Edmond Pellissier de ReynaudLes prénoms de Pellissier de Reynaud sont : selon son fils Hadjoute (Revue Africaine, t. 2, 1857-58, et ss.), « Jules Henri François Edmond » ; selon le dossier de Pellissier de Reynaud conservé aux archives des Affaires étrangères (Archives diplomatiques, PL volume 3205), « Jules Henri Frédéric Edmond » ; selon N. Faucon (Le Livre d'or de l'Algérie, .), « Henri Jean François Edmond ». En tout cas, le prénom qu’il utilise dans ses œuvres publiées est « Edmond »., né le à Tournon-sur-Rhône et mort le Cf. . à Paris, est un officier et diplomate français, aussi historien, explorateur et écrivain, particulièrement connu pour son rôle au cours de la conquête de l'Algérie par la France.
Biographie Origines et débuts professionnels Issu de la noblesse de robe par son père Jean François Edmond Pellissier, magistrat, et de l'ancienne noblesse provençale par sa mère Ursule Jeanne Henriette de Reynaud, il obtient par ordonnance de Louis XVIII d'ajouter à son nom celui de sa mère.
Après un court passage à St-Cyr, il entre au Corps royal d'État-major dans lequel il obtient le grade de lieutenant en 1821.
La même année il épouse Marie Anne de Gengoult, fille du général de division et baron d'Empire Louis Thomas Gengoult.
L'Algérie (1830-1842) C'est en qualité d'officier d'État-major qu'il participe à l'expédition d'Alger de 1830.
En septembre, il est promu capitaine et devient aide-de-camp du général Voirol. En 1834, celui-ci, devenu commandant en chef par intérim, le nomme à la tête du bureau arabe d'Alger. Mais le successeur du général Voirol, le comte d’Erlon, supprime ce poste le et le remplace par celui d’agha des Arabes qu’il confie au lieutenant-colonel Marey-Monge.
Le général Damrémont, nommé gouverneur général de l’Algérie en 1837, désigne Pellissier de Reynaud comme Directeur des affaires arabes. C’est un poste de première importance ; il incombe à Pellissier de Reynaud de permettre aux populations européennes et algériennes de vivre dans la meilleure harmonie possible dans les territoires sous contrôle français. Le directeur des affaires arabes exerce son autorité sur tous les agents indigènes nommés par le gouverneur général : les caïds, cheikhs (chioukh), hakems, etc., tant en ce qui concerne la police, que l’administration du territoire qui leur est dévolu ; en outre, il est chargé d’entretenir des relations avec les tribus qui évoluent en dehors des zones sous domination française ; il joue là le rôle d’un indispensable agent de renseignement. En 1838, il est nommé chef d’escadron.
Il conserve ses attributions de directeur des affaires arabes jusqu’en 1839, date à laquelle il démissionne avec fracas de l’armée. Les circonstances de sa démission sont relatées dans le tome 3 des Annales algériennes :
« Pendant que cette affaire se débattait, Abd el-Kader réclama de M. de Salles une négresse et son fils, la première affranchie, et l’autre esclave de son secrétaire. Ces deux malheureux s’étaient réfugiés depuis quelques mois à Alger, où ils vivaient honnêtement de leur travail. Ils avaient déjà été réclamés par lettres, et M. le maréchal (Valée) avait prescrit au directeur des affaires arabes (Pellissier) d’arranger cette affaire avec justice et convenance d’après la loi. D’après cette décision, le directeur des affaires arabes, considérant qu’un des principes les plus sacrés que nous aient légués nos pères, est que la terre de France rend libre tout esclave qui la touche ; qu’Alger est France ; que, dans tous les cas, la question d’état devait être discutée, et qu’elle ne pouvait être tranchée par la simple assertion du réclamant, d’autant moins que la négresse se disait affranchie, décida que ni elle ni son fils ne seraient rendus, après avoir pris, pour plus grande assurance, l’avis de M. Chaix, procureur général. L’affaire en était là lorsque l’émir en parla à M. de Salles, qui transmit aussitôt de Boukhorchfa la nouvelle demande d’extradition au maréchal. Cette fois, elle fut accueillie, M. le maréchal pensant sans doute que cet acte de complaisance rendrait Abd-el-Kader plus accommodant. Les nègres furent arrêtés et le directeur des affaires arabes reçut l’ordre de les faire conduire par des gendarmes indigènes jusqu’aux frontières où la remise en fut faite à un détachement d’Hadjoutes. Ces misérables au moment de quitter Alger, se roulèrent dans la poussière, en suppliant qu’on les pendit sur place, sans les envoyer chercher la mort si loin. Le directeur des affaires arabes dut, comme militaire, exécuter les ordres qui lui avaient été donnés, mais l’obéissance lui parut dans cette circonstance si pénible, qu’il se démit immédiatement de son emploi, protestant ainsi, autant qu’il était en lui, contre un des actes les moins honorables qui se soient accomplis en Algérie. Tel fut tout le fruit de la mission de M. de Salles auprès d’Abd-el-Kader. On s’en occupa à la chambre des députés. Le ministre de la guerre, interpellé à ce sujet, annonça que le gouverneur général avait été blâmé, et que pareille chose ne se renouvellerait plus. Mais le directeur des affaires arabes, dont la conduite fut louée, n’en avait pas moins perdu sa position. ». Hadjoute Pellissier - son fils - rapporte que le maréchal Valée refusera par trois fois cette démission, puis sera obligé de céder devant l’intransigeance de Pellissier de Reynaud.
