L'opération Torch (« flambeau » en français) est le nom de code donné au débarquement des Alliés le en Afrique française du Nord, principalement au Maroc et en Algérie.
La prise d'Alger se fait en un jour, facilitée par l’action coordonnée de la Résistance française locale, tandis qu’à Oran et au Maroc, les autorités du régime de Vichy opposent une résistance militaire aux forces alliées. Dans le même temps, la Tunisie, alors protectorat français, est rapidement investie par les forces de l’Axe sans opposition significative, ce qui déclenche la campagne de Tunisie. La reddition des troupes vichystes au Maroc intervient le . Des sous-marins allemands, arrivés au large de Casablanca le jour du cessez-le-feu, mènent encore des attaques jusqu’au .
Constituant, avec la victoire britannique d'El Alamein en Égypte, une étape décisive de la campagne d'Afrique du Nord, ce débarquement marque le point de bascule de la Seconde Guerre mondiale sur le front occidental, amorçant la reconquête alliée du sud de l’Europe, confirmée quelques semaines plus tard par la victoire soviétique à Stalingrad sur le front de l'Est.
Conception de l'opération L'opération Torch prend naissance au cours du printemps 1942, au plus fort de la domination allemande.. Les îles Britanniques ont certes évité l’invasion allemande au cours de la bataille d'Angleterre, mais Hitler, avec ses forces de l’Est, n'en est pas moins aux portes de Stalingrad, et des montagnes du Caucase et de son précieux pétrole. Aussi l'Union soviétique se trouve-t-elle au bord de la rupture. Par conséquent, si les Alliés veulent conserver une chance de gagner la guerre, il devient urgent d’ouvrir un second front afin de soulager l'URSS . Le choix de commencer par l’Afrique du Nord n’allait pas de soi : le président Roosevelt et le général George Marshall avaient d'abord donné leur préférence à un débarquement sur les côtes de la Manche (Eisenhower avait d’ailleurs déjà obtenu la responsabilité du commandement pour une attaque côté ouest)..
De son côté, Winston Churchill n’avait pas oublié les intérêts britanniques en Afrique, où le canal de Suez restait à la portée de l'ennemi. Surtout, il estimait que débarquer aussi tôt sur le continent européen représentait de gros risques, compte tenu de la qualité des défenses allemandes, et parce qu'il jugeait les effectifs alliés disponibles au Royaume-Uni encore insuffisants pour réussir une opération de grande ampleur. Il lui paraissait donc préférable de s’orienter dans un premier temps vers un objectif a priori plus modeste, une offensive moins directe, en Afrique. Si les Alliés réussissaient à y repousser les troupes de l'Afrikakorps de Rommel, l’Afrique du Nord permettrait ensuite de disposer d’une plate-forme pour un projet plus ambitieux qui concernerait l’Europe méridionale. Les pourparlers durèrent quatre jours et aboutirent en à un accord désignant l’Afrique du Nord comme objectif immédiat des Alliés. Le général Marshall confia à Eisenhower ce nouveau commandement et le projet fut baptisé « Operation Torch » (en français : Opération Flambeau).
Planification de l'intervention vignette|left|350px|Carte des convois alliés reliant les îles britanniques à l'Afrique du Nord.
Préparation politique Le , les négociateurs alliés s'accordent pour désigner Casablanca, Oran et Alger, comme cibles principales du débarquement allié en Afrique du Nord.
Négociations avec les autorités vichystes L'opération avait aussi été préparée de longue date sur place mais une question très importante était, en effet, celle de l'attitude des autorités militaires de Vichy en Afrique du Nord vis-à-vis d'une éventuelle intervention américaine, Hitler ayant laissé au gouvernement de Vichy la souveraineté sur son Empire . Le président Roosevelt, influencé par certains Français des États-Unis, tels que l'ancien diplomate Alexis Léger (plus connu sous nom de plume Saint-John Perse) et l'avocat René de Chambrun, gendre de Pierre Laval, se méfiait de Charles de Gaulle et d'éventuelles tendances dictatoriales de celui-ci tandis que, sur la foi des informations de son ambassadeur, l'amiral Leahy, ami du maréchal Pétain, il imaginait les dirigeants de Vichy comme susceptibles de reprendre la guerre contre l'Allemagne à la première occasion.
