vignette|redresse|alt=Dessin du naufrage du Titanic|Le naufrage du Titanic a inspiré de nombreuses légendes urbaines.

De nombreuses légendes et théories alternatives sur le naufrage du Titanic sont nées après le déroulement des faits. Le naufrage du paquebot, dans la nuit du au , a eu une profonde influence dans la mémoire collective. Les contemporains du naufrage, ainsi que les générations suivantes, ne parviennent en effet pas à comprendre comment un navire flambant neuf, aussi gros et puissant, a pu sombrer en moins de trois heures, entraînant avec lui près de . À une époque où mythes et malédictions fascinent, beaucoup y voient donc un signe du destin.

Certaines des légendes qui apparaissent alors sont fondées sur des événements et écrits vérifiables, tandis que d’autres relèvent de la pure invention. Les légendes les plus célèbres, et celles qui prêtent le moins à polémique, proviennent de sources antérieures au naufrage. Celles-ci présentent de surprenantes coïncidences avec les faits qui se sont déroulés dans la nuit du naufrage. Romans prémonitoires, présages, rêves étranges, suite d’incidents, momie égyptienne maudite : la catastrophe alimente de nombreuses rumeurs, entre autres dans les milieux ésotériques.

D'autres légendes ont été façonnées à partir de faits bien réels. À l’époque, le besoin impérieux de comprendre les raisons du naufrage a poussé bon nombre de journalistes à broder sur la réalité. Ainsi ont-ils mis en cause, entre autres, la vitesse du navire et sa prétendue insubmersibilité. Une autre théorie, plus récente, fait état d’un complot visant à escroquer les compagnies d’assurance : le Titanic aurait été échangé avec son frère jumeau l’Olympic. Même si ces légendes ont été réfutées depuis par des spécialistes, elles continuent d’alimenter l’imaginaire de certains.

Un événement qui marque les esprits

Le , le monde apprend que le Titanic connaît des difficultés après avoir heurté un iceberg. Au cours de la journée, la nouvelle se précise, jusqu'à ce que, le premier, le annonce que le paquebot vient de sombrer dans l'Atlantique en faisant plus de mille victimes. L'événement attire ensuite une véritable bataille médiatique : chacun tente d'obtenir un témoignage inédit, et certains comme celui de l'opérateur radio Harold Bride se vendent à prix d'or. Les rédactions de tous les journaux sont mobilisées pour l'événement.

Ce naufrage est en effet marquant sur plusieurs points. La disparition de plusieurs personnalités comme John Jacob Astor et Benjamin Guggenheim choque l'opinion ; mais plus encore, la mort simultanée de plus d'un millier de personnes heurte durablement la sensibilité d'un monde qui n'a pas encore connu la Première Guerre mondiale. Le naufrage entraîne ainsi des retombées politiques, mais aussi culturelles, puisque le Titanic nourrit l'imaginaire collectif, notamment par le biais de nombreux films. Dans ce terreau fertile, il n'est donc pas étonnant que des croyances et légendes populaires aient vu le jour.

Des légendes ésotériques Écrits coïncidents Le Naufrage du « Titan »

vignette|redresse|gauche|alt=Photographie de Robertson|Morgan Robertson a écrit en 1898 Le Naufrage du « Titan », qui présente certaines similitudes avec le naufrage du Titanic.

En 1898, soit quatorze ans avant le naufrage du Titanic, Morgan Robertson publie un roman intitulé , ultérieurement renommé (respectivement Futilité et Le Naufrage du «Titan»). Il y imagine un paquebot aux proportions gigantesques pour l'époque, le Titan. Long de (le plus grand paquebot de l'époque, alors en construction, est l’Oceanic, long de ), il est considéré comme insubmersible par ses propriétaires grâce à ses nombreux compartiments étanches, et est lancé à pleine vitesse dans l'Atlantique Nord dans la mesure où une collision frontale avec un iceberg, , ne pourrait toucher assez de compartiments pour le couler. Le navire présente également un luxe et une puissance inégalés, et ses propriétaires envisagent de lui faire remporter un record de vitesse entre New York et Liverpool ..

