Le Massif armoricain est un massif de basses montagnes situé dans l'Ouest de l'Europe et particulièrement de la France, correspondant principalement à la Bretagne, aux îles Anglo-Normandes, à l'ouest de la Normandie, à l'ouest des Pays de la Loire et au nord-ouest de la région Nouvelle-Aquitaine (département des Deux-Sèvres). Le territoire français est ainsi prolongé à l'ouest par cette « cordillère de l'Europe moyenne » correspondant à une des parties visibles d'une ancienne chaîne de montagnes formée essentiellement d'un socle briovérien voire cambrien et d'une couverture paléozoïque étagée jusqu'au Carbonifère dont le morcellement actuel est lié à l'érosion et à la pénéplanation post-hercynienne.

Le Massif armoricain tire son nom de l’ancienne Armorique, région située entre la Loire et la Seine. Façonné par l'orogenèse cadomienne et varisque (ou hercynienne), il n'a, à l'inverse du Massif central, que peu subi le contrecoup du plissement alpin. Il a cependant été soulevé, à la faveur de l'ouverture du golfe de Gascogne, dont il constituerait l'épaulement., à l'instar de la cordillère Cantabrique. Affecté par des cassures, des failles, ce massif est modelé par l'érosion qui a approfondi les vallées et dégagé les deux bombements de roches dures (au nord, les monts d'Arrée et au sud, les montagnes Noires), de direction est-ouest, qui constituent le bâti de la péninsule armoricaine. La morphologie actuelle de cette chaîne polygénique est encore marquée par l'orogenèse varisque puisqu'elle est caractérisée par des plis hercyniens séparés par des éléments du socle et que les transgressions mésozoïques et du début du Cénozoïque ont peu recouvert ce massifLe massif était probablement marqué par un bombement régional de 120 à vers la limite Crétacé-Tertiaire. Ce bombement n'était que partiellement résorbé au Miocène moyen, mais il l'est sans doute complètement depuis le Pléistocène. ..

Bien qu'il atteigne rarement l'altitude de ( au mont des Avaloirs, Mayenne, au signal d'Écouves, Orne), il doit cependant être classé géologiquement parmi les massifs montagneux, tant pour la nature de ses sols., son origine (orogenèse hercynienne provoquant le soulèvement de la plaque Armorica à une altitude initiale de .) que pour ses paysages escarpés. Profondément érodé et réduit à l'état de pénéplaine, son altitude moyenne de est inférieure à celle du Bassin parisien () et du Bassin aquitain () qui ont, eux, subi le contre-coup du plissement alpin qui les a soulevés d'une cinquantaine de mètres..

Géographie vignette|La roche d'Oëtre en Normandie. Le Massif armoricain s'étend sur , soit approximativement le neuvième de la surface de la France métropolitaine. Cette entité géologique englobe les îles Anglo-Normandes, la Bretagne, l'ouest de la Normandie, une grande partie des Pays de la Loire et le nord-ouest de la région Nouvelle-Aquitaine (département des Deux-Sèvres).

Il est constitué de quatre domaines de plateaux et collines (plateaux ouest-armoricain et bas-normand, collines vendéennes et du CotentinÀ l'exception du Plain.) ceinturé par des domaines aplanis de plus faible altitude (bas plateau breton, plates-formes du Léon, du Trégor, de Vannes et de Basse-Loire, etc.)Paul Bessin, Évolution géomorphologique du Massif armoricain depuis 200 MA : approche Terre-Mer, Sciences de la Terre, Université Rennes 1, 2014, p. 22..

Son point culminant est le mont des Avaloirs, en Mayenne à la limite de l'Orne, avec une altitude de selon des études récentes de l'IGN. Autrefois, il était crédité, comme le signal d'Écouves, dans l'Orne, d'une altitude de . Ce dernier est désormais mesuré à ..