Le consul Robert Murphy, représentant personnel du président Roosevelt en Afrique du Nord, partageait les vues de Leahy, bien que ses démarches auprès des dirigeants de Vichy sur place, et principalement des généraux Maxime Weygand, puis Alphonse Juin — ce dernier s'en tenant à l'expectative — n'aient pas eu de succès. Il avait été renforcé de 12 vice-consuls des États-Unis, envoyés en Afrique du Nord pour contrôler l'emploi de l'aide économique américaine, et qui, issus de milieux non diplomatiques, ne partageaient pas tous les idées de leur supérieur. Aussi plusieurs d'entre eux avaient-ils établi de nombreux contacts, non seulement avec les autorités locales de Vichy, mais aussi avec la Résistance, Weygand ayant conclu un accord de ravitaillement avec les Américains.
Négociations avec les résistants d'Afrique du Nord Les diplomates américains et l'OSS (le service secret américain, précurseur de la CIA) avaient obtenu du côté de la Résistance, mieux qu'une adhésion, une stimulation. À Alger s'était constitué, dès , un groupement de résistants français favorables à la cause alliée. Ils s'étaient rassemblés et avaient été organisés sur la base d'un secret et d'un cloisonnement rigoureux par les groupements de choc de la salle Géo-Gras fondée par Émile Atlan, Charles Bouchara et André Temime, les chefs de groupes et directeurs des opérations composés de douze membres : Émile Atlan, Charles Bouchara, André Temime, Paul Sebaoun, Julien Gozlan, Germain Libine, Alfred Fitoussi, Georges Loufrani, Roger Morali, Marcel Cassis, Raoul Cohen-Addad et Raphaël Aboulker. Les cousins, Raphael Aboulker, et José Aboulker à Alger se chargeaient de recruter les étudiants de la faculté.
Le Cercle Géo Gras, du nom de l'entraîneur sportif qui servait à son insu de prête-nom au mouvement de Résistance, et fondé par quelques amis (Émile Atlan, Charles Bouchara, André Temime, Jean Gozlan) était composé de qui s'étaient armés dès 1941 pour faire face à des mesures anti-juives. Les armes provenaient en grande partie du magasin d'Émile et Florence Atlan, armuriers 34 rue de Chartres jusqu'aux lois raciales. Elles étaient cachées dans leur appartement du 11 rue Bab-Azoun et sous le ring de boxe de la salle de sport (à l'insu de Géo Gras lui-même). Raphaël et Stéphane Aboulker en faisaient partie et faisaient le lien avec le mouvement de José Aboulker.
Début 1941, des officiers français patriotes, comme le capitaine Beaufre ainsi que le lieutenant-colonel Jousse, se lient avec les Américains dans l'espoir de ramener l'armée d'Afrique au combat. Ils sont vite dénoncés, arrêtés et leur entreprise tourne court. Dans le même temps, mais sans lien avec ces officiers, la branche algérienne du parti communiste mène des actions de lutte. Le commissaire de police André Achiary ou le capitaine Luizet tentent sans succès, en 1940-1941, d'établir un contact permanent avec Londres. Au milieu de 1941 les gaullistes R. Capitant, L. Joxe et L. Fradin sont les plus actifs. Ils reproduisent la politique appliquée en métropole, diffusion de tracts et d’une édition locale de Combat. D'un autre côté le commandant Breuillac et l’avocat Mounier forment le premier réseau de sabotage à la fin de 1940 en Tunisie. Ils réussissent la destruction de plusieurs navires de l’Axe dans les ports tunisiens, le groupe est néanmoins décapité en ..
