John Neville (vers 1431 – ), Montagu, fut l'un des chefs de la faction de la Maison d'York durant la guerre des Deux-Roses, issue de la querelle Percy-Neville. Il est surtout connu pour avoir éliminé la résistance des Lancastre dans le nord de l'Angleterre durant la première partie du règne d'Édouard IV.
En 1459, il combat à Blore Heath où, malgré la victoire, il est capturé par les Lancastre et emprisonné. Libéré après la bataille de Northampton, il est à nouveau capturé en 1461 lors de la seconde bataille de St Albans, où il commande l'aile gauche de l'armée yorkiste. Il retrouve la liberté après la victoire décisive d'Édouard d'York à Towton et, en 1464, est envoyé dans le nord du pays pour écraser la résistance des Lancastre, ce qu'il fait en remportant les batailles de Hedgeley Moor et de Hexham.
En récompense de ces victoires, il est fait comte de Northumberland, titre longtemps détenu par la famille Percy, désormais en disgrâce. Toutefois, quand Henry Percy est rétabli dans ses droits en 1470, il doit rendre son titre et les privilèges afférents et reçoit en compensation celui de marquis de Montagu. Cependant, ce titre est uniquement honorifique et aucun domaine notable ne vient renforcer cette dignité. Désormais hostile à Édouard IV, il se joint à son frère Richard pour rétablir sur le trône le roi Henri VI mais est tué avec son frère l'année suivante lors de la bataille de Barnet.
Biographie Naissance et jeunesse Il est le second jeune fils de Richard Neville, comte de Salisbury, et de son épouse Alice Montagu, fille et héritière de Thomas Montaigu, comte de Salisbury. John est le frère cadet de Richard Neville, comte de Warwick, dit le faiseur de rois.
John Neville est élevé dans le Nord de l'Angleterre, où son père est en poste en tant que gardien des Marches. John assiste dans son adolescence à des rencontres diplomatiques aux côtés de son père avec les Écossais, entre 1449 et 1451. Le roi Henri VI lui ordonne d'ailleurs le de ne pas assister aux prochaines séances du Parlement mais de surveiller la frontière, menacée à la suite de la bataille de Sark en . John Neville est adoubé par Henri VI à Greenwich le , aux côtés d'Edmond et Jasper Tudor, de son frère Thomas Neville, et de William Herbert.
La querelle avec les Percy
La famille Percy était un soutien du roi Richard II, ayant notamment la garde des Marches écossaises. Cependant, lorsque Richard crée Ralph Neville comte de Westmorland en 1397, Henry Percy, comte de Northumberland, s'inquiète des ambitions de Neville, son cousin germain (la mère de Neville est la sœur du père d'Henry Percy), dont le nouveau comté pourrait menacer ses territoires du nord de l'Angleterre. Northumberland soutient alors la rébellion d'Henri Bolingbroke en 1399, qui force Richard à abdiquer et est proclamé roi d'Angleterre sous le nom d'Henri IV. Henri IV nomme ensuite Percy connétable et roi de l'île de Man. Mais il accorde aussi de nombreuses faveurs à Neville, qui a épousé Jeanne Beaufort, demi-sœur d'Henri, et a lui aussi soutenu l'usurpation de ce dernier : Comte-maréchal à vie, il fait aussi partie du Conseil du roi.
Northumberland et son fils Harry Hotspur, mécontents de l'incapacité du roi à mettre fin pacifiquement au soulèvement d'Owain Glyndwr, se rebellent contre le roi en 1403. Hotspur, qui avait été au départ chargé de mater la rébellion, est tué par les troupes royales à la bataille de Shrewsbury, tandis que Northumberland s'enfuit en Écosse. Il tente deux autres rébellions avant d'être tué à la bataille de Bramham Moor en 1408. En 1413, Henry Percy, fils d'Hotspur, est pardonné par le nouveau roi Henri V. Il retrouve son titre de comte de Northumberland et la garde des Marches écossaises de l'Est en 1416. Or, les Percy possédaient également avant leurs rébellions la garde des Marches écossaises de l'Ouest. Ces Marches de l'Ouest avaient cependant été données à Ralph Neville en 1405 par Henri IV pour sa fidélité. Le Nord est donc désormais partagé entre les deux familles, là où auparavant seuls les Percy dominaient.
