Eustache-Louis-Joseph Toulotte, né le à Saint-Omer et mort le dans le Archives de Paris, état-civil numérisé du de Paris, registre des décès de l'année 1860, acte 1679 (vue 20/31 de la numérisation). Époux d'Émilie Orban, l'homme de lettres est mort à son domicile situé au 35 de la rue Galande., est un écrivain et un militant révolutionnaire français.

Un militant jacobin Toulotte appartient à une famille marchande de Saint-Omer. Sa mère est une NicolleLouis-Auguste Deschamps de Pas, Ma vie publique: avec ce qui s'est passé de plus intéressant à Saint-Omer pendant tout le temps de la révolution : d'après un manuscrit de l'auteur écrit vers 1805, Société des antiquaires de la Morinie, 2003, 309 pages, p. 190..

Jacobin employé de l'administration du Pas-de-Calais, il s'oppose avec Vallé, un autre patriote de la commune, à la levée de troupes prévue dans le district de Saint-Omer, conformément au décret du sur la levée en masse de hommes. Aussi le représentant en mission Carnot ordonne-t-il leur arrestation, lors d'une séance du directoire du district de Saint-Omer, le . À la suite de l'intervention des administrateurs du département du Pas-de-Calais, ils sont élargis le , après la fin de la levéeÉtienne Charavay, Correspondance générale de Carnot : publ. avec des notes historiques et biographiques, tome 2, Paris, Imprimerie nationale, 1892-1907, p. 286, 320 et 322.Lazare Hippolyte Carnot, Mémoires sur Carnot, Pagnerre, 1863, vol. 2, p. 448.. En bons termes avec Joseph Le Bon, c'est l'un des fondateurs, en , et l'un des membres les plus influents de la Société montagnarde de Saint-Omer, dont l'objet est d'« éclairer l'opinion publique, de surveiller les autorités constituées, de poursuivre les prévaricateurs, de désourdir les trames scélérates des fauteurs de l'aristocratie »Robert Legrand, Babeuf et ses compagnons de route, Société des études robespierristes, 1981, 454 pages, p. 184.Bulletin historique trimestriel, Société des antiquaires de la Morinie, 1929, vol. 14, p. 540.« Publications de la Société des antiquaires de la Morinie (à Saint-Omer) [1904-1907] », Annales de l'Est et du Nord : revue trimestrielle, Facultés des Lettres des Universités de Nancy et de Lille, Paris, Berger-Levrault, 1905-1909, cinquième année, 1909, p. 146-150.. C'est ainsi qu'il prononce le 12 ventôse an II () un discours dans le temple de la Raison de Saint-Omer ; imprimé par la Société montagnarde, il est adressé au Comité d'instruction publique de la Convention nationale.

Officier de santé de dans l'armée, il est pharmacien à l'hôpital de l'Humanité, ancien collège des jésuites anglais de Saint-OmerL'ancien collège des jésuites anglais de Saint-Omer. Pendant la réaction thermidorienne, la Société montagnarde est épurée par le représentant en mission Florent-Guiot, avant de disparaître en . Dénoncé par le conseil municipal à la commission de santé de Paris comme un être indigne d'occuper un emploi à la solde de la République, Toulotte est destitué de ses fonctions en l'an III par un arrêté du Comité de salut publicAlphonse Aulard, Recueil des actes du Comité de salut public: avec la correspondance officielle des représentants en mission et le registre du Conseil exécutif provisoire, Imprimerie nationale, 1889, vol. 23, p. 586. Toutefois, grâce à l'appui de ses amis jacobins, le Comité finit par donner l’ordre au ministre de la Guerre de le nommer à l'hôpital militaire du Gros-Caillou.

