Lépave du Titanic, paquebot de la White Star Line, repose à de profondeur dans l'Atlantique Nord à quelques kilomètres de l'endroit où il a sombré le à du matin. Objet de fantasmes depuis la catastrophe, l'épave est recherchée pendant de nombreuses années. Des projets plus ou moins sérieux sont échafaudés pour tenter de renflouer le navire, mais n'aboutissent pas. Les premières recherches sérieuses commencent à la fin des années 1970 à l'instigation du milliardaire Jack Grimm, mais l'épave reste introuvable. Elle est finalement découverte le par Robert Duane Ballard dans le cadre d'une mission franco-américaine. De nombreuses expéditions s'ensuivent de 1986 à 2010.
L'épave repose en deux parties séparées par un vaste champ de débris. Si la partie avant est relativement bien conservée, la partie arrière est pour sa part disloquée. Au cours des expéditions, nombre d'objets du navire sont remontés à la surface et restaurés. Ces remontées, que certains qualifient de pillages, créent de vives polémiques. Cependant, ces pièces ne peuvent théoriquement être cédées qu'à des musées, à l'exception des morceaux de charbon, vendus comme souvenirs. Toutefois, plusieurs plongées privées ont eu lieu au fil des ans, provoquant la vente aux enchères de divers objets. Certaines ventes ont donné lieu à des procès complexes à cause des différentes interprétations du droit maritime des épaves. L'épave est également explorée par le réalisateur James Cameron dans le cadre du tournage de son film Titanic. En 2001, le cinéaste produit un documentaire sur celle-ci, Les Fantômes du Titanic.
Le navire se désagrège progressivement, rongé par les micro-organismes qui peuplent les fonds marins. Les plongées ont également un impact sur son état. Selon plusieurs sources divergentes et du fait du caractère exponentiel de sa détérioration, les scientifiques considèrent que l'épave est vouée à totalement disparaître à un horizon évalué entre 2025 et 2050.....
Histoire
Premiers projets
vignette|upright|Les premiers projets de renflouement visaient à récupérer les corps de plusieurs milliardaires, dont celui du colonel John Jacob Astor. Dès l'annonce de la nouvelle du naufrage du Titanic, des projets pour renflouer l'épave voient le jour. Les familles de John Jacob Astor, Benjamin Guggenheim et Charles Hays désirent en effet renflouer l'épave du paquebot pour récupérer les dépouilles de leurs proches. Vincent Astor contacte ainsi la firme Merritt & Chapman dans l'optique de dynamiter l'épave, procédure qui devrait permettre de remonter les corps à la surface, au prix de la perte du navire « Astor to Dynamite Titanic », New York Evening Journal, 20 avril 1912, sur Encyclopedia Titanica. Consulté le 3 juin 2010. Cependant, après des recherches plus intenses de Merritt & Chapman, toute tentative s'avère trop coûteuse, et la technologie de 1912 ne permet pas d'envisager un renflouement « Titanic : Discovery, Exploration, and Artifact Recovery », Titanic and Other White Star Ships. Consulté le 3 juin 2010.
Des projets peu réalisables sont par la suite envisagés. En 1913, Charles Smith envisage d'avoir recours à des submersibles et des électro-aimants attachés à la coque, mais le projet avorte faute de fonds. L'épave est ensuite oubliée quelques années, mais la parution dans les années 1950 de La Nuit du Titanic par Walter Lord attire à nouveau l'attention sur le navire. Des idées étonnantes germent alors, notamment dans l'esprit de Dooglas Wolley « The RMS Titanic - Discovery », Oracle Think Quest. Consulté le 3 juin 2010. Il est ainsi envisagé de piéger le Titanic dans de l'azote liquide ou de le remplir de balles de ping-pong ou de vaseline pour le faire remonter à la surface. Aucun de ces projets ne trouve cependant de financement..
