Marie-Antoinette conduite à l'échafaud est un dessin à l'encre de Jacques-Louis David. Il a été dessiné sur le vif depuis une fenêtre d'un immeuble lors du passage de la charrette qui conduisait l'ex-reine de France Marie-Antoinette d'Autriche vers l'échafaud où elle fut exécutée le 16 octobre 1793.
Description Le dessin, de petites dimensions ( sur ), montre Marie-Antoinette assise de profil vers la gauche dans une posture droite. Elle est revêtue d'une robe sommairement dessinée par l'artiste en de rapides traits de plumes, ses mains sont attachées derrière le dos. Elle porte un bonnet à dentelle, sur des cheveux courts. La partie du visage dont David s'est attaché à détailler les traits, présente une expression impassible, les yeux baissés. Âgée de 37 ans, le dessin montre la reine prématurément vieillie. Antonia Fraser dans sa biographie sur Marie-Antoinette, constate qu'il y a deux manières d'interpréter l'attitude de la reine déchue dans le dessin de David. Soit comme l'expression du mépris, ou comme une posture empreinte de dignité et de calmeAntonia Fraser (2009), Marie-Antoinette, 616..
Sur le coin de la feuille en bas à droite, le propriétaire du dessin Jean-Louis Giraud-Soulavie y a inscrit son monogramme un « S » entouré d'un cercle. Le dessin n'est pas signé. Sous le dessin figure une note séparée rédigée par Soulavie :
Provenance Appartenant à Jean-Louis Soulavie, qui le tenait de l'épouse de l'ancien conventionnel Marc-Antoine Jullien dit Jullien de la DrômeArlette Sérullaz (1991), Dessins de Jacques-Louis David, 157.. Maurice Tourneux mentionne que le dessin est acquis en 1818 par Eugène de Beauharnais avec l'ensemble de la collection Soulavie, et transporté à MunichMaurice Tourneux (1901), Marie Antoinette devant l'histoire, XIV.. Le dessin est vendu en 1904 à Drouot et devient la propriété d'Edmond de Rothschild. En 1936, il lègue le dessin au musée du Louvre où il est conservé au département des Arts graphiques.
Réalisation vignette|redresse|Jean-Emmanuel Van den Bussche, Le Peintre David dessinant Marie-Antoinette conduite au supplice, Musée de la Révolution française. La description rédigée par Soulavie indique que le dessin a été fait à la plume par David qui assiste d'une fenêtre, au passage de la charrette qui conduit Marie-Antoinette à la guillotine, en présence de la citoyenne Jullien épouse de Jullien de la Drôme, conventionnel et représentant en mission. La tradition historique en a conclu que le dessin avait été exécuté d'un immeuble situé rue Saint-Honoré où habitait Jullien. Annie Duprat, auteur d'une biographie sur Marie-Antoinette, indique qu'à cette époque Jullien était absent de Paris, et qu'il habitait en fait rue Saint-André-des-ArtsAnnie Duprat, Marie-Antoinette une reine brisée, 281 note 39.. D'autres sources ne précisent pas l'immeuble, et parlent seulement d'une fenêtre de la rue Saint-Honoré. Stefan Zweig évoque cet épisode dans sa biographie sur Marie Antoinette, et situe David à un angle de la rue Saint-Honoré à l'emplacement du café de la Régence. La notice David du Dictionnaire de la Révolution mentionne que l'artiste a fait le dessin de la terrasse du café de la Régence, au même endroit d'où il dessine quelque temps après Danton allant vers son exécution..
Attribution Considéré comme le plus célèbre dessin de David.Arlette Sérullaz, David cabinet des dessins, 76., il est généralement accepté comme autographe par la plupart des biographes modernes du peintre...... Le conservateur Xavier Salmon conteste cependant l'attribution, et propose le nom de Vivant Denon comme autre auteur du dessinPierre Arizzoli-Clémentel (commissaire de l'exposition) Marie Antoinette Exposition du Grand-Palais, (2008), Xavier Salmon notice du dessin 375.. Chassé de Venise en Vivant Denon séjournait en fait à Florence ce et arrive à Paris le 10 ou .Judith Nowinski, Baron Dominique Vivant Denon (1747-1825) hedonist and scholar in a period of transition, 65..
Contexte Dans la chronologie des œuvres de David, le dessin se situe entre la réalisation de la Mort de Marat (), et le tableau inachevé la Mort du jeune Bara (commencé le ). Sous la Terreur, David entreprend peu de réalisations artistiques, exerçant plusieurs fonctions politiques et policières au sein des comités de sûreté Générale et d'Instruction publique. En relation avec le sujet du dessin, il fut chargé par le comité de salut public lors du procès de la Reine d'assister à l'interrogatoire du dauphin Louis XVII.
Le dessin fait quelques heures avant la cérémonie de présentation par David de ses tableaux de Marat et Lepelletier à la cour du Louvre, Warren Roberts, suggère que ce il assista au parcours de la reine et en profita pour dessiner la scène en attendant la mise en place de la cérémonieWarren Roberts, Jacques-Louis David, Revolutionary Artist, 228..
Fortune critique vignette|redresse|Première reproduction en fac-similé du dessin, dans l'ouvrage La démagogie en 1793 à Paris publié en 1868. Le dessin est mentionné en 1859 dans l'ouvrage d'Horace de Viel-Castel Marie-Antoinette et la révolution française ; l'auteur y qualifie le croquis, d'esquissé Horace de Viel-Castel, Marie-Antoinette et la révolution française, 82.. Une première reproduction du dessin en fac-similé, est publié en frontispice de l'ouvrage La démagogie en 1793 à Paris publié en 1868. Pour l'auteur Charles Aimé Dauban : . Le dessin est publié en fac-similé en tête du volume ... Dans leur journal les frères Goncourt évoquent leur découverte du dessin par l'intermédiaire d'Eudore Soulié conservateur du château de Versailles, qu'ils jugent comme : Edmond de Goncourt, Jules de Goncourt, Journal 1858-1860, 110.. Pour Anatole de Montaiglon, c'est le fait par l'artiste sous la RévolutionAnatole de Montaiglon (1863), Histoire de l'art pendant la Révolution, 81.. Pour Stefan Zweig c'est une Stefan Zweig, Marie Antoinette, 487.. est le terme qui revient aussi chez le biographe de David, Léon Rosenthal.
Œuvres en rapport Le peintre belge Jean-Emmanuel Van den Bussche représenta la scène dans Le Peintre David dessinant Marie-Antoinette conduite au supplice.. François-Auguste Trichon fit aussi un dessin de la même scène vue sous un angle différentGilles Néret, David, la terreur et la vertu, Mangès, 1989, 69..
Référence culturelle Hormis Stefan Zweig dans sa biographie Marie-Antoinette qui consacre une page de son chapitre Le Dernier Voyage à l'épisode, Paul Belaiche-Daninos dans son roman Les Soixante-Seize jours de Marie Antoinette à la conciergerie évoque aussi ce moment en situant David à l'angle des rues des Prouvaires et Saint-HonoréPaul Belaiche-Daninos (2007), Les Soixante-Seize jours de Marie Antoinette à la conciergerie, 577-578..
Notes et références
Bibliographie
Liens externes
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