La conspiration des Égaux En l'an IV, il est employé à Paris en qualité de pharmacien à l'hôpital militaire du Gros-Caillou. La décision du Comité de salut public ayant suscité des protestations de la part du Conseil de Santé, qui affirme que l'hôpital du Gros-Caillou regorge de personnel et qu'il ne sait que faire de ce nouveau venu, les autorités militaires lui proposent un poste à l'armée d'Italie ou des côtes de Brest. Toulotte se rend chez le ministre de la Guerre, Claude-Louis Petiet, pour lui demander le motif de cet ordre, puis, celui-ci lui ayant répondu qu'il s'agissait d'un ordre du Directoire exécutif, chez Carnot. Ce dernier lui apprend que c'est à la suite d'une note de police, l'accusant de conspirer contre le gouvernement, que la décision de l'éloigner a été prise. Toulotte refuse de se rendre « dans des contrées où l'on [tolère] l'assassinat des patriotes » et demande qu'on le laisse demeurer à Paris, rentrer chez lui ou rejoindre l'armée du Nord, ce qui lui est refusé. Le 16 floréal (), on lui propose également l'armée de Rhin-et-Moselle, qu'il rejette également. Destitué de ses fonctions par un arrêté du Directoire exécutif en date du 4 prairial an IV (), il refuse de quitter le logement qu'il y occupe avec son ami et compatriote Cochet, fonctionnaire également destitué. Lors de la promulgation de la loi du 21 floréal an IV (), qui enjoint à tous les fonctionnaires destitués de s'éloigner de la capitale, ils changent de quartier et transportent leurs affaires dans un hôtel garni de la place Maubert. C'est là qu'ils sont arrêtés le 12 prairial (), comme réfractaires à la loi du 21 floréal, en possession de faux passeports. Lecteur assidu du Tribun du peuple de Gracchus Babeuf, qui est « dans ses idées », Cochet croit comprendre que l'intervention de la police est liée à la conspiration des Égaux. Les deux hommes brûlent divers papiers, et la perquisition ne donne rien, sauf des lettres « affectueuses » de CarnotGérard Walter, Babeuf (1760-1797) et la conjuration des égaux: avec huit dessins et portraits, Payot, 1937, 262 pages, p. 228.Robert Legrand, Babeuf et ses compagnons de route, Société des études robespierristes, 1981, 454 pages, p. 345.Antonin Debidour, Recueil des Actes du Directoire exécutif (procès-verbaux, arrêtés, instructions, lettres et actes divers), vol. 2, Imprimerie nationale, 1910, p. 449.Débats du procès instruit par la haute cour de justice, contre Drouet, Babœuf et autres recueillis par des sténographes, Paris, Baudouin, 1797, 4 vol., tome 3, p. 574-579..

Inculpé pour avoir écrit à Gracchus Babeuf deux lettres annonçant « des principes un peu forts » et avoir eu des liaisons avec Charles Germain et Augustin DarthéRéimpression de l'ancien Moniteur: seule histoire authentique et inaltérée de la révolution française depuis la réunion des États-généraux jusqu'au Consulat, vol. 28 : Directoire exécutif, H. Plon, 1863, p. 666-667, Toulotte comparaît devant la Haute-cour de Vendôme, devant laquelle il refuse de répondre aux questions qui lui sont posées et proteste de son innocence. Il est finalement acquitté, aucune charge n'ayant pu être reconnue contre lui. Son dossier « peut faire présumer qu'il est dévoué aux anarchistes, mais non qu'il ait concouru positivement à l'exécution du complot ».