Des projets de plus en plus sérieux
Des idées plus réalistes commencent cependant à apparaître. Durant l'été 1953, une compagnie de Southampton, Risdon Beasley Ltd, tente de localiser l'épave. Des explosifs sont utilisés pour sonder les fonds marins, mais l'opération, trop éloignée de la position du navire, est un échec. Les historiens et chercheurs commencent à se demander si la position donnée par l'équipage lors du naufrage est exacte, ou si l'épave aurait pu être détruite par un séisme sous-marin en 1929.
Il faut attendre les années 1980 pour que des expéditions sérieuses voient le jour. Elles sont à l'instigation de Jack Grimm, milliardaire texan ayant fait fortune dans le milieu pétrolier. L'homme est célèbre pour ses recherches extravagantes : avant le Titanic, il a en effet tenté de localiser l'arche de Noé et de capturer Bigfoot « The Search For the Wreck Of Titanic », Titanic-Titanic.com. Consulté le 3 juin 2010 Edward Helmore, « Obituary: Jack Grimm », The Independent, 19 janvier 1998. Consulté le 3 juin 2010. Ses projets commencent en 1979, et la première expédition quitte la Floride en 1980. Malgré le balayage d'une grande zone de fonds marins, l'épave n'est pas localisée. Deux autres expéditions menées en 1981 et 1983 ont aussi peu de résultats. Grimm présente une photographie de ce qu'il dit être une hélice du paquebot, mais des experts la déclarent fausse. Toujours en 1983, Grimm revient dans le secteur avec du nouveau matériel et détecte plusieurs gros objets métalliques au fond de l'océan, mais le mauvais temps le force à abandonner les recherches. On sait depuis que son expédition est passée au-dessus du site du Titanic sans pour autant l'identifier. À l'époque, la rumeur que la Royal Navy aurait déjà localisé l'épave en 1977 n'est pas encore diffusée. Nombreux sont ceux qui attribuent l'échec des diverses expéditions de recherches au simple fait que le grand paquebot n'existe plus, probablement détruit par une tempête sous marine qui, dans le secteur, avait détruit tous les câbles téléphoniques en 1929 « 2002 Yearbook of Science and Technology McGraw-Hill Suboceanic Landslides », es.ucsc.edu. Consulté le 23 mai 2012..
Expédition de 1985
vignette|Itinéraire emprunté par le Titanic. L'épave du Titanic est finalement découverte le par l'équipe du professeur Robert Duane Ballard. Cette découverte résulte d'une expédition financée par la marine américaine, bien que l'information soit restée classée « secret défense » jusqu'en 2008 Lewis Smith, Titanic search was cover for secret Cold War subs mission », The Times, 24 mai 2008. Consulté le 3 juin 2010. Ballard, océanographe de renom, avait pour projet de découvrir le Titanic depuis de nombreuses années, mais ne disposait pas des fonds nécessaires. La marine américaine recherchait quant à elle deux sous-marins nucléaires d’attaque coulés à de grandes profondeurs : le et le . Cependant, elle ne disposait pas des technologies nécessaires. Ballard et la Navy sont donc parvenus en 1982 à un compromis : la marine finance l'expédition de Ballard sur le Titanic, mais celui-ci doit dans un premier temps localiser les deux submersibles..
L'expédition débute en 1985. Ballard obtient un partenariat avec l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). En juillet, tandis que Ballard recherche les deux sous-marins nucléaires, l'équipe française dirigée par l'océanographe Jean-Louis Michel entame la recherche du Titanic à bord du navire océanographique Le Suroît. Ces derniers explorent près de 80 % de la zone de recherches, sans succès.
