vignette|La déesse Rhiannon, illustration d'après les Mabinogion, 1877. Le cheval chez les peuples celtes est primordial, ce qu'attestent aussi bien l'existence de récits mythologiques que les trouvailles archéologiques en relation avec l'animal, notamment celles de tombes et de tumulus.
Dans la mythologie celtique, le cheval est surtout associé à Epona, Rhiannon et Macha, trois déesses dont il est l'attribut. On le retrouve en compagnie des héros d'épopée tel Cuchulainn, et dans de nombreuses légendes postérieures que les mythes ont influencées. Symbole de noblesse, principalement utilisé pour la chasse et la guerre, il est surtout lié à l'eau comme en témoigne le récit d'Oisin ou la monture de Manannan Mac Lir, mais aussi au Soleil et à la Lune. Des trouvailles historiques attestent de son statut de psychopompe, de symbole de fécondité et d'animal chtonien durant les rites d'intronisation irlandais.
Étymologie et terminologie Les différentes langues celtiques connaissent une grande variété de noms pour désigner le cheval. Le gaulois Epos a donné les noms Epona, Eporedorix et Epopennus.
Élevage et utilisation thumb|L'expansion des indo-européens, dont font partie les Celtes, est en relation avec l'utilisation du cheval. Peu d'études ont été consacrées spécifiquement au sujet du cheval chez les peuples celtes, malgré l'importance indéniable de l'animal parmi cette civilisation. C'est en grande partie grâce à l'utilisation du cheval, domestiqué dans les steppes, que les peuples Indo-européens (dont font partie les Celtes) migrent sur de si vastes territoiresUnesco, Histoire de l'humanité : 3000 à , collection histoire plurielle, 2001, , .. Le cheval permet le contrôle de grandes étendues et un déplacement rapide, entraînant une supériorité militaire. Ce qui explique pourquoi les puissants se font enterrer avec leur char et leur cheval, parfois sacrifié dans ce but. L'existence de très nombreux mythes et rituels équestres avant l'époque chrétienne, chez tous les peuples indo-européens, est une autre preuve de l'importance prise par cet animal et de son rôle dans l'Histoire..
D'après Yann Brekilien, la plupart des Celtes sont des peuples cavaliers, il ne faut pas s'étonner qu'ils aient accordé une telle importance à l'animal qui leur a permis de s'étendre sur les deux tiers du territoire européen..
D'après les sculptures qu'ils ont laissées, les Pictes semblent avoir disposé de plusieurs types de poneys, y compris d'animaux de selle de très bonne qualité Irene Hughson, Horses in the Early Historic Period: Evidence from the Pictish Sculptured Stones dans . L'Est du Pays de Galles est plus réputé pour son élevage chevalin que l'Ouest, en particulier autour de Powys où devait se trouver un excellent haras. Il existe cependant peu de preuves d'élevage, bien que l'on sache que les monastères ont joué un grand rôle.
Cultes, consommation et sacrifices Les nombreux restes de cultes celto-romains permettent d'avoir une appréciation de l'importance probable des cultes au cheval chez les différents peuples Celtes, cultes en relation avec la guerre, la fertilité et le soleilMiranda Aldhouse-Green, The symbolic horse in pagan celtic Europe: An Archaeological Perspective dans . Frazer rapporte un récit irlandais où, durant les feux de la Saint-Jean, les paysans sautent par-dessus les braises. Vient une construction en bois avec une tête de cheval, recouverte d'un drap blanc, qui saute par-dessus le feu et se lance à la poursuite des spectateurs. Ce cheval symbole d'abondance représente le bétailJ. G. Frazer, , Londres 1911-1915, .
Associations aux dieux
Dieux et déesses celtiques possèdent parfois leurs propres chevaux. Enbarr (« imagination », « écume de la mer » ou « crinière d'écume ») est la monture de Niamh, la femme de Manannan Mac Lir. Il peut traverser les océans et les terres sans toucher le sol ou l'eau. Enbarr est aussi le nom du cheval de Manannan Mac Lir..
