vignette|Le Salon de 1787 au Louvre, gravure de Pietro Antonio Martini.

Le Salon de peinture et de sculpture, appelé de manière générique le Salon, est une manifestation artistique qui a eu lieu à Paris à partir de 1673. Il exposait les œuvres des artistes agréés originellement par l'Académie royale de peinture et de sculpture créée par Mazarin, puis par l'Académie des beaux-arts. Il doit son nom au Salon Carré du Louvre, lieu d'exposition de 1725 à 1850. Sa périodicité est variable jusqu'au Second Empire. En 1880, le républicain Jules Ferry, alors ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, décide de confier l'organisation du Salon officiel aux artistes eux-mêmes. En 1881 est créée la Société des artistes français qui s'occupe désormais de l'organisation du Salon, lequel devient à partir de 1892 le Salon des artistes français.

L'objectif initial du salon est de présenter au public les œuvres des derniers lauréats de l'Académie puis, à partir de 1817, de l'École des beaux-arts.

La première manifestation, installée en 1673 au Palais-Royal, s'appelle « l'Exposition ». À partir de 1692, les travaux des différents artistes agréés sont présentés au Louvre, et l'exposition annuelle organisée par l'Académie à partir de 1737 prend le nom de « Sallon » (sic), car elle a lieu au « sallon carré du Louvre ». Vers 1750, elle prend le nom de « Salon de l'Académie royale de peinture et de sculpture », puis, à la Révolution, l'Académie étant supprimée, elle devient le « Salon de peinture et de sculpture » et se démocratise en s'ouvrant aux artistes de toutes origines sous l'impulsion des peintres Jacques-Louis David et Jean-Bernard Restout. Elle redevient le « Salon de l'académie royale » après 1815, et reprend son nom de « Salon de peinture et de sculpture » sous la Deuxième République, jusqu'en 1880 où elle prend le nom de « Salon des artistes français », au moment où le monopole étatique prend fin.

L'histoire du salon parisien est jalonnée de petits et gros scandales, d'événements, de rencontres, de ruptures, de conformismes, qui marquent les esprits du temps. Elle est le lieu de l'émergence de la critique d'art, d'une littérature, d'échanges, de l'affirmation de personnalités artistiques, et l'objet d'une véritable curiosité, voire d'une forme de rejet. On en conserve la trace grâce à des catalogues et aux chroniques qui permettent d'analyser rétrospectivement l'évolution des formes et du goût, constituant une partie importante de l'histoire de l'art moderne.

Historique Fondation de l'Académie et naissance des salons Les peintres et sculpteurs du roi, avec à leur tête Charles Le Brun, ont durablement cherché à convaincre Mazarin et la reine (le roi Louis XIV avait à peine ) de mettre en place une institution prenant en considération leurs revendications. Ils pouvaient citer en exemple les précédents de Florence et de Rome, où les princes avaient soutenu la création d'une académie de dessin, un siècle plus tôt.

Ils obtiennent gain de cause et en 1648, la création de l'Académie royale de peinture et de sculpture est approuvée : elle est créée à Paris et se dote d'une structure, de personnels et d'une doctrine.

Par ailleurs, les artistes pouvaient malgré tout exposer à cette époque, en dehors de l'institution publique : les membres de la guilde de Saint-Luc française, appelée l'Académie de Saint-Luc, une corporation aux origines très anciennes, organisait des événements ; d'autres venaient d'initiatives de personnalités très riches, tels le banquier Everhard Jabach, grand collectionneur« Un Allemand à la cour de Louis XIV. De Dürer à Van Dyck, la collection nordique d'Everhard Jabach », exposition du au , musée du Louvre..

La hiérarchie des genres La doctrine s'appuie sur la hiérarchie des genres, héritée de l'Antiquité.

Par ordre décroissant de prestige, cette hiérarchie place en tête : la peinture d'histoire (profane, religieuse ou allégorique) ; et viennent ensuite : le portrait, la peinture de genre (mises en scène d'êtres humains considérés dans leur existence quotidienne), le paysage, et la nature morte.

On passe en fait de ce qui exige le plus d'imagination et de créativité, pour lequel il faut plus de talent, à ce qui est considéré comme de la copie du réel.

Cette hiérarchie se retrouve dans les désignations du personnel de l'Académie qui a une importante fonction d'enseignement. Seuls les peintres d'histoire ont accès aux fonctions d'« officiers », notamment les professeurs et les adjoints de professeurs.

La réception d'une œuvre : du Palais-Royal au Louvre

Pour être reçu à l'Académie, l'aspirant devait d'abord soumettre pour agrément une ou plusieurs œuvres servant de base au choix du sujet imposé, dans le genre choisi par lui. Ensuite, il réalisait le projet définitif et le présentait pour réception. L'œuvre s'appelait alors le « morceau de réception », qui devenait propriété de l'Académie.

Ces œuvres étaient montrées au public au cours d'expositions dont la régularité ne fut pas la principale qualité au . Les statuts de mars-, modifiés en 1668, prévoyaient une présentation biennale. Il fallait trouver un moyen de compenser l'absence de « boutiques », lieux de présentations d'œuvres auxquels les Académiciens et Officiers avaient renoncé, dans le cadre de leur nouveau statut. La première exposition fut organisée dans une des cours du Palais-Royal. en 1667 — où l'Académie résidait depuis —, suivie de celles de 1669, 1671 et 1673, année qui introduit l'usage de publier un livretListe des tableaux et pièces de sculpture..., Paris, impr. Pierre Le Petit, 1673 (sur gallica). qui présente la liste des différentes œuvres exposées..