Le massif a subi depuis le passage Plio-Pléistocène () un basculement vers le sud pendant sa surrection par rapport à la dépression de Rennes. Ce basculement a provoqué le soulèvement de sa marge nord et un effondrement relatif de sa marge sud dont le relief, étagé en gradins, descend progressivement vers l'Atlantique. Ce soulèvement différentiel a eu pour conséquence un vigoureux encaissement des vallées au nord de la ligne de partage des eaux et leur comblement généralisé au sud du cisaillement sud-armoricain..

L'histoire géologique est également marquée par la surrection relative de la Bretagne occidentale de par rapport au bassin de RennesLa région de Brest continue de se soulever à une vitesse moyenne de par rapport à celle de Rennes. Cf. . depuis .. La limite entre l'ouest qui a tendance à s'exhausser et l'est qui a tendance à s'abaisser est une faille activePrincipaux éléments structuraux de l'ouest Bretagne replacés sur une image en topographie numérique de la Bretagne qui va de la baie de Saint-Brieuc à l'estuaire de la VilaineStéphane Bonnet, « Tectonique et dynamique du relief : Le socle armoricain au Pléistocène », Mémoire de Géosciences Rennes, juin 1998, 352 p..

Le relief en Bretagne propose deux lignes de crêtes : la chaîne des monts d'Arrée au nord, culminant à au Roc'h Ruz suivi à la même altitude au Ménez Kador et au Roc'h Trevezel, se prolongeant vers l'est par les monts du Mené (mont Bel-Air, Toit des Côtes-d'Armor, ) ; les montagnes Noires au sud, culminant à : les landes de Lanvaux puis le sillon de Bretagne, dans la continuité des montagnes Noires jusqu'à Nantes. Les rivières ont tracé de profondes vallées : Aulne, Odet, Blavet, Scorff, Laïta, Aven, etc. vignette|Le mont du Haut-Fourché à Saint-Léonard-des-Bois. Son relief en Mayenne : le mont des Avaloirs, point culminant du massif, atteignant ; la chaîne des Coëvrons.

Son relief en Sarthe : les Alpes mancelles, culminant au mont du Haut-Fourché () ; le Perche forme la transition entre le Massif armoricain et le Bassin parisien.

Son relief en Normandie : le signal d'Écouves, dans l'Orne, atteint ; le mont Pinçon, dans le Calvados, atteint ; la roche d'Oëtre, dans l'Orne, est l'un des sites les plus pittoresques de ce massif ; Mortain et ses cascades, les plus grandes de l'Ouest.

Son relief en Vendée et dans les Deux-Sèvres : les hauteurs de Vendée avec au mont Mercure et au puy Crapaud et, dans la Gâtine, au Terrier de Saint-Martin-du-Fouilloux.

La végétation du Massif armoricain comprend comme arbres dominants le chêne (pédonculé sur terrains humides, rouvre ou sessile sur terrains secs, parfois mélangé de chêne pubescent méditerranéen qui ne dépasse pas les Pays de la Loire), le châtaignier, les pins maritime et sylvestre fréquemment employés comme première essence de reboisement, le houx, le hêtre, le bouleau, le charme, le frêne, le genévrier ; des plantes atlantiques (fougère-aigle, canche flexueuse, fétuque capillaire, luzule champêtre, digitale pourpre, millepertuis élégant, germandrée scorodoine) ; la lande atlantique avec des arbustes (ajonc, genêt, bruyère) associés à la canche argentée, aux nards, aux lichens et aux mousses en terrains secs, aux graminées, juncées, cypéracées et sphaignes en terres humides.. Les espèces calcicoles des bassins sédimentaires aquitain et parisien ne pénètrent pas le massif aux roches majoritairement siliceuses, à l'exception du littoral dunaire (diverses orchidées, le dompte-venin ou le géranium sanguin dans les sables coquilliers dunaires) et des affleurements de calcaires primaires déposés à l'ère tertiaire« Classification physionomique et phytosociologique des végétations », Cahiers scientifiques et techniques du CBN de Brest, 2014, p. 20. Si l'océanicité du climat favorise les espèces atlantiques strictes, les caractéristiques tempérées du climat breton permettent la cohabitation d'espèces méridionales en limite nord de répartition et d'espèces à affinités nordiques en limite méridionale.. Les espèces à affinités nordiques (chou maritime, renouée de Ray, statice humble et cochléaire officinal sur le littoral), les espèces montagnardes ou à affinité boréale (canneberge, malaxis des marais, linaigrette vaginée ou violette des marais se réfugiant dans les habitats les plus froids, tourbières et bas marais) sont également présentes..

