La marche de Bretagne est, à l'époque carolingienne, une circonscription militaire destinée à protéger la Neustrie des Bretons et à organiser des expéditions militaires sur leurs territoires.
La marche de Bretagne est créée au et inclut les comtés de Nantes, de Vannes et de Rennes. Son chef le plus célèbre est le comte Roland. En 831, elle est amputée du comté de Vannes au profit des Bretons. Elle disparait en 851 lorsque ces derniers conquièrent les comtés de Nantes et de Rennes, devenant partie intégrante du royaume de Bretagne établi par le traité d'Angers. Une seconde marche, créée dans l'ouest de la Neustrie, lui succède pendant une période assez brève.
À partir du , les marches de Bretagne désignent les territoires frontaliers du duché de Bretagne. De nombreuses forteresses y sont construites pour protéger le duché des principautés féodales voisines, puis du royaume de France.
Aujourd'hui, l'expression revêt une dimension touristique et patrimoniale, visant à valoriser ces territoires de l'est et du sud de la Bretagne historique.
Contexte
À partir de la fin du Bas-Empire, des populations bretonnes arrivant de l'île de Bretagne s'installent à l'ouest de la péninsule armoricaine. Les Francs de Clovis sont présents aux marges orientales de l'Armorique à la fin du . Clovis conquiert le royaume de Syagrius en 486, et Rignomer, un proche de Clovis, contrôle brièvement Le Mans avant d'être assassiné. L'arrivée des Francs dans la région de Nantes et de Rennes n'est pas documentée. Sur la base des récits de Procope de Césarée, il est parfois évoqué l'existence d'un traité, conclu vers l'an 500, entre Clovis d'une part, et les Armoricains et les Bretons d'autre part. Les Armoricains et les Bretons auraient vraisemblablement pu bénéficier d'une certaine autonomie dans la gestion administrative et militaire de leurs cités en échange d'un serment de fidélité au roi franc .
Durant la première moitié du , les rapports entre Bretons et Francs semblent pacifiques. La présence franque dans le pays rennais et nantais est faible. Si l'archéologie et la toponymie attestent de quelques rares témoignages de la présence franque, il n'existe pas de preuves de la réalité d'une colonisation franque dans ces territoires. Il n'existe pas non plus de preuves de l'établissement rapide d'une administration mérovingienne dans ces comtés. Il faut attendre l'année 610 pour que soit mentionné le premier comte franc de Nantes, Theudoald.
Mais au cours de la deuxième moitié du , les rapports entre Francs et Bretons se détériorent. Les Bretons prennent pied dans le Vannetais, mais échouent d'abord devant la ville de Vannes, qui n'est conquise qu'en 578 par Waroch, fils de Macliau. C'est à cette époque que le Vannetais commence à être appelé Broërec (pays d'Erec/Waroch) par les Bretons. Waroch bat ensuite l'armée de Chilpéric sur les bords de la Vilaine. Il lance des incursions répétées dans les territoires francs de Rennes et Nantes, ce qui provoque l'envoi d'une armée par le roi Gontran en 590. La rivalité entre les deux chefs de cette expédition, Beppolène et Ebrachaire, provoque leur défaite, malgré une reprise de courte durée de Vannes par ce dernier.
En 753, Pépin le Bref reprend le comté de Vannes aux Bretons.
Dispositif militaire des Francs pour contrôler le territoire de Bretagne vignette|Les forteresses des marches de Bretagne s'étendent sur du nord au sud. Origine de la marche Dès la seconde moitié du apparaissent des chefs francs contrôlant de vastes territoires bordant le regnum breton. Beppolène constitue ainsi un duché regroupant la cité de Rennes, Nantes et Angers. La chronique de Frédégaire, rédigée vers 660, désigne la zone frontière entre Francs et Bretons comme un limes, c'est-à-dire une frontière fortifiée. À la fin du , un certain Agatheus détient les comtés et les évêchés de Nantes et de Rennes, préfigurant la marche de Bretagne. Vers 710, le duc Chrodgarius reçoit le contrôle du Maine, le futur Ducatus Cennomanicus carolingien dont la principale fonction sera de contenir les avancées bretonnes et normandes.