Au cours de sa traversée, le paquebot heurte un iceberg par tribord, et sombre. Le navire n'étant pas pourvu d'assez de canots, le naufrage fait de nombreuses victimes. À la lumière du naufrage du Titanic, beaucoup commencent à voir ici une coïncidence troublante. Les points communs entre les deux navires sont en effet nombreux : tous deux sombrent en avril, heurtent un iceberg par tribord, transportent le nombre de canots de sauvetage requis par la loi, mais en nombre insuffisant, et sont les plus gros navires en exploitation à leur époque. Cependant, de grosses différences apparaissent également dans l'ouvrage, notamment quant au déroulement du naufrage, et des incohérences ponctuent le récit. Ainsi, le débat subsiste pour savoir si l'auteur (par ailleurs amateur de paranormal comme nombre de ses contemporains) avait prédit le naufrage du Titanic, ou si, en fin connaisseur du monde maritime, il s'était contenté d'anticiper des innovations prévisibles et une conséquence probable de celles-ci. Pour beaucoup en effet, un spécialiste de ce domaine aurait pu se douter que tôt ou tard, les navires deviendraient trop gros et sans moyens de sauvetage suffisants, et qu'un naufrage prendrait alors des proportions catastrophiques.

Nouvelles de William Thomas Stead

vignette|redresse|alt=Portrait de William Thomas Stead|William Thomas Stead, auteur de plusieurs articles sur la sécurité en mer, a péri dans le naufrage.

Un autre auteur est régulièrement cité dans les ouvrages concernant le Titanic, William Thomas Stead. Stead est un journaliste réputé, rédacteur en chef de la puis de la . Il a notamment apporté beaucoup à la présentation des journaux en introduisant gros titres, caricatures et éditoriaux pour attirer l'attention du lectorat. Homme de combats, il s'engage pour de nombreuses causes. Il lutte ainsi contre la prostitution enfantine et la pauvreté par le biais de tribunes publiées dans ses journaux. L'un de ses combats se trouve être la sécurité en mer et le manque de moyens de sauvetage.

En 1886, il rédige la nouvelle (Comment le paquebot poste sombra au milieu de l'Atlantique, par un survivant) pour . Il y raconte comment un navire sombre après en avoir heurté un autre. Les victimes sont nombreuses à cause du manque de moyens de sauvetage. Stead conclut : L'auteur se livre à un exercice similaire en 1892 avec (De l'Ancien monde au Nouveau) dans lequel un médium voyageant à bord du Majestic de la participe au sauvetage de passagers d'un navire coulé par un iceberg.. Le Majestic existe réellement, et, dans la nouvelle comme dans la réalité, son commandant est Edward Smith. Vingt ans plus tard, l'homme commande le Titanic pour son voyage inaugural.

Stead est par ailleurs également un fervent amateur de spiritisme et consulte régulièrement des médiums. Il publie un magazine sur le sujet, , et se livre à des expériences d'écriture automatique dont il publie des extraits dans ses Lettres à Julia. En , invité par le président William Howard Taft à une conférence sur la paix dans le monde, il embarque sur le Titanic et périt dans le naufrage. Cet ensemble de coïncidences prête de fait, comme l'ouvrage de Robertson, à débat entre les partisans d'une thèse surnaturelle et les défenseurs d'une approche plus rationnelle.

Faits interprétés en mauvais présages vignette|redresse|alt=Dessin présentant le chiffre 390904 et, vu à l'envers, « No Pope »|Les ouvriers irlandais des chantiers Harland and Wolff auraient vu dans le numéro de série du Titanic une attaque contre le pape.

Plusieurs événements survenus avant et pendant la traversée ont été considérés comme de mauvais présages pour le vaisseau.

