Le fusil modèle 1886 ou fusil Lebel est adopté par l'armée française en pour remplacer le fusil Gras Mle 1874, après nombre d'atermoiements qui ont donné naissance au fusil Mle 1884 et Mle 1885 qui ne sont pas produits.
Très largement utilisé comme fusil d'infanterie jusqu'au lendemain de la Première Guerre mondiale, à un moindre degré jusqu'à la Seconde Guerre mondiale puis pendant les conflits de décolonisation pour équiper les troupes supplétives, le fusil est officieusement baptisé du nom d'un des membres de la commission qui a contribué à sa création : le colonel Nicolas Lebel, commandant le camp de Châlons et directeur de l’École normale de tir où ont été effectués les derniers essais. vignette|Schéma du fusil Lebel et de son mode d'alimentation Kropatschek.
De calibre , le fusil modèle 1886 peut contenir dix cartouches, dont huit qui se logent dans le fût situé sous le canon, plus une dans l'auget et une dans la chambre. Le fusil Lebel a introduit la modernité dans l'armement portatif mondial en remplaçant pour la première fois l'ancienne poudre noire par la poudre sans fumée à base de nitrocellulose (la « poudre B », pour poudre blanche, par opposition à la poudre noire). Ces progrès techniques vont permettre à l'armement portatif d'atteindre des vitesses initiales très élevées et des portées extrêmes pour l'époque.
Histoire du Lebel Conception de l'arme À la fin des années 1870, les études sur l'armement individuel portent sur l'application de la répétition, c'est-à-dire la capacité d'approvisionner l'arme au préalable d'un certain nombre de cartouches puis de la recharger rapidement entre chaque tir en actionnant le mécanisme. La solution pour emmagasiner les cartouches, apportée par le , commandant de l’École des Cadets de Vienne, est un chargeur tubulaire sous le canon. Cette technique avait déjà fait ses preuves en Amérique avec le fusil Henry, devenu Winchester modèle 1866, une arme très appréciée par les chasseurs et dont l'utilisation au combat a marqué les esprits pendant la Guerre de Sécession et les guerres indiennes. La Marine française décide donc d'équiper les troupes de marine en adoptant un fusil à répétition « Kropatschek » Modèle 1878 de calibre (comme le fusil Henry) fabriqué en Autriche qui remplace le Chassepot à un coup. En 1884, la manufacture d'armes de Châtellerault étudie un modèle dérivé du Kropatschek, le Modèle 1884, puis une nouvelle version dont la fabrication est rationalisée pour faciliter la production industrielle, le Modèle 1885. De l'autre côté du Rhin, les Allemands développent et adoptent un nouveau modèle, le Mauser 1871-1884, fusil à répétition de .
Entre-temps, en 1884, Paul Vieille invente la poudre sans fumée à base de nitrocellulose (fulmicoton), destinée à remplacer la poudre noire alors utilisée. Cette invention constitue une percée déterminante dans la technique de fabrication des munitions. La fumée ne gêne ni ne trahit plus la position du tireur, l'arme s'encrasse tellement moins que les problèmes que cela provoquait (arme enrayée, etc.) sont quasiment éradiqués, et comme cette poudre est six fois plus puissante à poids égal, on peut concevoir des munitions de calibre inférieur à à la fois plus puissantes, améliorant de manière déterminante les caractéristiques balistiques des balles : vitesse initiale plus grande (, distances utiles et de combat plus longues et trajectoire beaucoup plus tendue) tout en étant plus petites et légères, ce qui allège d'autant la charge du fantassin.
Lorsque le général Boulanger accède aux fonctions de ministre de la Guerre, le , il exige que le prototype d'un nouveau fusil à répétition et de petit calibre lui soit présenté pour le . La décision provoque une précipitation quelque peu néfaste mais elle a l'avantage de faire rejeter l'option (défendue pour des raisons pratiques et financières) de recycler des matériels anciens (les fusils Chassepot et Gras) pour faire des armes nouvelles.
