L'islam en Chine () est riche de son passé et de son héritage. L'histoire de l'islam en Chine est des plus anciennes, remontant aux alentours de 650., lorsque Sa`d ibn Abi Waqqas est envoyé comme représentant auprès de l'empereur Tang Gaozong, durant le règne du calife Othmân ibn Affân. Le nombre de musulmans en RPC est estimé entre 20 et 30 millions suivant les sourcesIslam, Peace and Social Justice: A Christian Perspective (A Christian van Gorder)Islam, Peace and Social Justice: A Christian Perspective. L'État communiste et ceux précédent ont toujours lutté contre toutes les religions, pendant les années 1950, puis les a interdites pendant la révolution culturelle (1966-1976) avant de graduellement mettre en place un système de liberté sous contrôle avec l'arrivée de Deng Xiaoping au pouvoirÉlisabeth Allès, article « religion », dans Dictionnaire de la Chine contemporaine, sous la direction de Thierry Sanjuan, Armand Colin, 2006.. L'islam est géré par l'Association islamique de Chine, une association étatique à laquelle doit s'affilier tout musulman.

Parmi les différents groupes ethniques musulmans de la RPC, les plus nombreux sont les Huis. Les Huis sont implantés sur tout le territoire de la RPC et principalement dans le Nord-Ouest du pays ainsi que sur la côte, dans le Henan et le YunnanÉlisabeth Allès, article « Hui », dans Dictionnaire de la Chine contemporaine, sous la direction de Thierry Sanjuan, Armand Colin, 2006.. Une autre partie de la population musulmane de Chine est située au Xinjiang. Dans leur majorité, ces musulmans ne sont pas Hans mais d'origine turque (Principalement des Ouïghours, mais aussi des Kazakhs, Kirghizes, Tatars...) ou mongole (Dongxiang). Conscient de l'importance stratégique du Xinjiang, le gouvernement chinois a doté la province d'un statut d'autonomie qui laisse une plus grande liberté à la pratique de l'islam (éducation religieuse encadrée, pèlerinage à La Mecque, construction de mosquées, etc) tant que cela passe par l'Association islamique de Chine. Dans son rapport pour 2008, l'organisation Human Rights Watch critique fortement la répression et le contrôle de l'État sur la pratique religieuse des Ouïghours HRW World Report 2008.. On trouve également des communautés musulmanes moins nombreuses, mais non négligeables, dans les provinces du Ningxia, du Gansu et du Qinghai. Sur les 55 minorités officiellement reconnus en Chine, dix sont majoritairement de confession musulmane sunnite.

Divers groupes dissidents d'associations de musulmans chinois indiquent 132 millions de Musulmans en Chine, en considérant les Huis Musulmans dont on ignore le nombre total d'individus.

Histoire gauche|vignette|La Grande mosquée de Xi'an, une des plus anciennes mosquées en Chine.

La route de la soie est un terme désignant une série de routes commerciales terrestres allant de la Mer Méditerranée a l’Extrême-Orient, dont les premières traces remontent a 1000 avant J.-C. et qui ont continué à être utilisées pendant des millénaires, jusqu'à la chute de la dynastie Yuan. Peu de temps après la naissance de l'Islam et l’extension rapide de l'empire des premiers Califes, les commerçants musulmans sont de plus en plus nombreux à arpenter cette route de la soie, jusqu’à représenter l'immense majorité de ceux qui l'utilisent. En se déplaçant vers l'Orient, ces commerçants apportent en Asie de l'est non seulement leurs marchandises, mais aussi leur culture et leurs croyances. L'Islam est l'une des nombreuses religions qui se répandent progressivement sur la route de la soie entre le et le , par la guerre, le commerce et les échanges diplomatiquesDru C. Gladney wrote .

Dynastie Tang

vignette|La mosquée de Huaisheng est une des plus anciennes mosquées du monde. La tradition attribue sa construction a Sa`d ibn Abi Waqqas, un cousin et compagnon de Mahomet.

L'introduction de l'Islam en Chine se fait principalement par deux voies : une arrivant du sud-est et suivant un chemin passant par Canton et une arrivant du nord-ouest via la route de la soie.

