240px|thumb|right|En latin : la liste des papes enterrés sous la basilique Saint-Pierre à Rome (Saint-Siège). Le nom de règne d’un pape est le nom choisi par un individu après son élection à la papauté à l’issue du conclave. Le nom de règne est le seul nom sous lequel est désigné le pape jusqu'à la fin de sa vie. En cas de renonciation, le pape peut garder son nom suivi du titre de pape émérite.

Sens religieux des changements de nom Dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau, les changements de nom sont des signes de conversion, d'élection par Dieu et d'attribution d'une mission nouvelle. Dans la Bible, Abram devient Abraham (Genèse 17:5), Jacob devient Israël, Hoshea devient Yehoshua (Josué), Simon devient Pierre et Saul devient Paul.

L'usage des changements de nom se développe à partir du dans la tradition monastique. C'est à l'occasion de la profession des vœux monastiques que le postulant reçoit de son supérieur un nouveau nom.

En Orient, chaque évêque reçoit un nouveau nom, différent de son nom de baptême. Cette réception a lieu généralement lors de la prise d'habit monastique. Le changement de nom des papes est une survivance en Occident de cette pratique qui est générale en Orient. Mais pour les papes, le nom ne peut pas être reçu d'un supérieur puisque, de par son élection, il n'a plus de supérieur parmi ses contemporains.

Aspect cérémonial Après l’élection du nouveau pape, le doyen du Collège des cardinaux prononce la phrase : « Acceptez-vous votre élection canonique comme Souverain Pontife ? » (en latin : Acceptasne electionem de te canonice factam in Summum Pontificem ?). Après que le souverain pontife a répondu favorablement à cette question, s’ensuit une seconde : « De quel nom voulez-vous être appelé ? » (en latin : Quo nomine vis vocari ?). C’est alors que le nouveau souverain choisit son nom de règne.

Le nom du nouveau pape est proclamé à la foule romaine par le cardinal protodiacre depuis le balcon central de la basilique Saint-Pierre au Vatican, selon la locution :

Formes et variantes des noms des papes Les noms des papes varient d’une langue à l’autre. Il est d’usage de « traduire » ces noms par leur équivalent dans les langues vernaculaires. Ainsi, un pape appelé en latin ou en grec est appelé Jean en français, John en anglais, Giovanni en italien, Johannes en allemand, János en hongrois, Juan en espagnol...

Des noms et des langues De telles « traductions » ne sont pas toujours possibles. Certains prénoms gardent en français leur forme latine ou grecque, faute d’équivalent : Lucius, Hormisdas, Honorius, Donus, Sisinnius, etc.

Dans les langues des cultures non catholiques, les noms utilisés pour désigner les papes sont souvent empruntés à d’autres langues. En turc, il est d’usage de désigner les papes par leur nom français précédé du numéro et et sont appelés généralement ikinci Jean-Paul et onaltıncı Benoît ; cependant l’anglais gagne du terrain, et on trouve de plus en plus souvent les formes ikinci John Paul et onaltıncı Benedict. On peut même trouver des formes en latin ou en italien. De plus, ces formes sont parfois écrites en respectant l’orthographe d’origine, parfois écrites phonétiquement Jan Pol, Benedikt...

La domination culturelle d’un État sur un autre influe sur les noms. En azéri, langue très proche du turc, on utilise les noms russes et s'appelle ikinci İoann Pavel, à comparer avec la forme russe (Ioann Pavel vtoroï). En tagalog ou philippin, langue officielle des Philippines, les noms des papes sont identiques aux noms espagnols. Dans les pays du nord de l’Europe de tradition protestante, les noms latins des papes sont le plus souvent repris tels quels, même si des équivalents existent dans la langue locale.

Le christianisme étant implanté de longue date dans certains pays arabes, les noms des saints orthodoxes et catholiques, et donc ceux des papes, existent en langue arabe. Ces noms sont parfois différents de leur équivalent dans la tradition musulmane : « Jean » se traduit en arabe par , si c’est le nom d’un chrétien, donc d'un pape, mais les musulmans, seuls, appelleront le prophète saint Jean-Baptiste.