Le , Ballard, après avoir localisé les deux sous-marins, relève l'équipe française avec son navire, le Knorr. Jean-Louis Michel continue cependant de participer aux recherches. Ballard dispose d'un submersible, Argo, capable de filmer les fonds marins à de grandes profondeurs. Il ne reste alors que cinq semaines de recherches. Ballard décide donc, au lieu de sonder la zone au sonar, d'utiliser Argo pour repérer d'éventuels débris signalant la présence de l'épave dans les environs.. Le mois d'août se passe sans qu'aucune découverte soit relevée. C'est dans la nuit du au septembre que l'image d'une chaudière apparaît sur les écrans du Knorr. Le Titanic est retrouvé.. Ballard fait hisser le pavillon des chantiers navals Harland & Wolff, constructeurs du paquebot, et tout l'équipage se recueille sur le pont à , heure anniversaire du naufrage. Les jours suivants, Argo filme le navire. Les chercheurs constatent rapidement que la poupe manque. Ceci met fin à un débat qui divisait depuis les historiens au sujet des derniers instants du paquebotLes témoignages de l'époque ne concordaient pas. Certains disaient avoir vu le navire se briser, d'autres qu'il avait coulé en un seul morceau. Ce dernier avis est par ailleurs resté majoritaire jusqu'à la découverte de l'épave.. Seule la proue est pour l'heure découverte. Le , l'expédition s'achève..
La paternité de la découverte est cependant contestée. Dans une lettre ouverte à Ballard, Paul-Henri Nargeolet, membre de l'Ifremer ayant participé à plusieurs expéditions, dénonce certains oublis. Il note que le navire hydrographique britannique Hecate avait, en 1977, décelé une grosse épave en deux parties dans le cadre d'opérations secrètes et que Ballard était au courant. Il rappelle également qu'au moment de la découverte de la chaudière le septembre, l'Américain dormait, et que c'est Jean-Louis Michel qui se trouvait derrière les écrans de contrôle, un aspect que Ballard semble oublier dans ses déclarations postérieures « An open letter to Bob Ballard », Titanic Files. Consulté le 5 juin 2010.
Expéditions suivantes Années 1980 vignette|upright|L'un des deux submersibles Mir utilisés dans plusieurs expéditions. La première expédition visant à explorer l'épave est organisée durant l'été 1986 sous l'égide de Ballard, mais sans la participation de l'Ifremer. Il embarque à bord d'un récent navire océanographique, , équipé du submersible Alvin (DSV-2). Ce dernier est conçu pour atteindre une profondeur d'environ mètres, à laquelle repose l'épave, en transportant avec lui trois personnes. Il est équipé d'un robot télécommandé surnommé Jason Junior ou « J. J. » destiné à pénétrer à l'intérieur du navire pour le filmer..
Les plongeurs photographient la partie avant dans les moindres détails, et s'aventurent à partir du huitième jour de travail dans la partie arrière, en très mauvais état.. Aucun objet n'est remonté durant cette expédition, Ballard considérant l'épave comme un tombeau. En revanche, deux plaques sont déposées, l'une sur la proue demandant que le navire soit laissé en paix, une autre à la poupe en hommage aux victimes. Cette dernière plaque est signée par la Titanic Historical Society, association d'historiens spécialistes du navire et de son histoire..
L'année 1987 marque un changement. L'expédition se déroule cette année-là sans Ballard ; elle est financée par la RMS Titanic Inc. de l'Américain George Tulloch. L'équipe est aidée par l'Ifremer, qui fournit son sous-marin de poche Nautile, également équipé d'un robot télécommandé, Robin construit par ECA Group. Outre un nombre impressionnant de clichés de l'épave, l'expédition rapporte également près de collectés dans le champ de débris s'étendant autour de l'épave, ce qui n'est pas sans polémique..
Années 1990 vignette|upright=0.9|gauche|La , en 2023. En 1991, une expédition soviétique et canadienne filme l'épave en IMAX dans le cadre de la réalisation du film Titanica.. Elle se déroule à bord de l’Akademik Mstislav Keldych, navire soviétique équipé des deux submersibles Mir. Quelques morceaux d'acier de la coque sont remontés dans le cadre d'expériences scientifiques.. La RMS Titanic Inc. mène à nouveau deux expéditions sur l'épave en 1993 et 1994, remontant plus d'un millier d'objets. La société est reconnue par la Cour fédérale de Virginie comme seul possesseur des objets du navire, à condition de faire régulièrement des expéditions sur l'épave..