droite|vignette|342x342px|Changements de frontière en Transnistrie dans l'Histoire : • Bleu : Territoire roumain jusqu'en 1940 • Orange : Transnistrie actuelle • Jaune : Transnistrie pendant la Seconde Guerre mondiale • Ligne rouge : Moldavie après la guerre froide () • Ligne orange : République socialiste soviétique autonome moldave Lhistoire de la Transnistrie est celle du territoire de l'État de Transnistrie, officiellement « République moldave du Dniestr » (RMD), État séparatiste non reconnu que le droit international considère comme faisant partie de la Moldavie. La Transnistrie contrôle la majeure partie de l'étroite bande de terre entre la rive gauche du Dniestr et la frontière moldo-ukrainienne, dans les régions historiques européennes de Podolie et de l'Edisan, ainsi que plusieurs portions de la rive droite du fleuve, en Moldavie historique.

Avant la conquête russe de 1792

Antiquité Dans l'histoire ancienne, la région est habitée par des tribus thraces et scythes. Pline l'Ancien cite les Tyragètes, tribu gète vivant sur les rives du Dniestr (alors nommé Tyras), les Axiaces vivant le long de la rivière Tiligul (ancien Axiace) et les Crobyzes, peuple thrace vivant au-delà du Boug méridional (ancien Hypanis)Pline l'Ancien, The Natural History Chapter 26. Scythia. droite|vignette|220x220px| Carte des provinces romaines montrant le limes romain près de la Moldavie et de Tyras. À l'embouchure du Tyras, les anciens Grecs de Milet fondent vers 600 av. J.-C une colonie nommée Tyras, située en dehors de l'actuelle Transnistrie. Tyras tombe sous la domination des rois Daces dont les noms apparaissent sur ses pièces de monnaie vers 50 avant J.-C.

En 56 après J.-C, Tyras devient Romaine et fait désormais partie de la province de Basse Mésie, qui comprend également la Scythie mineure. Tyras est alors liée à l'Olbia pontique jusqu'au .

Les historiens et Theodor Mommsen ont particulièrement étudié les sites archéologiques de la région datant de l'Empire romain », en particulier des vallums localement appelés valul lui Traian) qui vont de la rivière Prut au Dniestr, afin de défendre la Basse Mésie. Mommsen écrit : Theodor Mommsen. The Provinces of the Roman Empire. p. 226.

Après la fin de la période romaine, l'histoire de l'actuelle Bessarabie est controversée. Les sources romanistiques, moldaves (Grigore Ureche, Miron Costin, Dimitrie Cantemir) et roumaines (Nicolae Iorga) insistent sur la continuité historique romano-byzantine et territoriale entre les Carpates et le Dniestr, citant entre autres un fort romain (Pietroasa de Jos) sitié bien au nord du limes danubien en Moldavie actuelle, encore occupé au et les têtes de pont de Sucidava, Barboşi et de Constantiniana Daphné où l'on trouve des monnaies de Constantin et des thermes romains. Les sources slavistiques, russes puis soviétiques (et aujourd'hui transnistriennes) insistent en revanche sur insistent sur la rupture historique entre la période romaine et celle des l'arrivée des Slaves dans la région (qui, dans ce point de vue, sont déjà des slaves orientaux) et sur la séparation territoriale le long de la rivière Prut, la future Bessarabie ayant une histoire différente de celle de la Moldavie occidentale mais partagée avec tous les peuples venus de l'Est du Dniestr et en particulier les peuples cavaliers de la steppe pontique.

Quoi qu'il en soit, la future Transnistrie passe au sous la domination des Goths, divisés en tribus « Tervingues » et « Greuthungues », traditionnellement appelées Wisigoths et Ostrogoths), la frontière entre eux étant sur le Dniestr pour l'historiographie moldave, mais le Prut pour l'historiographie russe, soviétique, transnistriennePeter J. Heather, The Goths, Blackwell Publishing, .