De la proscription à la notabilité Après l'attentat de la rue Saint-Nicaise, Vannechout, juge au tribunal de première instance de Saint-Omer, écrit le 18 nivôse an IX () au ministre de la Police pour l'informer que Toulotte se trouvait à la date des événements à Saint-Omer, où il fréquentait la maison d'un dénommé Crachet, où les principaux républicains exclusifs de la ville étaient réunis autour d'un dîner, et que plusieurs d'entre eux se rendirent au bureau de poste parce qu'ils attendaient de grandes nouvelles. Inscrit sur la liste des Jacobins proscrits, il embarque à bord de la frégate La Cybèle à destination de Cayenne (sur la liste des détenus à déporter en Guyane, son nom est accompagné de la mention suivante : « d'un caractère tranquille, instruit et aimant l'étude, il pourra être utile dans les colonies »), avant d'être ramené à terre avec un autre prisonnier, François Perrault. Placé en surveillance à Oléron, il s'en évade le 22 pluviôse an IX (), mais il est repris le 29 floréal () et conduit à Sainte-Pélagie. Son épouse, une certaine D. Deschaînées, écrit le 27 fructidor an IX () au ministre de la Police pour se plaindre de ce qu'elle n'a pu le voir depuis son arrestation le 29 floréal (), puis, le 16 messidor an X (), à Pierre Marie Desmaret, pour demander son transfert au Temple, qui est plus près de son logement (elle doit lui porter sa nourriture tous les jours, alors qu'elle allaite un enfant et que l'aîné est encore au berceau), où « il respirerait un air plus salubre, jouirait de la promenade et s'occuperait de littérature pour charmer son ennui » pour demander la permission de le voir. Le 6 thermidor an X (), au bout de quatorze mois de détention, il demande un passeport pour Amsterdam, où il doit se fixer. Après son élargissement, son épouse demande à son tour un passeport pour le suivre. En brumaire an XIII, Toulotte se trouve à Lille, en liberté, mais sous surveillance ; sa mère adresse une supplique en sa faveur à l'Empereur lors de son passage à Saint-Omer. Le , en surveillance à Lille, Toulotte sollicite la levée de cette mesure, avec l'appui du préfet du Nord, François René Jean de Pommereul, qui transmet sa demande ; celle-ci est acceptéeJean Destrem, Les Déportations du consulat & de l'empire, p. 495-496.Jean Destrem, « Documents sur les déportations du Consulat » (p. 78-120), Revue historique, Paris, Librairie Germer Baillière et Cie, 1878, tome 7, p. 117.. Abonné, la même année, aux Lettres philosophiques de Jacques-Rigomer Bazin, comme d'anciens jacobins ou babouvistes et plusieurs libéraux (de Pierre-Antoine Antonelle et Philippe Buonarroti à Germaine de Staël, en passant par Claude Henri de Rouvroy de Saint-Simon), il devient ensuite rédacteur, puis chef de division de divers ministères, dont celui de l'instruction publique. En 1811, il est nommé chef du bureau central de la police, à Lille, « fonction qu'il [remplit] avec autant de zèle et d'intelligence que d'intégrité », jusqu'à l'arrivée des Bourbons. Ainsi, en , il dénonce des habitants de Lille répandant des bruits alarmants pour donner plus de prix aux remplaçants de conscrits dont ils se sont emparésNicole Gotteri, La Police secrète du Premier Empire, tome 6 : Bulletins quotidiens adressés par Savary à l'Empereur de janvier à juin 1813, H. Champion, 1997, 707 pages, p. 139 ..

Sous la Première Restauration, et jusqu'au , il est inspecteur de la Librairie à ParisPaul Leuilliot, La Première Restauration et les Cent Jours en Alsace, vol. 17 des Publications de l'Institut des hautes études alsaciennes, Éditions de l'École des hautes études en sciences sociales, 1958, 290 pages, p. 211..

Pendant les Cent-jours, Toulotte s'adresse en avril au ministre de l'Intérieur Carnot pour lui demander une place. Celui-ci le fait nommer, le , sous-préfet de l'arrondissement de Saverne, dans le Bas-Rhin. Jean-Jacques Guizot, frère de François Guizot lui succède le .

En 1816, lors de l'affaire dite « des Patriotes »Victor Duruy, Histoire populaire contemporaine de la France, vol. 1, p. 47., la police s'appuie sur la liste des proscrits de l'an IX, imprimée en l'an X, pour l'arrêter, avec d'autres babouvistes (comme Jean-Baptiste-Antoine Lefranc ou René-François Bescher, un autre acquitté du procès de Vendôme en 1797) et le fils de Gracchus Babeuf, ÉmileRichard Cobb, « Note sur la répression contre le personnel sans-culotte de 1795 à 1801 » (p. 23-49), Annales historiques de la Révolution française, Société des études robespierristes, Firmin-Didot & Cie, 1954, p. 48: .Jean-Marc Schiappa, Gracchus Babeuf avec les Égaux, Éditions ouvrières, 1991, 264 pages, 237 .Sur Bescher et Bazin, lire, Christine Peyrard, « Combats parisiens pour la démocratie de journalistes de l'ouest », in Michel Vovelle (dir.), Paris et la Révolution, Publications de la Sorbonne, 1988, 394 pages, p. 321-333 .. Toutefois, il ne fait pas partie des 28 prévenus jugés par la cour d'assise de Paris en juilletCharles-Jean-François Hénault, Joseph François Michaud, Abrégé chronologique de l'histoire de France depuis Clovis jusqu'à la mort de Louis XIV, Garnier frères, 1855, 980 pages, p. 832..