thumb|upright=2|Page de la résurrection du Christ, de la bible des pauvres conservée à la Bnf. La (expression latine signifiant Bible des pauvres) est un recueil manuscrit ou gravé sur bois (xylographié) d'images bibliques commentées, parfois en langue vernaculaire, populaire à la fin du Moyen ÂgeLe terme Biblia pauperum, adopté en 1769 par Karl-Heinrich Heinecken et utilisé depuis lors, correspond à ce type d'ouvrage et non à une œuvre particulière, d'après la notice de la Bnf.. Un tel recueil est composé en général de 40 à 50 feuilles. Chaque feuille est structurée de manière semblable ; elle illustre une scène de la vie du Christ tirée du Nouveau Testament, mise en relation avec deux épisodes de l'Ancien Testament. Elle contient de plus les images de quatre prophètes qui commentent la scène par des paroles qui leur sont attachées par des banderoles.
Ces bibles s'adressent à un public de clercs. Par leur structure claire et uniforme, les images édifiantes doivent faciliter aux prêtres la préparation de leurs sermons. Le terme de « pauvres » n'est utilisé que tardivement et renvoie probablement aux « pauvres selon les béatitudes » (les pauperes spiritu) plutôt qu'aux « économiquement pauvres », car son coût (comme celui de tout livre) restait relativement élevé.
Une bible des pauvres se distingue d'une bible moralisée par sa taille, sa forme et son public : elle est beaucoup plus courte, et centrée sur l'image plutôt que sur le texte, alors que la bible moralisée, par son raffinement et son coût, s'adresse à la haute aristocratie.
Structure
Structure d'une page
Chaque page d'une bible des pauvres est composée de 9 parties, sept images et deux textes : Au centre de chaque page se trouve un dessin représentant un événement important du Nouveau Testament, le plus souvent tiré de la vie du Christ. À gauche et à droite se trouvent deux autres vignettes (parfois plus petites) de scènes de l'ancien Testament préfigurant l’événement central ou ayant un lien spirituel ou théologique (selon la typologie biblique) avec lui. Enfin on trouve, au-dessus ou en dessous, ou aussi aux quatre coins de l'image d"un prophète ou d'un autre personnage biblique. Chacun d'eux prononce une phrase, correspondant à une prophétie ou un commentaire : les paroles prononcées sont écrites sur des banderoles partant de la bouche des personnages clés. Ces sept images sont complétés par deux textes brefs supplémentaires soutiennent l’image.
Le lien entre les deux scènes de l'ancien Testament et la scène centrale est subtil, parfois sinueux. De plus, des deux scènes, l'un est choisie ante legem, avant la promulgation des lois au mont Sinaï, et l'autre post legem.
La conception du Nouveau Testament comme la réalisation des indications et prophéties de l'Ancien Testament, pour lesquelles il existe de nombreux renvois également dans l'Ancien Testament, est le principe de la typologie biblique ; il est bien plus ancien que les bibles des pauvres. Le principe est déjà énoncé par saint Augustin dans la phrase (le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, l'Ancien est révélé dans le Nouveau). Cet enseignement a été repris dans l'art, et des cycles typologiques se retrouvent déjà dans l'art chrétien primitif. Au haut Moyen Âge, un nouvel épanouissement se constate dans presque tous les domaines de l'art et de l'artisanat : on trouve par exemple des cycles dans les vitraux de la cathédrale de CanterburyCycles typologiques dans la cathédrale de Canterbury sur le site de l'Institut Warburg.. Par conséquent, les thèmes présentés dans une bible des pauvres sont déjà familiers et le système pictural et éducatif qui les décrit existe depuis longtemps. L'originalité est la présentation sous forme d'un recueil petit, homogène, et facile à lire et à transporter.