Colonie valaque et slave La Transnistrie est alors un carrefour de peuples et de cultures, y compris les Slaves du Sud, qui l'ont atteinte au . Certaines tribus slaves orientales (Oulitches et Tivertses) y ont peut-être vécu, mais elles furent repoussées plus au nord par des nomades turcs tels que les Petchénègues et les CoumansRobin Milner-Gulland, The Russians, Blackwell Publishing, p.44. Au , les « Volokhs » (Valaques, ancêtres des Roumains) sont mentionnés dans la région dans la Chronique des temps passés, mais l'historiographie austro-hongroise, russe puis soviétique (et transnistrienne) affirme que les Valaques n'étaient alors présents qu'au sud du Danube et n'ont passé le fleuve que bien plus tard, à partir du , Eduard Robert Rössler, Romänische Studien : untersuchungen zur älteren Geschichte Rumäniens (« Études romanes : enquêtes sur l’histoire ancienne de la Roumanie »), Leipzig, 1871..

De Rus' de Kiev à la république des Deux Nations Les efforts de l'historiographie transnistrienne moderne s'appuyent sur les travaux soviétiques et cherchent à démontrer que l'histoire de ce territoire n'a rien à voir, ou très peu, avec celle de la Moldavie, mais commence avec la voïvodie de Bracław, partie de la Pologne-Lituanie contrôlée par l'Hetmanat cosaque. droite|vignette|220x220px|La voïvodie de Bracław. droite|vignette|220x220px|Carte de 1772 illustrant les colonies de l'Hetmanat cosaque en 1648-1672 dans la voïvodie de Bracław, aux frontières de la Pologne-Lituanie, du khanat de Crimée et de la principauté de Moldavie. La Transnistrie était principalement habitée par les Coumans et les guerres contre ce peuple ont peut-être amené le territoire sous le contrôle des Rus' de Kiev à certains moments autour du Charles King: "The Moldovans", Hoover Press, Studies of Nationalities series (Stanford University, 2000), page 179.John Haywood: Cassell Atlas of World HistoryPenguin Atlas of Russian History (Puffin, 1995)David Christian: A History of Russia, Mongolia and Central Asia, Vol. 1 (Blackwell, 1999).

Sur la côte de la mer Noire, les Byzantins élèvent à Tyras une forteresse nommée Asprokastron (« Château blanc », sens conservé par Cetatea-alba en moldave, 'Belgorod dans les langues slaves et Ak-kerman en turc). Au siècle, la ville est concédée à la république de Gênes, qui y établit un commerce de compensation jusqu'à la conquête ottomane. Autour de la forteresse byzantine puis moldave (rénovée par Étienne-le-grand de Moldavie) s'étend l'actuelle Bilhorod-Dnistrovskyï ukrainienne. Selon la légende transnistrienne, une petite partie de la population de cette ville aurait fui l'invasion ottomane en fondant au nord un petit villageGenoese and Italians in Ukraine (in Italian) qui serait le noyau de l'actuelle ville de Tiraspol, aujourd'hui capitale de la Transnistrie. En réalité Tiraspol, comme Odessa, Kherson, Sébastopol ou Melitopol est une fondation impériale russe du de l'impératrice Catherine II dans le cadre de son « projet grec » en Nouvelle-RussieGeorges Florovsky, Les Voies de la théologie russe, Paris 1937, en français par J.-C. Roberti, Desclée de Brouwer Éds., Paris 1991, p.150..

Ce qui est acquis, est que la rive gauche du Dniestr devint une partie du grand-duché de Lituanie au , hors de la principauté de Moldavie qui, pour la Transnistrie, serait devenue ottomane. Les faits sont plus nuancés : les princes moldaves comme Jérémie Mohyla ont eu des possessions sur le rive lituanienne et y ont élevé des forteresses comme à Mohyliv-Podilskyï ; les populations moldaves et ukrainiennes étaient présentes sur les deux rives du Dniestr comme aujourd'huiUne lettre de 1541 écrite par Soliman le Magnifique au roi polonais Sigismond II Auguste évoque ce fait : Ion Nistor, Vechimea…, p. 6-7, et l'Empire ottoman aussi conquit les deux rives du fleuve en aval de Bender-Tighina, obligeant la Moldavie à lui payer tribut, mais sans en faire l'une de ses provinces. Le khanat de Crimée reçut en 1504 des Ottomans mandat pour gouverner le Boudjak sur la rive droite du Dniestr, et le Yedisan sur la rive gauche, au sud de l'affluent Iagorlîc / Jagorlyk. Ce mandat dura jusqu'à la victoire russe de 1792. Au nord du Iagorlîc, la région historique de Podolie resta un fief du royaume de Pologne jusqu'en 1793 (sauf entre 1672 et 1684 lorsque les Ottomans en firent le pachalik de Podolie)Sava, p.5.[Geographical_Dictionary_of_the_Kingdom_of_Poland], 1880–1902, b.III p.372 http://dir.icm.edu.pl/pl/Slownik_geograficzny/Tom_III/372.