Après une certaine désaffection et le peu de succès des expositions de 1675, 1681 et 1683, l'Académie s'installe au Louvre à partir du , où se tient l'exposition de 1699, dans la « Grande Galerie » qui s'accompagne d'un recueil en trois volumes, la Description des peintures, sculptures et estampes exposez dans la Grande Galerie du Louvre dans le mois de qui constitue la première publication de critique de ce qui s'appelle encore « l'Exposition ».. La Grande Galerie accueille les expositions suivantes de 1704 et 1706. Sous la Régence, l'Académie de Saint-Luc est de nouveau autorisée à organiser également son exposition, et ce, à partir de 1704, brisant ainsi le privilège d'exclusive imposé depuis 1668 au profit des élèves et membres de l'Académie royale..

Le Salon de l'Académie royale de peinture et de sculpture (1725-1789) vignette|redresse|Denis Diderot a contribué par ses critiques à la renommée du Salon de l'Académie royale.

À partir de 1725, le Salon carré du Louvre (nommé à l'époque Grand Salon du Louvre) est régulièrement utilisé pour présenter des œuvres. Le terme apparaît en 1725 pour qualifier l'événement : le Salon est de fait le lieu où les Académiciens présentent leurs œuvres au public.

À partir de 1737, la périodicité de l'exposition devient régulière, et pour la première fois des dessins sont exposés au même titre que les peinturesnote n°5 de la présentation de l'exposition, Olivier Le May, paysages animés du 26 mars au 22 juin 2014.. D'abord annuelle, elle devient bisannuelle en 1747Albane Cogné, Stéphane Blond, Gilles Montègre, Les circulations internationales en Europe, 1680-1780, Atlande, 2011, .. La participation augmente, mais le salon restreint l'accès des femmes et des exposants étrangersRèglement intérieur du Salon.. Dans les années 1780, c'est jusqu'à mille personnes par jour qui fréquentent le salon ( en tout rien que pour l'année 1781Charlotte Guichard, « Les circulations artistiques en Europe (années 1680-années 1780) », in Pierre-Yves Beaurepaire et Pierrick Pourchasse (dir) Les circulations internationales en Europe, années 1680-années 1780, Presses universitaires de Rennes, 2010, .). L'événement contribue à l'émergence d'un espace public et international de critique de la peinture, amplifié par la couverture de portée européenne que lui assure Diderot dans les commentaires qu'il lui consacre dans la Correspondance littéraire, historique et critique de Grimm entre 1759 et 1781. Il est nécessaire cependant de considérer la portée limitée de ses écrits à l'échelle française, étant publiés de manière posthume.

En comparaison, la Royal Academy naît à Londres seulement en 1768.

En marge du Salon au : les autres manifestations Le Salon de Paris n'est pas l'unique manifestation artistique de ce genre dans la France des LumièresPierre Sanchez, Dictionnaire des artistes exposant dans les Salons des XVII et à Paris et en Province, préface de Pierre Rosenberg, 3 volumes, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2004 — présentation en ligne..

À Paris, on trouve des « Expositions de la Jeunesse » place Dauphine (1722-1788), trois « Expositions de la Jeunesse » (1789-1791) organisées par J.-B. Lebrun, des présentations des œuvres des élèves de l'« École royale des élèves protégés » (1750-1769), des événements organisés par l'Académie de Saint-Luc (1751-1774), l'exposition du Colisée (1776), le « Salon de la Correspondance » (1779-1787) organisé par Pahin de La Blancherie, des expositions de la « Société des amis des arts de Paris » (1790-1793) et enfin les expositions de l'« Établissement de l'Élysée » (1797 et 1798).

Et les Provinces françaises ne restent pas à l'écart de ce mouvement parisien. Des salons sont tenus dans des capitales provinciales à partir de la deuxième moitié du , ainsi : à Toulouse (1751-1791), Marseille (1756-1763), Dijon (1771-1777), Bordeaux (1771-1787), Lille (1773-1800), Poitiers (1776 et 1777), Montpellier (1779-1784), Amiens (1761, 1784), Lyon (1786), Valenciennes (1786 et 1787) et Versailles (1799 et 1800).

Les salons sous la Révolution et l'Empire À l'ouverture du salon de 1789, le critique des Révolutions de Paris exige l’abandon des thématiques qui caractérisent les précédents régimes décadents (principalement l'allégorie) et exige de représenter l’Antiquité qui sert de miroir à la situation contemporaine. Les licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils de Jacques-Louis David consacre le triomphe de l'artiste au Salon de 1789 et celui d'une peinture classique qui regarde l'actualité au miroir de l'histoire antique. En 1791, la rupture avec l'Ancien Régime se manifeste dans le monde de l'art. Au nom de l'égalité et de la liberté, le Salon est désormais ouvert à tous les artistes vivants par un décret de l'Assemblée nationale..

De nouveau, le Salon consacre David qui triomphe avec trois tableaux déjà exposés, dont le Brutus, mais aussi le dessin préparatoire du Serment du Jeu de Paume., qui est la seule œuvre représentant la Révolution, ce qui est déploré par le critique Vilette. En fonction de la conjoncture politique, David doit modifier sa représentation ; les fuyards, traitres… ne sont plus représentables et sont donc retirés. Toutefois, le tableau ne sera jamais réalisé. Par ailleurs, la place occupée par les portraits au salon est importante puisqu'ils constituent un quart des œuvres exposées en 1791.

vignette|gauche|Napoléon félicitant David pour son tableau du Sacre lors du Salon de 1808, lithographie de Charles Motte d'après Norblin. En , la Convention supprime toutes les académies et crée une « Commune générale des arts » dont Jean-Bernard Restout est nommé président. C'est elle qui organise le Salon de 1793 dans un contexte difficile, évoqué par le livret de l'exposition :