Le château de Chaville est un château détruit, qui se trouvait situé dans la commune de Chaville, idéalement placé sur la route royale entre Paris et Versailles, et rebâti par Michel Le Tellier au milieu du . La somptuosité de ses jardins est convoitée par le fils de Louis XIV, qui l'obtient en 1695. De nombreux châteaux différents se sont succédé dans le temps, plus ou moins au même emplacement.

Histoire Le château médiéval

XVIe : le château Renaissance thumb|gauche|Topographie du vallon de Chaville, avec emplacement des jardins du château détruit. Ce château a ensuite appartenu dans sa jeunesse à Michel Le Tellier, dont l'ascension et la fortune vont être considérables. En 1617, il hérite de la seigneurie de Chaville, domaine qui appartient à sa famille depuis plusieurs générations. Il l'augmente considérablement par des achats ou des échanges.. Il devient conseiller d'Etat au Grand conseil dès 1624, maître des requêtes en 1639, intendant de justice de l'armée de Piémont en 1640. Remarqué par Mazarin pour ses compétences et sa fidélité, il devient son protégé et lui doit sa nomination au Secrétariat d'Etat à la guerre en 1643. A ce titre, il réforme et modernise l'armée. Louis XIV apprécie ses compétences et le nomme Chancelier de France et Garde des Sceaux en 1677, fonction qu'il occupe jusqu'à son décès, en 1685.

C'est lui qui fera démolir le vieux château dans les années 1650-1655 pour créer un nouveau domaine avec de superbes jardins.

XVIIe : le "modeste" château classique : les "délices" de Michel Le Tellier thumb|gauche|Restitution de la vue depuis le premier étage du château de Chaville sur le grand parterre, seconde moitié du XVIIe Vers 1655-1660 : une reconstruction par Michel Le Tellier Le château a appartenu à Michel Le Tellier, père de Louvois, qui y a employé l'architecte Charles Chamois et le jardinier André Le Nôtre, reconstruisant totalement le domaine, dans les années 1655-1660-1665. Au début du chantier de Chaville, Chamois et Le Nôtre se connaissent alors depuis de nombreuses années. Le Tellier entreprend donc à Chaville ce qu'Abel Servien entreprend à Meudon entre 1654 et 1659 et ce qu'entreprend Fouquet à Vaux-le-Vicomte.

thumb|Plan initial du château de Chaville reconstruit par Michel Le Tellier, vers 1660

Primi Visconti, chroniqueur de la vie à la cour du roi de France, rapporte dans ses Mémoires, à l'année 1674 (1988, p. 54) : "Le marquis de Dangeau et l'abbé de Chavigny me menèrent en visite chez M. Le Tellier, à ses "Délices" de Chaville". C'est par ce terme de "délices" que le chancelier nomme les beautés de son jardin, et les embellissements successifs qu'il y réalise.

Le château lui-même était d'une grande simplicité, on ne pouvait pas bâtir plus petit. C'est que Le Tellier était d'une grande modestie, il ne voulait pas reproduire l'erreur de Nicolas Fouquet et de ses fastes de Saint-Mandé et Vaux-le-Vicomte. La seule originalité du château lui-même était son escalier ovale, dont on conserve les plans du rez-de-chaussée et de l'étage, et dont l'ouverture de la cage d'escalier en hauteur devait être assez éblouissante. Ce type de grand escalier ovale était assez rare, on en trouvait un au sein de l'hôtel de la Bazinière à Paris (voir la gravure de Marot).

thumb|Restitution de l'élévation technique des bâtiments du château de Chaville, fin XVIIe

