Izatès II ou Izatès bar Monobaze (également connu sous le nom d'Izate, Izaatès ou Izaat ; v.1 - v. 57) est un roi d'Adiabène Richard Gottheil et Isaac Broydé, « Izates » (d'Adiabène), sur Jewish Encyclopedia., un royaume théoriquement vassal du Royaume d'Arménie, mais en réalité très fortement autonome (les frontières de ce royaume correspondent à peu près aux territoires des Kurdes aujourd'hui). C'était aussi un prosélyte du judaïsme. Selon Flavius Josèphe, Izatès II serait l'un des fils de la reine Hélène et de Monobaze I. Le Talmud précise que la reine Hélène d'Adiabène avait sept fils.

Biographie

Conversion au judaïsme

Durant sa jeunesse, le futur Izatès II fut envoyé par son père à la cour du roi Abennerigos (ou Abinerglo)Abennerigos (ou Abinerglo d'après un de ses tétradrachmes) régna sur Charax Spasinu de 5 à 21 ap. J.-C. (cf. Georges MATHIEU) dans la cité fortifiée de Spasinès (ou Charax Spasinu) (Σπασίνου Χάραξ)Charax Spasinu ou Spasinès était la capitale du royaume de Characène, aussi connu comme Mesene (חבל ימא), un royaume tributaire de l'Empire parthe situé au sommet du Golfe Persique., capitale du royaume de Characène aussi connu comme MésèneHeinrich Graetz, Histoire des Juifs, Chapitre XVI — Dispersion de la nation judaïque et diffusion de sa doctrine — (40-49).

Alors qu'il était à Spasinès, Izatès fit connaissance avec un riche marchand juif nommé Ananias, par ailleurs rabbi qui pratiquait un prosélytisme militant et efficace pour sa religion à destination des classes supérieures des pays de la régionH. G. Enelow, « Ananias of Adiabene », sur Jewish Encyclopedia.. Celui-ci le familiarisa avec les principes de la religion juive, ce qui l'intéressa vivement. Izatès se maria avec Symacho la fille du roi AbennerigosChristian Settipani, Nos ancêtres de l'antiquité : études des possibilités de liens généalogiques entre les familles de l'antiquité et celles du haut Moyen Âge européen, Éditions Christian, 1991, Paris, 80. qui elle aussi avait été convertie au judaïsme par le prosélytisme d'Ananias.

Sans qu'il le sache, la mère d'Izatès, Hélène d'Adiabène, s'était à peu près au même moment convertie au judaïsme, mais de façon indépendante de lui, puisqu'ils habitaient alors dans deux pays différents. En rentrant chez lui afin de monter sur le trône à la mort de son père, Izatès a découvert la conversion de sa mère et manifesta l'intention d'adopter le judaïsme. Il voulut même se soumettre à la circoncision. Il en a toutefois été dissuadé à la fois par son maître Ananias et par sa mère.

Mais finalement, il s'est quand même fait circoncire, après en avoir été convaincu par Eléazar un autre rabbi juif, originaire de Galilée.

Quand plusieurs parents du roi Izatès II, dont son frère Monobaze, ont ouvertement reconnu leur conversion au judaïsme, quelques nobles d'Adiabène ont alors conspiré pour le destituer. Ils paient notamment Abia, un roi arabe, puis après son échec , roi des Parthes, pour que ceux-ci fassent la guerre au roi Izatès II. Mais celui-ci sort victorieux de chacune des confrontations.

Seigneur de Carrhes

Son père lui donne le pays de Carrhes (au sud d'Édesse, à la frontière turco-syrienne), probablement après la mort du roi Abennerigos, vers 21.