Selon l'histoire traditionnelle musulmane, l'islam est introduit en Chine par une délégation envoyée par le troisième calife, Othmân ibn Affân, en 651, moins de vingt ans après le décès du prophète Mahomet. Cette délégation est dirigée par Sa`d ibn Abi Waqqas, qui est à la fois l'oncle maternel et un des Sahaba (compagnons) du prophète. Elle comprend également Sayid, Wahab ibn Abu Kabcha et d'autres SahabaDru C. Gladney, Muslim Tombs & Ethnic Folklore-Hui Identity, in The Journal of Asian Studies, California, vol.16, No.3, Aug. 1987, , nt.8.Safi-ur Rahman Al-Mubarakpuri, 2009, Ar-Raheeq al-Makhtum: The Sealed Nectar: Biography of the Noble Prophet, Madinah: Islamic University of Al-Madinah al-Munawwarah, page 72: The Prophet was entrusted to Halimah...Her husband was Al-Harith bin Abdul Uzza called Abi Kabshah, from the same tribe. Selon d'autres sources, Wahab Abu Kabcha serait arrivé seul, à Canton, par la voie maritime, en l'an 629. Ils sont reçus par l'empereur Tang Gaozong, qui ordonne la construction de la mosquée Huaisheng à Canton, en mémoire de Mahomet. Bien que les historiens modernes n'aient pas trouvé de preuves de la venue de Waqqās en personne en Chine, ils pensent que des diplomates et marchands musulmans sont arrivés en Chine moins de quelques décennies après l'Hégire.

La première partie de la période de la dynastie Tang est caractérisée par une culture cosmopolite, des contacts importants avec l'Asie centrale et ses grandes communautés (à l'origine non musulmans) de marchands d'Asie centrale et occidentale résidant dans les villes chinoises; ce qui peut favoriser l'introduction de l'islam en Chine. Les premières communautés musulmanes a s'établir en Chine sont constitués de marchands Arabes et Perses. Sous les dynasties Tang et encore plus sous les Song, on trouve ces communautés de marchands relativement bien établies, bien que quelque peu isolées, dans les ports de Canton, Quanzhou (province du Fujian)Cette ville est appelée Zaytun dans les textes Arabes et Perses et Hangzhou (province du Zhejiang), mais également à l'intérieur des terres à Chang'an, Kaifeng et Yangzhou. Ces échanges stimulent également la création de la céramique islamique dès le , influencée par les porcelaines chinoises importées.

vignette|gauche|Minaret Guang Ta de la mosquée de, Huaisheng, Guangzhou, Chine.Photographie de Felice Beato, avril 1860.

Selon les chroniques chinoises, en 758, des pirates arabes et persans, qui ont probablement leur base dans un port de l'île de Hainan, saccagent Guangzhou, ce qui détourne une partie du commerce vers le nord du Vietnam et la région de Chaozhou, près de la frontière du Fujian. En l'an 760, lors du massacre de Yangzhou, des rebelles s'emparent de la ville et massacrent des étrangers, principalement des commerçants arabes et persans, qui sont ciblés pour leur richesse. De même, vers 879, lors du massacre de Guangzhou des rebelles sous les ordres de Huang Chao, tuent entre à , pour la plupart arabes et persans, après avoir pris le contrôle de la ville.

Ces deux massacres ont la particularité de viser les étrangers pour leur richesse supposée et non pour leur religion. En effet, l'Islam occupe alors une place très marginale en Chine, principalement parce que les marchands musulmans sont là surtout pour le commerce et ne font pas du tout de prosélytisme. C'est grâce à ce « profil bas » que l'édit anti bouddhiste de 845 ne dit absolument rien sur l'Islam, alors que, malgré son nom, il ne se limite pas au bouddhisme mais instaure une persécution d'État dirigée contre toutes les religions jugées d'origine étrangère et a provoqué la quasi-disparition du zoroastrisme et du nestorianisme en ChineOriginal from the University of CaliforniaOriginal from Princeton University.

Dynastie Song

vignette|260px|Mausolée Puhaddinà Yangzhou.

