Marko Vovtchok (en ukrainien et en ), est le pseudonyme masculin de l'écrivaine et traductrice Maria Aleksandrovna Vilinska (en ; en ). Née le dans l'Empire russe, dans l'actuelle Ukraine, et morte le , elle est l’une des premières femmes de lettres ukrainiennes.
Souvent mentionnée en France sous le nom Marko Wovzog, elle est connue du public francophone grâce à Maroussia, une de ses nouvelles ukrainiennes que l'éditeur Pierre-Jules Hetzel a adaptée en roman. Très grand succès de librairie autrefois en France, ce roman patriotique est récompensé par le prix Montyon de l'Académie française en 1879. Traduit dans plusieurs langues européennes, il sera régulièrement réédité en France jusqu’en 1980.
Biographie Enfance et jeunesse
Maria Vilinska naît en 1833 dans l'Empire russe, dans le gouvernement d'Orel, à Sainte-Catherine (Yekaterynyns’ke), situé à Ielets (province d'Orel), près de la frontière de l'Ukraine actuelle. Elle est issue d'une famille désargentée de la petite noblesse russe. Ses aïeux sont originaires de la région de Kiev. Sa mère est une femme instruite qui parle plusieurs langues, aime la musique et les chansons ukrainiennes. Elle sera, en quelque sorte, son premier professeur. Maria a un frère aîné, Valérien, et un frère cadet, Dmitri, qui deviendra lui aussi un écrivain connuIl publiera de la poésie et des histoires de chasse.. En 1840, son père, officier dans l'armée, meurt quand elle a sept ans. Sa mère se remarie avec un propriétaire terrien qui s’avérera cruel et tyrannique aussi bien envers ses serfs qu'envers sa propre famille.
Pour protéger ses enfants de la violence de leur beau-père, la mère envoie le fils aîné Valérien chez sa sœur, et Maria chez son oncle Nikolaï Danilov, chez qui elle restera plusieurs mois. Puis Maria est envoyée au domaine appartenant à sa tante Varvara Pisareva ; elle y sera élevée par une gouvernante et apprendra la musique, la langue et la littérature française.
De 1845 à 1847, de douze à quatorze ans, Maria Vilinska fréquente un pensionnat privé à Kharkov. Les écolières y reçoivent une éducation laïque et y suivent l'étiquette française : elles parlent français, dansent des danses à la mode, jouent du piano. Maria étudie les langues. Son amie de pension Ludmila Ojiguina dira d'elle : « Je me souviens d'une fort jolie fille. Elle avait un esprit ouvert, elle se tenait simplement et naturellement, ce qui le rendait différente des autres. En outre, elle avait des tresses blondes luxuriantes, et elle portait un pantalon, alors que c'était contraire au règlement de la pension. »N. Tkachuk, NM Sulima, VL Smilyanska VI Sulima : Littérature ukrainienne: Un manuel pour les classes de . ; Kiev: Osvita, 358 p. Titre original : Н. П. Ткачук, Н. М. Сулима, В. Л. Смилянская, В. И. Сулима. Украинская литература: Учебник для 9 классов — Киев: Освiта, 2009, с.358. . Durant les années passées à Orel, Maria s'intéresse à l'art populaire russe et aux chansons ukrainiennes. En 1854, certaines de ces chansons sont publiées dans le livre de l'ethnographe ukrainien Amvrossi Metlynski : Chansons populaires du sud de la Russie ().
Au terme de ses études à Orel, Maria s'installe au domaine de l'Aigle et sera sous la tutelle d'une riche tante, Iékaterina Petrovna Mardovina. Celle-ci tient un salon et reçoit chez elle écrivains et folkloristes célèbres tels que Pavel Iakouchkine, Nikolaï Leskov et d'autres. Les opinions du futur écrivain seront influencées par ce long séjour dans les salons intellectuels de sa famille, tel celui de son cousin D. Pissarev (qui deviendra un critique éminent et son proche ami). Maria y rencontre son premier mari, le folkloriste et ethnographe ukrainien Afanassi Markovytch, fils d'un propriétaire terrien ukrainien pauvre, diplômé de l'Université de Kiev ; il se trouve à Orel parce qu'il a été exilé pour avoir fait partie de la Fraternité Saints-Cyrille-et-Méthode Martha Bohachevsky-Chomiak, Feminists despite themselves: women in Ukrainian community life, 1884-1939, Edmonton, Canadian Institute of Ukrainian Studies, 1988, 9., une société ukrainienne nationaliste clandestine.