Ambiguïté de certains noms Même dans les listes « officielles » en latin il peut arriver que certains noms différents mais de consonance ou de sens voisins aient été confondus a posteriori, occasionnant des simplifications ou des erreurs. Ainsi, les trois premiers papes Sixte de l’Antiquité semblent avoir porté le nom grec de Xystos qui signifie étymologiquement « lisse », ou peut-être le prænomen (prénom latin) Sextus signifiant « sixième (né) ». Les deux ont été confondus en un nom unique, Sixtus, et ce nom a ensuite été repris par deux autres papes durant la Renaissance.

Le même « mélange » s’est produit pour des raisons de consonance pour les « Martin » et les « Marin » (voir plus bas). Cette confusion est cependant perçue aujourd’hui comme une erreur et les deux noms, maintenant considérés comme distincts, suivent chacun leur numérotation propre.

De 615 à 618 a régné un pape nommé en latin Deusdedit, ce qui signifie exactement « Dieu a donné ». De 672 à 675 a régné un autre pape dont le nom latin Adeodatus signifie sensiblement la même chose. On a pris l’habitude depuis de considérer ces deux noms comme des variantes du même, et d’appeler ces deux papes dans les listes en latin Adeodatus primus et Adeodatus secundus. Ces noms sont le plus souvent francisés en et , mais dans certaines listes, le premier est parfois appelé « Dieudonné » et le second « Adéodat ». On trouve aussi parfois les formes « » et « }».

Le cas du troisième pape, appelé « Clet » ou « Anaclet » selon les sources, est détaillé à l’article Anaclet.

Histoire Noms des premiers papes 220px|thumb|right|Simon Pierre, apôtre et premier pape, peint par Rubens. On ne sait pas grand-chose des premiers papes, et le peu qu’on en sait se réduit bien souvent à leur nom.

On pense généralement que les premiers papes nous sont connus sous leur vrai nom. Rien ne permet de l’affirmer, vu la pauvreté des sources. D'après l’Évangile selon Matthieu, l’apôtre Pierre était nommé « Simon fils de Jonas » avant que le Christ ne le renomme par une phrase qui, pour les catholiques, fonde également l’institution de la papauté qui lui est confiée : « » « » (Vulgate) « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église. »

De ses successeurs immédiats, on ne sait pas grand-chose. Il y a un certain flou dans la liste des premiers papes, selon les sources, en particulier sur les dates de leur règne et sur le nom et la place chronologique du pape Anaclet que d’autres appellent « Clet ».

Les premiers papes pouvaient être d’origine juive, latine, grecque, ou originaires du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord ou de toute autre partie de l’Empire romain ; pourtant, les noms qui nous sont parvenus d’eux sont presque toujours latins ou grecs, langues officielles de l’Empire. On peut penser que ces noms sont des traductions de leur nom originel, ou bien que ces personnes étant des citoyens romains sans être forcément ethniquement des latins avaient un nom usuel dans leur langue et un nom officiel en grec ou latin. Certains d’entre eux avaient peut-être même déjà eu l’occasion de changer de nom en entrant en religion bien avant de devenir pape. Les noms latins qui nous sont restés sont indifféremment des prænomina, des nomina ou des cognomina, c’est-à-dire des prénoms, des noms de famille ou des surnoms, sans qu’on en sache la raison.

Seuls deux noms de papes sont d’origine hébraïque, mais ils sont tirés du Nouveau Testament et ils apparaissent très tardivement, à une époque où le christianisme est déjà tout à fait séparé du judaïsme. Ces noms sont « Jean » (en 523, du prophète saint Jean-Baptiste) et « Zacharie » (en 741, de saint Zacharie, père du précédent). Enfin, seuls deux papes semblent avoir porté un nom germanique : Landon, au et François en 2013, bien que ce dernier ait choisi un prénom qui possède une origine partagée germanique et latine. Par ailleurs Landon est également le dernier pape avant François également (si on excepte dont le nom de règne rend hommage à ses deux prédécesseurs immédiats) à porter un nom inédit ; après lui, les papes porteront toujours un nom porté par au moins un de leurs prédécesseurs et bien vite apparaîtra l’habitude du changement systématique de nom.

