Katy Lied est le quatrième album studio du groupe de rock américain Steely Dan, publié en mars 1975 par ABC Records. À la suite du rachat d'ABC Records par MCA en 1979, l'album est réédité par MCA Records.

Premier album enregistré après la dissolution de la formation scénique originelle de Steely Dan et l'arrêt des tournées du groupe, Katy Lied marque le début d'une nouvelle période durant laquelle Donald Fagen et Walter Becker s'entourent d'un ensemble renouvelé de musiciens de studio selon les besoins des enregistrements. L'album voit également les débuts discographiques du chanteur, claviériste et auteur-compositeur Michael McDonald, qui assure d'importantes parties de chœurs sur quatre titres.

Aux États-Unis, l'album atteint la place du classement Billboard Top LPs & Tape et est certifié disque d'or par la Recording Industry Association of America (RIAA). Les singles qui en sont extraits connaissent un succès relativement modeste : « Black Friday » atteint la place du Billboard Hot 100, tandis que « Bad Sneakers », devenu par la suite l'un des titres les plus emblématiques de l'album, ne parvient pas à intégrer ce classement et se hisse seulement à la place.

Contexte et enregistrement L’album est le premier enregistré par Steely Dan après la séparation d’avec les membres de la formation originale, les guitaristes Jeff « Skunk » Baxter (parti rejoindre les Doobie Brothers) et Denny Dias ainsi que le batteur Jim Hodder, à la suite de la décision des fondateurs et auteurs-compositeurs Walter Becker et Donald Fagen d’abandonner les tournées pour se consacrer exclusivement au travail en studio avec divers musiciens de session. Walter Becker explique ainsi : . Denny Dias participe néanmoins à l’album en tant que musicien de studio, tout comme le chanteur Michael McDonald et le batteur Jeff Porcaro, membres du dernier groupe de tournée de Steely Dan .

Bien que les notes de pochette créditent trois claviéristes sans préciser la répartition des contributions, selon le biographe Anthony Robustelli, la grande majorité des parties de claviers est jouée par Michael Omartian, tandis que son collaborateur fréquent David Paich n’intervient que de manière ponctuelle sur quelques titres, et que Donald Fagen joue très peu de claviers sur l’album . Pour les besoins des sessions, Omartian fait l’acquisition d’un piano Bösendorfer à 13 000 dollars, ce qui suscite la désapprobation des dirigeants d’ABC Records lorsqu’ils reçoivent la facture. Âgé de seulement vingt ans, Jeff Porcaro joue la batterie sur tous les titres de l’album, à l’exception de « Any World (That I’m Welcome To) », qui met en avant le batteur de session Hal Blaine .

Porcaro se montre particulièrement en difficulté sur « Black Friday », au point de déclarer au producteur Gary Katz que le groupe aurait dû faire appel à Jim Gordon, qui a joué la majorité des parties de batterie sur Pretzel Logic. Il est encore plus en difficulté sur « Your Gold Teeth II », dont les changements de mesure successifs (3/8, 6/8 puis 9/8) rendent le groove difficile à stabiliser. Après une journée de travail infructueuse, Donald Fagen lui fait écouter un album de Charles Mingus avec le batteur Dannie Richmond, contenant un morceau en 6/8 et 9/8. Après plusieurs jours d’écoute, Porcaro retourne en studio et enregistre avec succès sa partie; La section instrumentale qui ouvre « Your Gold Teeth II » est sans lien direct avec le reste du morceau, tant par son ambiance que par son contenu mélodique. Elle avait été utilisée à l’origine comme introduction instrumentale de cinq minutes pour « Reelin’ In the Years » lors des concerts de l'ultile tournée en 1974.