L'écrivain Nikolaï Leskov brosse le portrait de Maria Vilinska : « Grande, majestueuse, belle, avec des tresses couleur châtain enroulées en couronne sur la tête ; une exceptionnelle profondeur d'âme, de beaux yeux gris. Nous savions tous, à Orel, que même si elle n'avait pas de dot et avait vécu dans la maison de son oncle en tant que "parent pauvre", elle ne manquerait pas de prétendants. » Bientôt, l'amitié entre Maria et Afanassi se mue en amour. La tante de Maria lui trouve un parti qu'elle juge bien plus avantageux pour sa nièce : un propriétaire terrien ayant à son service deux mille serfs. Mais la jeune fille refuse et annonce ses fiançailles avec Afanassi. La tante désapprouvant cette union et ayant posé un ultimatum, Maria quitte le domicile.
Mariage et départ pour l'Ukraine
En , à l'âge de dix-huit ans, elle épouse Afanassi Markovytch. Elle prend alors le patronyme de son époux et devient Maria Markovytch, d'où le premier élément de son pseudonyme littéraire : MarkoC'est la romancière française George Sand qui, dès 1829, lance la mode des pseudonymes masculins pour les femmes auteurs, mode qui se répandra en Europe. Consulter : . Les autorités russes leur permettent d'aller vivre en Ukraine ; le couple y passera sa lune de miel.
À Tchernigov où se sont installés les jeunes mariés, l'argent manque. Bientôt Maria tombe enceinte. La grossesse est difficile, compliquée par une variété de maladies. Une petite-fille naît, baptisée Vera, qui mourra rapidementxfilespress.com — Марко Вовчок: «Молчащее божество». Traduction : xfilespress.com - Marco Vovchok: "divinité silencieuse". Les Markovytch déménagent à Kiev dans un petit appartement de l'église paroissiale de Kiev-Lybedskaïa. Afanassi ayant obtenu un emploi, la situation financière s’améliore. En 1853, naît un fils, Bogdan.
Maria visite les villages et recueille des éléments du folklore local : particularités de langage, chansons, proverbes, légendes, etc. Ce travail d’ethnographe sera réinvesti dans ses futurs écrits.
Les Markovytch déménagent à Kiev où ils vivront trois ans. Puis en 1855, Afanassi est nommé professeur de géographie à l'école de Nemyriv. La famille vit modestement, car en tant qu'ancien membre d'une organisation politique clandestine, le mari peine à trouver un emploi. Pendant son séjour à Nemyriv, Maria lit avec enthousiasme les poèmes de l'Ukrainien Taras Chevtchenko, ce qui lui permet de mieux comprendre la nature inhumaine du servage, qu'elle dénoncera dans plusieurs de ses futurs écrits.
En 1856, elle rédige ses premières histoires courtes : La Rançon () et Père André (). Les amis à qui elle les lit, la convainquent de les publier. Aphanassiy les envoie à un ami éditeur, Panteleïmon Koulich, lui-même poète et folkloriste ukrainien. Enthousiasmé par les récits, il en commande d'autres. Peu à peu, sont écrites onze histoires qui composeront un premier recueil, Récits populaires (). Publié sous le pseudonyme masculin Marko Vovtchok, c'est un très grand succès en Ukraine. Ivan Tourgueniev traduira en russe les Récits populaires et les publiera en Russie en 1859 sous le titre : Contes populaires ukrainiens (Ukrainskie narodnyïe rasskazy) avec le même grand succès. L’œuvre sera souvent comparée aux écrits de l'Américaine Harriet Beecher Stowe, contemporaine de Marko Vovtchok qui dénonçait l’esclavage des Noirs (cf. La Case de l'Oncle Tom).