Ce don de la région de Carrhes par son père était semble-t-il la façon pour d'officialiser la désignation d'Izatès comme son successeur. Ce don par Monobaze montre aussi que ce territoire qui appartenait à l'Osroène à l'époque de la bataille de Carrhes (-53) était passé sous le contrôle du royaume d'AdiabèneAu premier siècle, sous , on constate que plusieurs autres territoires qui appartenaient à l'Osroène à l'époque de Pompée étaient aussi passés sous le contrôle du royaume d'Adiabène. C'est le cas de Singara, mais aussi de la région de la rivière Khabour (Chaboras) qui dépendaient de l'Osroène à l'époque de Tigrane II d'Arménie. Ce mouvement de territoires de l'Osroène vers l'Adiabène sera encore renforcé par le don de Nisibe par . Par ailleurs la Corduène avait été rattaché à l'Adiabène après l'invasion de l'Arménie par Pompée, en -63. Certains critiques estiment qu'à cette époque, les rois d'Adiabène ont peut-être aussi contrôlé Hatra ( Javier Teixidor, The Kingdom of Adiabene and Hatra, Berytus, 17, 1967-1968) (région au nord de l'Irak, près de Mossoul, peuplée elle aussi par des Arabes, proches des Nabatéens). Tacite mentionne qu'un roi d'Adiabène a eu sa statue dans un des temples d'Hatra, ( Javier Texidor, Notes Hatréennes, )..

Quant à Ananias qui avait converti Izatès et sa femme au judaïsme, le futur roi l'emmena avec lui.

Accession au trône

À la mort de son père Monobaze , sa mère Hélène eut à gérer une transition difficile au cours de laquelle elle parvint à ce que son fils Izatès soit reconnu comme successeur légitime, tout en sauvant la vie de ses autres fils. La transmission dynastique se faisait par désignation de son successeur par le roi encore vivant. Monobaze avait désigné Izatès pour lui succéder, bien que son fils aîné soit Monobaze qui d'ailleurs succède à Izatès sous le nom de Monobaze II. Pour justifier son choix Monobaze invoquait une voix divine qui lui aurait parlé alors qu'Hélène était enceinte d'Izatès.

À la mort de son père, Izatès vivait toujours dans le pays de Carrhes. Les grands du royaume d'Adiabène acceptèrent qu'Izatès succède à son père, mais demandèrent que ses autres frères soient exécutés. C'était en effet une pratique courante dans la région pour éviter les guerres pouvant résulter de conflits dynastiques entre frères. Hélène parvint à sauver la vie de ses autres fils en temporisant, mais fut contrainte toutefois de mettre ses fils en prison comme ceux des autres épouses de Monobaze . Elle obtint toutefois que la mise à mort ne puisse être décidée que par Izatès, lorsque celui-ci serait rentré. Elle obtint aussi de pouvoir « établir provisoirement comme régent du royaume » MonobazeHélène « investit de la royauté Monobaze, le fils aîné du roi, en lui imposant le diadème et en lui donnant l'anneau portant le sceau de son père et ce qu'on nomme dans ce pays sampséra (c'était un sceptre portant l'image du soleil) » ; (Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XX II - 2., son fils aîné. Izatès « revint, rapidement lorsqu'il eut appris la mort de son père et succéda à son frère Monobaze, qui lui céda le pouvoir. »

Ce statut d'otage ne semble avoir concerné que les fils des autres femmes de ; en effet la présence des fils d'Hélène (donc frères d'Izatès) est mentionnée plusieurs fois par Flavius Josèphe en Judée et à Jérusalem dans les années suivantes. Flavius Josèphe raconte qu'Hélène et ses fils possédaient un palais à Jérusalem. Les ruines de celui-ci ont d'ailleurs été découvertes en 2007.

Assez curieusement, après les conversions d'Hélène et d'Izatès et son accession au pouvoir, tous ses autres frères et la totalité de ses parents semblent s'être aussi convertis au judaïsme simultanément. Cette appartenance au judaïsme est de plus révélée publiquement. Quand plusieurs parents d'Izatès ont ouvertement reconnu leur conversion au judaïsme, quelques nobles d'Adiabène ont secrètement écrit à Abia, un roi arabe, « en lui promettant une grosse somme d'argent » pour qu'il déclare la guerre à Izatès. Mais Izatès vainc son ennemi, qui se suicide de désespoir. Vers la fin du règne d'Izatès, les nobles, mécontents de sa conversion, conspirent à nouveau avec , roi des Parthes, mais au dernier moment celui-ci est empêché de mettre son plan à exécution, car au moment où il se met en route pour envahir l'Adiabène, une armée de Daces et de Scythes entre en Parthie et il doit lui faire face.

Expansion du royaume À un moment indéterminé, probablement situé dans les années 20 ou 30, le roi de l'Empire parthe est en butte à une terrible fronde de ses nobles qui se sont choisis un roi, soutenu secrètement par les Romains. Il demande à Izatès d'accepter qu'il se réfugie chez lui Richard Gottheil « Adiabene » sur Jewish Encyclopedia.

