Les Mérovingiens forment une dynastie qui régna du sur une très grande partie de la France et de la Belgique actuelles, ainsi que sur des parties de l'Allemagne, des Pays-Bas et de la Suisse.

Le mot « Mérovingien » provient du nom du roi Mérovée, un ancêtre semi-mythique de Clovis.

Cette lignée est issue des peuples de Francs saliens qui étaient établis au dans les régions de Cambrai et de Tournai, en Belgique, en la personne de . Les rois mérovingiens, répartis en plusieurs royaumes, se sont livrés à une guerre civile fratricide à la fin du , mais l'historien Bruno Dumézil parle tout de même d'« empire » mérovingien.. L'histoire des Mérovingiens est marquée par l'émergence d'une culture chrétienne parmi l'aristocratie, l'implantation progressive de l'Église dans leur territoire et une certaine reprise économique suivant la fin de l'Empire romain en Occident.

La dynastie s'achève en 751 lorsque , dernier roi mérovingien, est enfermé dans un monastère par Pépin le Bref. Les Carolingiens leur succèdent.

Origine vignette|La division de la Gaule en 481. La dynastie mérovingienne est issue de l'aristocratie franque. Les Francs, réunis en ligue depuis le de notre ère, se sont progressivement installés dans le Nord-Ouest de l'Empire romain, et plus particulièrement en Gaule belgique où les ancêtres des Mérovingiens ont pris racine. Dès les premières années de l'Empire, des groupes migrants plus ou moins homogènes n'ont cessé de se déplacer d'est en ouest, qu'ils en aient été obligés (Lètes) ou aient fait un traité () avec l'Empire. Ils étaient probablement attirés en Gaule par les richesses. Les premiers Francs pénètrent dans l'Empire légalement : certains sont intégrés dans l'armée romaine et peuvent espérer y faire carrière, comme Richomer et Arbogast, pendant que d'autres s'installent dans l'Empire comme colons. Par la suite, les migrations franques dans le Nord de la Gaule s'intensifient avec le déclin de l'autorité romaine et la fin de l'Empire d'Occident. Enrichies par leur service auprès de Rome, certaines grandes familles franques acquièrent un pouvoir local non négligeable. L'une d'entre elles, celle de et de son fils Clovis, va s'imposer et fonder la première dynastie royale franque.

Histoire générale et personnalités gauche|vignette|Fac-similé de l'anneau sigillaire trouvé dans la tombe du roi Childéric à Tournai en 1653, Bibliothèque nationale de France.

Childéric Ier Le premier représentant de l'histoire de la dynastie mérovingienne, , fils de Mérovée, dominait l'ancienne province romaine de Belgique Seconde au nom de l'Empire.

Conquêtes de Clovis vignette|Le baptême de Clovis par saint Remi avec le miracle de la sainte ampoule. Plaque de reliure en ivoire, Reims, dernier quart du . Amiens, musée de Picardie. Son fils Clovis (466-511), roi en 481, n'est lui-même à l'origine qu'un des nombreux rois sous le gouvernement desquels se répartissaient les Francs saliens. Son royaume, qui devait correspondre à peu près à l'étendue de l'ancienne cité romaine de Tournai, ne lui fournissait pas de forces suffisantes pour mener à bien l'attaque qu'il méditait contre Syagrius, officier romain auquel obéissait encore la région d'entre Loire et Seine. Il associa à son entreprise ses parents, les rois de Thérouanne et de Cambrai, mais il profita seul de la victoire. Syagrius défait, il s'appropria son territoire et employa la suprématie écrasante dont il jouissait désormais sur ses anciens égaux, pour se débarrasser d'eux. Soit par violence, soit par ruse, il les renversa ou les fit périr, fut reconnu par leurs peuples et en quelques années étendit son pouvoir à toute la région que le Rhin encercle, de Cologne à la mer. Les Alamans qui, établis en Alsace et en Eifel, menaçaient le nouveau royaume d'une attaque par l'est, furent battus et annexés à la fin du . S'étant ainsi assuré la possession de toute la Gaule septentrionale du Rhin à la Loire, le roi des Francs put se consacrer à la conquête de la riche Aquitaine, dominée par les Wisigoths et leur roi . Converti au catholicisme aux alentours de l'an 500Les débats des historiens sont encore vifs au sujet de cette date. Certains placent la conversion dès 496 tandis que d'autres ne l'imaginent pas avant 511., Clovis put éventuellement prétexter de leur hérésie (les Wisigoths adhéraient à l'arianisme) pour leur faire la guerre : il les battit à Vouillé en 507 et porta la frontière de ses possessions jusqu'aux Pyrénées. Le royaume des Burgondes (auxquels il s'était allié en épousant Clotilde, fille du roi et nièce de Gondebaud), de même que la Provence, le séparaient encore de la Méditerranée. Théodoric, roi des Ostrogoths, n'entendait pas laisser le royaume des Francs s'étendre jusqu'aux portes de l'Italie : Clovis dut donc renoncer à la Provence que Théodoric, pour plus de sûreté, annexa à son propre royaumeHenri Pirenne, Histoire de l'Europe. Des invasions au , Paris-Bruxelles, 1939. Cette expansion rapide du royaume des Francs (latin ) fut facilitée par sa conversion au catholicisme qui lui assura l'appui de l'aristocratie gallo-romaine et de l'Église catholique. Il installa sa capitale à Paris vers 507. alt=Le Royaume mérovingien à son apogée vers 560.|vignette|419x419px|Le royaume mérovingien à son apogée vers 560. À sa mort en 511, Clovis n'avait pas réglé sa succession et le royaume fut partagé entre ses quatre fils. Selon Grégoire de Tours, la région de Metz revint à Thierry, Orléans à Clodomir, Paris à Childebert et Soissons à Clotaire. Pour Bruno DumézilL'Histoire , novembre 2010, p. 44-45., mais également pour Geneviève Bührer-Thierry et Charles MériauxGeneviève Bürher-Thierry et Charles Mériaux, La France avant la France, Belin, 2010., il ne faut pas comprendre ce partage comme une division stricte du royaume. Les quatre frères sont rois en même temps mais l'intégrité du est en partie conservée, ce qui explique la relative facilité avec laquelle certains rois mérovingiens parviennent à réunifier le royaume à la mort de leurs frères (dont ils sont parfois eux-mêmes responsables). Cela n'a rien d'inédit si l'on compare cette succession à celles de certains empereurs romains comme . C'est cette très fragile entente de circonstance entre les frères qui explique également la conquête de la Burgondie vers 534 par Childebert et Clotaire (à la demande de leur mère Clotilde selon Grégoire de Tours) puis de la Provence. Le royaume fut réunifié en 558 par , puis divisé à nouveau entre les fils de ce dernier en 561. Trois grosses entités territoriales se forment progressivement au sein du royaume : Neustrie, Austrasie et Bourgogne (l'Aquitaine passant sous l'autorité d'une dynastie de ducs indépendants). En 613, , petit-fils de , parvient à réunifier de nouveau le royaume des Francs. Comme le précise Bruno Dumézil, loin de régresser par suite de ces partages, .

