La seigneurie de Rimouski est une seigneurie concédée à Augustin Rouer de Villeray et de la Cardonnière en et abolie en 1854. Elle est située dans le territoire de l'actuelle municipalité régionale de comté de Rimouski-Neigette dans le Bas-Saint-Laurent au Québec.

Le régime seigneurial en Nouvelle-France

thumb|left|Organisation territoriale typique d'une seigneurie. L'historien québécois Marcel Trudel mentionne que le régime seigneurial s'implante dès 1627 en Nouvelle-France comme moyen pour peupler le vaste territoire inoccupé, mais le mouvement de concession de fief ne prend son essor qu'à partir de 1633-1634. Ce système accorde à des « entrepreneurs », appelés seigneurs, des concessions de terre en contrepartie de l'obligation de les coloniser. Le seigneur obtient aussi des droits fonciers sur les terres qu'il concède aux censitaires, les habitants de sa seigneurie. Ces seigneurs sont en partie originaires de la petite noblesse de province française, mais proviennent majoritairement de l'élite locale de la Nouvelle-France.

Pour éviter que les territoires concédés aux seigneurs ne servent qu'à augmenter leur prestige personnel, les autorités de la Nouvelle-France, dont l'objectif premier est le peuplement de la colonie, exigent du seigneur qu'il remplisse certains devoirs. Ainsi il est obligé de payer aux autorités de la colonie certaines redevances lors de la revente de sa seigneurie. De plus, il doit produire régulièrement « l'aveu de dénombrement », un recensement de la population et des installations présentes sur le territoire de la seigneurie. Toutefois, son obligation principale est de tenir feu et lieu, c'est-à-dire habiter le territoire qui lui est concédé, mais plusieurs seigneurs réussissent à s'y soustraire en nommant un procureur pour les représenter.

Le régime seigneurial sous le régime français ne permet pas aux seigneurs de faire fortune. Cependant, il leur procure un certain prestige, particulièrement lors des activités religieuses de la paroisse ou son rang est reconnu, ainsi que lors d'évènement comme la « cérémonie du mai » et lors de la perception du cens auprès des habitants de la seigneurie, une redevance dont le montant est plutôt symbolique. Pour le censitaire, il permet en contrepartie de redevances assez légères, d'obtenir les services lui permettant de développer son lopin de terre et d'y élever une famille.

L'organisation physique des seigneuries est dictée par le fait que le fleuve Saint-Laurent constitue la voie principale de transport et de communication dans la colonie, les censitaires se voient donc concéder des lopins de terre étroits et longs mesurant en moyenne trois arpents de front sur le fleuve par trente de profondeur. Le seigneur habite un domaine personnel et doit réserver un espace pour la paroisse, un lot pour un moulin à farine et une partie de la seigneurie sert de terre de pâturage pour tous les habitants.

La concession de la seigneurie La concession de la seigneurie de Rimouski a lieu le , lorsque son territoire est délimité et concédé par le gouverneur Jacques-René de Brisay, marquis de Denonville à Augustin Rouer de Villeray et de la Cardonnière.. Quatre années plus tôt, Augustin et son frère, Louis Rouer d’Artigny avaient obtenu conjointement la concession de la seigneurie de l'Île-Verte, grâce au rôle important joué par leur père dans la colonie. Le père des deux frères, Louis Rouer de Villeray estimant que la seigneurie de l'Île-Verte ne peut permettre à ses deux fils de s'établir, effectue des démarches auprès des autorités de la Nouvelle-France afin d'obtenir pour Augustin son fils aîné, la concession d'une autre seigneurie. À la suite de l'acquisition de la seigneurie de Rimouski, Augustin abandonne à son frère la propriété de la seigneurie de l'Île Verte.

Rouer de Villeray s'intéresse peu à son domaine et ne fait aucun effort pour le coloniser. En raison de son éloignement, le seigneur n'y pratique aucune activité, à l'exception de la pêche. Insatisfait du peu d'effort de peuplement de certains seigneurs du Bas-Saint-Laurent, l'intendant Champigny rencontre certains fermiers de l'île d'Orléans afin de trouver un seigneur prêt à faire de plus grands efforts pour la colonisation de la seigneurie de Rimouski.