Izatès s'empresse d'accepter en réservant à son invité tous les honneurs dus à un « roi des rois ». Cette attitude le propulse au niveau du « roi des rois ».

Izatès est alors tellement respecté qu'il parvient à se poser comme arbitre entre le roi parthe , ses nobles en rébellion et l'usurpateur appelé Cinname. Grâce à l'aide d'Izatès, Artaban retrouva son trône (v. 36). En remerciement, il donna à Izatès quelques cadeaux, dont la ville de Nisibe et sa régionC'est probablement le don de Nisibe et de sa région qui explique que, selon le livre de l'Histoire d'Arménie de Moïse de Khorène, le roi Abgar transfère sa capitale à Édesse depuis Nisibe où elle se trouvait auparavant. Le père d'Abgar , Ma'nu Saphul régnait au moins sur une partie de l'Adiabène et Nisibe faisait vraisemblablement partie de ses territoires..

Émancipation

Alors que plusieurs guerres se déclenchent dans les pays alentour, Izatès parvient à maintenir son royaume à l'écart de ces conflits. Bien qu'il soit théoriquement vassal de l'Empire parthe, il observe une stricte neutralité, lorsqu'en 34, à la mort d'Artaxias III d'Arménie, le roi parthe (roi de 12 à 38), tente de mettre son fils Arsace sur le trône d'Arménie, qui était un protectorat romain depuis 65 av. J.-C. Cette action déclencha deux années de guerre, pendant lesquelles les Romains suscitèrent l'invasion de l'Arménie par des forces sarmatesAppelés « Alains » (Ἀλαοὺς) par Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII-IV, 4, ibèresLes « Ibères » selon Tacite et « Ibernes » selon Flavius Josèphe appartenaient à un royaume correspondant approximativement aux parties méridionale et orientale de l'actuelle Géorgie et albaniennes (Daghestan), et différents complots pour que les nobles parthes déposent et le remplacent par un roi favorable aux Romains. Pendant toute cette période troublée, l'Adiabène ne fit aucun acte hostile envers les Romains et l'on peut supposer que des accords avaient été passés entre Izatès et Lucius Vitellius, le légat romain de Syrie. Les Romains parviennent à installer Mithridate d'Arménie sur le trône et Artaban III faillit perdre le sienTacite, Annales, Livre VI, de XXXI à XXXVIIIFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII-IV, 4-5.

Au sortir de cette crise, l'Adiabène n'est plus vassale des Parthes mais du royaume d'Arménie. Elle a en fait gagné une plus large autonomie, surtout parce qu'à la mort de Tibère (mars 37), la folie de Caligula vient tout compromettre pour les Romains. Sans raison, l'empereur convoque Mithridate d'Arménie à Rome et le déchoit de sa royauté (37). Les Parthes ne manquent pas de profiter de cette faute pour réoccuper l'Arménie, et l'Adiabène en profite pour affirmer encore plus son autonomie en rejetant sa vassalité arménienne, qui de fait n'a guère duré plus d'un anRené Grousset, Histoire de l'Arménie, Payot, 1984 , 105..

Neutralité envers les Empires romain et parthe

Mais une première cause de friction naquit après la mort du monarque parthe :

Vers 47-49, après la mort de Vardanès , l’empereur Claude soutient le parti parthe qui tente de porter au pouvoir Meherdatès contre le roi Gotarzès II. Cassius, le gouverneur de Syrie, et Carénès, le principal partisan parthe de Merherdatès, rallient à Méherdatès Izatès et l'Arabe Abgar V Ukomo Bar Ma'Nu (13-50), roi d'Édesse. Mais selon Richard Gottheil, « Izatès joue double jeu, alors qu'il a secrètement pris parti pour Gotarzès. » Il en est vraisemblablement de même pour son probable parent . Après avoir perdu trop de temps à Édesse, ils commencent à faire mouvement vers l'Adiabène en passant par l'Arménie, alors que l'hiver approche.

Mais Gotarzès se retranche derrière le fleuve Corma et refuse le combat, jugeant son armée insuffisante.

Merherdatès, Carénès et Cassius affrontent quand même Gotarzès et sont vaincus.

Bienfaiteur du peuple juif