Divinité solaire du cavalier à l'Anguipède
Selon Miranda Aldhouse-Green, plusieurs peuples celtes semblent avoir vénéré un dieu cavalier céleste symbolisant le soleil et le ciel. En Gaule et autour du Rhin, cette divinité conquiert la mortMiranda Aldhouse-Green, The symbolic horse in pagan celtic Europe: An Archaeological Perspective dans . Elle est fréquemment représentée à chevalMiranda Aldhouse-Green, The symbolic horse in pagan celtic Europe: An Archaeological Perspective dans . À Mouhet, une représentation de ce dieu cavalier montre le soleil à la place de la montureMiranda Aldhouse-Green, The symbolic horse in pagan celtic Europe: An Archaeological Perspective dans .
Sucellos est associé à la scène du cavalier à l'anguipède, représentant la victoire de la noblesse céleste sur la mort ténébreuse..
Les déesses-jument celtiques
Ainsi que le remarque Claude Sterckx, il existe trois déesses celtes possédant des attributs de protectrice des chevaux, ou se faisant associer à cet animal, qui les accompagne et influence leurs mythologies respectives : la gauloise Épona, la galloise Rhiannon et l'irlandaise Macha.. Épona est la plus connue de ces déesses : elle n'est jamais représenté sans un cheval à ses côtés et revêt de nombreuses fonctions, dont celle de déesse de la fertilitéMiranda Aldhouse-Green, The symbolic horse in pagan celtic Europe: An Archaeological Perspective dans et celle de déesse psychopompe en raison d'attributs comme la clé. À l'origine, elle était sans doute la déesse dévolue à l'élevage du chevalMiranda Aldhouse-Green, The symbolic horse in pagan celtic Europe: An Archaeological Perspective dans .
Yann Brekilien remarque que Macha, Épona et Rhiannon combinent la fonction de déesse-mère avec celle de déesse-jument. La course de Emain Macha contre les meilleurs chevaux du roi le jour de l’assemblée des Ulates est à l'origine de la malédiction frappant les hommes de l'Ulster à chaque fois qu'un danger les menace. La déesse Rhiannon est souvent associée au cheval, ainsi, selon le Mabinogi de Pwyll, ce dernier l'aperçoit lorsqu'elle monte un beau cheval blanc que nul ne peut rattraper bien qu'il avance au pas. Lorsqu'elle est faussement accusée d'avoir tué son fils, Pwyll la condamne à se faire chevaucher par les hôtes de son palais durant sept ans. Qualifiée de déesse-jument, son rôle était d'emporter les âmes au royaume des morts. Par ailleurs, en numismatique, elle est représentée sous la forme d'une jument à tête de femme..
Sacrifices
Des preuves de sacrifice du cheval ont été retrouvées en de nombreuses régions de peuplement celte. Il semble que le recours au sacrifice ait permis de résoudre certaines situations de criseMiranda Aldhouse-Green, The symbolic horse in pagan celtic Europe: An Archaeological Perspective dans . Dans l'actuelle République tchèque, la grotte de Býčí skála a révélé le sacrifice de 2 chevaux parmi 40 femmes, sans doute tuées rituellement au Une autre preuve archéologique de rituels sacrificiels équins élaborés a été retrouvée à Gournay-sur-Aronde dans l'Oise, et datée au de manière générale, l'association assez fréquente des corps de chevaux sacrifiés avec des armes permet de pencher en faveur d'un rituel guerrierMiranda Aldhouse-Green, The symbolic horse in pagan celtic Europe: An Archaeological Perspective dans . Il est cependant impossible de retracer précisément les raisons de tels sacrifices. Il pourrait s'agir d'offrandes faites aux dieux, d'une manière d'honorer les animaux les plus proches des hommes, ou encore d'un rituel psychopompe visant à obtenir une monture pour le voyage dans l'Autre MondeMiranda Aldhouse-Green, The symbolic horse in pagan celtic Europe: An Archaeological Perspective dans .
