Muntiacus est un genre de cervidés du sud-est de l'Asie et de l'Asie de l'Est, appartenant à la famille des Muntiacinae. Les espèces de ce genre sont plus communément appelées muntjacs ou encore cerf aboyeur, du fait de leur cri spécifique semblable à un aboiement, bien que ce second nom soit à l'origine surtout utilisé pour désigner le Muntjac indien.

Une espèce, le Muntjac de Reeves, a aussi été introduite ailleurs dans le monde, comme en Europe, notamment en Grande-Bretagne.

Étymologie Le nom actuel est un emprunt de la forme romanisé du néerlandais muntjak, qui a été emprunté au soundanais mēncēk. La forme latine est apparue pour la première fois sous le nom de Cervus muntjac par le zoologiste et géographe Eberhard August Wilhelm von Zimmermann en 1780.

Au Viêt-Nam, la dénomination du mot signifie « cerf vivant dans la forêt épaisse et profonde ».

Répartition et habitat On retrouve les espèces de ce genre dans tout le sud-est de l'Asie, du Sri Lanka à Taïwan et à Bali, en passant par l'Inde, le Népal, le Pakistan (dans le nord-est), le Bangladesh, le Bhoutan, la Chine (dans le sud), la Birmanie, la Thaïlande, le Laos, le Vietnam, le Cambodge, la Malaisie, et l'Indonésie (Sumatra, Bornéo, Java, Bali et d'autres îles indonésiennes). Le Muntjac indien et le Muntjac de Reeves ont des aires de répartition étendues, mais plusieurs espèces ont des aires assez petites, ce qui les rend plus vulnérables.

Le Muntjac de Reeves a été introduit à plusieurs endroits à plusieurs moments en Europe, en premier lieu en Angleterre où les populations férales se sont parfaitement adaptées au climat local. Aujourd'hui, on retrouve cette espèce dans presque tout le Royaume-Uni, mais aussi plus localement en France, aux Pays-Bas, en Belgique, en Irlande (les introductions respectives sont encore assez récentes par rapport à celle en Angleterre). Il a aussi été introduit en Amérique du Nord et on le trouve ainsi dans le sud-est des États-Unis, et localement au Japon.

Leur habitat, selon les espèces, comprend des zones de végétation dense, des forêts tropicales, subtropicales, tempérées et montagnardes humides. Ils restent généralement dans la forêt dense près des sources d'eau. Ils sont davantage présents dans les sous-bois riches et diversifiés et dans les forêts de feuillus. Certaines espèces peuvent s'accommoder d'un environnent plus ouvert comme les lisières de forêts ou de champs cultivés. Ils peuvent vivre dans des altitudes variées, du moment que des cours d'eau soient présents. Le Muntjac de Truong est répertorié de 400 à 1 000 mètres tandis que le Muntjac de Reeves est répertorié de 50 à 3500 mètres.

Description Les muntjacs sont des petits cervidés, apparentés au Cerf huppé, avec une taille moyenne d'environ au garrot et un poids moyen de moins de pour la plupart des espèces. Le Muntjac géant est la plus grande espèce tandis que le Muntjac de Truong Son est l'une des plus petites.

Ils ont une apparence voûtée, la croupe étant plus en hauteur que l'échine, et peuvent être confondus de loin avec un chien de petite taille. Leurs empreintes font dans les 3 cm.

Le pelage des muntjacs varie grandement entre les espèces, allant de orange-jaune vif pour le Muntjac indien et le Muntjac géant à brun-gris terne pour le Muntjac de Reeves ou le Muntjac de Fea voire encore brun foncé/noir pour le Muntjac noir. Le dessus du corps (dos) est généralement plus foncé que le dessous (ventre) qui est plus clair. À noter que le pelage peut aussi varier grandement entre les individus. Des cas d'individus de différentes espèces entièrement blancs, atteints d'albinisme, en captivité ou dans la nature ont aussi été rapportés.