Le solo de saxophone de Phil Woods sur « Doctor Wu » est enregistré en une seule prise. « Everyone’s Gone to the Movies » et « Any World (That I’m Welcome To) » ont été écrites avant la formation de Steely Dan ; cette dernière avait notamment été proposée à Linda Hoover et Dusty Springfield, qui ne l’ont pas enregistrée. Le dernier morceau achevé est « Daddy Don’t Live in That New York City No More ». Initialement construit autour du piano, le titre est entièrement réarrangé après coup : la partie de piano est supprimée et remplacée par des guitares enregistrées par Walter Becker et Dean Parks. Becker réalise deux solos et Parks un troisième, mais un quatrième guitariste est finalement jugé nécessaire pour obtenir le résultat souhaité. Après plusieurs essais infructueux avec différents musiciens, Becker et Fagen font appel à Larry Carlton, recommandé pour son travail sur l’album Diamonds & Rust de Joan Baez. Selon Carlton, il enregistre sa partie en moins d’une heure Un titre, « Mr. Sam », est enregistré durant les sessions mais n’est pas retenu pour l’album. Steely Dan renonce également à publier des morceaux inédits en face B : les singles reprennent simplement des titres de l’album. Un autre morceau, « Funky Driver», est commencé mais reste inachevé ; l’enregistrement connu ne comprend que batterie, basse et piano.

Becker et Fagen expriment leur insatisfaction quant à la qualité sonore de l’album, imputée à un dysfonctionnement du système de réduction de bruit dbx alors récemment introduit sur le marché. Les témoignages divergent sur la correction apportée : selon Denny Dias, les bandes maîtresses 24 pistes étaient intactes et l’album a été remixé avec le système Dolby, produisant un résultat nettement supérieur ; Becker affirme au contraire que les bandes originales elles-mêmes avaient été affectées par le système dbx.

Paroles et musique

« Black Friday », premier single extrait de l’album, permet d'entendre Michael Omartian au piano et David Paich au piano électrique Hohner. Les paroles racontent l’histoire d’un spéculateur malhonnête qui fait fortune avant de s’enfuir à Muswellbrook, en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie. Donald Fagen expliquera plus tard que cette localité avait été choisie parce qu’elle représentait « l’endroit le plus éloigné de Los Angeles auquel nous pouvions penser ». Les habitants prononcent toutefois généralement le nom de la ville « Musselbrook », sans faire entendre le « w ». Donald Fagen déclare aussi que la chanson fait référence au krach boursier de 1929. Toutefois, cet événement est habituellement désigné sous les noms de « Jeudi noir » ou « Mardi noir ». Le biographe Anthony Robustelli estime pour sa part qu’elle évoque plus vraisemblablement la panique de l’or de 1869, dont plusieurs détails historiques correspondent davantage aux paroles et qui est communément connue sous le nom de « Black Friday ». Un autre biographe de Steely Dan, Brian Sweet, considère au contraire qu’aucun élément ne permet d’associer le texte à un événement précis et que Becker et Fagen ont simplement imaginé un épisode fictif.

« Daddy Don't Live in That New York City No More » est une composition soul dans l’esprit des années 1960. Le texte raconte l’histoire d’un gangster contraint de quitter la ville sous la pression de ses rivaux . Le vers « He can't get tight every night / pass out on the barroom floor » s’inspire de Lonnie Yongue, camarade de chambre de Donald Fagen au Bard College — également mentionné dans « The Boston Rag » sur Countdown to Ecstasy — qui perdait régulièrement connaissance à la suite de sa consommation excessive d’alcool et de drogues. Dans une interview accordée en 1977, Donald Fagen explique que « Doctor Wu » traite d’une relation amoureuse qui se désagrège en raison de la dépendance de la femme aux drogues, celles-ci étant personnifiées sous les traits du Docteur Wu. Les paroles « All night long / we would sing that stupid song - Toute la nuit, on chantait cette chanson stupide -» font référence à la tournée de Pretzel Logic, la dernière effectuée par Steely Dan avant son retrait de la scène. L’ingénieur de retour de scène Jim Jacobs avait alors l’habitude de diffuser en boucle « Visions of Johanna » de Bob Dylan dans le système de sonorisation avant les concerts.