Le sacrifice d'une jument fait partie intégrante des rites d'intronisation chez les rois irlandais. Il est attesté au par Giraud de Barri. Le prétendant au trône s'unit à une jument blanche qui est sacrifiée et bouillie, sa viande est ensuite partagée dans un banquet. Le roi se baigne dans le chaudron où l'animal vient de bouillirFrançoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc'h, Les fêtes celtiques, De mémoire d'homme, Rennes, Ouest-France, 1995, , .. Il semblerait que ce rite et son accouplement rituel soient liés au mariage ourano-chthonien, où le futur roi céleste féconde la Terre représentée par la jument. Le bain dans le bouillon serait une régression utérine initiatique, dont le futur roi renaît investi de pouvoirs secrets, accédant ainsi à sa fonction.
Hippophagie La question de l'hippophagie chez les peuples celtes reste controversée concernant les Gaulois. Ils sont longtemps considérés comme un peuple non hippophage, à la suite des travaux de Salomon Reinach qui évoque l'existence d'un tabou fort. Reinach affirme notamment que si Vercingétorix a renvoyé sa cavalerie avant d'être totalement encerclé par Jules César à Alésia, c'est qu'il ne lui est pas paru concevable d'utiliser les chevaux pour alimenter ses troupes. Toutefois, les découvertes archéologiques, par exemple à Acy-Romance, tendent à prouver que certains Gaulois consomment régulièrement la viande de cheval, tandis que d'autres la bannissent complètement. Attestée en Gaule belgique à la fin du premier âge du fer, l'hippophagie semble ordinaire en Gaule septentrionale, plus rare ou absente dans d'autres régions, souvent ritualisée et accompagnée de sacrifices de chevaux. L'important rôle militaire et rituel.. du cheval explique qu'il soit considéré comme une monture avant d'être une source de nourriture. Sa consommation ne dépasse jamais 10 % de l'alimentation carnée des Gaulois. L'hippophagie gauloise semble par ailleurs décroître au fil du temps.. Dans le sud de la Gaule, l'hippophagie est toujours liée à une situation de crise (guerre, famine…) qui affecte toute une région..
Les Gallois de l'Antiquité, eux aussi initialement hippophages, cessent peu à peu cette pratique au fil du tempsSociété archéologique, historique, littéraire et scientifique du Gers, Bulletin de la Société archéologique, historique, littéraire & scientifique du Gers, Volume 77, Impr. Th. Bouquet, 1976, 221, .. En Irlande, d'après un pénitentiel, l'hippophagie fait l'objet d'un interdit alimentaire : toute personne qui en consomme doit se soumettre à une pénitence de trois fois neuf jours sans conduire de véhicule Ériu 7146, chap. 1&2, cité par .
Littérature De nombreux chevaux de guerre sont mentionnés dans les épopées celtiques, entre autres celle de Cuchulainn. Il semblerait qu'ils portent le plus souvent une robe alezane.. Le cheval joue un rôle important dans la légende d'Oisín, puisqu'il monte un animal enchanté pour atteindre Tír na nÓg. Ce cheval marche sur les eaux et les vagues s'ouvrent puis se referment derrière lui, il est possible qu'il s'agisse donc d'Enbarr. Un autre cheval possédant vraisemblablement les mêmes facultés lui est prêté par sa femme lorsqu'il éprouve le désir de revoir son pays. Le mythe de Tir na nÓg est un élément principal du film irlandais Le Cheval venu de la mer.
Le nom de la jument du Roi Arthur dans les Mabinogion de Kuhlwch et Olwen est Llamrai (également Lamri ou Llamrei), en français , celle qui fait la courbette (en anglais moderne, the curverter). Elle est réputée pour avoir tué les ennemis de son maître à coups de sabots et par morsure. Elle devait être également très puissante. En effet, selon la légende de Culhwch and Olwen (), le Roi Arthur sauva quatre de ses compagnons blessés en les prenant sur le dos de Lamrée.
Également selon la légende de Culhwch and Olwen (ou Kulhwch ac Olwen, ), un autre cheval du Roi Arthur est Hengroen. Le nom serait dérivé du gallois (Welsh] hen groen, qui signifierait, "hermaphrodite" (Kryptadia, Recueil de documents pour servir à l'étude des traditions populaires. 1883-1911, Volume Nr 2, Heilbronn)
La monture de Gauvain chez Chrétien de Troyes est Gringalet.
Le Rouge de Rosée