Carin Göring, ex-baronne von Kantzow, née Carin Axelina Hulda von Fock le à Stockholm où elle est morte le , est une noble suédoise qui fut la première épouse du futur haut dignitaire nazi et ministre du Troisième Reich, Hermann Göring.
Issue d’une famille de la noblesse suédoise, très marquée par des figures féminines empreintes d’un certain mysticisme, elle épouse le baron Nils von Kantzow en 1910 ; ils ont un fils, Thomas, né en 1912. En 1920, elle rencontre, par l’intermédiaire de son beau-frère Eric, le pilote allemand Hermann Göring. Très rapidement, les deux jeunes gens tombent amoureux l’un de l’autre et mènent une vie de bohème et de voyages entre la Suède, l’Autriche et l’Allemagne. Après son divorce avec le baron, qui avait été marqué par cette infidélité, elle épouse Göring en 1923 et le couple s'installe bientôt dans la banlieue de Munich. Elle soutient son nouvel époux dans son activité politique et voue comme lui une admiration à Hitler.
Néanmoins, après l’échec du putsch de la Brasserie en 1923, le couple choisit de s’exiler en Autriche afin d’éviter d'être poursuivi. À distance, ils acceptent d'aider Hitler, alors emprisonné à Landsberg. Ils reviennent en Allemagne à la fin des , où Göring participe aux succès électoraux du NSDAP. Membre de la vie mondaine de la capitale allemande, Carin Göring n'en est pas moins malade depuis de nombreuses années, et son état empire jusqu'à un dernier voyage en Suède, où elle meurt d'une crise cardiaque à près de . Elle est d'abord inhumée dans son pays natal, mais son corps est déplacé deux ans et demi plus tard dans la résidence d'été de Göring, à Carinhall, avant d'être secrètement transféré après-guerre, en Suède, en 1951. La mort de celle avec laquelle il formait un couple fusionnel marqua durablement le futur dirigeant nazi.
Biographie Origines vignette|gauche|Carin Göring (à droite) et sa sœur Lily, . La baronne Carin von Fock est la fille du baron Carl von Fock, colonel de l'armée royale suédoise, issu d’une famille originaire de Westphalie et d’EstonieUne branche éloignée de la famille possède le château de Saggad en Estonie.. Appauvrie, cette branche paternelle s'était installée en Suède au . Sa mère, née Huldine Beamish, est issue d'une famille anglo-irlandaise protestante, fameuse pour être à l'origine des brasseries Beamish and Crawford de Cork et de sa célèbre bière noire. Son grand-père faisait partie des Coldstream Guards et sa grand-mère maternelle fonda une société protestante féminine, l’« union de l'Edelweiss ».
Carin von Fock est la quatrième des cinq filles de la famille. Sa sœur Mary (1887-1967), épouse du comte Eric von Rosen, fonde à son tour, avec d'autres membres, une fraternité luthérienne, la Societas Sanctæ Birgittæ. Sa sœur Fanny (1882-1956) épouse le comte von Wilamowitz-Möllendorff. Ses autres sœurs se nomment Elsa et Lily.
Cette famille est marquée par des personnalités féminines à fort caractère, notamment Huldine, qui instille à sa fille Carin . Les autres filles de la famille sont aussi marquées par cet héritage romantique, comme il était parfois courant de le voir dans certaines familles de la noblesse européenne . Dans la continuité de société fondée par leur grand-mère, les filles s’adonnent à des séances de spiritisme dans un lieu qu’elles appellent « chapelle Edelweiss », en fait une pièce que Mary avait aménagée dans une tour du château de son époux en y installant un autel. Il s’agit d’une forme de .
Premier mariage et rencontre avec Hermann Göring thumb|Le château de Rockelstad, . thumb|Le comte Eric von Rosen, . thumb|Hermann Göring, .
Le , Carin von Fock épouse le baron Nils von Kantzow et lui donne un fils, Thomas, né le .