Henri V et son successeur Henri VI tentent de maintenir une certaine concorde entre les Percy et les Neville. Lors de la minorité d'Henri VI, le régent Humphrey de Lancastre charge Northumberland et Richard Neville, comte de Salisbury, de défendre la frontière face aux incursions écossaises. Northumberland et Salisbury renoncent à leurs postes de gardiens des Marches respectivement en 1434 et 1435, car le roi ne les aide pas assez financièrement et matériellement. Ce manque de coordination conduit à la défaite des Anglais lors d'un raid écossais à Piperdean en 1436. Northumberland retrouve sa position de gardien des Marches de l'Est en 1440. Les relations entre Percy et Neville sont à ce moment-là globalement pacifiques. Les relations entre les Neville et les Percy s'enveniment en 1448 lors de la bataille de Sark. L'armée anglaise menée par Northumberland est défaite par les troupes écossaises. Lord Poynings, fils aîné de Northumberland, est capturé. Salisbury perd dans la bataille et est exclu des négociations de paix avec les Écossais. Les Percy, qui commandaient en chef, sont considérés comme responsables de la défaite.
Le , une escarmouche éclate entre Salisbury et Northumberland à Heworth, près d'York. Salisbury, qui revenait du mariage de son fils Thomas avec l'héritière de Ralph de Cromwell, est attaqué par commandés par Northumberland. Northumberland était en effet inquiet de cette alliance qui améliorait considérablement la position des Neville dans le Nord. Salisbury et ses alliés parviennent néanmoins à s'en sortir indemnes et font fuir leurs ennemis. Les Neville et les Percy rassemblent des soutiens dans leurs châteaux respectifs de Topcliffe et Sand Hutton, dans le Yorkshire du Nord, le . L'affrontement entre les deux camps est imminent mais est évité de justesse. Les tensions s'aggravent cependant à la Noël 1453. La maison de Salisbury à York est mise à sac par Northumberland le . Salisbury réagit et défait le suivant Northumberland à Stamford Bridge. Il capture deux des fils de Northumberland.
Le début de la Guerre des Deux-Roses
Vers la guerre civile Entretemps, les premiers signes de maladie mentales de manifestent chez Henri en . Le cardinal John Kemp, Lord grand chancelier, meurt le , ce qui laisse le poste de chef du Conseil royal vacant. Cette situation pousse Richard d'York, cousin du roi, avec l'aide des comtes de Salisbury et de Warwick (fils de Salisbury) à écarter du pouvoir la reine Marguerite d'Anjou et à se proclamer Lord Protecteur du royaume le .. Somerset est emprisonné à la Tour de Londres et York fait entrer au Conseil du roi ses alliés.
Le retour du roi à ses sens à la Noël 1454 contrarie les ambitions du duc d'York qui est écarté de la cour en par la reine Marguerite d'Anjou. Cette dernière noue des alliances contre York et conspire avec d'autres nobles pour réduire son influence. Elle forme ainsi le clan des Lancastriens. York et Salisbury sont persuadés que Somerset a convaincu le roi de les éliminer. Pour reprendre le pouvoir, ils doivent contrôler la personne du roi et éliminer Somerset. La solution évidente est un coup de force armé. Étant donné l'incompétence militaire notoire de Somerset, une petite force est jugée suffisante pour tendre une embuscade au convoi royal en route pour Leicester. Ce plan est particulièrement séduisant pour Salisbury, car son ennemi juré, Northumberland, figure dans l'escorte royale. York, assisté par Salisbury et Warwick, bat les troupes royales lors de la bataille de St Albans le . Somerset et Northumberland sont tués, ce qui satisfait en grande partie York et Salisbury. Les troupes yorkistes découvrent le roi Henri VI abandonné par son escorte. Il vient de subir une seconde crise de folie. La Guerre des Deux-Roses vient de commencer ; les Yorkistes sont pour l'instant maîtres de l'heure.
