Le Pluton est un croiseur mouilleur de mines de la Marine française mis sur cale en 1928 par l'arsenal de Lorient. Il est aussi capable d'embarquer un millier d'hommes, dans le rôle de transport de troupes rapide. Peu après sa mise en service, il est modifié et devient un navire-école de canonnage, remplaçant le vieillissant Gueydon.
Peu avant le début de la Seconde Guerre mondiale, il revient à son rôle d'origine et la plupart des équipements d'instruction au tir sont débarqués. Au début de la guerre, il est alors envoyé à Casablanca pour y mouiller un champ de mines défensif en face du port. Le , lors d'une mauvaise manipulation, une mine explose, provoquant la mise à feu des autres mines du bord qui détruisent le bâtiment, tuant environ 200 marins.
Conception La Marine nationale décide en 1925 de construire un mouilleur de mines rapide, sur le modèle du , entré en service au début des années 1920. Il est similaire à celui-ci sous de nombreux aspects, mais est plus petit et plus rapide. Il peut en outre être utilisé en tant que transport de troupe (jusqu'à mille hommes). Les côtés des hangars à mines sont habituellement ouverts, mais ils peuvent être fermés par des panneaux prévus à cet effet..
Caractéristiques générales Le Pluton a une longueur hors-tout de . Il a un maître-bau de et un tirant d'eau arrière de . Sa coque comporte 16 tranches compartimentées par 15 cloisons étanches. Les superstructures sont composées essentiellement de duralumin pour sa légèreté, ce qui amènera des problèmes de solidité et de corrosion. Il possède un unique gouvernail, manœuvré par un moteur électrique qui se révélera plus tard manquer de puissance. Son est de , avec la barre à 25° et une vitesse de , soit plus important que celui du croiseur léger de , qui est plus long de . Le Pluton ne possède aucun blindage et son unique protection repose sur sa vitesse élevée et son compartimentage serré..
Machines Le Pluton est propulsé par deux lignes d'arbre entraînant chacune une hélice tripale en bronze de de diamètre, pour une vitesse prévue de . Le Pluton atteindra lors de ses essais.. Ses deux turbines à réduction par engrenages Breguet ont à l'origine été conçues pour une puissance de , mais elles développeront lors des essais. Quatre chaudières à tubes alimentent les turbines à une pression de .. Une chaudière auxiliaire est adaptée pour réguler la température de la soute à munitions, et pour fournir de l'eau douce. Les soutes à combustible peuvent contenir de mazout, ce qui permet un rayon d'action théorique de à . Finalement, le Pluton n'aura qu'une autonomie de , car la consommation de ses machines auxiliaires a été sous-estimée. Deux turbo-alternateurs d'une puissance totale de fournissent l'électricité (), et deux groupes électrogènes sont montés dans le compartiment de la machine arrière pour fournir de l'énergie lorsque le navire est à quai. Un troisième est installé dans un compartiment spécial sur le premier pont, pour une utilisation en cas d'urgence..
Artillerie Le Pluton est classé croiseur léger, bien que la calibre de son artillerie (138 mm) soit celui d'un contre-torpilleur. Son artillerie devait à l'origine être composée de deux tourelles simples de , une à l'avant et l'autre à l'arrière, de quatre canons AA de et de quatre canons AA de . Cependant, quatre canons de remplacent ceux de lors de la construction, et six sont rajoutés à la place des canons de , bien que les boucliers de protection de ceux-ci soient conservés pour une éventuelle utilisation ultérieure..
Les quatre canons de . sont du modèle 1924 sous masque. Deux sont situés à l'avant en chasse, deux à l'arrière, en retraite, superposés dans l'axe central. Leur hausse est comprise entre -5° et +28°, et ils possèdent un angle de tir de 300°. Leur cadence de tir théorique est de huit à dix coups par minute, mais celle-ci se révélera en réalité plus faible. Leur portée maximale est d'environ avec des obus de , à une vitesse à la bouche de . Chaque canon possède 150 obus en magasin. Chaque paire de canons possède son magasin, mais chaque canon possède son propre palan..
Le Pluton possède dix canons AA semi-automatiques de . Deux sont montés sur la teugue, six sont répartis entre les cheminées, et deux sur une plateforme à l'arrière. Le navire transporte , dont 144 dans des caissons à munitions prêts-à-l'emploi près de chaque canon. La hausse de ces canons est comprise entre −15° et 80°. Ils tirent des obus de à une vitesse initiale de . Leur portée antiaérienne effective est de moins de .. Seuls les deux canons de l'arrière furent conservés après l'entrée en service du Pluton en 1932..
Six mitrailleuses jumelées Hotchkiss Mle 1914 de , déjà obsolètes à l'époque, sont montées comme suit : deux au-dessus de la passerelle, deux au-dessus de la chambre de refroidissement des machines et deux juste devant le mât principal. sont disponibles sur le navire. Ces mitrailleuses seront démontées peu après l'entrée en service du Pluton en 1932.