Après cela, Pellissier reste en Algérie, étant affecté à la Commission pour l'Exploration Scientifique de l'Algérie qu'il quitte en 1842 pour entrer dans le corps consulaire.
Le corps diplomatique (1842-1858) Sur la recommandation du maréchal Soult, il entre aux affaires étrangères et est nommé successivement consul à Mogador (1842), poste qu’il lui est impossible d’occuper, à Sousse (1842-48), à Janina et à Malte (deux postes qu’il n’occupera pas), à Palerme (1848-49), à Tripoli en Libye (1849-52) et à Bagdad (1853-54).
Il est chargé par le Gouvernement d'écrire L'Histoire de la Diplomatie française dans le Levant et en Barbarie de 1792 à 1848, ouvrage qu'il termine en 1857 ; la même année il est nommé Commissaire de l'Empereur chargé de délimiter la frontière russo-turque.
Rentré en France après avoir achevé sa mission, Pellissier de Reynaud meurt le des suites d'une maladie contractée au bord de la Mer Noire.
Il est commandeur de la Légion d'Honneur.
Le « fusionnaire » : Pellissier de Reynaud et l'Algérie Pellissier a un point de vue original sur les problèmes liés à la présence française en Algérie.
Il parle l’arabe et occupe des fonctions qui le placent dans des positions-clés pour connaître de la politique de la France envers l’Algérie. Il est remarquablement cultivé et curieux d’esprit, mais également fort critique et les portraits qu’il dresse de certains de ses contemporains ne lui vaudront pas que des amis. Durant toute sa période algérienne, celle qui donne le jour à sa première édition des Annales algériennes, Pellissier apparaît comme un saint-simonien avant la lettre. Dans une mesure certaine, il est beaucoup plus saint-simonien que d’autres qui écriront également sur l’Algérie comme le Père Enfantin. Pellissier est intéressé par la population algérienne qu’il ne considère ni avec mépris ni avec morgue propres. S’il considère l’apport d’une population européenne comme nécessaire au maintien de la présence française en Algérie, il demande un encadrement et un contrôle sévères de cette population, en particulier en ce qui concerne l’attribution des terres et les investissements économiques. Pellissier se définit lui-même comme un « fusionnaire », soit la France parvient à promouvoir une politique de fusion (et non pas d’assimilation) des populations algériennes et européennes en Algérie, soit il est préférable de quitter le territoire algérien : « Je ne sais si je m’abuse, mais plus je me pénètre des enseignements du passé, plus je consulte les documents du présent, les faits de l’actualité, plus enfin je combine les probabilités de l’avenir, et plus mon esprit est inondé de la conviction de la possibilité d’une fusion entre nous et les Arabes. Mais si j’étais séduit par de nombreuses illusions, si ma patrie plus avisée la considérait comme impossible, et que d’après cela elle ne fit rien pour l’amener, elle devrait abandonner l’Afrique, qui dans ce cas ne serait jamais pour nous qu’un incommode fardeau. Car, si l’on suppose aux Arabes trop d’aversion pour les Français pour qu’aucun rapprochement moral puisse s’opérer entre les deux peuples, il est clair que, braves comme ils le sont, ils se refuseront à reconnaître pour maîtres ceux dont ils n’auront pas voulu pour frères… Le système de fusion est donc le seul applicable ; s’il est impossible, il faut s’en aller, et le plus tôt sera le mieux. » (Annales Algériennes, t. 3, - 446).
Ce côté visionnaire de Pellissier de Reynaud s’estompe dans sa seconde édition (1854). Celle-ci a été remaniée et complétée alors que Pellissier n’est plus en Algérie. En outre, durant les années 1830-39, la France hésite sur la politique à tenir vis-à-vis de l’Algérie, elle oscille entre l’abandon et l’occupation restreinte de sa conquête. À partir de 1842 c’est l’occupation totale qui devient la ligne de conduite gouvernementale et Pellissier, qui a été un partisan de l’occupation totale, prône une politique beaucoup plus autoritaire, tout en défendant les droits des Algériens.
L’œuvre de Pellissier de Reynaud.
Les Annales algériennes L’œuvre maîtresse de Pellissier connaîtra deux éditions. La première sort en 1836 (tome 1 et 2) et 1839 (tome 3), la seconde en 1854.
Pellissier décrit fort bien ce qu’il souhaite entreprendre dans la préface à sa seconde édition :
« Lorsque je commençai, en 1836, la publication des Annales Algériennes, mon intention était d’en faire une sorte de revue annuelle ou bisannuelle, divisée en deux parties, l’une purement historique, l’autre composée d’articles et documents détachés relatifs aux questions pendantes à l’apparition de chaque volume. L’ouvrage se poursuivit sous cette forme jusqu’en 1839. Mais des circonstances sans intérêt (il s’agit vraisemblablement de sa démission) pour le lecteur et que, par conséquent, je dois passer sous silence, m’ayant depuis empêché de continuer cette publication, je me bornai, dans les années suivantes, à faire provision de matériaux, afin d’être en mesure de la reprendre plus tard. »