Richard Anderson Falk (né en 1930) est professeur américain de droit international à l'université de Princeton, écrivain (auteur ou coauteur de 20 livres), directeur ou codirecteur de la rédaction de 20 autres livres, conférencier et militant dans les affaires mondiales. Il a aussi été nommé à deux postes des Nations unies liés aux territoires palestiniens. Depuis le , il est rapporteur spécial des Nations unies sur la « situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 Conseil des droits de l'homme, Human Rights Council elects Advisory Committee members and approves a number of Special Procedures mandate holders, 26 mars 2008. Consulté le 30 novembre 2011. ». Il suscite la controverse pour son soutien à des théories complotistes.
Vie et œuvre Falk a décrit son milieu familial comme un « milieu juif assimilationniste qui niait quasiment l'aspect ethnique de la judaïté Griffiths, Martin. Fifty Key Thinkers In International Relations. Routledge, 1999, . » et s'est décrit plus récemment comme « un Juif américain Richard Falk, Slouching toward a Palestinian Holocaust, The Transnational Foundation for Peace and Future Research (TFF), 29 juin 2007. ».
Falk obtient un baccalauréat en science économique de la Wharton School à l'université de Pennsylvanie, un baccalauréat en droit de l'université Yale et un doctorat en sciences du droit (S.J.D.) de l'université Harvard. Il est professeur de droit international et de droit criminel au Collège de droit de l'université d'État de l'Ohio de 1956 à 1961, année où il se joint au corps professoral de l'université de Princeton jusqu'à ce qu'il la quitte en 2001 après avoir occupé la chaire Albert G. Milbank de droit et de pratique des affaires internationales. Il est professeur du programme d'études mondiales et internationales à l'université de Californie à Santa Barbara depuis 2002 Affidavit de Richard Falk, 2006. Chapman University School of Law, Richard Falk. Consulté le 25 novembre 2011. Global & International Studies, University of California, Santa Barbara, Richard Falk. Consulté le 25 novembre 2011..
Falk a publié plusieurs livres et essais analysant la légalité de la guerre du Vietnam et d'autres opérations militaires. Au sujet de l'opération liberté irakienne, il a écrit qu'il était « inévitable qu'un observateur objectif arriverait à la conclusion que cette guerre d'Irak est un crime d'agression et revient à ce titre à un crime contre la paix du genre pour lequel les dirigeants allemands qui avaient survécu ont été inculpés, poursuivis et punis au procès de Nuremberg intenté peu après la Seconde Guerre mondiale « Resisting the global domination project : Interview with Prof. Richard Falk », Frontline, vol. 20, 8, 12-25 avril 2003. Consulté le 25 novembre 2011. ».
Il fait partie des comités de rédaction des périodiques The Nation et The Progressive et préside le conseil de la Nuclear Age Peace Foundation. Il a déjà fait partie du conseil consultatif du World Federalist Institute et de l'American Movement for World Government.
De 1999 à 2000, Falk a fait partie de la Commission internationale indépendante sur le Kosovo Department of Politics, Princeton University, Richard A. Falk, 30 novembre 2010. Sourcewatch, Independent International Commission on Kosovo..
En 2021, il rejoint le Berlin Group 21, composé de personnalités connues pour propager des théories complotistes.
Commission d'enquête des Nations unies sur les droits de l'homme dans les territoires palestiniens En 2001, Falk a fait partie de la commission d'enquête sur les territoires palestiniens, créée par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), avec John Dugard, Sud-Africain en poste à l'université de Leyde aux Pays-Bas, et Kamal Hussein, ancien ministre des Affaires étrangères du Bangladesh.
Selon Falk, il y avait deux grands enjeux. « Le premier consiste à déterminer si les conditions de l'occupation sont telles qu'elles confèrent aux Palestiniens un certain droit de résistance. Et s'ils l'ont, quelles sont les limites de ce droit ? […] Le second enjeu de l'enquête en cours consiste à déterminer comment Israël, en tant que puissance occupante, s'acquitte de son obligation de protéger la société soumise à son pouvoir Karin Dienst, « Falk evaluates Mideast violence with U.N. team », Princetown Weekly Bulletin, vol. 90, 17, 19 février 2001.. » Après son enquête, la commission a déposé son rapport intitulé Question of the Violation of Human Rights in the Occupied Arab Territories, including Palestine.
Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l'homme en Palestine Le , le Conseil des droits de l'homme des Nations unies (CDH) a désigné Falk titulaire du mandat de « rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 ». Falk remplaçait le professeur sud-africain John Dugard, spécialiste de l'apartheid, qui a quitté son poste en après sept ans.
Selon un communiqué de presse de l'ONU, l'ambassadeur d'Israël auprès de l'ONU de l'époque, Yitzhak Levanon, a dit que le mandat de ce rapporteur spécial « était irrémédiablement déséquilibré […] redondant au mieux et malveillant au pis ». À propos de cette déclaration de Falk que ce n'était pas « une exagération irresponsable d'associer le traitement des Palestiniens au bilan nazi judiciarisé d'atrocité collective », Levanon a argué que « quelqu'un qui avait publiquement, et de façon répétée, adopté de telles prises de position ne pouvait être tenu pour indépendant, impartial ou objectif ». Il a ajouté que le Conseil des droits de l'homme « manquait l'occasion » de jeter « les bases d'une meilleure collaboration avec Israël ».