Le , le beau-frère de Carin, Eric von Rosen, cherche à effectuer le trajet aérien entre Stockholm et le château de Rockelstad (soit une centaine de kilomètres.), après être revenu d’un voyage au Gran Chaco (en Amérique du Sud). Néanmoins, le temps (une tempête de neige) rend la navigation aérienne difficile, si bien qu'il doit faire appel à une compagnie aérienne privée, Svensk Lufttrafik, où, après le refus de trois pilotes de se charger de la course toujours en raison des conditions climatiques, le pilote allemand Hermann Göring accepte. Célèbre et populaire as lors de la Première Guerre mondiale, il avait dû faire face à la dissolution de la Luftstreitkräfte, conséquence du traité de Versailles, aux restrictions de trafic de l’aviation privée allemande et à une déception amoureuse avec l’actrice Käthe Dorsch. Il travaille dès lors pour cette compagnie suédoise, et, alors en butte à des difficultés financières, ce vol apparaît donc comme une occasion à saisir. Anna-Maria Sigmund note que . Le château de Rockelstad, bâtisse du dans un style moyenâgeux, plaît d’emblée à Göring ; il lui rappelle les lieux de son enfance, dont le et celui de Mauterndorf.
Le château appartenant à la famille von Rosen, Carin von Kantzow ne s’y trouve que pour « tenir compagnie » à sa sœur Mary, qui est l’épouse d’Eric. Anna-Maria Sigmund raconte leur rencontre : . Elle a , lui 27 et passent toute la nuit avec le couple von Rosen à parler politique et à écouter les exploits aériens de l’ancien as, alors qu’Eric, muni d’un luth, chante des airs patriotiques suédois.
Carin von Kantzow, après dix ans de mariage remarque que la vie auprès de son époux n’est pas des plus palpitantes et voit ainsi l’arrivée de cet aventurier allemand comme un évènement qui ne la laisse pas insensible. Göring quitte alors pour un temps le château après avoir passé la matinée avec Eric. Il envoie une lettre à Carin : . Le , elle retrouve Göring à Stockholm et le coup de foudre apparaît réciproque et évident. Carin déclare alors à sa sœur : . Pendant l’été de la même année, elle s’envole pour Munich, afin d’être présentée à Franziska Göring, la mère de son amant. Cette liaison adultérine est fortement désapprouvée par cette veuve, qui avait pourtant partagé, dans le passé, dans le même château Veldenstein, son affection entre son mari, et son amant anobli d'origine juive, le baron Hermann von Epenstein (l'époux au premier étage, l'amant au second). Göring ne fait néanmoins que peu de cas des reproches de sa mère.
Le nouveau couple ne cache alors pas la réalité de leur relation à leurs proches. Alors qu’ils voyagent en Bavière et dans le massif alpin autrichien, Carin tient sa famille au courant (et surtout sa mère), par des lettres et diverses cartes postales. Ils vont même jusqu’à louer une maison typique de la région, dans le village de Hochkreutz (près de Bayrischzell) : elle devient une sorte de refuge amoureux, qu'ils surnomment d’ailleurs leur , et où ils séjournent régulièrement entre 1920 et 1923. La maison reste louée jusqu’en 1930 mais le couple vit à Berlin ; elle existe toujours de nos jours. Ils achètent également un appartement à Stockholm, au , Karlavägen et continuent de voyager en Bavière, notamment dans les châteaux historiques du roi .
Après ces divers séjours, Göring commence à presser Carin de demander le divorce. Elle craint cependant de ne plus avoir la garde son fils. Nils von Kantzow de son côté espère arranger les choses : il organise ainsi un repas où Carin et Göring seraient conviés mais cela n’a pour résultat que de les mettre tous mal à l’aise. Kantzow garde pourtant toujours espoir : par exemple, quand le nouveau couple installé en Bavière va jusqu’à lui demander une aide financière après diverses déconvenues, il accède à leur requête en espérant toujours plaire à Carin. Celle-ci, au contraire, est toujours plus amoureuse de Göring : le , elle écrit à ses parents : . Ses parents lui conseillent, en vain, de revenir vivre dans leur résidence d’été à Engsholm (Drottningholm).