À Oran, un noyau de résistance s'était formé le , avec notamment Roger Carcassonne, l'un des cousins du docteur Raphaël Aboulker . Initialement, sa préoccupation dominante n'était pas de contrer l'influence des puissances de l'Axe en Afrique du Nord. Les résistants d'alors visaient surtout à faire face aux convoitises territoriales du général Franco qui cherchait à accaparer l'Oranie grâce à ses réseaux de partisans... L'arrivée au printemps 1941 de deux vice-consuls américains Ridgway Knight et Leland Rounds permit d'orienter les efforts vers un objectif moins restreint.
D'autres résistants venus de métropole s'étaient joints à eux, parmi lesquels : un lieutenant du Deuxième Bureau, Henri d'Astier de La Vigerie . Celui-ci, après avoir établi des liens avec Roger Carcassonne à Oran, était venu s'installer à Alger comme cadre des Chantiers de jeunesse, et y avait rencontré Aboulker. Les deux jeunes dirigeants initiaux s'étaient implicitement placés sous la direction d'Henri d'Astier ; certains dirigeants civils ou militaires, comme le général Béthouart au Maroc ou le capitaine Serge-Henri Parisot ; à Alger aussi, quelques officiers supérieurs, comme le lieutenant-colonel Germain Jousse , major de garnison, et le colonel Baril (alors en disgrâce pour avoir adressé à ses supérieurs un rapport prévoyant la victoire alliée) ; un industriel arrivé à Alger en , Jacques Lemaigre Dubreuil, directeur des Huiles Lesieur (en relation étroite avec le trust Unilever), membre du réseau Alliance, qui désirait jouer la carte américaine.
À la suite de longs mois de négociations entre chefs de la Résistance et représentants américains, il fut décidé que : lors du débarquement allié, les principales personnalités et points stratégiques d'Afrique du Nord devraient être neutralisés pendant plusieurs heures, afin de permettre aux Alliés d'effectuer leur intervention sans heurts ; on espérait qu'une fois le débarquement opéré, l'armée d'Afrique se joindrait aux Alliés et entrerait, à leurs côtés, dans la guerre ; le débarquement s'effectuerait sans intervention des Français libres, car la participation du général de Gaulle à l'opération n'aurait pu que braquer davantage encore les généraux vichystes. Un autre facteur était le peu de sympathie du président Roosevelt pour de Gaulle , dû, entre autres, à la libération de Saint-Pierre-et-Miquelon effectuée par les Forces navales françaises libres (FNFL) de l'amiral Muselier le , sans l'accord des États-Unis. Quant à Robert Murphy, il continuait de juger possible le ralliement des vichystes à la cause alliée, malgré leurs déclarations et leurs actes concrets de collaboration en Afrique du Nord même (où des commissions d'armistice germano-italiennes surveillaient les autorités françaises de près).
Il n'en fallait pas moins un général acceptable pour prendre la direction de la rentrée en guerre du côté français. C'est alors que Jacques Lemaigre Dubreuil avança le nom du général Giraud , évadé d'Allemagne, dont il avait été l'aide de camp en 1940. Mais il n'informa pas les autres résistants que Giraud était aussi un admirateur de Pétain et du régime de la Révolution nationale. Ainsi obtint-il leur accord sans difficultés. Giraud avait également la faveur des Américains, qui le préféraient à de Gaulle dont le jugement et les méthodes étaient considérés comme peu fiables par Roosevelt. Giraud, contacté par un envoyé américain et par Lemaigre Dubreuil, accepta de participer à l'opération, mais exigea dans un premier temps qu'elle ait lieu simultanément en France, et qu'il en exerce personnellement le commandement en chef. En attendant, il désigna, pour le représenter auprès des conjurés, le général Charles Mast, chef d'état-major du corps d'armée d'Alger et fit savoir qu'il pourrait rallier l'armée d'Afrique du Nord aux Américains, ce dont doutaient les groupements de résistants français.
Accords de Cherchell