Sous la dynastie Song, les musulmans jouent un rôle important dans l'industrie d'import/export. Un bon exemple de leur poids durant cette période est le fait que le poste de directeur général du transport maritime n'est confié qu'à des musulmans. En 1070, l'empereur Shenzong invite de Boukhara à s'installer en Chine, afin de créer une zone tampon entre les empires chinois et Liao, ce dernier étant situé au nord-est des terres des Song. Plus tard, ces hommes sont déplacés et ré-installés entre la capitale Song de Kaifeng et Yenching (Yanjing (), l'actuel Pékin). Ces migrants volontaires sont dirigés par le prince Amir Sayyid « So-fei-er »Il s'agit du nom chinois du prince, son nom arabe n'ayant pas été conservé dans les archives chinoises, qui est habituellement surnommé le « père de la communauté musulmane en Chine ». Avant lui, l'islam est appelé par les Chinois Dashi fa (« loi des Arabes »); Tashi ou Dashi est la traduction chinoise de Tazi—le nom que les Perses utilisaient pour désigner les Arabes. Il lui donne le nom de Huihui Jiao(« la religion des Huihui »).

Dans son ouvrage , l'archéologue égyptien Hamada Hagras rapporte qu' « en 1080, un autre groupe de plus de et femmes arabes serait arrivé en Chine à cheval pour rejoindre le So-fei-er. Ces personnes se sont installées dans toutes les provinces ».

Pu Shougeng, un commerçant musulman étranger, se distingue par l'aide qu'il a apporté aux Yuan durant leur conquête du sud de la Chine, le dernier bastion du pouvoir Song. En 1276, les Song tentent de résister aux attaques des Mongols, qui cherchent à prendre le contrôle de Fuzhou. Le Yuan Shi, qui est l'histoire officielle de la dynastie Yuan, rapporte que Pu Shougeng « a abandonné la cause des Song et a rejeté l'empereur...à la fin de l'année, Quanzhou s'est soumis aux Mongols ». Lorsqu'il abandonne la cause des Song, Pu Shougeng mobilise des troupes de la communauté des résidents étrangers, qui massacrent la famille et les proches de l'empereur Song, ainsi que les fidèles de ce dernier. Pu Shougeng et ses troupes agissent sans l'aide de l'armée mongole. Par la suite, Shougeng est richement récompensé par les Mongols, qui le nomment commissaire militaire pour le Fujian et le Guangdong.

Tombe de l'Imam Asim et Mazaar de l'imam Zafar Sadiq vignette|gauche|Les tombes de Sa-Ke-Zu et Wu-Ko-Shun aux monts Qingyuan, Quanzhou.

« Sur les contreforts des monts Qingyuan se trouvent les tombes de deux des quatre compagnons que le prophète Mahomet a envoyé vers l'est pour prêcher l'islam. Connues sous le nom de "tombes saintes", elles abritent les compagnons Sa-Ke-Zu et Wu-Ko-ShunIl s'agit, bien évidemment, de leurs noms chinois.. Les deux autres compagnons sont allés à Guangzhou et à Yangzhou ». L'imam Asim, dont le nom s'écrit également Hashim, aurait été l'un des premiers missionnaires musulmans à arriver en Chine. Il aurait vécu vers l'an 1000 de notre ère à Hotan. Le site du sanctuaire comprend la tombe réputée être celle de l'imam, une mosquée et plusieurs tombes connexes. On y trouve également le mazar de l'imam Zafar Sadiq.

Dynastie Yuan

Selon Hamada Hagras : « Avec la Chine unifiée par la dynastie Yuan, les commerçants étaient libres de traverser la Chine sans entraves. Les Mongols, conscients de l'impact du commerce, étaient désireux d'améliorer les infrastructures chinoises pour assurer la circulation des marchandises. Un projet majeur a été la réparation et l'inauguration du Grand Canal chinois qui relie Cambaluc (Pékin) au nord à Hangzhou sur la côte au sud-est. L'emplacement de Ningbo, situé sur la côte centrale et à l'extrémité du canal, a été le moteur du développement commercial de la côte est de la Chine. Le Grand Canal était une étape importante qui a contribué à la diffusion de l'Islam dans les villes de la côte est de la Chine ; les marchands musulmans se déplacent vers le nord le long du canal, ce qui a fait des régions situées sur les rives du canal des zones clés pour la diffusion de l'Islam en Chine orientale ».