Géologie thumb|Massif armoricain sur la carte géologique de la France.

Les principales phases vignette|Reconstruction moderne de la Pangée il y a 237 millions d'années. La formation du supercontinent Pangée par collision entre la Laurasie et le Gondwana est à l'origine de la chaîne varisque, le Massif armoricain et le Massif central appartenant à la marge nord du Gondwana.

Dès 1924, la continuité structurelle entre l'Ibérie et l'Armorique a été remarquée par Argand. L'ouverture du golfe de Gascogne, au Jurassique supérieur et au Crétacé a rendu cette continuité encore plus évidente, et l'existence d'un arc Ibéro-Armoricain à la fin de l'orogenèse varisque a été confirmée par nombre de travaux ultérieurs...

Le Massif armoricain a été façonné par deux grands orogenèses, le cycle cadomien et le varisque, permettant de distinguer le domaine cadomien au nord et centre armoricain au centre, peu affectés par l'orogenèse hercynienne, et le domaine hercynien au sud du massif.

L'orogenèse cadomienne est suivie par une pénéplanation totale issue de l'érosion des montagnes au nord et des cordillères ligérienne au sud. Le Massif armoricain se présente alors comme une plateforme continentale arasée et en grande partie émergée en bordure nord du craton ouest-africain. Dans le détail, les reliefs restent cependant encore élevés à l'ouest et cette plateforme armoricaine pentée vers l'est est ondulée (succession de synclinaux et d'anticlinaux disposés parallèlement les uns aux autres et de direction générale est-ouest). Le rifting cambro-ordovicien (tectonique distensive nord-sud conjuguée à la distension de Rodinia), associé à l'ouverture de l'océan Rhéique entre la micro-plaque Avalonia et Gondwana, favorise un volcanisme effusif acide, un magmatisme à l'origine de granitisations et une subsidence (notamment la sédimentation ordovicienne dominée par le grès armoricain) liée à l'ouverture de grabens qui enregistrent, comme les gouttières synclinales, la transgression par une mer venant de l’est. L'orogenèse varisque est un cycle orogénique qui correspond à la formation d'une chaîne de type subduction-collision continentale, du Dévonien au Carbonifère. Elle se traduit par une collision entre la Laurussia et le Gondwana à l'origine du supercontinent Pangée. Son histoire géologique reste complexe à synthétiser, en raison du fait que la marge nord-gondwanienne était probablement scindée en plusieurs ensembles, séparés par des domaines océaniques de faible dimension. De nombreux auteurs reconnaissent ainsi une « microplaque Armorica », laquelle est, au cours de la convergence Gondwana-Laurussia, déformée entre les mâchoires de ce gigantesque étau. Selon Jérôme Lavé, spécialiste de l’évolution du relief au CNRS de Nancy, le Massif armoricain s’est ...

Plusieurs bassins houillers de tailles variables se sont formés au Carbonifère et au Namurien : le bassin houiller de Laval, le bassin houiller de Basse Loire, le bassin houiller de Vendée. et celui de Quimper. Deux petits gisements se sont également formés au Saxonien : le bassin houiller du Molay-Litry et son voisin du Plessis-Lastelle..

Depuis le Carbonifère, le Massif armoricain est marqué par sa continentalité. Longtemps émergé, il est d'abord soumis à l'érosion, prédominante au Permien, puis à une altération à l'origine d'un épais manteau d'altérites. Le contre-coup de l'ouverture de l'océan Atlantique puis de la tectonique compressive alpine et pyrénéenne est associé au basculement nord-sud du massif (d'où une Bretagne à côtes, à falaises élevées au nord, à rivages plus bas au sud, et un écoulement des fleuves suivant la direction nord-sud) tandis que les déformations à grand rayon de courbure favorisent la transgression de la mer des Faluns au Miocène..