Un exemple : une feuille de la bible de la Bnf
Par exemple, une des feuilles d'une bible des pauvres conservée à la Bnf. est centrée sur la résurrection du Christ. Elle montre à gauche Samson détruisant et emportant les portes de Gaza qui le tenaient enfermées, et à droite Jonas régurgité par le monstre marin et qui revit.
La mise au tombeau et la résurrection du Christ sont mises en correspondance avec la baleine qui régurgite Jonas, attestée dans les évangiles : « Car Jonas est resté dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits ; de même le Fils de l'homme restera au cœur de la terre trois jours et trois nuitsMatthieu 12, 38–42 ; voir aussi Matthieu 16, 1–4, Luc 11, 29–32. » . De fait, Jonas nommait le ventre de la Baleine Shéol, la terre des mortsLes correspondances sont énumérées pour la bible de la Bnf sur le site de la base iconographique de l'Institut Warburg..
Un autre exemple : la Golden Bible
thumb|Miniature de la Biblia pauperum : la crucifixion au centre avec la création d'Ève à droite et Moïse frappant le rocher dans le désert Le manuscrit enluminé du quinzième siècle aussi connu sous le nom de Golden Bible se trouve dans la British Library.. Il contient 31 feuilles de parchemin très larges , illustrées et expliquées par des versets bibliques. Comme sur les autres bibles des pauvres, les images centrales représentent un événement du Nouveau Testament, accompagnées par deux images de l'Ancien Testament, légèrement plus petites, qui préfigurent l'élément central, selon les croyances typologiques des théologiens médiévaux.
Dans le folio 18r, l'image du centre contient la scène où le centurion Longin transperce le flanc de Jésus sur la croixJean 19:31-37. Ante legem, y est associée à gauche la représentation de la création d'Ève, fruit de la côte d'AdamGenèse 2:21. Post legem, Moïse frappe un rocher avec son bâton, et de ces coups la pierre rend l’eau pour abreuver le peupleExode 17:6. Les coups donnant une eau vivifiante sont ainsi mis en parallèle avec la Passion du Christ.
Autres types de bibles La Biblia pauperum est très différente d'une bible moralisée. La différence essentielle est que la bible moralisée est un manuscrit lourd, très raffiné et coûteux. Les plus grandes bibles peuvent contenir jusqu'à 5000 miniatures. D'ailleurs, il n'en existe qu'une dizaine d'exemplaires. Les bibles des pauvres au contraire, avec leurs 30 à 40, au plus 50 feuilles, d'abord manuscrites, plus tard souvent imprimées à partir de planches de bois, sont simples, courtes, donc relativement peu coûteuses, met peuvent être tirées en de nombreux exemplaires.
En revanche, la Biblia pauperum se rapproche du Speculum humanae salvationis (miroir du salut humain). Cette œuvre est axée sur la vie du Christ dans la vision de la chute de l'Homme et de sa rédemption. L'histoire précédant l'arrivée du Christ n'est qu'une préfiguration de la vie du sauveur. Chaque fait de la vie du Christ se retrouve annoncé dans un ou plusieurs épisodes décrits dans l'Ancien Testament ou dans l'histoire païenne. Chaque thème ou chapitre contient quatre parties : une scène de la vie du Christ et trois histoires qui la préfigurent. Ce livre a connu une diffusion considérable ; il était plus répandu que la bible des pauvres.
La Biblia picta de Velislav est un manuscrit enluminé datant de 1325-1349, composé de quelque 750 images et de peu de texte, formant une sorte de « bande dessinée » de la bible. Un seul exemplaire existe, et l’aspect typologique est absent.
Analyse d'une page de la bible de Pfister On constate que pour un même exemple typologique, le plus marquant sont les différences graphiques des manuscrits, la singularité du dessin et la mise en page. Un bon exemple est fourni par la scène de la Nativité dans deux Bibles, la Bible de Pfister. et celle de la Bnf.
