vignette|Dialectes de la langue française Le français méridional (ou français d’oc) est la variante régionale du français parlé dans les régions de France où l’occitan est la langue traditionnelle.

Pour certains linguistes, le français d'Occitanie n'a comme particularité qu'une prononciation différente (accent du sud) du français standard. Il représente l'une des dernières étapes de la substitution linguistique de l'occitan en France. Tandis qu'outre la phonétique et la phonologie, on doit attribuer au francitan les variantes morpho-syntaxiques ou lexicalesJean Mazel, « Francitan et français d‘oc – problèmes de terminologie »..

Pour d'autres, le francitan ne se distingue pas du français d'oc en tant que variété régionale du français parlée en Occitanie, influencé par l’occitan qui joue le rôle de substrat linguistique...

Caractéristiques

Sens différencié du francitan Pour les linguistes qui considèrent que le français méridional n'est pas du francitan, cette variante régionale ne se distingue du français standard que par sa prononciation:

Au niveau phonologique, la prononciation même du français méridional se distingue de celle des autres régions : présence d'un accent tonique de mot, à peu près disparu du français standard au profit d'un accent de séquence verbale, avec quelques paroxytonies (accents sur des syllabes non terminales : ’mè-fi, ’vò-mi, ba’lè-ti), ce qui donne au français de la zone occitane son aspect chantantBlanchet, op.cit., . C'est ce qu'on appelle l'« accent méridional », audible chez toutes les générations mais plus prononcé chez les personnes âgées qui ont l'occitan pour langue maternelle ; prononciation des e caducs : cerise se prononce , et Sisteron et Luberon ont trois syllabes malgré l'absence d'accent sur le -e- central ; une phrase comme « je te le donne », que le français standard prononce volontiers en deux syllabes (« j'te l'donn' » , ou même parfois « j't'le donn' » ) en conserve quatre ou cinq en français méridional () ; les -e terminaux, par analogie avec les terminaisons occitanes atones en -a et en -o, sont réalisés comme un schwa dont la coloration (, , ou encore ) dépend de la région : baguette () se prononce ainsi , et mère () est distingué de mer (). Le français méridional peut même créer des -e- euphoniques invisibles à l'écrit : *pe-neu pour pneuBouvier, op.cit., ; refus de certaines diphtongations : jou-er a deux syllabes en français méridional ( vs. ), ca-mi-on en a trois ( vs. ) ; la répartition des sons mi-ouverts , , et mi-fermés , , se fait uniquement selon la loi de position : le son est ouvert si la syllabe possède une coda ou si la syllabe suivante a pour noyau un schwa, sinon il est fermé. ; il y a donc alternance vocalique entre peur (), peureux () et peureuse (), entre français () et française (), entre côté () et côte (), et disparition de certaines distinctions du français standard : paume se prononce comme pomme (), jeûne comme jeune ()à l‘inverse du parler lyonnais., étais comme été () ; voyelles nasales parfois remplacées par le complexe voyelle + , ce qui donne, par exemple, pour le mot pain au lieu de en français standardBlanchet, op. cit., ; prononciation du -en final comme -in (Ventabren) ; distinction des sons -un et -in , souvent confondus ailleurs ; certaines consonnes sont également différentes des autres variétés de français : le r n'est que très rarement prononcé comme dans les variétés septentrionales, à savoir le dans proche ou le dans rester : le français méridional préfèrera systématiquement le r roulé uvulaire ( ; également fréquent dans toutes les variations régionales de l'occitan), que ce soit en position initiale, en position centrale entre deux voyelles, en conjonction avec une consonne ou en position finale.

Sens assimilé au francitan Les linguistiques qui utilisent indifféremment les termes de français méridional ou de francitan pour décrire le même sujet d'étude, reprennent les caractéristiques ci-dessus et ajoutent en plus les suivantes :

Au niveau lexical, les particularités du français méridional sont de deux types : des importations de mots occitans francisés : péguer, de l‘occitan pegar, coller (et ses dérivés pégueux, empéguer, dépéguer), bordille, de l‘occitan bordilha, déchet, ordure (souvent utilisé au sens figuré, c‘est-à-dire comme injure), dégun, personne, cousin naturel du français aucun, se rembrailler, de l‘occitan se rembralhar là où le français n'a conservé que l‘adjectif débraillé. S‘y ajoutent parfois des créations de termes « français » sur des modes occitans : démontagner pour descendre de la montagneMartel, op.cit., .. Certains de ces termes d‘origine occitane intégrés dans le français méridional ont ensuite essaimé dans le français général : bastide (doublon occitan de bâtisse), cade (espèce de genévrier), minot, pastis (à l‘origine, signifiait désordre, mélange, d‘où le verbe pastisserBouvier, op.cit., .), marronner (de , murmurer) ; des usages locaux de termes ou expressions du français : adieu pour bonjourDepecker, op.cit., ., beaucoup dans le sens de trèsBouvier, op.cit., . (« j‘ai beaucoup faim ») ; à Marseille, un restaurant est un pain, un tournedos un steak haché, serpillière se dit pièce ; chez les anciens, quelques variations de genre des noms provenant d‘une discordance entre français et occitan : une lièvreBlanchet, op.cit., . (masculin en français septentrional).