L'ancien ambassadeur des États-Unis aux Nations unies, John Bolton, a critiqué la nomination de Falk au Conseil des droits de l'homme des Nations unies en déclarant : « C'est exactement pourquoi nous avons voté contre le nouveau conseil des droits de l'homme Eli Lake, « U.N. Official Calls for Study Of Neocons' Role in 9/11 », The New York Sun, 10 avril 2008.. » Il a ajouté : « On l'a choisi pour une raison, et ce n'est pas pour avoir une évaluation objective ; l'objectif est de trouver plus d'arguments pour s'attaquer à Israël FOXNews, Critics Demand Resignation of U.N. Official Who Wants Probe of 9/11 'Inside Job' Theories, 15 juillet 2008.. »
L'ambassadeur d'Israël auprès de l'ONU à Genève, Yitzhak Levanon, a critiqué la nomination de Falk en s'adressant au Conseil en ces termes : « Il a pris part à la mission d'enquête de l'ONU qui a établi que l'attentat-suicide était une méthode acceptable de « résistance ». Il a de façon préoccupante accusé Israël de « tendances génocidaires », ainsi que de tenter d'établir la sécurité par le terrorisme d'État. » Le gouvernement d'Israël a annoncé qu'il refuserait d'accorder à Falk un visa pour Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza, au moins jusqu'à la session de du Conseil des droits de l'hommeAssociation France Palestine Solidarité, Fin de l'accalmie à Gaza…, 26 décembre 2008..
En , à la suite de ses déclarations à la télévision russe en anglais dans lesquelles Falk accuse Israël « d'intentions génocidaires envers les Palestiniens », le Canada et les États-Unis ont demandé son éviction de ses fonctions à l'ONU, condamnant ses propos qu'ils jugent « abjects », « choquants » et à « caractère antisémite ». Le Canada avait déjà demandé par le passé son renvoi pour ses « nombreuses déclarations antisémites scandaleuses ». John Baird, le ministre canadien des Affaires étrangères, a déclaré que ces déclarations démontrent « l’absurdité totale de ses fonctions de rapporteur spécial des Nations unies ». Jen Psaki, porte-parole du département d’État américain a souligné que l'administration américaine avait condamné les caricatures antisémites publiées par Falk sur son blog ainsi que son soutien aux théories conspirationnistes à propos des attentats du et ses déclarations au sujet des attentats du marathon de Bostonhttps://www.jpost.com/Diplomacy-and-Politics/Canada-calls-for-dismissal-of-Richard-Falk-for-accusing-Israel-of-genocidal-intentions-335446http://www.timesofisrael.com/us-calls-for-uns-falk-to-step-down-again/.
Opinions notables Défense des actes violents de protestation contre la guerre du Vietnam En , Falk prend la défense de Karleton Armstrong, qui a plaidé coupable d'avoir commis un attentat à la bombe contre le Centre de recherches mathématiques de l'armée à l'université du Wisconsin (cet attentat avait tué un chercheur qui y travaillait et blessé quatre autres personnes). Selon le New York Times, il « a demandé une amnistie complète pour tous les objecteurs de conscience, y compris ceux qui recourent à la violence pour s'opposer à la guerre « illégale, immorale et criminelle » du Vietnam ». Il « a cité le précédent du procès de Nuremberg pour affirmer en défense que les citoyens américains avaient « le droit, et peut-être le devoir, » de s'opposer activement à la guerre par n'importe quel moyen. Il a donné les bombardements de civils, les actes d'« agression » contre le Laos et le Cambodge, la destruction écologique à grande échelle et la « tromperie » par des raids « clandestins » et des « mensonges » officiels pour preuve de la nature criminelle de cette guerre. » Selon Falk, les scientifiques qui travaillaient au centre étaient « susceptibles d'être poursuivis » pour complicité dans des crimes de guerre, en fonction de l'ampleur de leurs connaissances et de leur participation, suivant les préceptes du code de Nuremberg, qui avait été établi avec l'aide du gouvernement américain« Ex-Senator Aids Bomber's Defense : Gruening Calls Resistance to Vietnam War Justified », The New York Times, 20 octobre 1973, . Consulté le 28 novembre 2011.. Selon Ronald Christenson, professeur de sciences politiques au Collège Gustavus Adolphus, Falk « a cité le précédent de Nuremberg pour arguer que les individus avaient le droit de faire cesser un crime, « même en commettant un crime moindre », le principe étant que « les individus sont comptables de l'application des lois de guerre dans n'importe quelle situation » Ronald Christenson, Political Trials : Gordian Knots in the Law, Transactions Publishers, 1999, , ..
Opinions sur l'Ayatollah Khomeini en 1979 Début 1979, alors qu'il était professeur de droit international à Princeton, Falk rejoint un groupe d'Américains rendant visite à l'ayatollah Rouhollah Khomeini alors en exil en France. Khomeini est à cette époque peu connu en dehors de l'Iran, mais est un leader des mouvements de protestation de masse contre le shah qui apparaissent avec la révolution iranienne. Ce dernier est alors un allié important et de longue date des États-Unis, mais il est sous les feux de la critique au sujet des droits de l'homme en Iran. Khomeini deviendra par la suite le leader suprême d'Iran.
Le , deux semaines après le retour de Khomeini en Iran pour y diriger la révolution, Falk en fait l'apologie. Dans un éditorial d'opinion publié dans le New York Times, il condamne la présentation de Khomeini faite par certains dirigeants américains qui estiment qu'il serait « fanatique, réactionnaire et imbu de lourds préjugés », dans laquelle il voit une volonté calculée d'effrayer.
En arguant qu'on peut se fier aux déclarations antérieures de Khomeini, Falk explique que Khomeini a l'habitude d'exprimer ses opinions réelles de façon provocante et sans excuse, quelles qu'en soient les conséquences. Il semble presque incroyable que l'on pense que l'ayatollah Khomeini déguise sa pensée. Il ajoute qu'en « ayant créé un nouveau modèle de révolution populaire basé pour l'essentiel sur une approche non violente, l'Iran peut nous fournir un modèle qui faisait cruellement défaut pour le gouvernement humain d'un pays du tiers-monde ».