Le Crocodile de l'Orénoque (Crocodylus intermedius) est une espèce de crocodiliens de la famille des Crocodylidae. Il est considéré comme le plus grand prédateur de l'écosystème de l'Orénoque et de ses affluents, et plus généralement comme le plus grand prédateur d'Amérique latine, avec une taille pouvant aller jusqu'à . Il est endémique du bassin de l'Orénoque, situé en Colombie et au Venezuela, et ne fréquente que les eaux douces. Les populations les plus importantes de crocodiles de l'Orénoque se situent au niveau des ríos Cojedes et Capanaparo.
Il est caractérisé par un museau plus effilé que celui des autres espèces de crocodiles, à l'exception de celui des gavials. Son tronc, robuste et aplati, est plus large, au niveau de la partie centrale, qu'aux extrémités. La surface dorsale est recouverte de plaques osseuses tandis que les flancs et le ventre n'ont pas d'ostéoderme. Ses plaques ventrales présentent des organes sensoriels inter-tégumentaires qui permettent de détecter les changements dans la pression osmotique de l'eau. Trois variations de couleur de peau pour le Crocodile de l'Orénoque sont mentionnées : avec le dos et les côtés clairs, avec le dos gris-vert et des taches noirâtres, et avec le dos et les côtés gris sombre ou noirâtres.
Le Crocodile de l'Orénoque est considéré comme une espèce opportuniste, du fait qu'il consomme une grande variété de proies, bien qu'il ait une préférence pour un régime piscivore. Il se nourrit de poissons, de grenouilles, de serpents, d'oiseaux et de mammifères. Si les adultes n'ont pas de prédateur naturel, à l'exception de l'Homme, il en est tout autrement pour leurs œufs qui ont pour principal prédateur le Tégu commun. Quant aux nouveau-nés, ils servent fréquemment de proies à plusieurs espèces d'oiseaux et de poissons carnivores.
Les populations de Crocodiles de l'Orénoque ont été décimées dans une grande partie de leur aire de distribution en raison d'une surexploitation commerciale, de 1930 jusque dans les années 1960. Depuis les années 1970, des mesures de sauvegarde sont mises en place, en Colombie et au Venezuela. Le Crocodile est ainsi élevé dans des fermes dédiées, avec pour objectif sa réintroduction dans son habitat naturel. Depuis 1996, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) considère qu'il s'agit d'une « espèce en danger critique d'extinction » (CR), après l'avoir classée en 1982 en tant qu'« espèce en danger » (EN). En 2013, environ spécimens à l'état sauvage sont dénombrés au Venezuela et moins de 200 en Colombie.
Description thumb|left|upright=1|alt=Crocodile allongé sur un plancher de lattes en bois|Crocodile de l'Orénoque. Taille et poids Le Crocodile de l'Orénoque est considéré comme le plus grand prédateur d'Amérique latine, avec une taille pouvant aller jusqu'à .. En 1800, Alexander von Humboldt reporte qu'il a trouvé un spécimen de , mesure prise par son compagnon de voyage Aimé Bonpland.. Selon Donoso (1966), le frère Jacinto de Carvajal aurait mentionné dans ses écrits un crocodile dont la taille était de , soit , lors de son voyage le long du río Apure en 1618.. Néanmoins, selon Merchán (2012), la longueur maximale ne dépasserait pas . La taille moyenne des femelles à l'état sauvage est de et la taille maximum est de ..
En captivité, à la station de biologie tropicale Roberto Franco en Colombie, la taille maximale enregistrée pour un mâle est de pour un poids de , et pour une femelle de pour un poids de (2011). Au Venezuela, Colvée (1999) observe une taille maximale de pour chez les mâles et pour chez les femelles. En 2008, à la station biologique , Antelo mesure une femelle de de longueur..
Selon une étude menée entre 2003 et 2006 par la station biologique , la taille moyenne des nouveau-nés est de de long, variant entre 25 et , et le poids moyen est de , variant entre 48 et .. Ces résultats obtenus en captivité corroborent ceux observés par d'autres auteurs tels que Colvée en 1999 pour des spécimens de Puerto Miranda..
