Marie d'Autriche, plus généralement appelée Marie de Hongrie, archiduchesse d'Autriche, infante d'Espagne et, par son mariage, reine consort de Hongrie et de Bohême, est née le au palais du Coudenberg, à Bruxelles, et morte le à Cigales, en Castille. Elle est l’avant-dernière des six enfants de Philippe le Beau (1478 – 1506), héritier des Habsbourg, et de Jeanne de Castille, dite « Jeanne la Folle » (1479 – 1555).
Elle devient reine consort de Hongrie et de Bohême de 1522 à 1526, puis gouvernante des Pays-Bas espagnols de 1531 à 1555.
Elle grandit aux Pays-Bas auprès de sa tante Marguerite d’Autriche. Très jeune, elle est promise en mariage à Louis II de Hongrie mais leur union ne dure que quatre ans en raison de la mort de ce dernier en sur le champ de bataille contre les Turcs. Comme ils n'ont pas d’enfant, la couronne revient à son frère Ferdinand qu’elle fait élire roi lors de la régence qu’elle exerce avec difficulté en Hongrie. Après son refus de se remarier, son frère, l'empereur Charles Quint, lui demande de le seconder en tant que gouverneure des Pays-Bas, ce qu'elle fait pendant près de 25 ans. « Homme fort » de l’empereur, Marie de Hongrie a à cœur la prospérité des Pays-Bas, mais aussi de seconder ses frères dans les conflits religieux et territoriaux tout en maintenant le prestige des Habsbourg. Charles Quint lui confère une autonomie presque totale sur les Pays-Bas. Marie s’efforce de financer les guerres entreprises par son frère l’empereur spécialement contre la France mais aussi d'assurer la défense du territoire, de rendre des décisions de justice, de faire appliquer les lois sur la religion avec une Inquisition d’État. Elle a aussi pour tâche de s’occuper de l’éducation de ses neveux et nièces.
Passionnée par la chasse qu’elle pratique régulièrement, Marie de Hongrie est également férue d’art : musique, peinture, sculpture, littérature et architecture. Son goût pour les arts la conduit à effectuer de nombreuses commandes pour son compte ou bien celui de sa famille, et elle aime suivre en personne l’évolution des travaux, que ce soit la réalisation d’une statue ou bien la construction de châteaux et de fortifications.
Éprouvée par toutes ses années de gouvernance et sa santé fragile, Marie de Hongrie annonce, lors de l'abdication de Charles Quint en , son désir de le suivre dans sa retraite en Espagne avec leur sœur Éléonore. Elle meurt moins d’un mois après son frère Charles Quint, en .
Naissance et éducation thumb|Philippe le Beau et Jeanne de Castille. Naissance et baptême thumb|left|L'église Notre-Dame du Sablon, à Bruxelles, où est baptisée Marie.
Marie, archiduchesse d’Autriche et infante de Castille est prénommée ainsi en l’honneur de sa grand-mère paternelle, Marie de Bourgogne.
Elle naît le au palais du Coudenberg, à Bruxelles, entre dix et onze heures du matinJane de Iongh, Mary of Hungary: second regent of the Netherlands, Norton, 1958, pages 16-17.. Sa naissance a été très difficile pour la reine Jeanne I de Castille dont la vie est mise en danger ; il lui faut un mois pour récupérer de l’accouchement.
Le , elle est baptisée par Nicolas Le Ruistre, l'évêque d'Arras, cinq jours après sa naissance avec le faste dû à son rang. L'empereur Maximilien , son grand-père paternel, s’endette un peu plus pour rendre cette cérémonie des plus luxueuses et en faire un évènement majeur dans la mesure où les cours européennes et la population y sont très sensibles. Une estrade de plus d’une centaine de mètres est construite sur le chemin allant du palais jusqu'à l’église Notre-Dame du Sablon pour que le public, venu en masse, puisse admirer le cortège en tenue d’apparat. Ses marraines sont Madame de Ravenstein et de Nassau, son parrain est l'empereur Maximilien..