Première marche L'existence de la première marche de Bretagne est attestée entre 778 et 830. Certains historiens estiment qu'elle aurait pu exister jusqu'en 851. Il s'agit d'une circonscription militaire carolingienne composée de plusieurs comtés réunis sous l'autorité d'un préfet. La marche de Bretagne regroupe le comté de Rennes, le comté de Nantes et le comté de Vannes. Le rôle de la marche de Bretagne est à la fois offensif et défensif. L'ost s'y réunit en préparation des expéditions militaires vers la Bretagne. Ces expéditions ne permettant pas la soumission durable des Bretons, la marche permet de les contenir. Rennes, Vannes et Nantes sont des villes fortes qui servent de positions défensives et de points de ralliement pour les armées franques. Le préfet de la marche de Bretagne est habituellement le comte de Nantes, au moins depuis 818. Il peut s'appuyer sur le soutien militaire des comtes de Rennes et de Vannes. Ces derniers lui sont rattachés et font figure de lieutenants. Ils sont désignés par le terme de socii comites .
La marche de Bretagne est complémentaire du Ducatus Cennomanicus, qui fait figure de base arrière pour l'envoi d'hommes et de chevaux, ainsi que de zone de repli. De manière plus générale, la marche est dépendante du regnum de Neustrie dont elle assure la protection. Les grandes familles neustriennes comme les Rorgonides interviennent régulièrement dans les affaires de la marche de Bretagne. Les Widonides, originaires d'Austrasie, s'implantent en Neustrie. Ils jouent un rôle majeur dans le fonctionnement de la marche et entrent en compétition avec les Rorgonides .
Afin de mieux contrôler la marche de Bretagne, sa population et les fonctionnaires locaux, les souverains francs s'appuient sur des vassaux royaux. Ainsi, dans le comté de Vannes, les machtierns Portitoé et Uuruili remplissent la fonction de vassi dominci auprès de Louis le Pieux.
Les préfets de la marche de Bretagne Roland est préfet de la marche de Bretagne, jusqu'à sa mort en 778.
Il est possible que le sénéchal Audulf, qui mena une campagne militaire pour soumettre les Bretons en 786, ait été responsable de tout ou partie de la marche de Bretagne avant d'être nommé préfet de Bavière en 799 .
Les Annales royales indiquent qu'en 799, le comte Gui est responsable de la marche de Bretagne. Gui appartient à la famille des Widonides qui s’implante durablement dans la région. Gui est comte de Nantes et préfet de la marche, et son frère Frodald est comte de Vannes. Leurs fils respectifs, Lambert I et Gui II, leur succèdent dans les années 810 (resp. av. 818 et av. 814).
Chronologie vignette|L'expansion du Royaume de Bretagne au Durant la première période de son existence (778-830), la marche de Bretagne est le point de départ de la politique d'extension franque vers l'ouest. Le diocèse d'Aleth, ceinturé à l'est et au sud par les comtés de Rennes et de Vannes, est visé par des raids francs. L'abbaye de saint Méen et saint Judicaël ainsi que l'église de Saint-Malo sont incendiées. En 919 ou 920, Rorgon, aristocrate franc de Neustrie, est désigné dans une charte comme comte de Porhoët, illustrant de fait l’influence franque dans le diocèse d'Aleth. En 818, une expédition franque pénètre jusqu'à Corophes dans l'ancienne cité des Osismes. Il s'ensuit une révolte menée par le breton Wiomarc'h entre 822 et 825, et qui fut d'une ampleur suffisante pour pousser Louis le Pieux à intervenir en personne, accompagné de ses fils Pépin et Louis.
