de Bracciano, d'une branche cadette des Orsini, Sénateur romain, seigneur de Nerola, Marcellino, Vicovaro, Pacentro, Montemaggiore, Montelibretti, Scandriglia et Selci, avec Bartolomea Spinelli, fille de Nicola comte de Gioia.

Quand Charles IV, l'empereur germanique se dirigea vers Rome avec toute sa suite, la cité de Florence, se sentant menacée par la « calata » impériale, fit venir d’urgence pour la défendre Giovanni Malatacca de Reggio, un des meilleurs capitaines de la reine Jeanne. À la fin , la reine dépêchait auprès du pape ses conseillers Nicola Spinelli et le logothète Napoléon Orsini pour traiter au nom de Florence avec l’empereur. Un accord fut conclu en entre les parties et Florence s’en tira en versant une forte amende à Charles IV. Urbain V le reçut dans la résidence d’été à la mi-octobre et agréa la demande de Charles pour couronner son épouse impératrice. Le , les deux Vicaires du Christ rejoignirent ensemble Rome pour la cérémonie du sacre. Elle déroula ses fastes le . Puis l’empereur fit négocier une nouvelle trêve avec les Visconti jusqu’au début du mois de mai 1370.

Mais le séjour à Rome devait être de courte durée. Le pape, lassé, des luttes continuelles entre seigneurs et potentats, entre guelfes et gibelins, prit alors la décision publique de retourner à Avignon. Le , dans une bulle datée de Montefiascone, il informa les Romains de son départ. La reine Jeanne donna immédiatement mission à Nicola Spinelli, de préparer le retour pontifical. Le elle le nomma maître rational auprès de la Cour d’Aix-en-Provence, et Sénéchal de Provence tout en lui conservant sa charge de grand chancelier du royaume de Naples.

Une de ses premières décisions pontificales fut de mettre un terme à la lutte frontalière qui perdurait entre les troupes provençales et celles du Dauphiné alliées aux Bretons d’Olivier du Guesclin. Pour cela, Urbain V monnaya une trêve. Elle fut signée le entre Nicola Spinelli, sénéchal de Provence, et Amiel des Baux, sénéchal de Beaucaire. La « Longue Route » des Bretons quitta la région. Le jour même de la signature de la trêve, le pape, tourmenté par la maladie de la pierre, s’éteignit à Avignon.

Pontificat de Grégoire XI Décidé à revenir définitivement à Rome, le nouveau pape Grégoire XI annonça publiquement son intention lors du consistoire du . Pour cela, il lui fallait défaire militairement les Visconti, potentats de Milan et chefs de file des GibelinsJean-Pierre Saltarelli, , .. Pour cela, il mit en place une Ligue qui comprenait Amédée VI, comte de Savoie, Othon de Brunswick, protecteur du marquisat de Montferrat, et son neveu Raymond de Turenne, en tant que Capitaneus in servicio Ecclesie RomaneJean-Pierre Saltarelli, , à 91.. Mais dans cette guerre, le comte vert eut plus tendance à s'approprier les fiefs de la reine Jeanne dans le Piémont qu'à favoriser les desseins pontificauxJean-Pierre Saltarelli, , .. Pour mettre un terme à ces confiscations, le , le pape chargea son frère Nicolas Roger de Beaufort d'en demander restitution, et la souveraine de Naples mandata, le lendemain, Nicola Spinelli, qu'elle nommait Sénéchal du Piémont, de récupérer Borgo San Dalmazzo et Coni. Ce qui fut fait le Jean-Pierre Saltarelli, , ..

En dépit de la victoire de Montichiari, les troupes de la Ligue piétinaientJean-Pierre Saltarelli, , .. Pour faire parachever la défaite des Milanais, Grégoire XI, le réorganisa son commandement et nomma Spinelli commissaire ad promovendum negocia guerre partium LombardiæJean-Pierre Saltarelli, , .. Nanti de la confiance pontificale, le , en tant que Sénéchal et Capitaine général du Piémont, il fit preuve d'une humanité rareG. Romano, Niccolô Spinelli da Giovinazzo , diplomatico del sec. XIV, Bibliothèque de l'école des chartes, Année 1904, Volume 65, Numéro 65, , en exemptant les habitants de Coni du fouage pendant cinq ans Jean-Pierre Saltarelli, , p. 103..

Puis, le , il passa à l'offensive, rejoint par les troupes de Brunswick, de l'évêque de Verceil et de quelques lances savoyardes. Cette armée s'empara de Centallo mais échoua devant Cherasco. Mais en dépit de quelques autres succès retentissants, la guerre de Grégoire XI pour mettre à genoux les Visconti se solda par un échec. Le pape préféra rappeler ses troupesJean-Pierre Saltarelli, , .. Aussi, en décembre 1373, lorsque Grégoire XI rappela en Avignon Raymond de Turenne et ses Capitaines, Nicola Spinelli, Sénéchal de Provence et du Piémont, nomma Franceschino Bolleris, seigneur de Roccasparvera, châtelain de Demonte en remplacement de Guy de PesteilsJean-Pierre Saltarelli, , p. 106 en référence aux Archivio di stato di Torino, inv. 20, liv. 2 Cuneo, mazzo 6, fasc. 14 Demonte, ..

Les pouvoirs de Nicola Spinelli, en tant que Sénéchal de Provence pour la reine Jeanne étaient d'importance, puisque le , Guillaume III Roger de Beaufort, bien que frère du pape, dut demander son aval pour être institué tuteur d'Alix des Baux, sa petite-fille. L'acte fut passé en la ville d’AvignonRégis Veydarier, , ..

Le retour à Rome, voulu par Grégoire XI, fut un long périple puisque le pape parti d'Avignon, le n'y mit pied que le . Si la liesse du peuple romain fut réelle, il n'en alla pas de même ailleurs. Au cours du mois d’avril 1377, Raymond de Turenne organisa une expédition contre Viterbe et Bolsena, deux des cités révoltées contre le pape. Ce fut un cuisant échec. Francesco di Vico, le préfet de Rome, averti de la venue des troupes pontificales, tendit un guet-apens et fit prisonnier Raymond de Turenne avec vingt chevaliers, tous parents du pape et des cardinaux. Très inquiet, Grégoire XI, qui résidait alors à Anagni, en informa immédiatement par lettres Pierre d'Estaing, cardinal d’Ostie, et Nicola Spinelli, grand chancelier de NaplesRégis Veydarier, , .. Les deux lettres pontificales sont datées du 24 et du G. Mollat, Lettres secrètes et curiales du pape Grégoire XI intéressant les autres pays que la France, Bibliothèque des écoles françaises d’Athènes et de Rome, 1962 – 1965..

Grand Schisme d'Occident La mort rapide de Grégoire XI fit convoquer un conclave à Rome. Sous la pression populaire fut élu Bartolemeo Prignano, archevêque de Bari et natif de Naples. Il est à ce titre soutenu immédiatement par la reine Jeanne et Nicola Spinelli. Urbain VI, peu après son élection, le , nomma Spinelli membre de son Cabinet secret. Mais le nouveau pontife se montra très autoritaire et se rendit odieux auprès des cardinaux. Même ses plus fermes soutiens napolitains durent subir sa paranoïaVincent Flachaire, Clément VII - antipape d'Avignon de 1370 à 1378.