Henri Weber, né le à Léninabad (Tadjikistan - URSS) et mort le à Avignon (Vaucluse), est un politologue puis homme politique français, membre du Parti socialiste (PS), sénateur de la Seine-Maritime puis député européen.

Biographie Jeunesse Les parents d'Henri Weber, horlogers juifs, vivaient en 1938 à Chrzanów en Pologne, à quelques kilomètres d'Oświęcim où sera plus tard construit le camp d'extermination d'AuschwitzChristophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, 32-33.. Au moment du Pacte germano-soviétique d’, ils partent pour l’URSS. Refusant de devenir citoyens soviétiques, ils sont envoyés dans un camp de travail en Sibérie avant d’être transférés dans un autre à Leninabad (aujourd’hui Khodjent au Tadjikistan) où Henri Weber naît en 1944 sur un navire-hôpital amarré sur les rives du fleuve Syr-Daria. Son père, horloger de formation, doit s'y improviser un emploi de bûcheron et sa mère y est couturière.

Après 1945, ses parents retournent s'installer en Pologne, mais fuient le pays au bout de quatre ans, du fait de l’antisémitisme ambiant. Ils émigrent en France, vivant dans un deux-pièces-cuisine, rue de la Mare, dans le de Paris.

Enfant puis adolescent, Henri Weber est membre du Hashomer Hatzaïr, organisation scoutiste de gauche, sioniste mais laïque., où il rencontre sa compagne Pascale et acquiert une formation à l’entraînement de groupe, qui attira l'attention de son ami Alain Krivine qui lui confia la responsabilité du service d'ordre de la Ligue communiste en 1969.

Après une scolarité au lycée Jacques-Decour, il entre en propédeutique puis étudie la sociologie. Il adhère à l'Union des étudiants communistes (UEC) à la Sorbonne, où il rencontre son aîné Alain Krivine, qui est, en 1966, son témoin de mariage, son épouse choisissant l'épouse de Krivine comme témoin.

Responsable des étudiants en préparation aux grandes écoles au sein de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), Krivine a adhéré fin 1961 à l'Organisation communiste internationaliste et cherche à recruter des militantsBiographie Maitron d'Alain Krivine. En 1962, Alain Krivine a obtenu le ralliement de l'UEC au Front universitaire antifasciste, fondé en réaction au putsch d’Alger du , dont il assure la présidence. Il en tire un prestige qui permet aux 150 militants de sa « fraction de gauche » de contrôler l'UEC de la Sorbonne, avec leurs propres finances et publications"Mai 1968 : une répétition générale" par Daniel Bensaïd, Henri Weber 1968 .

En , Weber et Krivine participent à un camp d'été coorganisé par l'UEC et le FLN à Sidi-Ferruch., dans la banlieue d'Alger et Weber devient à la rentrée secrétaire du secteur Sorbonne-Lettres., l'un des dix groupes UEC par disciplines universitaires mis en place par Alain Krivine, qui quadrillent la faculté. Henri Weber et Pascale sont fréquemment ses invités personnels, tout comme Philippe Robrieux, secrétaire général de l'UEC à la fin des années 1950, qui identifie alors Henri Weber dans la mouvance trotskiste OCI de Pierre Frank"Notre génération communiste: 1953-1968 : essai d'autobiographie politique", par Philippe Robrieux, aux Éditions Robert Laffont 1977 .

Lorsque le Parti communiste français (PCF), affaibli par les succès gaullistes de 1958 et 1962, annonce son soutien dès le premier tour de l'élection présidentielle de 1965 à la candidature de François Mitterrand, malgré son passé de ministre pendant la guerre d'Algérie, les militants UEC de la Sorbonne entrent en dissidence de plus en plus marquée.

Environ soixante-dix d'entre eux quittent l'UEC à l'occasion d'un séminaire de Noël à Briançon. avec l'économiste trotskiste Ernest Mandel et fondent dans la foulée la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR).. En , Claude Chisserey et Alain Krivine se lèvent pour chanter L'Internationale car la direction communiste de l'UEC élue au congrès d'avril avait proposé de les exclure, à la demande de Paul Laurent et Roland Leroy"Le Chuchotement de la vérité" par Jean-Christophe Cambadélis, 1999 .