Au niveau grammatical, on rencontre de même des importations directes de l'occitan : le passé surcomposé (j'ai eu été), de nombreuses formes verbales transitives (tomber la veste, crier un enfant), l'inversion de certains auxiliaires (il a tombé, je suis été) l'utilisation abusive de certains verbes (faire l'essence pour "mettre de l'essence" mais aussi il me fait pour "il me dit") ou conjonctions (emploi de que en place de "dont", "car", "où", "afin" ce qui donne respectivement l'homme que je te parle ; viens que je t'appelle ; la ville que je suis né ; donne-moi-le, que je m'en serve). On peut également noter l'emploi de l'article défini à la place de l'adjectif possessif : Comment va le père ?, J'ai mené le petit à l'école.

Usage Le français méridional varie selon les endroits. Il est , mais dans certaines villes comme Marseille, la force de l'identité locale encourage l'usage du parler marseillais. Le fait de parler avec l'accent méridional entraîne certains préjugés. qui peuvent présenter un sérieux obstacle à l'ascension sociale. Ainsi, les médias de masse français ne tolèrent l'accent du Sud que pour commenter des événements sportifs, en particulier le rugby, et dans des émissions de téléréalité stéréotypées..

Un sociolinguiste à l'accent méridional ne s'est pas senti pour sa part pénalisé dans son travail, contrairement à d'autres professions pour lesquelles il stigmatise une véritable « glottophobie » et une forte pression de conformité de la norme du français standard (qui pourtant est une langue abstraite et n'est pratiquement parlée par aucun locuteur) :

L'accent méridional est principalement utilisé dans la publicité pour reproduire les stéréotypes provinciaux véhiculés par l’œuvre de l‘écrivain Marcel Pagnol, et plus encore par ses films qui ont obtenu avant et après guerre une très large audience et mettaient en scène un véritable « pittoresque » régionaliste, lequel n'était pas pour rien dans son succès, en-deçà d'une authenticité par ailleurs indéniable. Pourtant, de nos jours encore (années 2010), des productions audiovisuelles mises en scène dans des régions d’Occitanie ou dont les faits sont censés s'y dérouler écartent clairement du casting des acteurs d'accent du Sud.. Il est reproché à l'industrie audiovisuelle française des discriminations envers les Occitans comme le fait que . mais aussi que .

Comme d'autres variétés en voie de nivellement linguistique, le français méridional pourrait représenter, tout du moins en partie, la prononciation des anciennes élites locales, telle que la prononciation du -e final [ə], lequel n'était pas muet dans le français ancien, ne l'a jamais été et ne l'est toujours pas dans le Midi. Cette prononciation du -e final a pourtant déjà , malgré sa subsistance dans certains parlers régionaux.

Depuis la fin des années 1980, on assiste à une récupération et à une revalorisation du français méridional dont on peut se rendre compte à travers l’importante offre d’ouvrages littéraires commençants souvent par « Le Parler de… » tels que Le Parler de Marseille de Robert Bouvier (1985), Le parler camarguais de Michèle Poveda-Armanet (1994), Le parler du Languedoc et des Cévennes de Christian Camps (2006).

Variantes régionales

Plusieurs variétés de français méridional peuvent être distinguées. Certaines variétés sont propres à des aires géographiques, comme le bordeluche à Bordeaux, le parler marseillais, le toulousainTolosan.Parler le toulousain couramment.Savez-vous parler toulousain ? La Dépêche du Midi . D'autres sous-variétés de français méridional sont propres à des groupes sociaux, ainsi la variété de français parlé par les Juifs de GascognePeter Nahon, Gascon et français chez les Israélites d'Aquitaine. Documents et inventaire lexical. Paris, Classiques Garnier, 2018..

Notes et références

Bibliographie Claude Martel, Le parler provençal, éd. Rivages, Paris, 1988, 200 p., ? . Robert Bouvier, Le Parler marseillais, éd. Jeanne Laffitte, Marseille, 1986, 192 p., . Philippe Blanchet, Dictionnaire du français régional de Provence, éd. Bonneton, Paris, 1991, 162 p., . Alex Chabot, Suprasegmental Structure in Meridional French and its Provençal Substrate, 2004, en ligne. Jacques Durand, Alternances vocaliques en français du midi et phonologie du gouvernement, Lingua, vol. 95, 1995, pages 27–50 Julien Eychenne, Aspects de la phonologie du schwa dans le français contemporain. Optimalité, visibilité prosodique, gradience., 2006, en ligne. . Jean Mazel, « Francitan et français d‘oc – problèmes de terminologie », Lengas 1980:7, 133-141.

Articles connexes Variétés régionales du français Langues d'oïl Français Langues occitano-romanes Occitan Francitan, langage entre français et occitan

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