thumb|upright=1.6|Le palais du roi de Rome devait dominer la colline de Chaillot. thumb|upright=1.6|Le palais du roi de Rome à Rambouillet par Auguste Famin. Élévation de la façade sur cour. Le palais du roi de Rome est la désignation de deux édifices destinés à devenir des résidences du roi de Rome, fils de l'empereur Napoléon : un immense palais, projeté par l'empereur à Paris sur la colline de Chaillot, dominant le pont d'Iéna, qui n'a jamais vu le jour, et un petit palais, édifié à Rambouillet à partir de l'ancien hôtel du gouvernement, ancienne demeure du comte d'Angiviller, surintendant général des bâtiments du roi Louis XVI.

Dès , avant la naissance de son fils, Napoléon décida la construction du palais de la colline de Chaillot et le baptisa « palais du roi de Rome ». Grandiose et magnifique, il devait être le centre d'une cité impériale administrative et militaire. Victime des prémices puis de la chute de l'Empire, le palais de la colline de Chaillot, palais fantôme d'un héritier fantôme, ne vit jamais le jour. Il devait pourtant être, de l'aveu même de son concepteur, l'architecte Pierre Fontaine, .

Le petit palais de Rambouillet, prévu initialement à usage secondaire, reconstruit par Auguste Famin tel qu'on peut le voir aujourd’hui (à l'exception du pavillon dit Pavillon impérial construit en 1836), seul disponible dans l'attente de la construction du premier, reçut, à la suite des préparatifs de la campagne de Russie et des ressources de l'État diminuant, de manière officielle le titre de « palais du roi de Rome », le , comme l'atteste le livre des attachements servant contrôle aux travaux fait sous ordre de Famin. Ainsi, le petit palais de Rambouillet, devint-il, par la force du destin, le seul édifice survivant de ce qui fut le rêve de l'Empereur pour son fils glorifié..Si le « palais du roi de Rome » de Rambouillet est en fait un grand hôtel particulier datant du règne de Louis XVI, réaménagé à la demande Napoléon sous le Premier Empire, sans aucun doute pour permettre à son fils de posséder une petite demeure à ses côtés, le projet de Chaillot correspond davantage à un palais, tel que rêvé par l'Empereur ; son lien avec le Roi de Rome est aussi plus fort, car lié à l'essence même du projet, alors que le lien entre Rambouillet et le fils de Napoléon correspond à une période très courte de l'histoire..

Le palais du roi de Rome de Chaillot Les idées de Napoléon En 1810, Napoléon est à l'apogée de sa puissance. Il rêve pour lui-même et pour sa dynastie d'un palais immense, Charles Percier et Pierre Fontaine, Résidences de souverains, Paris, Imprimerie et fonderie de Jules Didot l'aîné, n° 6, 1833., d'un « kremlin cent fois plus beau que celui de Moscou »Jérémie Bednoît, Paris, vitrine mondiale de l'art dans : Historia du juillet 2002., d'un « monument supérieur à tous les palais passés et présents », de « quelque chose qui réunisse les avantages individuels des plus célèbres palais du monde civilisé, mais qui les éclipse tous en magnificence comme en grandeur »Léon de Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, éd. Plon, 1905, p. 195..

Il songe d'abord à l'ériger à Lyon, centre géographique de l'Empire depuis la conquête de l'Italie et dont il apprécie la tranquillité. Pierre Fontaine suggère l'idée de construire ce palais sur la colline de Chaillot. Finalement, en , Napoléon donne l'ordre à ses deux architectes, Charles Percier et Pierre Fontaine de lui présenter un projet pour l'embellissement du bois de Boulogne, en y ajoutant un palais qu'il destine à son fils, le roi de Rome, bâti sur le sommet de la montagne de Chaillot..

Les projets de Percier et Fontaine Le site Le palais du roi de Rome devait s'étaler en amphithéâtre sur la hauteur de Chaillot dans l'axe du pont d'Iéna, du Champ-de-Mars et de l'École militaire. En projetant de construire le corps principal du palais au sommet de la colline de Chaillot, l'objectif de Percier et Fontaine était de le mettre en valeur en même temps que la beauté du site et l'élégance des horizons. La localisation du palais permettait de faire primer l'immensité des bâtiments, des salles, des cours et des dépendances.