C'est ainsi que le , René Lepage de Sainte-Claire échange sa terre de l'île d'Orléans léguée par son père Germain Lepage, contre la seigneurie de Rimouski, propriété de Rouer de la Cardonnière. Les termes de l'échange permettent de se faire une idée du peu de valeur qu'avait la seigneurie de Rimouski aux yeux de son ancien maître. Rouer de la Cardonnière cède en effet une terre en bois debout de cent kilomètres carrés , pour une ferme de quatre arpents en culture, comprenant une maison, des bâtiments de ferme et quelques bovins, mais située à quelques lieues du centre de la colonie.

Le territoire de la seigneurie thumb|alt=Gravure représentant une carte de la Nouvelle-France en 1660.|Carte de la Nouvelle-France en 1660. Lors de sa concession en 1688, la seigneurie mesurait deux lieues de front sur le fleuve Saint-Laurent par deux lieues de profondeur à l'intérieur des terres ; soit environ dix kilomètres par dix et une superficie de . Son territoire inclut les deux côtés de la rivière Rimouski ainsi que l'île Saint-Barnabé et les îles et îlots adjacents à cette dernière.

Comme c'est souvent le cas à cette époque, les limites territoriales de la seigneurie sont mal définies lors de la concession. En ce qui a trait à sa frontière ouest, elle devait se trouver à la démarcation de la seigneurie du Bic, mais les deux concessions n'avait fait l'objet d'aucun arpentage. La frontière est de la seigneurie posait encore plus problème, le texte de l'acte de concession mentionnant que la seigneurie s'étendait jusqu'à la limite des territoires concédés, or aucune concession n'avait été faite à l'est de Rimouski. Le fait que les autorités de la Nouvelle-France n'aient pas utilisé les particularités de la géographie locale, comme la rivière Rimouski ou la Pointe-au-Père, semble indiquer qu'elles leur étaient inconnues. Ces imprécisions au niveau des frontières de la seigneurie entraîneront des conflits judiciaires pour les héritiers de René Lepage au .

Une autre conséquence des imprécisions dans les limites de la seigneurie apparaît lorsqu'il devient évident que le site de la maison de René Lepage et les lots concédés à l'est de celle-ci sont situés à l'extérieur du territoire originale de la seigneurie. Pour corriger la situation, le seigneur de Rimouski Pierre Lepage de Saint-Barnabé, obtient du gouverneur La Jonquière le que le territoire de la seigneurie soit agrandi d'une lieue et quart de front et de deux lieues de profondeur à l'est, la frontière de la seigneurie rejoignant celle de la seigneurie Lessard .

Les imprécisions de l'acte de concession de 1688 sont aussi à l'origine d'un conflit de frontière entre les seigneurs de Rimouski et du Bic qui débute en 1765. Le conflit se rend devant la Cour des plaidoyers communs qui se rend aux arguments des Lepage en 1774 et établit la frontière entre les deux seigneuries au niveau de la rivière Hâtée.

La famille Lepage René Lepage et les débuts de la seigneurie

La présence de René Lepage à Rimouski semble confirmée dès l'été 1694, sa terre de l'île d'Orléans étant déjà louée pour une période de trois ans à partir de l'été 1693 et une déclaration de son fils Pierre datant de 1751 affirmant que les Lepage sont présents à Rimouski depuis . Pendant les années 1694-1695, il a fort probablement construit une maison pour installer sa famille et commencé le défrichement de ses terres. Il est aussi probable que Pierre Saint-Laurent l'accompagne à Rimouski pendant ses deux années. La maison seigneuriale, construite en bois par René Lepage, possède des dimensions imposantes pour l'époque ; elle mesure sept mètres par dix-sept et a été construite . Sa construction est effectuée en deux temps, la première étape correspondant à la section pièce sur pièce et la rallonge en colombage est réalisée dans une seconde étape.