Éducation
À la mort de son père en 1506, Marie est élevée avec ses frères et sœurs, à l'exception de Catherine, par sa tante Marguerite d’Autriche alors gouverneure des Pays-Bas. Leur éducation se fait à l’hôtel de Bourgogne de Malines qui se trouve à proximité de la résidence de Marguerite, un hôtel particulier qui prend le nom de « cour de Savoie. ».
thumb|Marguerite d’Autriche prend en charge l'éducation de Marie de Hongrie. Marguerite d'Autriche est très présente dans leur éducation. Tout en gardant une certaine distance, elle leur donne une instruction conforme à leur rang et Maximilien, malgré son éloignement, y veille par le biais de nombreuses correspondances. Étant donné sa charge de gouverneur, Marguerite d'Autriche se déplace beaucoup. Elle en profite pour compléter l'éducation de ses neveux et nièces qui l'accompagnent.
Très jeune, Marie apprend à jouer du clavicorde. Son goût pour la musique lui vient tant de sa tante que de son grand-père. Marguerite d'Autriche, en sa qualité de mécène fortunée, sensibilise ses pupilles aux beaux-arts.
Très vite, une cour d'une centaine de courtisans se constitue autour de MarieSelon Piret il s’agit de 93 personnes sans savoir si se chiffre est fixé par l’étiquette bourguignonne ou variable.. Cette cour est répartie en quatre pôles d’activité : la chapelle, la chambre, l’hôtel et l’écurie, sous la responsabilité d’une duègne qui est, au début, la même pour les trois sœurs en la personne de Doña Anna de Beaumont. En 1508, Marguerite de Poitiers lui succède pour s'occuper exclusivement de Marie..
De 1508 à 1512, les enfants résident aux palais de Bruxelles avec l’empereur Maximilien qui a demandé à les avoir auprès de lui.
À ses huit ans, l’empereur la fait venir à Innsbruck, en Autriche, pour lui donner une éducation allemande en vue de son mariage. En , il dresse un traité matrimonial en la cathédrale Saint-Étienne de Vienne pour unir Marie et Louis Jagellon, et la sœur aînée de ce dernier, Anne, avec Ferdinand. Mais n’ayant pas encore l’âge requis, les futurs époux ne sont réunis qu’en Hugo Soly (dir.), Charles-Quint 1500-1558, Actes Sud..
Physique et personnalité Apparence et santé thumb|Marie à 14 ans. À 19 ans elle est présentée comme ayant les traits fins, avec la mâchoire saillante, les cheveux châtains, les yeux bruns et légèrement globuleux des Habsbourg.. Après la mort de son mari, elle décide de s’habiller principalement en noir pour respecter son deuil et montrer son souhait de ne pas se remarier. Avec l’âge son physique change : son visage s’étire, son menton et son front sont plus grands, ses yeux plus globuleux.
Elle semble souffrir de cyclothymie. Elle a même une grande période de dépression de 1532 à 1535. On pourrait peut-être attribuer ses malaises cardiaques à cette maladie car elle ne les évoque que lorsqu’elle entre en conflit avec ses frères..
Personnalité left|thumb|Reconstitution de l'une de ses tenue. Comme il est de coutume pour une personne de son rang, l’éducation de Marie est prise très au sérieux par son grand-père Maximilien et il a sur elle une influence déterminante. À neuf ans elle parle et écrit le latin tout comme l’allemand. Son goût pour la musique est éveillé par le grand centre de musique polyphonique de Maximilien et son goût de l’étude par l’entourage humaniste de l’université de Vienne.
Pendant sa gouvernance elle est peu appréciée des Flamands car elle lève en permanence des impôts pour le compte de Charles Quint et de ses guerres. Mais la population sous le régime de son successeur, Emmanuel-Philibert de Savoie, se rend compte combien elle se préoccupait alors de sa province, se souciant de son sort et allant jusqu'à apprendre le thiois, le dialecte local. Elle est finalement regrettée par la population, étant considérée comme une administratrice avisée, humaniste, mécène et une lettrée, disciple d'Érasme.
Elle aime le travail d’archive et œuvre sans relâche au point qu’elle rédige elle-même les minutes de ses correspondances.. Son intérêt pour la politique et le droit est prouvé par de nombreuses correspondances avec des juristes.