L'inventaire après décès de Michel Le Tellier de 1685 décrit l'entier mobilier du château de Chaville à sa mort. Les meubles étaient plutôt simples, les murs tendus de tapisseries de verdure de Bruxelles ou de Rouen. Rien de fastueux, comme le caractère de Le Tellier. Ce document permet de restituer la distribution du château, avec au premier étage, dans la grande pièce, la "Salle du Conseil". Cette pièce disposait d'une grande cheminée, dont on peut supposer qu'elle recevait un décor en lien avec Louis XIV, dont Le Tellier était l'un des principaux ministres, probablement un décor sculpté avec le profil du monarque, en tête ou en pied, puisque l'inventaire après décès ne parle pas de tableau. Mais c'est dans le "Petit Bâtiment", l'annexe voisine du château, à l'est, que Le Tellier logeait au rez-de-chaussée de plain-pied, comme son épouse. Le décor de leurs lits et mobiliers est parfaitement décrit dans l'inventaire. L'enfilade de ces deux appartements rivalise avec les grands châteaux de l'époque, comme si le ministre avait voulu cacher l'ampleur des constructions en présence. Cela a sans doute été indiqué dans la commande à Le Nôtre et Chamois : rien que de simple et qui paraît petit, alors que dans la réalité, si l'on colle toutes les constructions et tous les pavillons, on arrive à des constructions classiques pour le château d'un Grand au XVIIe siècle.

Les gravures du château de Chaville vers 1670-1680, par Pérelle thumb|La "Fontaine de l'isle à Chaville", Pérelle, vers 1680.

Il existe un ensemble de gravures du XVIIe siècle, qui présente l'état du domaine et des jardins vers 1670-1680, à leur apogée. Couplés avec les plans connus dans les archives, ces vues permettent de comprendre à quoi ressemblaient le château et les jardins, même si certaines contiennent des projets non réalisés ou des interprétations libres qui offrent des différences avec la réalité.

La gravure du côté de l'entrée présente un portail cintré qui est totalement fantaisiste : tous les plans montrent une entrée linéraire, sans courbe. Le château est bien représenté, mais les deux treillages dans le fond, du côté du parterre, sont aussi des inventions du graveur : il n'y avait que des alignements de petits arbrisseaux.

La gravure du côté du parterre est assez fidèle. On y découvre bien toutes les constructions, et le Petit Bâtiment qui visuellement rejoint le château. Les grands parterres de broderies (4 compartiments et deux grands bassins circulaires) donnent bien l'idée de richesse de cette partie du jardin, immédiatement visible depuis les fenêtres du château. Mais le graveur a omis le bassin final du parterre, précédant l'escalier d'accès aux cascades.

La gravure sur les cascades au bout du parterre fusionne deux points de vues : celui effectivement situé depuis le bout du grand parterre, en admirant les cascades basses, et celui depuis l'est du parterre, en regardant vers le parterre engazonné latéral, qui disposait de trois fontaines. Le graveur a fusionné deux parties du jardin en une seule. De là des erreurs dans la représentation, d'ailleurs l'immense treillage dans le fond est une invention totale, il n'existait pas puisque les plans montrent au contraire un espace de végétation libre en mur de fond, qui sert de tâche sombre pour mettre en valeur le clair des sept jets d'eau du grand bassin ovale final.

La vue depuis le bout de la grande perspective, en vue cavalière, depuis les cascades basses, est assez fidèle à la réalité, elle présente uniquement les toitures du château, ce qui était effectivement la réalité. Seules les toitures du bâtiment étaient visibles et couronnaient la composition, comme si le château se transformait en une composition de type Grotte.

La gravure du bosquet de l'île est parfaitement fidèle à la réalité, même dans la proportion des personnages représentées. Elle nous donne exactement l'esprit des lieux, et la confrontation avec les plans connus du bosquet offre une idée exactement similaire à cette vignette.

1685-1691 : Louvois, dit M. de Chaville dans sa jeunesse thumb|Vue aérienne du domaine de Chaville, du côté des jardins, à la fin du XVIIe siècle. Restitution 3D pour la ville de Chaville par Franck Devedjian et Hervé Grégoire, 2014.

À la mort du chancelier, en 1685, son fils Louvois poursuivra l'entretien des jardins, pour le compte de sa mère, la Chancelière. Louvois avait d'ailleurs acquis le château de Meudon dès 1679, ce qui offrait à la famille un domaine immense réunissant Chaville et Meudon. La proximité avec Versailles était une preuve de la faveur éclatante de Louvois dans les années 1680-1690 qui était alors le quasi favori de Louis XIV.