Mines embarquées Le Pluton est conçu pour embarquer 220 mines Sauter-Harlé de , mais il en embarquera jusqu'à 250. Elles sont entreposées sur le premier pont, ou pont des mines, et sont déplacées à l'aide de palans à chaînes, en utilisant un système de quatre rails le long des bordés du navire. Chaque paire de rails converge vers une plaque tournante à l'avant de ceux-ci, un engrenage reliant les deux plaques. Cet engrenage facilite le chargement des mines depuis un bord du navire, et permet aux mines de bouger d'un rail à l'autre. Les rails se terminent à l'arrière du bâtiment par quatre rampes descendant à 30°, afin de minimiser le choc de l'impact lorsque les mines sont relâchées par les chaînes. 270 mines Breguet, plus petites, peuvent être embarquées..
Histoire vignette|gauche|Insigne du Pluton.|alt=écusson ovale contenant des objets dorés sur fond bleu, devant deux canons en croix Navire-école Le Pluton entre en service dans l'escadre de la Méditerranée le .. Il rencontre alors de nombreux problèmes de neuvage, particulièrement au niveau des machines. Peu après, un nouveau rôle lui est assigné, celui de navire d'instruction à l'artillerie, école de tir à la mer. Il retourne alors à Toulon le afin d'y subir les modifications nécessaires. Des logements pour 40 hommes sont rajoutés dans la soute à mines. La plupart des canons antiaériens de et toutes les mitrailleuses de sont remplacés par quatre canons de , 24 canons antiaériens, et six mitrailleuses Hotchkiss jumelées de , deux à la place des canons de 37, et quatre entre les cheminées.. Les canons de 75 ont une dépression maximum de 10° et une élévation maximale de 90°. Ils tirent des obus de à une vitesse de , et à une cadence de 6 à 18 coups par minute. Leur plafond maximal est de .. Les mitrailleuses Hotchkiss ont une cadence cyclique de 450 coups par minute, mais la cadence pratique est de 200/250 coups par minute pour permettre le rechargement de leurs magasins de 30 obus. Elles ont un plafond théorique de .. Un système de conduite de tir simplifié est rajouté pour les canons de et 15 mire supplémentaires sont installées..
Modernisation Le Pluton passe les années 1933 à 1935 en chantier. Il est mis à niveau quatre fois durant cette période, afin d'y rajouter plus d'artillerie et pour corriger certains de ses défauts. Ces modifications incluent un renforcement de sa superstructure, endommagée par la flamme de bouche des canons de , le remplacement des échelles et des bômes en aluminium corrodées par des éléments en acier. Une direction de tir à grand angle est ajoutée aux canons de , deux de ceux-ci sont convertis en canons contrôlés à distance, et des masques leur sont ajoutés pour protéger les servants du souffle. Des installations sont aussi rajoutées pour pouvoir accueillir 40 hommes de plus.
En 1936, un affût double expérimental de est ajouté entre les canons de tribord et d'autres mires sont ajoutées, pour porter leur total à 31. Ses machines sont remises à neuf entre le et le . Plus tard dans l'année, ses turbines sont réparées, et les directions de tir de l'artillerie de sont remplacées par celles utilisées sur les croiseurs légers de de la classe Duguay-Trouin. Les mitrailleuses de sont transférées du pont avant à l'avant de la superstructure. Sa dernière phase de réparation se déroule du au , et elle comprend divers travaux sur les machines et l'artillerie..
Fin du navire thumb|right|upright=1|L'épave du Pluton dans le port de Casablanca en 1939. Le Pluton rallie Lorient le lors de la formation de la de la Marine nationale, où il est prévu qu'il remplace le croiseur Jeanne d'Arc dans son rôle de navire école le .. Il est envisagé de le renommer en La Tour d'Auvergne, car à cette époque, le nom Pluton est réservé aux navires de guerre mouilleurs de mines de la Marine.
Alors que la guerre approche, il est décidé de reconfigurer Le Pluton en mouilleur de mines et la plupart de l'équipement de contrôle de tir est débarqué. Le navire est transféré à Brest lors de la réorganisation de la .
Sous le commandement du capitaine de vaisseau Dubois, le , la veille de la déclaration de guerre, le navire reçoit l'ordre de faire route sur Casablanca avec 125 mines Breguet à son bord. Il a pour mission d'y poser un champ de mines défensif dans la nuit du 12 au . Il arrive dans le port de Casablanca le ..
Dans la soirée du 12, l'ordre est annulé par l'amirauté, mais les mines ont déjà été amorcées et doivent être débarquées à terre afin d'être neutralisées dans le dépôt de munitions de la marine à Bouskoura. Cette opération débute le 13 au matin. À une première mine, située entre le mât et la cheminée arrière, explose, et une deuxième quelques secondes plus tard. Ces explosions initiales provoquent la mise à feu des autres mines, provoquant la projection sur les quais des éléments situés sur le pont du navire, et la destruction de celui-ci. Les cloisons sont détruites, et un incendie se propage aux de mazout du bord. L'explosion est entendue dans un rayon de , des débris sont retrouvés jusqu'à , et la colonne de fumée consécutive à l'explosion s'élève jusqu'à une altitude de .
Le navire est détruit, tuant environ 200 marins et en blessant gravement une centaine. De nombreux dommages sont causés par les débris de l'explosion. Un canon et une partie du blindage sont récupérés pendant la guerre, mais la démolition ne commence qu'en pour se finir en ..
Sources
Notes
Références
Bibliographie . . .
Voir aussi
Articles connexes Arsenal de Lorient Port de Casablanca Histoire du port de Casablanca durant la Seconde Guerre mondiale Liste des navires de guerre des mines français
Liens externes . .
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