L'offensive du Tết est une campagne militaire menée en 1968 par les forces combinées du Front national de libération du Sud-Vietnam (FNL, alias Front ou Việt Cộng) et de l'Armée populaire vietnamienne (APVN) pendant la guerre du Vietnam. Les buts poursuivis étaient de soulever la population sud-vietnamienne contre la république du Vietnam (Sud-Vietnam), de démontrer que les déclarations américaines selon lesquelles la situation s’améliorait étaient fausses, et de dévier la pression militaire pesant sur les campagnes vers les villes sud-vietnamiennes.

L’offensive commence prématurément le , un jour avant la nouvelle année lunaire, le Tet. Le , soldats du Nord-Vietnam attaquent plus d'une centaine de villes du pays dans la plus grande opération militaire conduite à ce point de la guerre.

Les attaques prennent les Forces américaines (Military Assistance Command Vietnam, MACV) et Armée de terre de la république du Vietnam (ARVN) par surprise. Elles sont contenues et repoussées et le FNL se voit infliger d’énormes pertes. La première phase de l'offensive atteint en partie ses objectifs même si elle ne parvient pas à obtenir le soulèvement général espéré. De plus, elle choque l’opinion américaine, tenue dans la croyance que les Nord-Vietnamiens étaient incapables d’un tel assaut, et affecte profondément l’administration de Lyndon Johnson dont de nombreuses personnalités se positionnent contre cette guerre, ce qui en altère décisivement le cours.

thumb|300px|L'offensive de la fête du Têt Nguyên Dán constitue une très mauvaise surprise pour l'État-major américain ; les Viet-Cong attaquent simultanément les contingents de l'US Army dans leurs bases, et dans leurs points de déploiement dans la république du Vietnam. Le front de diversion de Khe Sanh, antérieur à l'offensive, est indiqué par le trait rouge.

Préparation La situation aux États-Unis Pendant l'automne 1967, deux questions occupent les Américains : d'abord, l'efficacité de la guerre de positions, et ensuite, la question du vainqueur. La CIA évalue le nombre d'hommes du Front à environ . Le renseignement du commandement militaire au Vietnam maintient de son côté que le nombre ne dépasse pas . Les généraux sont inquiets de l'impact qu'aurait la révélation de chiffres trop élevés, qui montreraient que le FNL et l'armée nord-vietnamienne pourraient poursuivre la guerre de positions. Un compromis est trouvé qui exclut des chiffres les effectifs irréguliers.

Pendant la deuxième moitié de 1967, le gouvernement s'inquiète des critiques, qui viennent de l'intérieur comme de l'extérieur, et des rapports indiquant une baisse du soutien populaire de sa politique vietnamienne. Selon des sondages, la part des citoyens estimant que les Américains auraient fait une erreur en envoyant les troupes au Vietnam est montée de 25 % en 1965 à 45 % en . Cette tendance découle non pas d'un jugement moral sur la guerre, mais des pertes humaines croissantes, des hausses d'impôts et du sentiment qu'aucune issue au conflit n'apparaît. Un sondage du mois de indique que 55 % réclament une politique plus dure, traduisant le sentiment les raisons de la présence américaine au Vietnam sont moins importantes que de remporter la victoire. Le gouvernement lance une campagne pour dissiper la croyance que le conflit est bloqué et pour convaincre le public du succès de sa politique. Les médias sont inondés de nouvelles optimistes. Statistiques, déclarations officielles de généraux et politiques concourent à cette campagne.

Le général Westmoreland, s'adressant au National Press Club le , annonce qu'en cette fin de 1967, les communistes sont incapables de monter une offensive majeure. À la fin de l'année, le taux d'approbation du gouvernement augmente de 8 %. Début janvier, un sondage Gallup indique que 47 % des Américains désapprouvent la conduite de la guerre par le président Johnson.

La préparation communiste Hanoi prépare, dès le début de 1967, une offensive pour l'hiver-printemps 1968. Peu d'informations existent sur la préparation de l'offensive dite « Offensive Générale, Soulèvement Général » en raison des réticences vietnamiennes à la révéler et des historiens militaires à la discuter, même des dizaines d'années après. Dans la littérature officielle du régime, la décision de lancer un assaut militaire durant la fête du Têt est souvent présentée comme le résultat de l'échec américain à remporter la guerre rapidement, l'échec des bombardements contre le Nord Vietnam, et le sentiment anti-guerre qui s'exprimait dans la population américaine.

En réalité la décision signale la fin d'un désaccord d'une dizaine d'années dans la direction du parti. Les modérés estimaient que la viabilité économique du nord était prioritaire à l'effort de guerre conventionnel et massif ; ils suivaient la ligne soviétique de coexistence pacifique, qui prônait la réunification par des moyens politiques. Se trouvent à la tête de cette faction le théoricien Trường Chinh et le ministre de la Défense Võ Nguyên Giáp. Les militants avaient tendance à suivre la politique étrangère dessinée par la république populaire de Chine et appelaient à la réunification par des moyens militaires et rejetaient les négociations. Ce groupe était mené par les « frères Le » — le premier secrétaire du parti Lê Duẩn et Lê Đức Thọ. À partir du milieu des années 1960, les militants dictent la conduite dans la guerre au sud Vietnam.

Le général Nguyễn Chí Thanh, qui dirige l'effort militaire dans le sud du Vietnam, commissaire politique et commandant en chef faisait partie du camp des militants. Sous son commandement, qui étrangement n'imitait pas la forme de guérilla utilisée par Mao, les Nord-Vietnamiens avaient suivi étape par étape l'escalade militaire du conflit.