Les mâles ont des bois droits, courts et constitués d’un unique andouiller (d'une longueur d'environ ), portés par un pivot très long avec pas ou peu d'embranchements (2 maximum). Les bois, qui peuvent repousser, tombent après le rut lorsque la testostérone baisse. Les femelles, elles, ont juste des petits boutons osseux à l'emplacement desdits bois.

Comme pour toutes les autres espèces de cervidés (hormis le Caribou et l'Hydropote), il n'y a presque voire aucun dimorphisme sexuel hormis la présence ou l'absence de bois entre mâles et femelles respectivement.

Les muntjacs sont dotés de glandes (appelé larmiers) importantes devant les yeux, qui produisent des sécrétions liquides et odorantes, dont ils se servent pour marquer leur territoire sur des supports variés à leur hauteur.

L'une des principales caractéristiques des espèces de ce genre (partagées avec le Cerf d'eau et le Cerf huppé) est la présence de longues canines supérieures (souvent de 5 cm) parfois visibles et qui peuvent constituer un moyen de défense ou d’agression lors de combats entre individus pour l'accès aux femelles. Les muntjacs s'en servent également pour s'alimenter en grattant par exemple le sol pour déterrer des racines.

Cette caractéristique dentaire, comme pour les rayures chez les Equidés à titre de comparaison, est une caractéristique dite primitive chez les Cervidés, de même que l'apparence générale du corps. Ce qui fait que les muntjacs peuvent donner un aperçu assez global de l'apparence des premiers ancêtres de cet ordre apparus durant l'Eocène.

Mœurs et écologie vignette|Muntiacus reevesi, photographié au zoo de Cologne, en Allemagne, en 2004 Les Muntjacs sont des petits cervidés ongulés très communs et abondants et constituent dans la chaine alimentaire une source de nourriture importante de nombreux prédateurs, tels que le Tigre, le Léopard, le Dhole, le Python réticulé, et plein d'autres, avec les rapaces qui sont souvent des menaces sérieuses pour les jeunes.

Ce sont des animaux inoffensifs, discrets, farouches, prudents, méfiants, timides, souvent sur le qui-vive et qui restent cachés la plupart du temps de la journée, ne s'activant généralement que lors des heures où les autres espèces sont moins en activité comme le matin, l'après-midi ou le soir. Ils ont des périodes d'activités, qui varient entre les espèces, souvent crépusculaires, mais aussi à la fois nocturnes et diurnes.

Les Muntjacs sont solitaires et ne se rencontrent que lors de la reproduction, mais il arrive que des groupes de deux à quelques individus se forment temporairement et soient observés. De par leur position de petites proies, ils se déplacent la plupart du temps avec une locomotion lente afin de faire le moins de bruits possible. Ce sont des ongulés assez agiles qui savent parfaitement se déplacer, et fuir si besoin est, avec aisance dans le sous-bois à travers la végétation.

Les muntjacs peuvent vivre jusqu'à une dizaine d'années, souvent en captivité.

Bien qu'ils restent principalement herbivores, les Muntjacs font partie des rares cervidés et ongulés à tendance omnivore, avec le Cerf huppé. Leur alimentation se constitue d'à peu près de tout ce qui se trouve à la base du sol (écorces, feuilles, fruits, graines, noix, champignons, fleurs, racines, baies, herbes, bourgeons) avec pour principale nourriture les jeunes pousses d’arbres, comme les autres espèces de cervidés. À l'occasion, les Muntjacs mangent des œufs d'oiseaux se trouvant au sol, des larves, et parfois des charognes lorsque l'occasion se présente, leur permettant l'obtention de certaines vitamines lors de carence. Leur plasticité alimentaire en fait des espèces généralistes et opportunistes et leurs forts taux de reproduction et d'adaptation à n'importe quel environnement en font des animaux capables de s'adapter aux changements, bien que la chasse intensive et la fragmentation de leur habitat restent des menaces sérieuses. Cela en fait aussi des espèces avec un fort potentiel invasif comme le démontre le Muntjac de Reeves dans les pays où il a été introduit.