La Commission des fusils à répétition présidée par le général Tramond, chargée de sa conception, a un an et demi pour passer de l'état de projet à la production de masse. Elle est donc obligée de prendre les solutions existantes en matière de répétition c'est-à-dire le magasin tubulaire du Kropatschek. Le colonel Gras (concepteur du fusil Gras) et le capitaine Desaleux inventent une cartouche de dont le culot de l'étui à bourrelet conserve le diamètre de celui de la munition du fusil Gras, autrement dit avec un étui exagérément tronconique. La balle « M » est développée par le lieutenant-colonel Nicolas Lebel. Elle s'inspire des balles chemisées en cuivre ou en maillechort développées par le capitaine Eduard Rubin de l’armée suisse en 1882. La culasse mobile à doubles tenons est conçue par le colonel Bonnet. Le colonel Gras et surtout les contrôleurs d'armes Albert Close et Louis Verdin, à Châtellerault, sont responsables de l'architecture détaillée de l'arme et de son usinage. Le lieutenant-colonel Lebel, devenu par la suite colonel, a toujours insisté sur le fait qu'il s'agissait d'une création collective qui devait surtout au colonel Gras. Environ de présérie seront fabriqués en 1886.
Essais et mise en service Des prototypes sont construits à la manufacture d'armes de Châtellerault puis essayés à l'École normale du tir au camp de Châlons et dans les corps de troupe. Le , le fusil est officiellement dénommé modèle 1886. La production est lancée et le général Boulanger exige la production d'un million d'exemplaires pour le .
Grâce une industrialisation poussée, le rythme atteint par an, soit cinq produites à la minute dans les trois manufactures nationales d'armes de Châtellerault, Saint-Étienne et Tulle. Deux millions de fusils sont fabriqués avant la Première Guerre mondiale. Le nombre total de fusils Lebel fabriqués par les manufactures d'État entre 1887 et 1920 dépasse les . L'avance prise par le fusil Modèle 1886 sur tous les autres fusils d'infanterie de l'époque, qui utilisent toujours la poudre noire et les balles en plomb, est considérable.
Les Allemands réagissent par l'adoption d'un fusil modèle 1888 qui, malgré tous ses défauts, comprend un magasin type Mannlicher et une cartouche de à gorge qui devient le calibre standard des armes d'infanterie allemande.
Les Britanniques, eux, conçoivent une nouvelle cartouche, la Mk I puis Mk II, chargée de cordite en calibre .303 British à partir d'un modèle destiné, au départ, à être chargé avec de la poudre noire et utilisé avec le fusil réglementaire nouvellement adopté, le Lee Metford.
Les résultats d'une certaine précipitation Quasiment toutes les pièces du fusil Lebel ce qui facilite son entretien et la logistique afférente. La finition est excellente, à l'intérieur comme à l'extérieur.
Conçu suivant le système Kropatscheck, il se révèle moins performant dans le tir rapide que les fusils utilisant les chargeurs Lee, Mannlicher ou Mauser. Ainsi, le principal défaut du Lebel est l'incapacité à utiliser une « lame-chargeur », obligeant le soldat à garnir le magasin, « cartouche par cartouche », ce qui rend l'opération de rechargement assez longue.
Il faut toutefois noter la maturité du fusil Lebel qui permet à l'armée française de posséder un fusil à répétition et de petit calibre complètement opérationnel à partir de 1887.
Les armées des nations en concurrence avec la France choisissent une méthode de développement différente et adoptent des armes modernes pour l'époque mais qui nécessitent plusieurs ajustements. l'armée suisse : le Schmidt-Rubin 1889 est jugé trop fragile et sera rapidement remplacé par le modèle 1896. l'armée impériale allemande : l’Allemagne avait adopté un fusil à magasin Mannlicher Modell 1888 mais peu satisfaite par la fiabilité de celui-ci, elle adopte le fusil Mauser Gewehr 98 à lame chargeur de cinq cartouches. l'armée impériale russe : le Mosin-Nagant M91 est fiable et moderne. Toutefois les capacités industrielles de la Russie ne lui permettent pas d'en produire suffisamment. l'armée britannique : le Lee-Metford (1888) et le Lee-Enfield Mark I (1895) britanniques.
