La place du Petit Sablon () ou simplement le Petit Sablon (en néerlandais : Kleine Zavel) est une place de Bruxelles, capitale de la Belgique, dont le centre est occupé le square du Petit Sablon (en néerlandais : Egmontplantsoen).

Situation et accès Cette voie de la région de Bruxelles-Capitale située sur le territoire du Pentagone de la ville de Bruxelles située en plein cœur du quartier du Sablon, est le point de convergence des rues de la Régence, des Sablons, des Six Jeunes Hommes, des Petits Carmes et aux Laines. Son centre est occupé le square du Petit Sablon, un jardin à sculptures.

Origine du nom Au Moyen Âge, le quartier du Sablon, et donc la place, occupait l'emplacement des prairies marécageuses et sablonneuses situées juste au sud et à l'extérieur de la première enceinte urbaine et par opposition et à cause de la proximité de la place du Grand Sablon La place du Grand Sablon - Bruxelles Pentagone La place du Petit Sablon - Bruxelles Pentagone.

Historique Du cimetière à la place vignette|gauche|Gravure montrant le Petit Sablon en 1686 lorsque le lieu est encore un cimetière.

L'emplacement de l'actuelle place du Petit Sablon se situe à l'origine dans les pâtures à l'extérieur de la première enceinte de Bruxelles. En 1299, l'hôpital Saint-Jean y installe son cimetière. En 1304, l'hôpital cède une partie de ses terres au Grand Serment des Arbalétriers pour l'érection d'une chapelle, future église Notre-Dame du Sablon (). Un quartier aristocratique se développe alors autour de l'église. Le cimetière, planté de hêtres en 1588, est déplacé en 1704, à la suite de plaintes des nobles, et pavée. La nouvelle place est entourée de maisons et a la forme d'un « L », le quart ouest de l'actuelle place étant encore occupé par des habitations.

Lorsque la première partie de la rue Royale est tracée en 1827, celle-ci va de la place Royale au Petit Sablon, qu'il est donc possible de traverser en diagonale pour gagner la rue aux Laines et ses demeures aristocratiques. En 1872, les maisons entourant l'église sont abattues et la rue Royale est tracée jusqu'à la future place Poelaert. Le Petit Sablon se trouve tout à coup sur un axe monumental, qui accueillera le palais de justice, le musée de l'art ancien, la grande synagogue et le conservatoire.

Le square vignette|La place et l'église Notre-Dame en 1845. vignette|Le jardin à sculptures, vers 1890.

En 1877, lorsque la ville commence la transformation de la Maison du Roi, sur la Grand-Place, le magistrat en profite pour remiser la fontaine des comtes d'Egmont et de Hornes devant le bâtiment, qui gêne les travaux, dans un entrepôt. Un an auparavant déjà, Auguste Beernaert, ministre des Travaux publics avait demandé à l'architecte Henri Beyaert de déplacer le monument à l'extrémité de la place du Petit Sablon et lui avait mandé de dresser un plan pour l'aménagement de celle-ci. Beyaert s'exécute. Le , le conseil communal décide à l'unanimité de le placer au Petit Sablon. Ce projet s'inscrit dans l'ambition globale d'implanter des monuments patriotiques le long du tracé royal : le Moyen Âge est représenté par la statue de Godefroid de Bouillon sur la place Royale, la guerre d'indépendance par le monument au général Belliard aux abords de la rue Royale et l'indépendance par la colonne du Congrès sur la place du même nom.

Henri Beyaert aménage au milieu de la place un jardin, le square du Petit Sablon, dont les travaux durent de 1879 à 1890. Le jardin est entouré d'une balustrade en fer forgé inspirée de celle qui ornait jadis les bailles de l'ancien palais du Coudenberg, à l'instar de la place de la gare de Binche. En voyage en Italie, Beyaert s'inspire du monument funéraire du Cansignorio della Scala à Vérone et modifie encore ses plans. Lorsque les travaux ont déjà commencé en 1879, il ajoute quarante-huit petites statues en bronze à la grille.

Vingt-neuf sculpteurs belges contribuent à la représentation de l'un ou l'autre des métiers d'autrefois. Pour assurer la cohérence du projet, Beyaert avait demandé au peintre Xavier Mellery de dessiner les quarante-huit statues afin d'éviter toute répétition dans les attitudes ou les costumes et tout anachronisme. Chaque pilier de pierre supportant les statues s'orne d'un décor original et ces piliers sont eux-mêmes reliés par des grilles aux motifs tous différents, sur lesquelles à notamment travaillé Paul Hankar, futur maître de l'Art nouveau. Certains sculpteurs refusent de signer leur œuvre pour protester contre les contraintes émises par Mellery.

Un budget de est alloué pour les 48 petites statues des métiers, à partager entre Mellery et les 29 sculpteurs, ce qui revient à par statue, selon la taille. Ces montants sont critiqués dans la presse, car ces sommes incluent également les frais de fonderie et les artistes ne parviennent pas à rémunérer un modèle. Les projets sont acceptés par la Commission royale des monuments en 1882 et les statues sont livrées par la Compagnie des bronzes en 1882 et 1883.

