Marguerite Frichelet-Avet, appelée aussi , parfois Surnommée ainsi au , bien que cette expression soit remise en cause par l'historiographie moderne. in , née le à Thônes (duché de Savoie) et fusillée le à Annecy, est une servante lettrée (dans d'anciens ouvrages elle est présentée comme institutrice), considérée par les historiens de la Savoie comme une résistante face aux troupes révolutionnaires françaises.
Biographie 1756-1792 : les premières années Marguerite Frichelet est née le à Thônes dans le royaume de Piémont-Sardaigne, aujourd'hui en Haute-Savoie depuis le rattachement de la Savoie à la France en 1860. Elle est la fille de Claude Frichelet, originaire de Mirecourt en Lorraine, et de Jacqueline Chatron, originaire de Thônes. Elle perd ses parents très tôt et est élevée par le notaire Jean-Joseph Avet. Elle débute en 1786 à Paris une carrière de préceptrice qu'elle poursuit ensuite à Angers puis à Chambéry jusqu'à fin 1792.
Dans la nuit du 21 au , les armées françaises du général Montesquiou entrent dans le duché de Savoie dont le souverain est le duc Victor-Amédée III de Sardaigne ; le duché est ensuite annexé à la France par la Convention le suivant. Marguerite Fichelet est alors au service du baron Pierre-Clément Foncet de Montailleur, avocat général au Sénat de Savoie à Chambéry, qui est forcé à s'expatrier. Elle doit quitter la capitale du duché pour, au commencement de 1793, revenir à Thônes où elle est de nouveau accueillie par le notaire Jean-Joseph AvetMarguerite Frichelet entre l'histoire et la légende, l'héroïne de mai, in Revue annuelle des Amis du Val de Thônes , 2000 .
Elle s'occupe à faire des dentelles, mais elle ne dédaigne pas d'apprendre . Elle se consacre également à l'enseignement de l'écriture et du catéchisme auprès des jeunes filles aisées de la ville comme l'aurait fait alors une régente d'école de filles de l'époque. C'est à ce moment-là qu'une fois encore la Révolution la rattrape.
1793 : la guerre de Thônes
Le mouvement insurrectionnel Depuis le début de 1793, la révolte gronde un peu partout en Savoie devenue l'éphémère département du Mont-Blanc de la République française, et tout particulièrement dans la vallée de Thônes, très religieuse et attachée à son souverain Victor-Amédée III de Sardaigne. Dès l’exécution de Louis XVI le et l'annonce d'une conscription extraordinaire décrétée le par la Convention, les paroisses s'insurgent contre les mesures anti-religieuses et l'établissement du tirage au sort fixé au des « volontaires » enrôlés de force par l'armée révolutionnaire française.
Le samedi , jour de marché à Thônes, la colère est à son comble. Pierre Durod, procureur-syndic de la ville, est à la tête du mouvement de résistance ; mais Marguerite Frichelet n'est pas la dernière à encourager et à convaincre une foule, venue de tous les villages de la vallée, prête à prendre les armes.
Le dimanche à , doivent débuter les opérations officielles du tirage au sort. La municipalité tergiverse ; les jacobins locaux sont malmenés. Marguerite distribue des cocardes bleues, de la maison de Savoie, aux jeunes gens convoqués et appelle à refuser la conscription française. C'est elle qui sonne le tocsin à Thônes pour annoncer, jusqu'aux demeures les plus reculées que le mouvement est, cette fois-ci, irréversible. La scène se reproduira dans toutes les communes de la vallée à l'arrivée des émissaires de la République battant tambour.
Le mouvement insurrectionnel prend de l'ampleur et quelque paysans se soulèvent. Le , le chevalier Galley de Saint-Pierre, nommé la veille à la tête des troupes de la rébellion, organise la défense de tous les accès de la vallée, place des compagnies dans tous les cols où tous les hommes de 18 à 60 ans sont en poste.
Le rôle de Marguerite Frichelet Marguerite Frichelet ravitaille en vivres et en munition les combattants contre les troupes révolutionnaires arrivées avec des canons.
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Pour neutraliser les suspects, elle les inclut sous surveillance dans les patrouilles de confiance ; elle s'habille en homme afin de poursuivre son action de nuit sans être importunée.
La répression Le mardi 7 et le mercredi , le long des rives du Fier, les insurgés font face, avec succès, aux troupes révolutionnaires venues d'Annecy, conduites par Le Harivel, aide de camp du général d'Oraison. La bataille décisive se joue le jeudi. Un renfort de hommes, avec l'appui des canons, sous le commandement du général d'Oraison et la main de fer de Hérault de Séchelles, permet aux troupes françaises de harceler les insurgés de toutes parts qui, manquant de poudre et de munitions et bientôt encerclés, doivent rompre le combat. Marguerite Frichelet soigne les blessés.
Thônes est livré alors durant trois jours au pillage et à la répression ; le procureur Pierre Durod et le barbier Jean-Louis Pin sont fusillés in Revue annuelle des Amis du Val de Thônes , 2000 après une bataille qui aura causé une douzaine de morts. Marguerite Frichelet revient à Thônes le dimanche soir après la proclamation de l'amnistie ; elle est aussitôt arrêtée. Elle est d'abord interrogée à Thônes le , puis déférée le lendemain au tribunal criminel du département.
Elle est conduite, menottes aux poings, à Annecy et emprisonnée à la prison du palais de l'Isle. Elle est traduite le devant le tribunal criminel du Mont-Blanc qui s'est déplacé de Chambéry à Annecy et que préside François Joseph Curial, père de Philibert Jean-Baptiste Curial. Elle est accusée d'avoir aidé et ravitaillé les insurgés et est reconnue comme la principale instigatrice de l'insurrection.
Le jugement Quatre témoins de Thônes déposent contre elle. Après des aveux et des explications fournis avec beaucoup d'assurance, Marguerite Frichelet, privée de tout défenseur, entend le court réquisitoire qui suit :
Le registre d'écrou des prisons d'Annecy précise : Marguerite Frichelet-Avet est fusillée à l'âge de 37 ans sur le Pâquier, lequel, à cette époque, se nomme « ».
Ses dernières paroles sont : avant de s'écrouler sous les balles. Le cadavre est jeté à la fosse commune.
Hommages Une ruerue Marguerite Frichelet à Thônes , plan de situation de sa ville natale porte son nom, au pied de la butte du calvaire, près du lieu où furent fusillés Pierre Durod et Jean-Louis Pin.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Bibliographie
Articles connexes Histoire de la Savoie de 1792 à 1815 Thônes Aravis (section )
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