Mais la majorité de la « fraction de gauche » ne participe pas à la création des JCR, se dispersant aussi autour des lambertistes, mais aussi des maoïstes de l'École normale supérieure qui n'ont pas soutenu la fraction de gauche lors du congrès de l'UEC.

En 1966-1967, Henri Weber et son ami Alain Krivine sont des piliers du cercle « socio-philo » qui se réunit dans la cave de l'appartement de l'écrivain et résistant gaulliste David Rousset, avec son fils Pierre RoussetEdwy Plenel, Voyage en terres d'espoir, Éditions de l'Atelier, 2016..

Mai 68 En 1968, il participe au mouvement de Mai 68, alors qu'il est toujours étudiant à la Sorbonne. Le , il accueille les étudiants de Nanterre"Nous l'avons tous aimé", témoignage oculaire de Nicole Lapierre 27 avril 2020 , où la JCR est mieux implantée, qui vient d'être fermée. Le meeting dans la cour de la Sorbonne ne réunit que deux cents personnes environSelon les images des archives télévisées INA et les historiens. Il est évacué de force, les négociations infructueuses avec la police étant menées par d'autres soixante-huitards, Claude Chisserey et Charles BergJacques Baynac, Mai retrouvé, 1978.. L'évacuation déclenche les premiers jets de pavés contre les CRS, filmés par l'ORTF, pour une émission de reportage qui sera censurée le soir du 11 mai, provoquant la nuit des barricades de Mai 68.

Le , la JCR, organisation encore modeste, se fait connaître en invitant Daniel Cohn-Bendit, qui a été interviewé par l'ORTF peu avant, à un meeting européen anti-guerre du Viêt NamJean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981). Instrument du Grand Soir ou lieu d'apprentissage ?, éditions Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2005, , décidé les et lors d'une « conférence de Bruxelles » réunissant douze partis européens, la JCR étant chargée de réserver la salle. Symbole de l'extension du mouvement à toutes les universités, Henri Weber est à la tribune avec lui et Daniel Bensaïd, autre militant du mouvement du 22 Mars, un Toulousain d'origine modeste, élève à l'École normale supérieure et hébergé à la résidence universitaire de Nanterre. Henri Weber se lie d'amitié avec lui et gardera de Mai 68 le souvenir d'un "2008, lorsque Henri Weber évoquait Mai 1968", Archives INA aspirant à , en particulier chez les journalistes de l'ORTF, qui rappelle les grèves de juin 1936 et la grève générale belge de 1960-1961 à laquelle la JCR avait prêté une grande attention. Selon lui : dans la presse à certains graffitis de l'époque, car il y avait en fait beaucoup d'interdits lors de Mai 68, le vol et le viol, dans les établissements occupés, tout comme le vandalisme dont aucune trace n'a jamais été retrouvée lors des nombreuses manifestations, même dans les beaux quartiers, compte tenu de service d'ordres nombreux et organisésHenri Weber, Faut-il liquider Mai 68 ? Essai sur les interprétations des « événements », Éditions du Seuil, 2016..

Parcours universitaire En , Michel Foucault, directeur du département de philosophie au centre universitaire de Vincennes (Paris VIII) prend Henri Weber dans son équipe. Il y côtoie, entre autres, Gilles Deleuze, Jean-François Lyotard, Alain Badiou, François Châtelet, Étienne Balibar, Robert Linhart

De 1969 à 1988, Weber enseigne la philosophie politique, comme assistant, puis maître-assistant, et maître de conférences, après sa thèse soutenue en Sorbonne en 1973, sous la direction de Maurice de Gandillac, professeur de philosophie à l’université Paris-I. Reçu avec mention « très honorable », il voit sa thèse publiée en aux éditions Bourgois, dans la collection 10-18, sous le titre Marxisme et conscience de classe.