La Moldavie resta une alliée de la Pologne-Lituanie jusqu'à la deuxième partition de la Pologne en 1793 et c'est seulement alors que le Dniestr (Nistru en moldave), devînt un fleuve frontalier entre la Moldavie et l'Empire russe.

Ère moderne La Transnistrie, pour sa part, affirme que le territoire à l'est du Dniestr n'a jamais fait partie de la Moldavie, même si certaines régions de la Transnistrie actuelle appartenaient à des nobles moldavesSava, p.4-6. Le chroniqueur moldave Grigore Ureche mentionne qu'en 1584, certains villages moldaves rive gauche du Dniestr ont été attaqués et pillés par les cosaquesGrigore Ureche Letopiseţul ţărâi Moldovei, de când s-au descălecat ţara. De nombreux Moldaves étaient d'ailleurs membres d'unités cosaques : deux d'entre eux, Ioan Potcoavă et Dănilă Apostol, ont même été hetmans d'Ukraine.

Outre la pomulation moldave, la région était aussi peuplée de Tatars Nogaïs, d'Ukrainiens, de Polonais et de Russes vieux-croyants fuyant les persécutions des tzars. En 1927, un professeur de l'université Columbia, Charles Upson Clark, écrit que Dniestr du sud était en 1792.

Empire russe droite|vignette|220x220px|Carte montrant la présence de Valaques / Roumains (couleur bleue) jusqu'à l'est de la rivière Boug et jusqu'au Dniepr (). En 1792, la partie sud de la Transnistrie est cédée par l'Empire ottoman à l'Empire russe tandis que la partie nord (au nord de la rivière Iagorlîc) est annexée en 1793 lors du deuxième partage de la Pologne. À cette époque, la population était clairsemée et l'Empire russe encourageait de grandes migrations dans la région, notamment des personnes d'origine ukrainienne, polonaise, russe et allemande.

Mais selon l'historiographie transnistrienne, Clark affabule, et c'est la Russie qui aurait fait tardivement venir des colons roumains de Moldavie occidentale, mais aussi de Transylvanie, de Bucovine et de Munténie) pour s'installer sur son territoire en 1775, après avoir conquis le territoire entre le Dniepr et le BougNistor, Vechimea..., p. 14.. Quoi qu'il en soit, après 1792 / 1793, le gouvernement russe déclara la région parsemée de steppes entre le Dniestr et le Boug méridional, partie de la Nouvelle-RussieNistor, Vechimea…, p. 16.

Selon l'historiographie transnistrienne, mais aussi nationaliste roumaine, la aurait atteint la région de Kiev (alors connue sous le nom de Nouvelle Serbie) et en 1712 le fleuve Don, sous la direction de Dimitrie Cantemir.

Des parcelles de terres exonérées d'impôts auraient été réparties entre les paysans moldaves, tandis que 56 nobles moldaves (appartenant à des familles comme Rosetti, Cantacuzène, Catargiu et Sturdza) auraient reçu de grands domaines pour les coloniser. Selon ces sources, des dizaines de nouveaux villages roumains/moldaves auraient été fondés au cours de cette phase de colonisation, qui dura jusqu'en 1812, lorsqu'avec l'annexion de la Bessarabie par la Russie, la Transnistrie cessa d'être une région frontalière et la Bessarabie devînt à son tour une terre à coloniser (par des moldaves selon les sources russes, soviétiques et transnistriennes, mais par des russes, ukrainiens, allemands et autres selon les sources roumaines)Nistor, Vechimea…, p. 15-16.