Le site choisi qui s'étendait sur le domaine de l’ancien couvent des Visitandines de Chaillot abandonné en 1790 et détruit en 1794 par l’explosion de la poudrerie de Grenelle était particulièrement apprécié depuis plusieurs siècles pour sa vue étendue sur la rive gauche de la Seine et la ville de Paris dans le lointain. Le couvent s’était établi en 1651 dans les bâtiments du château de Chaillot (à l’emplacement de l’actuel palais de Chaillot), acheté en 1583 par Catherine de Médicis et progressivement agrandi au cours de la période suivante par ses acquéreurs successifs. Ce château succédait au manoir seigneurial de Chaillot, également nommé "Maison de Beauregard" , existant depuis le Moyen-Âge.

Le corps principal du palais Le corps principal du palais devait être constitué d'un grand parallélogramme dont le centre aurait été occupé par une vaste salle des fêtes. Deux petites cours, ornées de fontaines, à droite et à gauche du grand salon, auraient éclairé les grands escaliers, la chapelle, la salle de spectacles et toutes les communications du service intérieur du palais.

La façade eût été imposante et longue de . Elle aurait été accessible par une triple rangée de rampes d'accès et aurait frappé les imaginations par l'ampleur de sa colonnade elliptique à demi close, enserrant la cour d'honneur et la salle des fêtes destinée à accueillir les rois de l'Europe, alliés de l'empereur des Français..

L'appartement d'honneur ou de réception aurait occupé toute la façade du midi, la façade du nord donnant sur les parterres aurait eu d'un côté l'appartement de l'empereur, de l'autre celui de l'impératrice, avec leurs dépendances. Les salons de réception et les vestibules et les antichambres auraient rempli au levant et au couchant les deux ailes en retour. Deux ailes avec un seul étage en prolongement de la façade du nord se seraient prolongées jusqu'aux entrées latérales du côté de Chaillot et de Passy. Elles auraient été destinées à l'habitation des princes français.

Le plan général du palais conçu en 1811 prévoyait que le palais pourrait abriter outre la cour impériale et un très nombreux personnel, 400 chevaux et 80 voitures.

Il devait comporter une salle des fêtes, des salons de réceptions, des vestibules ou encore des antichambresBruno D. Cot, « Paris. Les projets fous… auxquels vous avez échappé », cahier central publié dans L'Express, semaine du 29 mars 2013, p. IV-V..

L'accès au palais vignette|400px|Plan du palais du roi de Rome. Percier et Fontaine ont décrit leur projet de palais dans un article de la Revue de Paris et notamment comment on y aurait accédé depuis le pont d'IénaCharles Percier et Pierre Fontaine, Napoléon architecte, dans: La Revue de Paris, 1833, volume 49, p. 32 et 33..

Selon eux,

Le bois de Boulogne, parc du palais Le bois de Boulogne devait être agrandi de la plaine de LongchampLe Second Empire fit aboutir cette extension.. Annexé au palais, il devait en être le parc. Les jardins du palais du roi de Rome devaient englober le site de l'ancien château de Madrid, les châteaux de Bagatelle et de la Muette. Ces jardins devaient s'étaler jusqu'à l'Arc de Triomphe, border la route de Saint-Germain (actuelle avenue de la Grande-Armée) et laisser la place à de spacieux bâtiments répartis de la Porte Maillot à la Muette, destinés à abriter la Faisanderie et la Ménagerie, cette dernière orientée vers les frondaisons et les profondeurs du bois de Boulogne.

Des appartements du palais sur la façade nord où se trouvaient les parterres et les jardins, on aurait eu pour point de vue le bois de Boulogne, qui aurait été lié aux plantations de la plaine pour former le grand parc. Près de la barrière de Chaillot, une déviation du canal de l'Ourcq devait amener les eaux dans les parties les moins élevées des parterres, dans les jardins, dans les cours des palais et dans les dépendances..