Le centre universitaire de Vincennes offre de nombreux cours dans le domaine des sciences sociales, parfois donnés par des enseignants qui sont à la fois théoriciens et praticiens, en tant que dirigeants de partis politiques. Ainsi en 1971-1972, Henri Weber enseigne « Introduction aux marxistes du » et « La structure de l'extrême gauche en France », et Daniel Bensaïd discourt sur « De la nature des États ouvriers »« Le destin d'une institution d'avant-garde : histoire du département de philosophie de Paris VIII » par Charles Soulié, dans la revue Histoire de l'éducation, , de janvier 1998. alors qu'ils sont tous deux dirigeants de la Ligue communiste fondée en .

Un après-midi, André Glucksmann et Jean-Paul Dollé mènent l'assaut à la tête d'une cinquantaine de militants qui font irruption dans le cours d'Henri Weber, maître-assistant en philosophie, intitulé « À quoi pense Mao ? » consacré aux écrits philosophiques et politiques de Mao ZedongHenri Weber, Rebelle jeunesse, Éditions Robert Laffont, 2018.. Un groupe mené par Alain Badiou perturbe aussi de nombreux cours.

, se souvient-il. La eut selon lui pour conséquence la perte de l'habilitation du département de philosophie à délivrer des diplômes reconnus par l'Éducation nationale.

Lui-même est à la direction du service d'ordre de la Ligue communiste qui multiplie les coups d'éclats et affrontements avec l'extrême-droite mais sera mis en cause dans les affrontements du 21 juin 1973 à Paris, qui ont causé de graves brûlures à neuf policiers.

En , il quitte l’université pour l’hôtel de Lassay, au cabinet de Laurent Fabius, président de l’Assemblée nationale. Mais il retourne à - Saint-Denis, de 1993 à 1995, après la défaite de la gauche aux élections législatives. Il met à profit cette « traversée du désert » en passant son doctorat en sciences politiques, sous la présidence d’Hugues Portelli, professeur à Paris IILes professeurs Dominique Colas (Paris IX), Marc Sadoun (Paris I), Jean-Marie Vincent (Paris VIII) et Elie Cohen (directeur de recherches au CNRS) composent le jury.. Cette thèse de doctorat, « Acteurs et stratégies du changement social », obtient la mention « très honorable ».

Années à l'extrême gauche Directeur du journal Rouge Henri Weber a été directeur et rédacteur en chef de Rouge dont le premier numéro est publié le , peu après les évènements de Mai 68 et qui est d'abord un quinzomadaire, alors qu'il n'existe plus de parti « JCR » depuis sa dissolution en juin et qu'il tente de se recréer autour des « Cercles Rouge », du nom de ce journal.

Daniel Bensaïd et lui, tous deux membres du bureau national de la Jeunesse communiste révolutionnaire, reversent à ce journal les droits d'auteur de leur premier livre Mai 68 : une répétition générale ?, l'un des ouvrages écrits l'année même du mouvement par des militants. Le livre, présenté comme celui de Daniel Bensaïd, est publié dans la collection « Cahiers libre », aux Éditions Maspero. Il fait l'objet de quelques lignes, dans une fiche de lecture collective, avec ceux de Cohn-Bendit, Max Gallo, et Étienne Borne, dans Le Monde du Le Monde du 26 novembre 1968 . Modestes, les droits d'auteur ont contribué à une partie du financement"Enquête sur Edwy Plenel, par Laurent HUBERSON, éditions du Cherche Midi, 2011 du journal, qui deviendra six mois plus tard hebdomadaire, juste avant la candidature d'Alain Krivine à la présidentielle des et 15 juin 1969. Le , Henri Weber est nommé directeur de la publication. Le journal deviendra quotidien lors de la campagne présidentielle de 1974.

En il fonde la revue théorique Critique communiste, qu'il dirige jusqu'en 1980. Avec Krivine et Bensaïd, il est alors à la tête de la Tendance T2 de la Ligue, rivale de la T1 de Gérard Filoche, Denis Pingaud et Daniel Gluckstein, et de la T3 de Michel Lequenne et de Jean-René ChauvinChristophe Nick, , 495..

Chef du service d'ordre de la Ligue communiste

Dès , une photo dans Paris Match le montre en imperméable blanc au sein d'un petit groupe accueillant dans la cour de la Sorbonne, pour une rixe étudiante, un commando du Mouvement d'extrême-droite Occident venu de la faculté de droit voisine d'Assas, ce qui , reconnaîtra-t-il dans ses mémoires.