Les données sur la croissance du Crocodile de l'Orénoque varient selon les auteurs. Medem (1981) enregistre une croissance moyenne de 0,6 ± et . Ramírez et Perilla (1991) évaluent la croissance moyenne journalière à et . Selon Ramo (1992), la croissance moyenne en captivité du Crocodile de l'Orénoque est de pour les mâles et de pour les femelles. Blohm (1973) indique qu'ils peuvent grandir jusqu'à .. Ces résultats variables selon les auteurs s'expliqueraient par les différences de températures de l'eau et de l'air ainsi que de l'alimentation dans les différents centres d'élevage où les études ont été effectuées. À la suite de ses recherches, Aldeima T. Pérez T. conclut que, dans des conditions optimales d'élevage, les Crocodiles de l'Orénoque ont une croissance journalière variant de 17,6 à et de 17,7 à durant les onze premiers mois de leur vie.
Globalement, la morphologie du Crocodile de l'Orénoque n'évolue pas de manière substantielle avec l'âge, à l'exception du nombre de plaques des crêtes caudales.. A contrario, comme pour les autres espèces de crocodiles, les mesures et les proportions du corps évoluent fortement avec l'âge. Crocodylus intermedius serait même l'un des vertébrés sur lesquels apparaissent les plus grandes variations ontogéniques. En effet, entre un nouveau-né de et un adulte de grande taille (), la taille est multipliée par plus de 20.
Couleur de peau Federico Medem (1981) mentionne trois variations de couleur de peau pour le Crocodile de l'Orénoque en Colombie : avec le dos et les côtés clairs, avec le dos gris-vert et des taches noirâtres, et avec le dos et les côtés gris sombre ou noirâtres. Cette dernière variante serait une forme de mélanisme. Au Venezuela, seules les couleurs et sont présentes. Le Crocodile de l'Orénoque , généralement plus grand et plus agressif, ne se chaufferait pas au soleil sur les plages et n'attaquerait ses proies que sous l'eau. Pour les spécimens dont la couleur est gris-vert, cette coloration est due au développement d'algues vertes sur et entre les écailles dorsales et caudales.. La zone ventrale du Crocodile de l'Orénoque est blanche, sans taches.
Au niveau du dos et sur les côtés, les jeunes Crocodiles de l'Orénoque sont de couleur gris clair, sans trace de vert. Ils ont des taches brunes, gris foncé, voire noires, depuis la nuque jusqu'à la pointe de la queue. Ces taches sont placées irrégulièrement et ne forment pas de zones compactes.. Leur face ventrale est de couleur blanche de la pointe du museau jusqu'à l'orifice anal. La face ventrale de la queue, également blanche, est néanmoins recouverte de taches sombres de tailles variables.
Tête vignette|upright=1|alt=Les yeux protubérants sont un peu enfoncés, ouverts, avec un iris vert intense|Vue du haut du crâne et des yeux d'un Crocodile de l'Orénoque. La tête du Crocodile de l'Orénoque, plus de deux fois plus longue que large, est de forme oblongue . Le sommet est recouvert d'une plaque.. Le museau, convexe et allongé, est plus effilé que celui des autres espèces de crocodiles à l'exception des gavials. S'élargissant un peu à son extrémité, il est lisse et arrondi. La symphyse mandibulaire qui est au niveau de la et le rétrécissement osseux maxillaire qui coïncide avec la mandibulaire sont caractéristiques de la famille des Crocodylidae.. Les narines arrondies sont situées dans un enfoncement membraneux à environ de l'extrémité du museau. Les yeux protubérants sont un peu enfoncés dans le crâne et disposés longitudinalement. Les paupières sont rudes et écailleuses. L'iris est de couleur vert intense tandis que la pupille est verticale et noire. La mâchoire supérieure est composée de de chaque côté contre 16 pour la mâchoire inférieure.