La Bible de Pfister est composée en écriture gothique, en textura plus précisément. Les initiales se démarquent au sein du texte par leur taille légèrement plus importante et la couleur d’encre rouge ; elles structurent le texte en paragraphes et permettent de distinguer les différents versets.
Illustrations
Trois illustrations sont plus grandes : celle du milieu qui introduit le thème de la Nativité, avec la présence de Marie, son nouveau-né Jésus, ainsi que Joseph le Juste. En dessous, l'image de gauche représente Aaron, le premier grand prêtre du peuple d'Israël. Il brûle du parfum pour Dieu. Dieu fait bourgeonner le bâton d'Aaron qu l'on peut apercevoir dans le dessin. L'image de droite montre Moïse, le premier prophète d'Israël. Moïse vit l'expérience du buisson en feu. Ces images, mises ainsi en relation montrent l’avènement de trois personnages bibliques pour lesquels Dieu s'est manifesté de différentes manières, faisant ainsi d'eux des élus, des guides pour le peuple.
Deux cases aux côtés de l'image centrale représentent les prophètes Daniel et Habacuc à droite, Isaïe et Michée à gauche.
Textes du haut
La partie supérieure de la page est constituée de versets prophétiques, groupés en quatre paragraphes et deux colonnes, ités des textes des prophètes Daniel et Habacuc à droite, Isaïe et Michée à gauche. Les textes sont les prédictions des quatre différents prophètes, dans l'ordre de leur apparition dans la Bible (Ancien Testament, post legem).
En haut à gauche, on lit : Daniel . II . lapis anglaris sine manibus abscisus est a monte (« Une pierre se détacha de la montagne sans le secours d'aucune main »Daniel 2:34/45). Daniel, à l'aide de l'image de la pierre se détachant de la montagne et envahissant toute la terre, prédit la venue d« un royaume qui ne sera jamais détruit (...) et subsistera éternellement »2:44-45. Cela prophétiserait ainsi l’avènement du Royaume de Dieu, ainsi « éternel » par la promesse du ChristRomains 6 : 1-4.
Sur la même colonne de gauche, on lit : Abaculi . III . domine audivi auditionem tuam et timui (« Éternel, j'ai entendu ce que tu as annoncé »Habacuc 3:2). L'annonce de Dieu révèle par la suite la seconde venue du Christ lors de la fin des temps.
Dans la deuxième colonne, il est écrit : Esaias . IX . parvulus enim natus est nobis filius datus est nobis (« Car un enfant nous est né, un fils nous est donné »Ésaïe 9:6). En effet, le prophète Ésaïe prédit la venue d'un enfant, descendant de David11:1-10.
La dernière prophétie est de Michée: Michaeas . V . Terra Juda non eris minima in principes (« Et toi, Bethléhem, petite entre les milliers de Juda »Michée 5:1), la suite est « de toi sortira pour moi celui qui dominera sur Israël ». Il prophétise ainsi la venue d'un sauveur du peuple qui descendrait de David, et naîtrait à Bethléem.
Cette seconde lecture se concentre ainsi sur Jésus-Christ, sa naissance dans le monde, ses accomplissements en adéquation avec les différentes prophéties ainsi que sa seconde venue dans le monde.
Textes du bas
Le texte en bas de page se focalise sur la Vierge Marie elle-même, par certains éléments de l'''immaculée conception, mise en analogie avec des symboles présents dans les représentations de Moïse et Aaron.
Legitur in libro Numeri XVII capitule, quod virga Aaron una nocte frondivit et floruit (« Le bâton d'Aaron avait fleuri, il y avait poussé des bourgeons, produit des fleurs »Nombres, 17:8) ; cette citation de verset est suivie de son interprétation théologique : que virga figurabat virginem Mariam sterilem sine virili semine parituram filium scilicet Jesum Christum, semper benedictum (« Le bâton représente la Vierge Marie, stérile sans la semence d'un homme, qui enfantera un fils, à savoir Jésus Christ, toujours béni).