Gilbert Tyuienon, né le à Canala, est un homme politique indépendantiste de Nouvelle-Calédonie.
Membre de l'Union calédonienne, il est premier vice-président de la Province Nord de 2009 à 2011, maire de la commune de Canala de 2001 à 2026 et membre du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie depuis 2011. Il est de plus vice-président du Gouvernement de 2011 à 2014 et de 2019 à 2021.
Jeunesse Gilbert Tyuienon est né à Canala le . Il est d’abord scolarisé à l’école de la mission qui à l’époque était la seule accessible aux Mélanésiens et ensuite à l’école publique en CM1. Il est interne à Houaïlou jusqu’au BEPC, puis intègre le lycée du sacré-cœur à Bourail et ensuite le lycée Blaise Pascal à Nouméa.
Il passe le concours de l’administration territoriale et intègre la promotion mélanésienne du dialogue qui précède le dispositif 400 cadres. Il part donc pour Besançon, fait des stages à Dijon et en région parisienne.
Carrière professionnelle À son retour, il devient chargé de mission du secrétaire général du territoire, Jacques Iekawé, de 1989 à 1992. Il travaille alors sur des dossiers liés à la provincialisation, la dévolution des biens, les droits et obligations des provinces, les moyens boursiers pour la formation des premiers animateurs communaux, le suivi des dossiers « 400 cadres ». En 1992 il rejoint la chambre territoriale des comptes comme secrétaire général et assure les premiers contrôles des établissements publics. De 1995 à 1996, il œuvre à la Direction du Service d'État de l'Agriculture, de la Forêt et de l'Environnement (DAFE) sur les contrats de développement des Opérations groupées d'aménagement foncier (OGAF). De 1996 à 1999, il est rédacteur au Congrès de la Nouvelle-Calédonie et, de 1999 à 2004, il est directeur de cabinet du groupe de l’Union calédonienne (UC) au Congrès. Il entame alors sa carrière politique.
Carrière politique
Maire de Canala Il obtient son premier mandat électif en 2001. Il mène la liste UC aux municipales du à Canala. Il réalise le deuxième meilleur score avec 510 voix et seulement 22 votes de retard sur la FCCI de Marie-Adèle Jorédié (épouse de l'ancien maire, Léopold Jorédié, qui a quitté l'UC et le FLNKS pour créer en 1998 avec d'autres indépendantistes modérés la FCCI)M. LISBONNE, « Chronique electorale 5 :quelques résultats », Kanaky, 14/03/2001. Avec 7 sièges sur 18, il fait jeu égal avec la liste Jorédié tandis que les 4 élus du Palika (autre composante du FLNKS) décident de le soutenir : il obtient ainsi le fauteuil de maire le M. LISBONNE, « Premiers résultats définitifs », Kanaky, 16/03/2001. En tant que premier magistrat de ce petit village minier, il doit surtout faire face aux retombées économiques et sociales engendrées par plusieurs mois de conflits sociaux (avec grèves et blocages) entre le syndicat SOENC Mines et la Société minière du Sud Pacifique (SMSP, filiale de la Sofinor, société de financement de la Province Nord, et gérant l'exploitation et la transformation minière dans cette collectivité). Selon Gilbert Tyuienon, ce conflit a durement touché la commune : « La mine, c’est un demi-milliard de retombées annuelles en salaires, sous-traitance. Le commerce, deuxième activité de la commune, a forcément été touché [...] L’un des faits aggravants des problèmes, c’est la rupture du rythme pédagogique. Certains élèves ont perdu des semaines de cours entre les intempéries, les blocages et les grèves. »« Canala : sortir de la mauvaise passe », Les Nouvelles Calédoniennes, 21/08/2002 Il doit également faire face à des problèmes récurrents d'insécurité. Une série de violences au collège de Canala en , aboutissant à plusieurs journées de débrayage des enseignants et personnel éducatif des établissements de la commune (soutenus par les parents d'élève) pour protester contre cette situation, le poussent à proposer l'organisation d'une journée de l'école le , l'établissement d'un contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD, solution que Gilbert Tyuienon avait jusqu'alors toujours refusée) et le recours à des vigiles pour surveiller les équipements publics« Le maire de Canala s'exprime sur les violences », Les Nouvelles Calédoniennes, 21/10/2010. Si ces annonces sont bien accueillies par la communauté éducative, celle-ci critique fortement les propos du maire au sujet des causes des actes de vandalisme, le premier magistrat ayant notamment déclaré : « Ceux qui ont fait ça avaient été mal traités au collège »« Opération "village mort" », Les Nouvelles Calédoniennes, 22/10/2010.