Une paix fragile Même si les Percy sont considérablement affaiblis par leur défaite à St Albans, ils restent néanmoins influents à la Cour. Le roi retrouve à nouveau ses sens en ; en conséquence, le second protectorat du duc d'York prend fin. La reine Marguerite d'Anjou noue des alliances avec les ennemis de York et des Neville, à savoir Lord Poynings, devenu comte de Northumberland, et Henri Beaufort, devenu duc de Somerset.
En , Somerset tente d'attaquer John Neville à Cheapside. Il avait déjà tenté de s'attaquer à Warwick le mois précédent. Le , Henri essaie avec l'aide de Thomas Bourchier, archevêque de Canterbury, de faire procéder à une réconciliation entre les Lancastriens et les Yorkistes. La rencontre échoue. En , John Neville fait partie d'une délégation chargée de négocier une trêve avec la Bourgogne. Début 1459, il est nommé par le roi lieutenant de Pontefract.
La reprise des hostilités Capture à la bataille de Blore Heath Les hostilités entre Yorkistes et Lancastriens reprennent en . L'armée yorkiste basée au château de Middleham (Yorkshire), menée par Salisbury, doit effectuer la jonction avec l'armée principale de la maison d'York au château de Ludlow (Shropshire). Alors que Salisbury traverse les Midlands en direction du sud-ouest avec son fils John, la reine ordonne à James Tuchet, baron Audley, de lever une armée pour l'intercepterAnthony Goodman, The Wars of the Roses: Military Activity and English Society, 1452-97, Routledge & Kegan Paul, 1981, . Audley attend les yorkistes près de Newcastle-under-Lyme le . Salisbury décide d'employer la ruse pour que son ennemi prenne l'initiative de l'assaut. Il fait reculer son armée assez loin pour que les Lancastriens la croit en retraite. Ceux-ci font charger leur cavalerie; une fois celle-ci engagée, Salisbury ordonne à ses hommes de faire volte-face et d'attaquer leurs ennemis alors qu'ils traversent le ruisseau. La charge lancastrienne renverse l'équilibre de l'affrontement en faveur de Neville et se solde par de très lourdes pertes chez les Lancastriens. Audley lui-même est tué.
La bataille est un désastre pour les Lancastriens. Salisbury se dirige vers Worcester pour retrouver York et Warwick. Malgré ce succès, John Neville a été capturé par les Lancastriens. Il est emprisonné à Chester. Après leur défaite à la déroute de Ludford Bridge, Salisbury et Warwick s'enfuient à Calais tandis qu'York se réfugie en Irlande. John Neville et les principaux chefs lancastriens sont dépossédés de leurs terres par le Parlement en .
L'Acte d'Accord et ses conséquences John Neville n'est libéré qu'en , lorsque Salisbury et Warwick battent et capturent le roi à la bataille de Northampton. Le duc d'York revient d'exil en septembre et annonce clairement son intention de monter sur le trône, un geste qui choque le Parlement. Cependant, l'usurpation du duc ne saurait être acceptée par les barons de la Chambre des Lords, et un compromis est trouvé : par l'Acte d'Accord du , Henri VI doit régner jusqu'à sa mort, après quoi le duc d'York lui succédera au détriment du fils d'Henri, le prince de Galles Édouard de Westminster. La reine Marguerite d'Anjou, mécontente de cette situation, s'enfuit avec son fils au château de Harlech, au Pays de Galles, où elle peut compter sur ses partisans lancastriens. Une grande armée lancastrienne, commandée par Somerset et Northumberland, se rassemble dans le Nord de l'Angleterre.