Le , René Lepage « rend foi et hommage » à l'intendant Jean Bochart de Champigny pour son fief de Rimouski en étant dispensé de faire l'aveu de dénombrement ce qui indique qu'il n'y avait toujours pas de résidents à Rimouski. Lors de l'été 1696, deux ans après avoir acquis la seigneurie, René Lepage de Sainte-Claire devient le premier seigneur résident de Rimouski et s'y installe avec son épouse Madeleine Gagnon et ses enfants. Germain Lepage, père de René Lepage, devenu veuf s'installe aussi à Rimouski et habite chez son fils. Aucun document ne permet de corroborer cette arrivée en 1696 si ce n'est un ouvrage publié en 1873, Chroniques de Rimouski, écrit par Charles Guay et qui y a recueilli des témoignages des descendants de la famille Lepage.

L'année 1696 est aussi marquante pour la famille Lepage car les autorités de la Nouvelle-France concèdent la seigneurie Lessard à Pierre Lessard époux de Barbe Fortin et mère de Madeleine Gagnon l'épouse de René Lepage et la seigneurie Lepage-et-Thibierge à Louis Lepage, oncle de René Lepage, et Gabriel Thibierge son cousin. Ces deux seigneuries ne furent jamais habitées par leurs seigneurs, ces derniers se libérant de l'obligation de résidence en nommant René Lepage comme procureur.

Outre les Lepage, les familles de Pierre Saint-Laurent et de Pierre Gosselin s'établissent à Rimouski entre 1696 et 1701, une présence confirmée par le registre de la paroisse Saint-Germain. Ces familles, liées par un lien étroit de parenté remontant au père de Germain Lepage, obtiennent des terres contigües près du ruisseau Réhel, à la frontière de l'actuel district Saint-Germain et de la paroisse Saint-Yves. Ces premiers résidents du début du vivent dans une aisance relative, et ce malgré la pauvreté du sol du Bas-Saint-Laurent en profitant de la chasse et de l'abondance de la pêche sur le fleuve pour améliorer leur sort.

Dès 1701, la vie paroissiale s'organise dans la seigneurie même si elle n'est desservie que par des missionnaires itinérants et l'aïeul Germain Lepage, un homme très pieux, récite la prière du dimanche en l'absence d'un missionnaire. Les premières pages du registre paroissial sont écrites le et soulignent la célébration d'un mariage et le baptême de deux enfants de René Lepage. C'est à cette occasion que le nom de apparaît pour la première fois. La population de la seigneurie est alors évaluée à répartis dans trois familles.

En 1703, René Lepage agrandit le domaine familial en achetant la Seigneurie Pachot située près de l'embouchure de la rivière Mitis à l'est des trois seigneuries appartenant déjà à la famille Lepage. Le territoire des seigneuries Lepage s'étendait alors sur cinquante kilomètres de front sur le fleuve Saint-Laurent entre la seigneurie du Bic à l'ouest et la rivière Mitis à l'est. Certains historiens mentionnent que la région de Rimouski était en quelque sorte un bien de famille des Lepage, cité dans . Le de ces quatre seigneuries demeure entre les mains de la famille Lepage jusqu'en 1790.

En , René Lepage et ses fils récupèrent une partie de la cargaison du voilier La Hollande, naufragé sur la rive nord du fleuve en face du Bic. Louis Lepage, second fils de René, s'avère alors être un habile homme d'affaires lors des négociations avec les propriétaires du navire pour obtenir rétribution du travail de sauvetage. En 1711, son père lui concède une terre de douze arpents de front par deux lieues de profondeur situé dans la paroisse de Nazareth, mais il quitte Rimouski en 1715 pour devenir prêtre, avant d'acquérir la seigneurie de Terrebonne en 1720.. À la même période, René Lepage concède un lot situé à l'est de l'embouchure de la rivière Rimouski à son fils aîné Pierre Lepage de Saint-Barnabé.