Il se pose pour but de développer et diversifier les activités, notamment touristiques, culturelles et agricoles, de Canala. Par exemple, il a organisé en 2001 la première fête de la musique tenue à Canala (reconduite depuis lors chaque année), a initié également en 2001 la première édition de la Fête de l'Eau (chaque année en octobre avec un thème différent)« Le patrimoine de la commune au fil de l’eau », Les Nouvelles Calédoniennes, 13/10/2003 et a soutenu l'Association des producteurs fruitiers et vivriers de Canala Xârâcùu (créée en 2001) pour l'instauration, au mois de juillet et à partir de 2002, d'une fête annuelle de la mandarine Dépliant de la Province Nord sur la mandarine de Canala. Il a fait construire plusieurs infrastructures culturelles ou sportives : la médiathèque inaugurée le « La médiathèque bientôt opérationnelle », Les Nouvelles Calédoniennes, 19/07/2003, le centre socioculturel « Éloi Machoro » (installé dans les locaux de l'ancienne mairie) ouvert en « Quatre jours placés sous le signe du souvenir », Les Nouvelles Calédoniennes, 13/01/2005 et la salle polyvalente inaugurée le en présence de Christian Karembeu, point de départ de l'aménagement d'un vaste complexe sportif entrant dans le cadre de l'organisation des Jeux du Pacifique en Nouvelle-Calédonie en 2011« Les Jeux de 2011 en filigrane », Les Nouvelles Calédoniennes, sur le site de la Fédération calédonienne de Football, 23/01/2008. Sur le plan agricole, il demande en 2002 le développement d'une OGAF pour la commune, mise en place progressivement à partir de 2003, tandis qu'en 2004 une collaboration avec la Province Nord permet l'installation d'un centre de collecte et de tri des produits agricoles (surtout des agrumes)« Canala : des oranges lavées, cirées puis triées », Les Nouvelles Calédoniennes, 24/08/2004. Son premier mandat est de plus marqué par le lancement de chantiers d'électrification (à partir de 2002) et d'accès à l'eau potable (à travers la construction en 2003 du bassin de la réserve d'Emma puis, à partir de , du « grand tuyau » partant du captage de la Kû Nédu, sur les hauteurs de la tribu d’Emma) des tribus isolées« Le "grand tuyau" de Kû Nédu », Les Nouvelles Calédoniennes, 24/03/2005« Eau et lumière », Les Nouvelles Calédoniennes, 11/10/2008.
De nouveau investi par l'UC aux municipales de 2008 (qui se déroule pour la première fois en deux tours dans la commune), il a toujours face à lui des listes UNI-Palika (menée par Félix Midja) et FCCI (tirée par l'ancien maire Léopold Jorédié), ainsi que cette fois-ci d'une candidature du LKS. Baptisant sa liste « L'Avenir de Canala », il fait campagne autour du thème d'« un avenir résolument implanté dans la modernité, tourné vers le monde, mais aussi respectueux de nos traditions, de nos valeurs et des règles de respect, de tolérance et de tempérance ». Son programme s'articule sur trois grands axes. Tout d'abord, il s'agit de l'aménagement et l'équipement visant à raccorder les habitats isolés au réseau d'électricité, à améliorer les réseaux d'eau potable et routiers pour désenclaver les tribus, à construire dans ces dernières des maisons communes et des plateaux sportifs, à lancer la construction du stade municipal « Christian Karembeu », à transformer le village-centre « dans le but d'améliorer [les] conditions de vie [des habitants] au quotidien », à aménager une marina pour attirer les touristes et favoriser le développement de la pêche et un Centre d'enfouissement technique pour lutter contre les décharges sauvages. Ensuite, il parle de « tourisme » et d'« environnement » à travers la création d'un Office du tourisme ou la construction d'une pépinière municipale pour accompagner le reboisement, l'installation de vergers ou encore l'aménagement paysager. Enfin, il promet de déployer des mesures et des outils pour soutenir le développement et l'évolution de la commune, notamment « pour l'éducation coutumière et citoyenne. Pour sensibiliser et agir contre les fléaux que sont l'alcool et le cannabis et aussi pour améliorer le partenariat avec les autorités coutumières »« Gilbert Tyuienon pour réunir modernité et tradition », Les Nouvelles Calédoniennes, 07/03/2008. Sa liste obtient finalement la victoire dès le premier tour le avec 989 voix (55,41 % des suffrages exprimés)Résultats des élections municipales de 2008 à Canala, Le Post, 16/03/2008 et 22 sièges sur 27. Gilbert Tyuienon est réélu maire à l'unanimité le « Gilbert Tyuiénon à l'unanimité », Les Nouvelles Calédoniennes, 17/03/2008. Remarqué par son succès électoral, Gilbert Tyuienon est choisi le suivant pour occuper la de l'Association des maires de Nouvelle-Calédonie (AMNC, regroupant l'ensemble des premiers magistrats de commune non issus du Rassemblement-UMP, et majoritairement indépendantistes)« Daniel Fisdiepas président de l'Association des maires », Les Nouvelles Calédoniennes, 10/04/2008.
Ses actions pour le développement municipal n'ont pas empêché une certaine stagnation (voire une baisse) démographique de la commune, marqué par un déclin de l'activité minière et à l'attrait du pôle de Voh - Koné - Pouembout - Poya (partie nord) (VKPP) centré sur l'usine du Nord à Vavouto. La population de Canala passe ainsi, aux différents recensements, de en 1996 à en 2004 et en 2009Évolution de la population par communes entre 1996 et 2009, ISEE.
Ascension à l'échelle territoriale
Remarqué par sa politique à Canala, Gilbert Tyuienon se voit confier bientôt de nouvelles responsabilités par son parti. Il est une première fois présenté par l'Union calédonienne lors d'élections provinciales en Province Nord en 2004. En neuvième position sur la liste menée par le président de l'époque du mouvement, Pascal Naouna, il n'est pas élu, celle-ci n'obtenant que (27,12 % des suffrages) et 7 sièges sur 22 à l'Assemblée provinciale. Pressenti comme un potentiel candidat de l'UC aux élections législatives de 2007 dans la (c'est finalement Charles Pidjot qui est investi)« Législatives : Le FLNKS entame sa réflexion sur une candidature unitaire », Les Nouvelles Calédoniennes, 03/04/2007, il intègre la nouvelle direction du parti désignée lors du Congrès du et désormais présidée par Charles Pidjot, en tant que secrétaire général adjoint.