Alors que les rapports français et les publications officielles tendent à minimiser, voire à occulter, l’infériorité du Lebel en matière de vitesse de tirPar exemple un rapport de l’École normale de tir de juin 1893., un officier écrivait dès 1891 : « Le fusil mod.1886, du fait de sa répétition, présente de très gros inconvénients à côté d’avantages bien faibles »Le colonel Ortus, dans un article du Journal des Sciences Militaires, Tome 42, p. 207.. Il n’était pourtant pas envisageable de révéler ces défauts ni, a fortiori, de remplacer l’énorme stock de fusils Lebel déjà fabriqués.
Le commandant D'Audeteau tente vainement de faire adopter son « fusil Daudeteau » fabriqué par une filiale de la compagnie de Saint-Chamond ; malgré une campagne d'essais au camp de Chalons en 1895-1896, il n'est pas retenu pour plusieurs raisons, la principale étant qu'il refusait (obstinément) de proposer un fusil chambré pour la cartouche de .
En effet la cartouche du fusil lebel souffre d'inconvénients majeurs : elle n'exploitait pas au maximum la puissance de la poudre sans fumée et sa forme étriquée était l’héritage de la cartouche du fusil mle 1874.
De ce fait, la relève est amorcée timidement, d’abord avec le choix de fusils Berthier pour équiper les tirailleurs indochinois (1902) et les tirailleurs indigènes (1907), puis progressivement, à partir de 1915, quand la commission de l'artillerie ordonne de couvrir les besoins massifs de fabrication de guerre en adaptant ce fusil colonial de 1907, devenu Mle 1907/15, plutôt que de relancer la production du LebelClaude Lombard, La Manufacture nationale d’armes de Chatellerault, Poitiers, , pp. 191-192..
Ainsi, le fusil Lebel n'est pas remplacé avant l’année 1914, date du début de la guerre mais aussi de la fin des études du fusil semi-automatique Meunier A6 et c'est avec le fusil Lebel que les « Poilus » partiront au combat.
Utilisation Le fusil Lebel a été employé avant 1914 dans les colonies françaises d'Afrique, mais aussi pour la répression de quelques grèves ouvrières : le Lebel connaît son baptême du feu lors de la fusillade de Fourmies le 1891 (neuf morts parmi les manifestants). On peut lire dans l’Illustration du : Cette première utilisation ordonnée par un sous-préfet juif donne lieu à des rumeurs antisémites selon lesquelles la fusillade aurait été ordonnée à des fins d'expérimentation.
Le Lebel sert aussi lors de la révolte des Boxers en Chine, en 1900-1901. Son utilisation est décisive dans la bataille de Tit contre les Touaregs, en 1902, dépourvus d'armes à répétition.
Durant la Première Guerre mondiale, il équipe la quasi-totalité de l'infanterie française mais il est progressivement remplacé par les fusils Berthier à chargeur de type Mannlicher qui connaissent deux variantes (fusil Modèle 1907-1915 à chargeur de trois cartouches, fabriquées en grande série à partir de 1916, ainsi que fusil Modèle 1916 à chargeur de cinq cartouches mis en fabrication assez tard en 1918). Dans les premiers temps de la guerre, les Berthier sont distribués de préférence aux troupes coloniales, à la Légion étrangère et à certaines troupes alliées (Légion russe), avant leur généralisation.
Les fusils Lebel continueront d'être fabriqués jusqu'en à la Manufacture d'armes de Tulle. Celle-ci poursuit les remises en état et les remplacements de canons de fusils Lebel jusqu'en 1937. Il est incontestable que le fusil Lebel est devenu et reste l'arme symbolique de l'infanterie française pendant la Grande Guerre (1914-18).
Variantes Modèle 1886 Longueur de l'arme : Longueur de l'arme avec baïonnette : Longueur du canon : Masse à vide : Masse arme chargée à huit cartouches : Vitesse initiale : Munition:
Modifications de 1888 L'extracteur est aminci. Des griffes de pieds de hausse sont ajoutées pour qu'il ne se dessoude pas.
Modèle 1886-M93 Le Modèle 1886 est modifié en 1893 par :