« Everyone's Gone to the Movies » repose sur un arrangement aux influences latines mêlé à des éléments funk. Les paroles décrivent un homme lubrique attirant des adolescents mineurs dans son repaire afin de leur projeter des films pornographiques. Anthony Robustelli a qualifié « Your Gold Teeth II » de « chanson sans doute la plus proche du jazz jamais enregistrée par Steely Dan », soulignant notamment son rythme principal de valse inspiré de John Coltrane et ses changements de mesure.. Selon Becker et Fagen, « Chain Lightning » raconte l’histoire de deux hommes assistant à un rassemblement fasciste sous le régime d’Adolf Hitler puis revenant discrètement sur les lieux quarante ans plus tard afin d’évoquer leurs souvenirs. Dernier titre de l’album, « Throw Back the Little Ones » est une composition dominée par le piano, portée par un groove rock/pop.

Titre et pochette

Le titre de l'album est tiré des paroles de la chanson « Doctor Wu » (« Katy lies / You can see it in her eyes » - Katy ment, on peut le voir dans ses yeux -). La pochette représente un katydid, un insecte stridulant apparenté aux grillons et aux sauterelles. Au moment de la sortie de l'album, les katydids étaient généralement considérés comme une variété de sauterelles. Dans la culture populaire anglophone, le chant de cet insecte est traditionnellement interprété comme évoquant la phrase contradictoire « Katy did, Katy didn't » (« Katy l'a fait, Katy ne l'a pas fait »), ce qui établit un lien évident avec le titre de l'album. Steely Dan n'a toutefois jamais précisé si ce jeu de mots avait inspiré les paroles de « Doctor Wu » ou si le rapprochement n'avait été effectué qu'après coup. Les photographies présentes au dos de la pochette montrent, dans la colonne de gauche (de haut en bas), Walter Becker à la basse, Jeff Porcaro et Michael McDonald. Dans la colonne de droite, en haut, figure une photographie de Donald Fagen vêtu d’un pull à motif de rennes aux côtés de Denny Dias en salopette et sombrero, tenant une bouteille d’hélium ; cette image a été prise par Walter Becker lors des sessions d’enregistrement d’un jingle publicitaire pour la bière Schlitz, réalisées entre 1972 et 1973. Les deux photographies situées en dessous représentent le producteur Gary Katz puis l’ingénieur du son Roger Nichols.

Accueil critique

Dans sa critique de l'album publiée en 1975 dans The Village Voice, Robert Christgau estime que, bien que Katy Lied soit alors l'album le plus ambitieux de Steely Dan, il s'avère légèrement décevant sur le plan musical. Il attribue notamment cette impression à l'absence du guitariste Jeff Baxter et à ce qu'il considère comme une esthétique jazz centrée sur la guitare, froide, cérébrale et unidimensionnelle Christgau reconnaît toutefois avoir écouté l'album fréquemment. Il le classe à la troisième place de son vote annuel pour le sondage des critiques Pazz & Jop de 1975, dans lequel l'album termine sixième.

Dans Rolling Stone, John Mendelsohn se montre plus sévère. Il écrit que, malgré le raffinement et l'intelligence incontestables de la musique de Steely Dan, celle-ci ne suscite chez lui aucune véritable émotion et demeure une œuvre « remarquablement bien construite et exceptionnellement intelligente, mais finalement sans grand impact ». Il juge les paroles intéressantes mais obscures, l'interprétation instrumentale soignée mais peu stimulante, et le chant de Donald Fagen singulier mais apparemment dépourvu de passion. Dans une autre critique publiée dans Rolling Stone en 1977, Cameron Crowe qualifie l'album de « swing-pop anonyme et absolument irréprochable », dépourvu de « pathos facile ».