Leur nom commun de «cerf aboyeur» leur vient de leur cri particulier. En effet, en cas de danger, de stress, ils émettent des cris très sonores ressemblant à des aboiements qui ont pour but de prévenir leurs congénères. Cette alarme est aussi comprise par d'autres espèces de cervidés et par divers autres animaux. A part cela, comme pour les autres cervidés, ce sont des ongulés généralement silencieux, mais qui peuvent émettre différentes vocalises selon les situations. Les cris sont marqués par de courtes pauses avec des intervalles qui s'allongent en période de rut pour les mâles. Lorsqu'elle se soumet avant de se reproduire, la femelle pousse une sorte de miaulement. Cependant, dans ce genre, la communication est surtout chimique, grâce la glande pré-orbitale pour marquer leurs territoires.

La majorité des connaissances actuelles sur les Muntjacs se basent sur le Muntjac de Reeves et le Muntjac indien, qui sont les deux espèces les plus communes et donc les plus étudiées jusqu'à présent, les autres espèces étant plus difficiles à observer et à étudier.

Reproduction Il n'y a pas de réel période de reproduction définie pour ces espèces et la reproduction se fait toute l'année. Cet absence de saisonnalité pour la reproduction est une particularité rare chez les cervidés et presque propre aux muntjacs.

Les femelles ont une gestation générale d'environ 7 mois et donnent naissance à un ou deux petits par an qui allaitent durant 2 mois et deviennent indépendants à l'âge de 6 mois. Ces derniers, comme les autres cervidés, sont tachetés à la naissance (à l'exception du Muntjac de Putao) et restent immobiles dans les fourrés en l'absence de leur mère.

La maturité sexuelle est assez précoce puisque les femelles peuvent se reproduire à l'âge de 7 à 8 mois et sont de nouveau réceptives quelques jours seulement après la mise-bas. Elle peut ainsi être presque constamment en gestation durant l'année.

Religion Dans certaines tribus mongoles, en Asie, le muntjac était vénéré comme une déité. Les populations locales voient aussi les muntjacs comme des habitants mystérieux de la forêt et sont pour eux un véritable système d’alarme en ce qui concerne la présence d’un potentiel danger (prédateurs notamment).

Génétique D'après le registre fossile, les muntjacs sont apparus il y a 15 à 35 millions d'années, durant l'Éocène, avec une origine européenne à l'instar des Pangolins par exemple. Des fossiles ont aussi été trouvés dans des gisements du Miocène en France, en Allemagne ou encore en Pologne avec l'espèce https://www.isez.pan.krakow.pl/journals/azc/pdf/azc_v/37(1)/37(1)_05.pdf, ainsi que des espèces apparentées comme Dicrocerus elegans.

Variations chromosomiques Les muntjacs présentent un grand intérêt pour les études sur l'évolution, en raison de la variabilité du nombre de leurs chromosomes. Notamment, le Muntjac indien (M. muntjak) est le mammifère ayant plus petit nombre de chromosomes connu ( 6 chez la femelle, 7 chromosomes chez le mâle), alors que le Muntjac chinois (M. reevesi) en possède 46.

Anomalies sanguines Comme chez certains humains victimes de drépanocytose, les globules rouges de plusieurs espèces de muntjacs peuvent prendre des formes très anormales. Ce fait est connu depuis 1840 mais c'est seulement en 2017 qu'a été découvert le changement moléculaire expliquant cette anomalie, présente chez divers cervidés mais pas chez les orignaux, les rennes ni les wapitis. Ceci pourrait aider à comprendre pourquoi les porteurs humains d'anémie falciforme, due à une mutation de la structure de l'hémoglobine, sont protégés contre le paludisme.