Les historiens ont longtemps considéré que le partage du royaume entre les fils, à la mort du roi, manifestait le fait que les peuples germaniques, et les Francs en particulier, considéraient le royaume comme un patrimoine personnel du roi et que la notion d’État leur était inconnue. Bruno Dumézil explique cependant que la notion romaine de « fisc » n'avait alors pas disparu et qu'une liste précise des terres « publiques » était tenue par les rois mérovingiens. alt=Regnum Francorum divisé en Teilreiche|vignette|440x440px|Regnum Francorum divisé en Teilreiche.

Conflits de famille

Cette réflexion sur la portée des partages successifs du royaume ne doit pas masquer la réalité des conflits sanglants qu'a connus la dynastie mérovingienne à la fin du . Grégoire de Tours les rapporte longuement dans ses Dix livres d'histoires.

Une querelle familiale opposa en effet pendant près de cinquante ans les deux fils de , à savoir et , ainsi que leurs conjointes respectives, Frédégonde et Brunehaut. Selon Grégoire de Tours, Frédégonde, maîtresse de , fit assassiner la femme de celui-ci, Galswinthe, une princesse wisigothique et prit sa place de reine. La sœur de Galswinthe, Brunehaut, également épouse de , demanda alors à son mari de réagir pour obtenir une compensation en réparation du meurtre. , l'époux de Frédégonde, parut d'abord se soumettre mais il ne tint pas ses engagements : la guerre éclata entre les deux frères. Ce conflit serait la manifestation, à l'échelle du royaume, du principe de la « faide », le droit à la vengeance, comparable à la loi du talion.

thumb|Le Supplice de Brunehilde par Alphonse de Neuville (1883) [Brunehilde est une variation du prénom Brunehaut].

Le bilan de ce conflit familial est lourd : Galswinthe est assassinée à l'instigation de Frédégonde en 568 ; après ce meurtre, épousa sa maîtresse Frédégonde ; ce premier meurtre déclenche les hostilités dans la fratrie par le biais des épouses ; est assassiné en 575 ; Mérovée (fils de et de sa première épouse répudiée Audevaire) épouse sa tante par alliance Brunehaut, veuve de son oncle ; il est assassiné en 577, peut-être à l'instigation de Frédégonde ; Clovis, un autre fils de , disparaît également : Frédégonde est soupçonnée car ne survivra que sa propre descendance ; est assassiné en 584, peut-être sur l'ordre de Brunehaut par vengeance, voire sur instruction de sa troisième épouse Frédégonde à la suite d'une affaire d'adultère ; , fils de , meurt empoisonné en 596, peut-être encore à l'instigation de Frédégonde ; Brunehaut, âgée d'environ , est suppliciée en 613 à la suite de sa défaite contre , dernier fils de et Frédégonde.

Au terme de ces cinquante années de conflit, réunifia le royaume des Francs, non sans avoir éliminé les gêneurs et les prétendants au trône. Il rassembla ainsi : l'Austrasie : l'Est de la France actuelle, l'Est de la Belgique actuelle et les régions rhénanes ; la Neustrie : le Nord-Ouest de la France actuelle (sans la Bretagne) ; la Bourgogne : l'ancienne Burgondie, c'est-à-dire l'actuelle Bourgogne, le Nord de la vallée du Rhône et le Centre (Orléans).

On attribue à (584-629), l'édification d'un château à Clichy dans les Hauts-de-Seine, site probablement découvert à l'occasion d'une chasse. Rien ne permet d'en imaginer la forme ni l'importance. Cependant , en 626, y réunit un concile des évêques et princes de Neustrie et de Bourgogne. Son fils , roi des Francs de 629 à 639, s'y maria avec Gomatrude en 629, ce qui laisse penser que le palais avait quelque importance.

Parmi les deux fils de , Charibert et Dagobert, le premier mourut prématurément en 632, et son fils Chilpéric décéda peu de temps après, ce qui permit l'unification du territoire. Le court règne de marqua alors une période d'apogée et de relative paix dans le royaume mérovingien. C'est également sous son règne que se placent les dernières conquêtes en direction de la Germanie, permettant d'atteindre le Danube.