Pour les dix grandes statues, des discussions ont lieu au sujet des personnages méritant d'être représentés. Charles Buls, alors échevin de la ville de Bruxelles, estime en 1880 que l'ensemble doit, selon les intentions du gouvernement, constituer une sorte de panthéon du .. Les œuvres seront sculptées en marbre blanc afin qu'elles se détachent bien de la verdure qui les entoure. Le choix des artistes et des statues est définitivement arrêté en .. D'abord, en 1882, la ville passe commande des deux statues considérées comme les plus importantes : Guillaume le Taciturne et Phlippe Marnix de Sainte-Aldegonde. Certains échevins votent toutefois contre le projet, estimant inadmissible que ces deux héros soient visuellement assujettis à Egmont et Hornes.

Les statues des personnages vus comme de moindre importance sont commandées en 1883 et 1884. Cette fois, l'État finance la majeure partie du projet, à hauteur de , contre pour la ville. Mellery reçoit par dessin, tandis que chaque sculpteur en reçoit dix fois plus, mais seulement entre 1886 et 1889.

Le nouveau square du Petit Sablon est inauguré le avec un cortège inspiré du . Le bourgmestre Charles Buls inaugure ce « Panthéon du » : souhaitant , il appelle à poursuivre la , qui avait déjà coûté si cher au pays. Selon Charles Buls, les dix statues en marbre qui entourent Egmont et Hornes depuis représentent ; y figurent Philippe de Marnix et Guillaume d'Orange , l'identité présumée entre belge et catholique ne plaisant plus aux libéraux. Combiner politiciens et scientifiques symbolise , une valeur chère aux libéraux.

En 1997, la double statue d'Egmont et Hornes, ainsi que les dix statues en marbre, sont restaurées. De 2015 à 2017, Beliris entreprend une rénovation du square, concernant la stabilité des fondations de la clôture du parc, les ouvrages en pierre de taille (plinthes et colonnes de la clôture), les ferronneries et les petites statues en bronze.

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire Autour du parc se dresse un ensemble de maisons du , pour la plupart de style néo-classique. Seule la maison dite « Au Roy d'Espagne », située au , date du .

, à l'angle de la rue aux Laines : ancienne auberge Au Roy d'Espagne datée de 1601, classée depuis le Bruxelles Pentagone - Anciennes auberge Au Roy d'Espagne - Place du Petit Sablon 9 - Rue aux Laines.

Fontaine des comtes d'Egmont et de Hornes

vignette|redresse|Fontaine des comtes d'Egmont et de Hornes.

Au centre du square se dresse la fontaine des comtes d'Egmont et de Hornes, symboles de la résistance à la tyrannie espagnole au . Cette fontaine se situait initialement devant la Maison du Roi sur la Grand-Place.

Les dix grands du Ce groupe est entouré de dix statues en marbre blanc, disposées en hémicycle représentant des hommes politiques, des savants ou des artistes du . Elles glorifient les hommes qui, par leur action politique et par leur génie, illustrent leur époque :

Les 10 grands, leurs sculpteurs et leurs rôles (de gauche à droite) N° Personnage Image Sculpteur Rôle 1. Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde (1538-1598), homme d'État, militaire, poète, polémiste, théologien et pédagogue center|90px Paul De Vigne Tête philosophique et diplomate de l'insurrection, auteur de multiples prises de position et traités de paix. 2. Abraham Ortelius (1527-1598), mathématicien et géographe center|90px Jef Lambeaux Célèbre géographe qui publie le premier atlas de géographie du monde connu à son époque. 3. Bernard van Orley, (c.1491-1541), peintre center|90px Julien Dillens Peintre célèbre de Bruxelles qui visite l'Italie et travaille sous l'influence de la Renaissance. 4. Jean de Locquenghien (1518-1574), bourgmestre et amman de Bruxelles center|90px Godefroid Van den Kerckhove Bourgmestre de la ville de Bruxelles qui prend une part active à la construction du Canal de Willebrouck. 5. Mercator (1512-1594), cartographe center|90px Louis Pierre Van Biesbroeck Il acquiert une grande réputation de géographe, cosmographe et mathématicien. 6. Dodonée (1518-1585), botaniste center|90px Alphonse de Tombay Botaniste qui, le premier, établit une classification des plantes du pays. 7. Cornelis de Vriendt, dit Floris, (1518-1578), sculpteur et architecte center|90px Jules Pecher Sculpteur et architecte qui travaille à l'hôtel de ville d'Anvers et à la cathédrale de Tournai. 8. Henri de Brederode (1531-1568), comte center|90px Antoine Van Rasbourgh Il s'expose, en 1566, comme porte-parole des signataires du Compromis des Nobles 9. Louis van Bodeghem (c.1470-1540), architecte center|90px Jean Cuypers Architecte qui s'occupe de la construction de la Maison du Roi. 10. Guillaume le Taciturne, prince d'Orange (1533-1584) center|90px Charles Van der Stappen Tête militaire de l'insurrection à partir de 1568 et premier stadhouder des Provinces Unies en 1581

Une statue mérite une attention particulière : celle du peintre Van Orley, sujet de disputes. Mellery prévoit un pinceau dans la main gauche, Dillens refuse de représenter le peintre en gaucher et propose de lui mettre une palette dans la main gauche. La Commission des monuments s'y oppose. Une palette est ensuite placée au pied de Van Orley, mais arrachée et vandalisée en 1893. En 1940, l'épaule droite est brisée par une chute d'arbre. Après réparation, on oriente la statue vers la droite, pour cacher la brisure.

Statues des métiers de Bruxelles