En 1966-1967, après que les alliés eurent infligé des pertes massives et détruit l'économie nord-vietnamienne, les modérés appellent à une révision de la stratégie vers davantage de guérilla et soutiennent que les Américains ne peuvent être défaits par une guerre conventionnelle. Ils prêchent la conduite simultanée de combats et de négociations. En 1967 les choses se dégradent au point que Le Duan ordonne à Thanh d’accroître la part de guérilla.

Une troisième tendance émerge alors, dirigée par le chef du parti, Hô Chi Minh, Lê Đức Thọ, et le ministre des Affaires étrangères Nguyễn Duy Trinh, qui appelle à des négociations. Pendant les premiers mois de 1967, la stratégie militaire est débattue par radio entre Thanh et son rival pour la direction militaire, Giap. Ce dernier prône la guérilla contrairement à Thanh.

Ces négociations ont d'importantes implications sur la poursuite des livraisons d'équipements, desquelles le Nord Vietnam est totalement dépendant. Pékin prône le modèle militaire utilisé par Mao, sorte de guerre mobile et de guérilla, la Chine souhaite éviter d'être entraînée dans le conflit comme lors de la guerre de Corée. Elle repousse l'idée de négociations quand Moscou les prône, de même que la conduite d'une guerre conventionnelle. La position nord-vietnamienne consiste dès lors à maintenir un équilibre..

Le , des centaines de pro-soviétiques, modérés du parti, officiers et administrateurs sont arrêtés pour affirmer l'indépendance du pays contre ses alliés étrangers dans ce qui est parfois appelé l'affaire des révisionnistes anti-parti. L'explication de ces arrestations est que le Politburo s'est décidé en faveur d'une offensive générale. La position des militants triomphe : rejet des négociations, abandon de la guérilla, soulèvement général dans les villes du Sud Vietnam.

Le plan « Offensive Générale, Soulèvement Général » est ébauché dans les quartiers de Thanh en . Le , après avoir fait accepter son plan par le Politburo, Thanh meurt d'un arrêt cardiaque après avoir trop buVictory in Viêt Nam, . Pendant des années les historiens occidentaux ont cru que Thanh était mort de blessures reçues pendant un raid aérien. ..

Les militants estiment que la popularité du gouvernement sud-vietnamien et des Américains est très faible et que la population se soulèverait en leur faveur lors de l'offensive, ce qui permettrait une victoire rapide. Ils tenaient pour acquise l'inefficacité de l'armée du sud. Déclencher l'offensive permettrait d'en finir avec les appels aux négociations des colombes, les critiques de la stratégie militaire, les diatribes chinoises sur la perfidie soviétique et les pressions soviétiques à négocier.

La décision de déclencher l'offensive lors du Têt est prise en octobre. Depuis le début du conflit, le Têt « Nguyên Đán », ou célébration du Nouvel An, qui se situait entre le et le , marquait une période de trêve dans les combats. C’était pourquoi, en , les dirigeants du Front et de la république démocratique du Vietnam (Nord Vietnam, ou RDVN) décidaient de lancer une attaque surprise à ce moment-là. Contrairement à une croyance répandue, Giap n'est pas l'auteur du plan. Le général l'a seulement revu, probablement en taisant ses critiques pour ne pas être victime de la purge des militants. De toute façon, le blâme d'un échec éventuel serait rejeté sur les militants.

L'opération se diviserait en deux phases : attaques aux frontières pour détourner les forces américaines des véritables objectifs ; attaques simultanées sur les bases américaines et les villes du Sud Vietnam, en particulier Hue et Saïgon. Une attaque sur Khe Sanh au même moment éloignerait les forces militaires nord-vietnamiennes, mais Giap l'estime nécessaire pour assurer le ravitaillement et distraire l'attention des Américains.. L'offensive vise à convaincre l'opinion sud-vietnamienne, pas américaine, et l'inciter à se soulever.

Selon le général Tran Van Tra, qui remplace Thanh, l'offensive se divise en trois phases : une première à partir du , assaut dans tout le pays principalement par les forces du FNL. En même temps : propagande active pour inciter aux soulèvements et désertions. Le but est d'obtenir une victoire complète ou la formation d'un gouvernement de coalition ainsi que le retrait américain. En cas d'échec, d'autres opérations affaibliraient l'ennemi de façon à obtenir un règlement négociéTran Van Tra, Tet, .. La phase 2 est prévue à partir du , et la phase 3 à compter du .

En , tonnes de matériel et soldats ont déjà fait le voyage vers le Sud Vietnam en empruntant la piste Hô Chi MinhVictory in Viêt Nam, . Voir aussi .. Pour parfaire son opération, Hanoï déclenche une offensive diplomatique à la fin de 1967, appelant à l'arrêt unilatéral des bombardements sur le Nord Vietnam, l'..

Les renseignements sud-vietnamiens et américains estiment les forces communistes au Sud Vietnam en à , dont du FNL, de l'armée du nord et affectées à la logistique.

L'impréparation des Alliés Des signes de préparation militaire sont relevés par les Alliés. Pendant l'été et l'automne 1967, les deux services de renseignement américain et sud-vietnamien relèvent une importante modification du planning militaire du FNL et de l'armée nord-vietnamienne. À la mi-décembre, les Alliés sont convaincus que quelque chose d'important se prépare. Le nombre de camions dénombrés descendant vers le sud à travers la piste Ho Chi Minh grimpe de 480 par mois à en octobre. En novembre, on en compte et en décembre . Le , le général William Westmoreland alerte Washington de l'accroissement prévisible de l'effort communiste dans tout le pays pour une période de temps restreinte.

Malgré ces indications, les Alliés furent surpris par l'ampleur de l'attaque. D'une perspective américaine, un assaut pareil n'était pas crédible.