Une première histoire raconte qu'au début de la construction du Titanic, son numéro de série est . Écrit à la va-vite et observé dans un miroir, certains y voient l'inscription « » (« Pas de pape »), ce qui trouble les ouvriers catholiques des chantiers Harland and Wolff de Belfast dans un contexte de tensions religieuses particulièrement fortes. Ceux-ci menacent de se mettre en grève, et il faut que Lord Pirrie, directeur des chantiers, explique qu'il ne s'agit que d'une coïncidence pour que le travail reprenne. Mais la vérité est tout autre : le Titanic n'avait pas de numéro de coque lors de sa construction. Il était identifié par le numéro de chantier 401 et sa désignation au registre du commerce était en fait le . En outre les ouvriers étaient quasiment tous protestants, le Pape n'avait donc aucune autorité sur eux..

De plus, une légende se répand à propos du navire : la construction irait à un rythme si effréné qu'un ouvrier serait mort emmuré dans la coque. Il n'en est rien, cependant. Un ouvrier périt en revanche à la suite d'un accident lors du lancement du navire. Il est parfois dit que le Titanic était maudit car il n'avait pas été baptisé. Il est vrai que la cérémonie du baptême accompagnée du bris d'une bouteille de champagne sur la coque n'a pas eu lieu. Cependant, ce n'est pas propre au paquebot. Les chantiers Harland and Wolff et la White Star Line s'accordaient en effet pour ne pas accomplir cette cérémonie, qui, si elle était ratée, pouvait entraîner son lot de superstitions.

La traversée apporte également quelques frayeurs aux passagers. Le jour de son départ dans le port de Southampton, le Titanic aspire dans son sillage le paquebot New York alors à quai, et manque de le heurter. Alors que les deux navires ne sont séparés que d'un mètre, l'habileté des équipages des remorqueurs permet d'éviter l'accident. Certains voient en cet incident un mauvais présage. Une lettre postée durant l'escale de Queenstown et rendue publique en 2007 montre ainsi que le passager Alfred Rowe n'appréciait pas le navire et avait été fortement marqué par l'incident. De même, le commandant en second Henry Wilde écrit à sa sœur peu avant le départ :

Un dernier incident survient durant l'escale irlandaise de Queenstown. Alors que les transbordeurs embarquent et débarquent les passagers, un soutier monte au sommet de la quatrième cheminée du navire, factice, et fait peur aux passagers. L'apparition de cet homme au visage recouvert de suie terrifie les plus craintifs, et donne également lieu à des superstitions de toute sorte. Dans son témoignage , Lawrence Beesley raconte :

Légendes inventées de toutes pièces vignette|redresse|gauche|alt=Une momie au Louvre|Une légende veut qu'une momie ait entraîné une malédiction sur le Titanic (image d'illustration).

Si les faits énoncés jusqu'ici sont avérés et ont, pour certains, été par la suite l'objet d'extrapolations au sujet desquelles les avis divergent, les légendes citées ici sont fausses, ou découlent de faits amplement transformés. Une légende tenace concerne une momie qui aurait maudit le navire. Elle varie selon les versions : il s'agirait parfois d'une momie livrée pour un collectionneur américain ; pour d'autres, ce serait John Jacob Astor qui la rapportait de ses vacances en Égypte. Dans tous les cas, la momie aurait maudit le navire et l'aurait fait sombrer. Cependant, aucune mention n'est faite d'une momie dans les manifestes de la cargaison du navire. Cette légende trouve ses origines dans une histoire de momie maudite qu'aurait racontée William Thomas Stead à ses compagnons de voyage durant la traversée.

Une autre légende concerne un chauffeur, Frank « Lucky » (ou « Lucks ») Tower, qui aurait survécu aux naufrages du Titanic, de l’ et du Lusitania. Cependant, aucune liste d'équipage ne confirme son existence, et il s'agit fort probablement d'une légende urbaine inspirée de l'hôtesse Violet Jessop et du chauffeur : tous deux ont survécu à la collision entre l’Olympic et le , au naufrage du Titanic et à celui du Britannic. Priest a également survécu à deux autres naufrages pendant la Première Guerre mondiale.