Pendant son séjour à Nemyriv (1851-1858), Maria aide son mari dans ses études ethnographiques. Elle perfectionne sa maîtrise de la langue ukrainienne et sa connaissance de la culture du peuple ukrainien.
Les années à Saint-Pétersbourg, Russie
Au début de l'année 1859, elle arrive à Saint-Pétersbourg et y demeurera dix ans. Elle côtoie le cercle des écrivains tels que Taras Chevtchenko, Ivan Tourgueniev, Nikolaï Nekrassov, le poète Alexeï Plechtcheïev, Alexeï Pissemski, et le poète et dramaturge polonais Edward Zeligowski. Elle est également accueillie dans le cercle des personnalités culturelles ukrainiennes dont faisaient notamment partie l'historien Nikolaï Kostomarov et Panteleïmon Koulich.
L'humaniste ukrainien Taras Chevtchenko se prend d'une grande amitié paternelle pour Maria qu'il considérera comme sa fille et son successeur littéraire. Il apprécie beaucoup ses Récits populaires dont le thème du servage était en phase avec ses propres œuvres. Il lui offre un bracelet en or qu'elle chérira plus que tout, et lui dédie le poème Le Songe (). La jeune femme, à son tour, lui dédiera en 1859 son roman Une dame instruite (), dans lequel elle défend les droits de la femme.
Dès 1859, les nouvelles de l'auteur attirent l’attention du régime tsariste ; certaines subiront la censure : Karmeliouk () ainsi que Deux fils (). Deux fils, récit d'une veuve très pauvre dont les deux fils - ses seuls enfants - sont enrôlés pour cinq ans pour aller à la guerre, et qui supplie en vain les recruteurs de l'armée de lui en laisser un, est une critique à peine voilée de l’État.
Voyage en Europe de l'Ouest
thumb|left|Timbre postal ukrainien commémorant Marko Vovtchok.
Le , à 26 ans, Marko Vovtchok, malade, part en malle-poste pour l'Allemagne afin de s'y faire soigner, mais également aux fins d'enrichissement intellectuel. Elle voyage en compagnie de son fils et de l'écrivain russe Ivan Tourgueniev, qui avait déjà vécu en Allemagne et en France et y avait publié ses romans. La jeune femme séjourne d’abord à Berlin et à Dresde, puis à Londres, Rome, Genève et à Paris. Partout, elle inspirera la passion chez nombre d'hommes. Elle apprendra l'allemand. Très intéressée par les nouvelles sociales et littéraires, elle correspond avec de nombreux écrivains, surtout avec Taras Chevtchenko. Elle rencontre Dmitri Mendeleïev, Alexandre Borodine, Ivan Setchenov. Par l'entremise d'Ivan Tourgueniev, elle fait la connaissance de l'écrivain russe Léon Tolstoï, du philosophe Alexandre Herzen et de Jules Verne. Elle fait également la connaissance d'écrivains tchèques (J. Fritsch, J. Neruda) et fréquente le cercle des émigrés révolutionnaires et des écrivains polonais (elle aura une liaison avec le Polonais Passek). Elle s’impliquera dans la distribution des publications révolutionnaires du philosophe russe Alexandre Herzen, lequel militait pour l'émancipation des serfs en Russie.
À Dresde, Marko Vovtchok reçoit la visite de sa cousine Tatiana Passek arrivée de Saint-Pétersbourg avec ses fils. L'un d'eux, Alexandre, 23 ans, tombe éperdument amoureux de Maria, laquelle répond à son amour. Scandalisée par la liaison de son fils avec une femme mariée, la mère d'Alexandre supplie Ivan Tourgueniev de raisonner Maria. L'écrivain envoie à l'auteur une lettre « bien sentie ». Quand il apprend l'adultère de son épouse, Afanassi Markovytch, après avoir soutiré quelque argent au passage, se sépare de Maria ; il ne reverra jamais sa femme et son fils.
Marko Vovtchok s'installe avec Alexandre en Italie où ils se marient civilement. En 1866, après un voyage en Angleterre, Alexandre contracte une phtisie galopante et meurt à l'âge de trente ans.