Les premiers papes furent presque tous considérés comme saints jusqu’au . De ce fait, les noms sous lesquels ils sont connus devinrent par la suite des prénoms de baptême pour les générations suivantes, et beaucoup sont encore donnés de nos jours.

Origine du changement de nom des papes Le premier cas attesté de changement de nom est un dénommé Mercurius, élu pape en 533, qui, pour ne pas règner sous le nom d’un dieu païen, a pris le nom de .. Cela s’est reproduit lorsqu’un homme portant le nom d’un dieu ou d’un empereur païen était élu : en 955, un dénommé Octavien est devenu pape sous le nom de ..

En 983, Pierre Campanora devint pape sous le nom de . La raison cette fois-ci était qu’il ne voulait pas qu’il y eût un autre pape Pierre que saint Pierre l’apôtre et premier pape. Les quelques autres Pierre qui accéderont à la papauté changeront toujours de nom pour cette raison.

Peu après, dès 996, fut élu le premier pape d’origine germanique, Bruno de Carinthie. Lui succéda en 999 le premier pape français, Gerbert d’Aurillac. Tous deux portaient des prénoms germaniques tout à fait étrangers à la tradition papale (malgré un précédent, Landon qui portait aussi un prénom germanique bien qu’étant originaire d’Italie). Ils en changèrent donc et devinrent respectivement et . À cette époque, les prénoms germaniques étaient déjà très répandus, et pas seulement en pays germaniques. Désormais, tous ceux qui en portaient changèrent de nom en devenant pape. Les seules exceptions ne concernent que des antipapes du qui ne nous sont connus que sous leur nom germanique d’origine : Thierry et Albert.

Pour toutes ces raisons, la nécessité de changer de nom concernait déjà la plupart des papes à la fin du , mais cette coutume s’établit dès lors pour tous les papes, quel que soit leur nom d’origine. On y trouva une signification symbolique : le nouveau pape n’est plus le même homme qu’avant son avènement et son nom ne saurait être le même. C’était donner une importance nouvelle à cet avènement, bien qu’il n’ait jamais été reconnu comme un sacrement au même titre que l’ordination d’un prêtre ou la consécration d’un évêque.

Jusqu’à la fin du approximativement, on était considéré comme pape non pas dès l’instant de l’élection comme c’est le cas aujourd’hui, mais à partir de l’intronisation (appelée plus tard « couronnement »). Celle-ci était indispensable pour plusieurs raisons, en particulier parce qu’il fallait attendre l’assentiment de l’empereur, mais aussi parce que de nombreux élus n’étaient pas évêques, ni même prêtres et devaient donc être ordonnés avant toute prise de fonction. Le pape élu en 1073 insistait encore sur le fait que c’est l’intronisation qui fait le pape. En raison de situations politiques souvent chaotiques, certains papes élus mirent beaucoup de temps avant d’être intronisés, parfois plus d’un an. L’évêque Guibert de Ravenne, désigné pape (mais aujourd’hui considéré comme antipape) par l’empereur en 1080, ne put être intronisé à Rome qu’en 1084 : pendant ces quatre années, il ne se considéra lui-même que comme un « pape élu » et non un pape en exercice. Il ne choisit son nom de règne, , qu’au moment de son intronisation. On peut donc supposer que si ses deux successeurs immédiats, les antipapes Thierry et Albert, n’ont pas changé de nom, c’est tout simplement parce qu’ils n’ont pas été intronisés, ou bien que leur intronisation clandestine n’a pas laissé de trace historique du nom qu’ils choisirent.