La période allant de 830 et 841 apparait comme une phase d'équilibre entre les regna breton et neustrien. Les révoltes bretonnes de 830 et de 833-834 incitent l'empereur Louis le Pieux à s'appuyer sur de nouvelles fidélités. En 830, Louis le Pieux initie une expédition vers la Bretagne mais se heurte à la sédition d'une partie de l'aristocratie franque qui demande aux fils de Louis, Lothaire et Pépin, d'écarter leur père du pouvoir. C'est dans ce contexte qu’apparait Lambert de Nantes, préfet de la marche. Ce dernier joue un rôle majeur dans le soulèvement à l'encontre de l'empereur. En 831, Louis est rétabli dans ses fonctions. Lambert, qui a soutenu Lothaire dans la guerre civile, est évincé du comté de Nantes et de la préfecture de la marche de Bretagne. Ricuin lui succède comme comte de Nantes. La même année, Louis nomme le breton Nominoë ducatus ipsius gentis des Bretons et comte de Vannes. Le comté de Vannes connait désormais un sort différent des deux autres comtés de la marche, auxquels il était auparavant lié. Le Vannetais est dorénavant associé au regnum breton dans le cadre du missicatum breton. , indique Jean-Pierre Brunterc'h, même si, dans un texte de 839, la marcha Britannica est encore citée et associée aux comtés de Rennes et du Mans.
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La seconde marche En 861, Charles le Chauve crée deux marches en Neustrie., afin de défendre cette région contre une double menace représentée par les Bretons et par les VikingsL'existence de deux marches est mentionnée par Hincmar_de_Reims qui raconte en 880 le partage du royaume entre Louis III et Carloman II en ces termes : ..
Les traités successifs de Louviers (856), Entrammes (863) et Compiègne (868) concèdent successivement aux rois de Bretagne Erispoë puis Salomon le territoire d’Entre deux rivières, le Cotentin et l'Avranchin.
Stabilisation des frontières Robert le Fort ayant été tué à la Bataille de Brissarthe (866), une grande partie de la marche ayant été perdue, les invasions normandes se faisant plus pressantes et la Bretagne ayant connu une guerre civile après la mort de Salomon, il semble qu'une marche de Bretagne n'ait plus été ressentie comme nécessaire. Après la victoire d'Alain Barbe-Torte sur les Normands en 937, les limites de la Bretagne ont reculé pour être celles des cinq départements actuels (Côtes-d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan et Loire-Atlantique).
En 942, la Bretagne connut toutefois, une nouvelle expansion territoriale vers le sud avec l'intégration des Pays d'Herbauges, de Tiffauges et des Mauges en vertu d'un accord signé entre Alain Barbe-Torte et Guillaume III d'Aquitaine. Cependant, ces territoires furent repris par le Poitou et l'Anjou au siècle suivant.
Quelques siècles plus tard, les marches Bretagne-Poitou furent un regroupement de paroisses bénéficiant d'un statut à part.
Les marches du duché de Bretagne au Moyen Âge
Durant le Moyen Âge, dans le cadre du duché de Bretagne, principauté féodale autonome jusqu'au , on parle des marches de Bretagne à propos des territoires frontaliers du duché, jalonnés de forteresses destinées à le protéger, d'abord face aux principautés féodales voisines (Poitou, Anjou, Maine et Normandie), puis face aux rois de France, devenus dès le maitres de ces territoires : du nord au sud, les châteaux de Fougères, Vitré, Châteaubriant, Ancenis et Clisson.
Fortification du duché de Bretagne au début de l'époque féodale Le territoire de l'ancienne marche carolingienne (marche frontalière du royaume des Francs) devient une zone frontalière du duché de Bretagne à partir du , au moment où le système féodal se met définitivement en place.
On peut citer l'exemple de Châteaubriant, où la fondation du château par Brient au a lieu a une époque de fixation de la féodalité, de part et d'autre de la frontière bretonne. À la même époque apparaissent en Bretagne les seigneuries de Vitré, Fougères, en Anjou celle de Pouancé et Craon, toutes aux mains de familles tenant leur pouvoir d'une charge carolingienne.
Le cas particulier des « marches séparantes »
vignette|Les marches séparantes de Bretagne et de Poitou au . Au sud de la Loire, dans le Pays de Retz, un certain nombre de paroisses frontalières sont caractérisées sur le plan fiscal et administratif par le statut particulier des marches séparantes de Bretagne avec le Poitou et l'Anjou.
Les marches de Bretagne aujourd'hui Patrimoine