Corps Le tronc du Crocodile de l'Orénoque, robuste et aplati, est plus large au niveau de la partie centrale qu'aux extrémités.. La queue, de forme prismatique, est large et musclée au niveau de la partie antérieure. Elle est compressée latéralement et son diamètre rétrécit de manière progressive vers le bout de la queue. Les membres postérieurs sont robustes, avec quatre doigts reliés par une membrane interdigitale bien développée. Les membres antérieurs, moins robustes, portent quant à eux cinq doigts sans membrane. La peau des pattes, du cou et des flancs est recouverte de petites plaques dermiques qui peuvent être de forme arrondie, ovale, quadrangulaire ou rhomboïdale..
La surface dorsale est recouverte de plaques osseuses tandis que les flancs et le ventre n'ont pas d'ostéoderme. On dénombre fréquemment quatre post-occipitales de forme arrondie, bien qu'il puisse y en avoir jusqu'à six, situées dans la continuité de la boîte crânienne et disposées en file. Puis, viennent les plaques cervicales généralement disposées en deux rangs, le premier étant composé de quatre ou cinq plaques trapézoïdales et le deuxième de deux plaques plus arrondies. Les plaques dorsales, qui sont des plaques dermiques avec ostéoderme, sont disposées en 16 ou 17 rangées transversales. Chacune de ces rangées est composée de quatre à cinq plaques aux extrémités et de sept à huit pour celles du milieu.. Les plaques ventrales sont des plaques de peau sans ostéoderme. De forme plutôt rectangulaire, elles sont disposées en 25-28 rangées transversales. Elles présentent des organes sensoriels inter-tégumentaires, Jackson et Brooks (2007) démontrant qu'ils permettent de détecter les changements dans la pression osmotique de l'eau.
La région caudale est recouverte de plusieurs anneaux en plaques dermiques, répartis en trois types selon leur morphologie et leur disposition : les doubles crêtes dorso-latérales, situées sur la première moitié de l'appendice caudal, se rejoignent pour former une crête simple, située au milieu du dos, qui se termine à l'extrémité postérieure. Les crêtes sont des plaques de forme triangulaire. Chez les nouveau-nés, 16 à 18 plaques composent la double crête, contre 18 à 20 pour la simple. Chez les adultes, 17 à 20 plaques contre 17 à 18 composent respectivement la double et la simple ; de larges plaques au niveau de la zone dorsale de la queue, entre les doubles crêtes et sur les flancs. ; des plaques plates et rectangulaires sur la zone ventrale de la queue, semblables à celles du ventre mais de plus grande taille.
Distribution et habitat vignette|alt=Sur la carte de l'Amérique du Sud, l'aire de Crocodylus intermedius s'étend en Colombie et au Vénézuela|Distribution géographique de Crocodylus intermedius. Le Crocodile de l'Orénoque se rencontre en Colombie et au Venezuela. Endémique du bassin de l'Orénoque, son aire de répartition s'étend sur .. Il a été observé une fois à la GrenadeBarbour, 1937 : Third List of Antillean Reptiles and Amphibians Bulletin of the Museum of Comparative Zoology, , n. 2, .. Quelques spécimens ont également été vus sur l'île de la Trinité située à environ des côtes vénézuéliennes, mais il est fort probable qu'ils aient été portés par le courant à la suite de crues..
D'anciens écrits permettent d'obtenir des informations plus précises sur l'habitat historique de cette espèce., le situant au niveau des grands cours d'eau de la région des Llanos de la Colombie et du Venezuela. Ainsi, selon Codazzi (1841), il vivait dans des cours d'eau et des lacs en dessous de d'altitude, notamment dans les plaines d'Apure. Humboldt (1800), Páez (1868) et Calzadilla (1940) ont observé la présence de ce reptile dans l'Orénoque, le Río Apure, le Portuguesa et le Río Arauca. Seijas et Chávez (2000) ainsi que Llobet et Seijas (2002) signalent que les populations les plus importantes de Crocodiles de l'Orénoque ayant survécu à une chasse intensive à des fins commerciales se situent au niveau du Cojedes et du Río Capanaparo.