Deux boulevards devaient isoler le palais sur les côtés et d'immenses quinconces devaient relier les bâtiments au bois de Boulogne. Le château de la Muette, devenu le chef-lieu de la Vénerie, aurait donné entrée, du côté de Passy, à la Faisanderie puis à la Ménagerie qui se serait prolongée en suivant la largeur du bois de Boulogne jusqu'à la grande route de Neuilly près de la Porte Maillot. Le petit pavillon de Bagatelle aurait servi de rendez-vous de chasse à l'extrémité du Bois qui aurait été agrandi par l'achat et la plantation de tous les terrains entre le bois de Boulogne et la Seine..

Le parterre et les jardins, entourés de murs s'élevant en terrasse au-dessus du plateau de la plaine se seraient étendu jusqu'à un boulevard d'enceinte que l'on aurait franchie au moyen d'un pont couvert, ayant la forme d'un arc de triomphe pour passer dans le premier parc de la plaine et de là dans le bois de Boulogne, en traversant le Faisanderie et la Ménagerie..

Cité impériale dans le prolongement du palais thumb|400px|right|Le palais du roi de Rome devait se situer à la jonction entre le bois de Boulogne et un vaste quartier administratif et militaire.

Les deux architectes de l'empereur avaient prévu d'édifier face au palais du roi de Rome et aux quatre extrémités du Champ-de-Mars. : Au levant, près de la Seine, le palais des Archives de l'État, le palais des Arts, les bureaux de l'Université ; Au couchant, près de la Seine, une grande caserne de cavalerie ; Au couchant, près de l'École militaire, un grand hôpital militaire ; Au levant, près de l'École militaire, une grande caserne d'infanterie.

De même, l'École militaire aurait été encadrée par l'École des Arts et l'École des Arts et Métiers.

Le palais de l’Université devait réunir les bureaux de l’Université, l’École normale, l’Institution des émérites (c’est-à-dire une « maison de retraite » hébergeant les savants et les personnes célèbres ayant mérité de la patrie) ainsi que des salles pour la distribution des prix. En , Napoléon a décidé de réunir l’École des Beaux-Arts (originellement accolée à l’École militaire) au palais de l’UniversitéRomain Buclon, « Du Foro Bonaparte de Milan au Quartier du roi de Rome de Paris. Continuités et divergences d’une utopie républicaine à une vision impériale », Mélanges de l’École française de Rome - Italie et Méditerranée modernes et contemporaines [En ligne], 125-2 | 2013, mis en ligne le , consulté le . URL : http://mefrim.revues.org/1488 ; DOI : 10.4000/mefrim.1488.. Le nouveau plan fut élaboré rapidement de concert par trois architectes qui eurent entre eux des relations difficiles : Poyet et Damesne, les deux originellement chargés de l’université, ainsi que Gisors (qui avait dessiné l’École des Beaux-Arts initialement placée à côté de l’École militaireIl fallut refaire les plans en intégrant les spécificités de l’École des Beaux-Arts, comme des ateliers de peinture et de sculpture.P. Lavedan, Projets d’aménagement de la rive gauche de la Seine à Paris entre les Invalides et le Champ-de-Mars (1812), dans Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art français, 1951, p. 81-84..

Dans cet ensemble, le Palais des Archives était pour Napoléon une priorité. Le projet était un carré de 208 mètres de côté sur trois étages avec deux galeries en croix formant 4 cours intérieures. Deux entrées étaient prévues, rue Saint-Dominique et sur l'actuel quai Branly. Seul cet édifice connut un début d'exécution sur un chantier visité par l'Empereur à plusieurs reprises.

Pascal Ory résume ainsi le projet napoléonien : « cette préfiguration d’une cité impériale était la traduction architecturale des aspirations de Napoléon : une société militarisée fondée sur un savoir proche du pouvoir Pacal Ory, Le palais de Chaillot, Arles, 2006, p. 18. ».

Les premiers travaux et l'abandon du projet Par un décret du , Napoléon ordonna la création d'un fonds spécial pour la construction du palais du roi de Rome..