Louvois ne fit sans doute aucun changement entre 1685 et 1691, date de sa mort, quand il posséda Chaville. Le domaine était déjà si beau qu'il s'est contenté de l'entretenir. Toutes ses attentions se sont surtout portées sur les embellissement du château de Meudon. C'est sa mère Mme la Chancelière, qui continuait de résider au château de Chaville à la belle saison, il s'agissait en effet du château entièrement reconstruit par son mari, le Chancelier, donc son château personnel qui contenait toute l'histoire de sa vie.

Restitution 3D du domaine à la fin du XVIIe siècle

En 2014, la ville de Chaville a fait réaliser par la société Phidias 3D (Franck Devedjian et Hervé Grégoire) la modélisation intégrale du château et des jardins à leur apogée à la fin du XVIIe siècle... C'est la première maquette du château et des jardins réalisée, étrangement aucune maquette ancienne du château n'avait jamais été réalisée auparavant. Cette restitution scientifique précise a permis d'offrir un nouveau regard sur le château, et d'en offrir les justes proportions.

Décembre 1695 : acquisition par Louis XIV pour l'offrir à son fils le Grand Dauphin thumb|Plan général du domaine de Meudon et Chaville, par Alexandre Lemoine, ADY. 1723. thumb|Plan des jardins de Chaville, vers 1700. thumb|Berceaux de treillages, Chaville, fin XVIIe Le par arrêt du Conseil, Louis XIV nomme des commissaires auxquels il donne pouvoir d’acquérir en son nom les terres de Chaville, Viroflay, Villacoublay et Ursine, avec faculté d’en faire donation entre vifs, au nom du Roi, au Dauphin. Ainsi, le château de Chaville va devenir l'annexe du château de Meudon, que le roi a offert à son fils six mois plus tôt..

Les 8 et , est réalisée l'acquisition de Chaville par Louis XIV pour l'offrir à son fils, Monseigneur. L'acte de vente est daté des 8 et , par la Chancelière au profit du Roi, des terres de Chaville, Viroflay, Villacoublay. Dans le même acte, donation du Roi au profit de Monseigneur, son fils.

Le lundi , "Le Roi s'est promené à Chaville avec Monseigneur".

Le , a lieu la vente par l’abbé de Louvois au profit du Roi de la terre d’Ursine. Dans le même acte, donation du Roi au profit de Monseigneur.

Le , le roi annonce aux courtisans qu'il a "acheté la maison et le parc de Chaville pour en faire présent à Monseigneur, qui va faire abattre la muraille qui séparait le parc de Chaville de celui de Meudon. Le roi donne à Madame la Chancelière le Tellier et à sa famille payables en quatre termes, un an après la paix".

En , des lettres patentes confirment la vente de Chaville, Viroflay, Villacoublay, et Ursine ; elles sont enregistrées au Parlement le . Le mur de séparation entre Chaville et Meudon est démoli durant cette période.

Le , Monseigneur vient à Chaville pour la première fois : "Il trouva la maison très petite et les jardins parfaitement beaux ; il fera meubler quelques chambres pour pouvoir y venir quelquefois faire collation. Joyeux sera capitaine de Chaville comme de Meudon".

Le , "Le roi s’est promené à Chaville avec Monseigneur ; il ne croit pas que cette acquisition-là fût nécessaire à Meudon ; mais il l’a faite pour faire plaisir à Monseigneur, qui trouve le parc et les jardins de Chaville plus beaux que le roi ne les trouve".

Le vendredi , "Le Roi, après le salut, alla à Chaville, voir des chevaux".

Le vendredi , "le Roi alla l'après-dînée se promener à Chaville avec la princesse".

Le mardi , "le Roi, sur les quatre heures, alla à Chaville voir des chevaux qui sont venus à Monseigneur de son haras", situé en Normandie.

Le , "le Roi propose de joindre les deux parcs de Meudon et de Chaville, ou de ne les laisser séparés que par un fossé et d’en abattre la muraille qui sépare les parcs".

Le vendredi , "l'après-dînée, le Roi courut le cerf dans le parc de Chaville".

Le vendredi , "le Roi, après la messe, alla courre le cerf dans le parc de Chaville".