Carin et son premier époux divorcent en . Les sentiments de Kantzow ne faiblissent toujours pas. Il écrit à ses anciens beaux-parents : .
Second mariage et décès Installation en Allemagne En 1921, Hermann Göring entreprend des études universitaires d’histoire et d’économie ; l’année suivante il rencontre Adolf Hitler, lequel le convainc de rejoindre le NSDAP, où il devient en 1923 Oberster SA-Führer des Sturmabteilung. Alors que la dévotion de Göring pour Hitler est dès le départ totale, celle de Carin suit le même chemin : après l'échec du putsch de la Brasserie, elle déclare rêver que . L'historien Joachim Fest note que c'est en grande partie grâce à son influence .
Elle se remarie avec Göring le à Stockholm et le à Munich ; Joachim Fest note pourtant que ce mariage a lieu en . La seconde cérémonie, en comité plus restreint, a lieu dans leur résidence d’Obermenzig, près de Munich ; c'est le premier mariage de Göring : Anna-Maria Sigmund raconte : . Elle écrit parallèlement à son fils, seulement âgé de , afin de lui expliquer la situation : .
Le couple avait donc emménagé dans la campagne près de Munich, à Obermenzing, près de Nymphenburg (au 30 Döbereinerstrasse), grâce à l’aide financière de Kantzow qui va jusqu'à leur offrir une automobile Mercedes avec chauffeur. En raison des soucis de santé de Carin (), elle doit nécessairement éviter de vivre en ville. La demeure a survécu à la guerre et existe encore à l’identique de nos jours. Carin elle-même aménage la maison, qu’elle veut idéale (, fourrures, soie, bureau en chêne et vitraux pour le bureau de son mari, etc.) : elle fait même aménager des sortes de catacombes dans les sous-sols ; des réunions du premier cercle du NSDAP y sont organisées.
Putsch de la brasserie et exil thumb|left|La ville d’Innsbruck, où les Göring sont en « exil » entre et .
De son côté, Göring « professionnalise » les SA : d'après Carin, . Nils von Kantzow, pour sa part, commence à développer des signes de démence mentale, tentant même une fois d’étrangler Göring avant de sauter d’un train ; il ne peut plus enseigner et meurt fou, après avoir entretenu le train de vie de son ancienne femme. La mère de Göring meurt elle le ; Carin est quand même présente lors des obsèques. En revanche, elle attrape par la suite une pneumonie. Elle est aussi malade, donc alitée, le , lors du putsch de la Brasserie, mené par Hitler, les figures du NSDAP comme Göring et d’autres personnalités telles Erich Ludendorff. Le putsch est un échec, Göring reçoit plusieurs balles dans la hanche lors de la réponse policière et le couple fuit donc en Autriche afin d’éviter d’éventuelles poursuites. Le , Carin écrit à sa mère : ; elle raconte alors le premier refus de la police de les laisser passer la frontière, leur retrait de passeport, leur passage dans un hôpital et finalement leur nouveau passage, cette fois-ci avec de faux passeports, .
Göring est alors grièvement blesséC'est de cette époque que date son accoutumance à la morphine, notamment en raison de la fréquence avec laquelle les médecins lui en prescrivirent alors ; il n’en guérit d’ailleurs que lors de sa captivité post-1945. et soigné à Innsbruck : . Göring reçoit néanmoins beaucoup de soutiens : des visiteurs, mais aussi . Carin vient le voir régulièrement, et finalement s’installe dans sa chambre d'hôpital après avoir été la cible de pierres et avoir eu l’orteil brisé à la suite de l’agression de communistes. Göring peut quitter l’hôpital en toute fin d’année, et le couple descend alors à peu de frais dans une suite de l’hôtel de luxe Tirolerhof, dont le directeur et le personnel sont des sympathisants nazis. Carin poursuit son activité épistolaire auprès de sa famille et collecte des coupures de presse étrangères concernant le NSDAP, parti alors interdit, qu’elle envoie à Hitler, alors en détention. Cette vie d’exil se couple pourtant d'une dégradation de sa santé : .