Autoritaire, elle ne se met pourtant jamais en avant, faisant passer ses propres actions pour des ordres de Charles. tant et si bien qu’il est difficile de savoir avec exactitude les décisions qui sont prises par Charles, par son conseil ou par elle-même.
Marie de Hongrie entretient des correspondances régulières avec ses frères. D’abord plus proche de Ferdinand, elle se rapproche de Charles à la prise de ses fonctions de gouverneur. Un amour fraternel la lie à son frère Charles ; dans leurs correspondances, elle l’appelle « son tout en ce Monde » et lui « l’exécutrice de ses desseins ». Il la considère comme un « solide second et la clé de toutes actions dans l’Empire ». En plus d’un physique très proche, ils ont un goût commun pour la musique, de la volonté, de la ténacité, de l'endurance et de la force d’âme dans l’adversité. Charles la voit comme une femme fière, vive d’esprit, bavarde, exubérante, directe..
Mariage et régence de Hongrie Préparation du mariage
Maximilien a une idée précise de sa politique matrimoniale. Il souhaite que Marie serve son dessein de voir la Hongrie rattachée à la couronne. Avant même la naissance de Louis Jagellon, il entame des tractations en vue d’une alliance qui offrirait de nombreux avantages politiques et commerciaux.
En , un accord matrimonial est passé. Louis Jagellon naît en juillet 1506 et le contrat de mariage est signé en .. Marie aura une éducation allemande et humaniste.. À la suite de l’annonce officielle du mariage, Marie rejoint son grand-père. Il charge Marguerite d'Autriche de constituer son trousseau. Un subside extraordinaire est alors voté par les États de Hollande pour le financer..
Lors de son départ pour l’Autriche, une garde de 200 hommes l’escorte en prévision des régions hostiles pour rejoindre Vienne. Il n’est pas à exclure que le duc de Gueldre essaie de prendre un avantage dans ses conflits avec les Habsbourg en s'emparant d'un otage prestigieux en la personne de Marie.
De nombreuses incertitudes pèsent sur le futur mariage, car Charles Quint n’est pas favorable à cette union dans la mesure où le pouvoir du roi de Hongrie est mis à mal par les magnats de Hongrie qui accaparent les richesses du Royaume et ont une influence supérieure à celle du roi lui-même..
thumb|Anne Jagellon, qui est élevée avec Marie à Cillierhof.
En 1514, Marie est installée au château de Cillierhof, lequel sert d’arsenal et de camp d’entraînement. C’est certainement dans ce camp que Marie prend goût aux affaires militaires..
À la fin du congrès de Vienne, le mariage est célébré le dans la cathédrale Saint-Étienne de Vienne par le cardinal-archevêque de Grän, premier prélat de Hongrie.. Il s'agit d'un double mariage entre Maximilien qui représente son petit-fils avec Anne Jagellon, et Marie avec Louis Jagellon qu’elle rencontre à cette occasion pour la première fois.
Louis Jagellon repart en Hongrie mais sa sœur Anne Jagellon reste en Autriche où elle est élevée avec Marie pendant cinq ans à Cillierhof.
À la suite de la mort de Vladislas IV de Bohême, en , Maximilien craint un soulèvement et décide d’éloigner sa petite-fille. Il l’envoie à Innsbruck.. Lors de son séjour, elle participe à de nombreuses chasses avec Maximilien et montre de grandes aptitudes pour cette activité qui devient par la suite une passion telle qu'elle prend l'habitude de chasser presque tous les trois jours, une fois adulte.
Lors de l’annonce de la mort de Maximilien en 1519, Marie écrit à son frère Ferdinand pour se mettre sous ses ordres en tant que nouvel archiduc d'Autriche..
Dans la lutte de pouvoir qui suit la mort de Maximilien et dans la mesure où le titre d’empereur est électif, la place de Charles n’est pas assurée. Le mariage de Marie est remis en question par les conseillers de Louis II de Hongrie qui lui proposent de se porter candidat à l’élection et d’annuler son union avec Marie, ce qui a pour conséquence une brouille entre les deux princesses Anne et Marie qui ne s’adressent plus la parole.